27 juillet 2021 2 27 /07 /juillet /2021 11:02

L'alphabet géorgien comporte 33 lettres. Surtout, il est très différent du nôtre, le preuve, je vais vous emmener aujourd'hui à დავითგარეჯის სამონასტრო კომპლექსი, c'est à dire au monastère de David Garejda ! Oui, pas facile à lire, nous sommes bien d'accord, mais les panneaux et les menus sont quasiment toujours traduits en anglais (quelques exceptions pour les bus). Et, malgré un premier abord un peu bourru, les Géorgiens sont très sympas, et à chaque fois disponibles pour nous aider... en russe ! C'est que les touristes rencontrés viennent très souvent de l'ancien bloc soviétique, des Ukrainiens, des Biélorusses, et même des Kazakhs (que nous avons guidés un jour pour trouver un bus). Notre russe étant à peu près équivalent à notre géorgien, cela ne facilite pas les grandes conversations. Nous en sommes donc souvent restés aux bases : manger, bus, combien, et Mbappé/Zidane/Platini (selon la génération de notre locuteur!). Un échange assez amusant a d'ailleurs eu lieu dans un taxi géorgien dans un mélange de portugais et d'espagnol (le football aide beaucoup en voyage).

 

Bref, direction David Garedja, monastère du VIème siècle situé à la frontière de l'Azerbaïdjan... tellement à la frontière que l'Azerbaïdjan dit que le monastère est en partie chez elle ! Les Géorgiens ne sont pas tout à fait d'accord, et on rencontre bizarrement des militaires sur les lieux. La route pour les rejoindre devient quasi-désertique, on traverse des steppes, et on arrive enfin dans un lieu qui fait très montagne colorée péruvienne (les touristes en moins). Splendide ! Le monastère est encore habité par des moines vivant dans des petites maisons troglodytes (la spécialité du pays, j'y reviendrai).

Les joies du Caucase
Les joies du Caucase

Nous sommes alors logés à Sighnaghi, chez une mamy qui nous répète inlassablement « kuche kuche », ce qui veut dire « mangez, mangez ». Son petit-déjeuner est d'ailleurs un exemple parfait : des tomates et des concombres à chaque fois, des œufs, des saucisses, des pavés de viande ou de fromage, des fruits, du pain (excellent soit dit en passant, et nous sommes difficiles car Français), un peu de confiture, thé ou café. Les pains au chocolat (ou chocolatines) m'ont un peu manqué, mais l'ensemble permettait de tenir un bonne partie de la journée !

Les joies du Caucase

Sighnaghi est « la ville de l'amour » en Géorgie, une mini-bourgade un peu western vivant du tourisme et de sa région viticole (le vin est l'une des spécialités géorgiennes). C'est un lieu adéquat pour rayonner dans l'Est du pays. Nous avons également découvert Telavi, pas ouf, avec le monastère d'Alaverdi à quelques kilomètres. A refaire, c'est sans doute une étape que nous éviterions.

Les joies du Caucase
Les joies du Caucase

Après la découverte du Sud-Est, direction le Nord ! Du bus, un taxi, de très longues heures de trajet pour arriver dans le district de Kazbegi, à Stephantsminda (ce qui veut tout simplement dire Saint-Etienne!). Nous avons alors longé le territoire sécessionniste d'Ossétie du Sud, totalement interdit d'accès depuis la Géorgie, et sommes à la frontière russe. C'est l'occasion d'un petit point géopolitique : la situation de l'Ossétie du Sud et de l'Abkhazie, la première demandant à être rattachée à la Russie, la seconde à être indépendante. Sur le terrain, c'est bien ce qui se passe. La guerre en 2008 en Ossétie du Sud a confirmé la situation prévalant depuis la chute de l'URSS, et qui ressemble désormais à la Crimée. Diplomatiquement, seul 5 pays ont reconnu cette situation (dont la Venezuela, la Syrie et... la Russie).

Les joies du Caucase

Assez de politique... savourons un lever de soleil sur le mont Kazbek, à 5 047 mètres d'altitude !

Les joies du Caucase

Cette vue depuis notre chambre fut sans aucun doute LE grand moment du voyage. Deux jours de randonnée à travers les montagnes, avec canyon et cascades au menu (et toujours un monastère en entrée!). Le lieu vaut clairement le détour. On en profite pour faire un peu de stop... la première fois pour ma partenaire de voyage ! A l'arrière d'une petite voiture, coincée entre un gros Géorgien et moi (un peu moins gros!), elle me permet de me rendre compte des petites folies qui me parcourent parfois : faire du stop dans un pays où nous ne parlons pas trois mots, se retrouver dans un tunnel totalement sombre, avec... des vaches au milieu de la route (car il n'y a pas de clôture dans le pays, ce qui nous a garanti des brusques sursauts en bus tout au long du séjour!).

Les joies du Caucase
Les joies du Caucase
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Et maintenant, direction la Mer Noire !

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26 juillet 2021 1 26 /07 /juillet /2021 09:23

Le monde d'avant avait pour moi des saveurs exotiques, des langues inconnues, des cultures très différentes. Il squattait sur Couchsurfing, il avançait le pouce levé, et il observait les sourires au coin des rues bondées. Il commençait souvent devant un planisphère, là où le champ des possibles semblait infini. Mais ça, c'était avant.

Aujourd'hui, ma carte du monde est très différente, elle a l'allure de celle faite par le ministère des affaires étrangères en temps de crise, avec beaucoup de rouge, un peu de orange et un peu de vert.

 

Orange. La Géorgie. Ce pays m'attire depuis plusieurs années : entre mer et montagne, l'aire post-soviétique, les conflits avec la Russie, la religion orthodoxe... cet ensemble me paraissait sexy, et a été validé par ma partenaire de voyage. Passeport dans la poche, sac sur le dos, c'est reparti comme en 40 ! (sauf que j'ai cette fois mon certificat de vaccination et un test PCR... léger détail!). Les queues interminables des aéroports, essayer de dormir dans un avion, escale à Istanbul, 15 heures de voyage porte à porte, pour une arrivée à Tbilissi au petit matin, fracassés comme rarement. La chambre n'est pas disponible, nous voici alors à errer en mode zombies dans une capitale déserte (hormis des chiens errants et quelques soûlards), en se demandant, comme à chaque début de voyage, ce qu'on fout là ! Nous finissons par nous réfugier dans le hall de l'hôtel où nous nous endormons lamentablement, ce qui semble bizarrement accélérer la mise à disposition de notre chambre (le manager devant craindre pour l'image de son hôtel avec deux marginaux affalés dans les canapés !)

 

Tbilissi, 1,2 millions d'habitants (près d'un tiers de la population totale de Géorgie), est une ville que nous avons eu du mal à saisir les premières heures, les premiers jours. C'est d'ailleurs à la toute fin de notre périple, alors que nous avions deux jours supplémentaires (notamment pour faire un nouveau test PCR), que nous avons peu à peu cerné la capitale. C'est un joyeux mélange d'histoire millénaire, avec des monastères, des statues, une forteresse... bref, des vieilles pierres, combinés à l'influence iranienne dans une mosquée, son bazar, ses bains (un régal!), combinés à l'influence russe puis soviétique dans des bâtiments classiques puis des immeubles en béton de 5 étages (les fameux Khrouchtchevka) et enfin, combinés au renouveau du XXIème siècle fortement influencé par le modèle occidental, avec constructions contemporaines et grands délires d'architectes.

Dire que nous avons aimé au départ serait mentir, dire que nous avons aimé à la fin du voyage est une réalité. Tbilissi, une de ces villes qui nécessite du temps pour l'apprivoiser.

Georgia on my mind
Georgia on my mind
Georgia on my mind
Georgia on my mind
Georgia on my mind
Georgia on my mind
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Le pays est très religieux (toujours cocasse quand on pense que les Soviétiques ont interdit de facto la pratique pendant des décennies... peut-être le plus grand échec!) : chronologiquement, ce fut le troisième État à entrer dans la chrétienté (après l'Arménie et l’Éthiopie). Les monastères furent ainsi des étapes incontournables au cours du voyage. Pour y entrer, tenue correcte exigée : pas d'épaules dénudées, genoux recouverts, et voile pour les femmes. Pas tout à fait la tenue que nous portions (à notre décharge, il fait régulièrement 35°C). Heureusement, des voiles sont souvent disponibles dans l'entrée des édifices (pas très COVID tout ça!), comme ici, au monastère de Djvari, construit au VIème siècle, et intégré à la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO. Le lieu vaut plus pour sa localisation que pour son intérieur. A quelques encablures, la ville de Mtskheta, ville sainte, l'ancienne capitale du royaume d'Ibérie (à l'époque grecque et romaine, le pays actuel est divisé en deux, avec la Colchide à l'Ouest et l'Ibérie à l'Est, on retrouve à plusieurs reprises l'influence d'Athènes puis de Rome dans la région, mais aussi le royaume du Pont et de Parthe... ah, nos cours d'histoire antique...).

Georgia on my mind
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Pour finir, une petite image amusante dans le centre-ville. Car la Géorgie est un pays qui, géopolitiquement parlant, est très intéressant. [à suivre !]

Georgia on my mind
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3 juillet 2021 6 03 /07 /juillet /2021 17:52

Vivre ses rêves.

14 km, 21 lacets.

Honnêtement, nous partions dans l'inconnu. Pensez : aucun de nous deux n'avait mis les fesses sur un vélo de route auparavant ! Les seuls cols que j'ai montés s'appellent le mont Cassel, à 176 mètres d'altitude et la « montagne » de Watten à 72 mètres d'altitude... Là, la station de l'Alpe d'Huez trône fièrement à 1 850 mètres.

Nous récupérons notre vélo. Ultra-léger, en carbone. Nous apprenons à changer les vitesses. « C'est quoi la plus petite ? » « Ok, laissez-là ! ». Car oui, nous n'avons pas prévu d'aller très vite. Notre challenge est clair : arriver en haut sans poser le pied à terre. Niveau temps, nous pensons faire 2h30. Oui, 2h30 à monter ! Drôle d'idée tout de même.

Grimper l'Alpe d'Huez

Et nous voici, un peu fier, un peu craintif, prêt à partir à l'assaut du mythe.

Nous avons un peu étudié le profil. Le premier kilomètre est roulant avant de faire deux kilomètres à plus de 10% de moyenne. Ne pas se cramer, c'est la priorité. Alors nous montons tranquillement, aux alentours de 7 km/h. La météo est parfaite, pas un nuage à l'horizon. Il ne fait pas très chaud, il faut dire qu'il est 9h30. Je garde mon K-Way quand Olivier décide de ne pas l'embarquer.

 

Ce qui est génial dans cette ascension, ce sont les lacets numérotés. Nous voyons le premier panneau, 21. Puis, comme un vulgaire décompte de Nouvel An, les nombres défilent. Sur le compteur, le chiffre 8km/h reste présent. Parfois 7,5km/h, parfois 8,5km/h. Rarement au-delà, sauf dans les virages où l'on peut plus facilement tourner les jambes.

 

La gourde dans la main, je regarde le paysage. Peu à peu, nous gagnons de la hauteur. Nous voyons Bourg d'Oisans de plus en plus loin, de plus en plus bas. « Ah, oui, on a déjà fait tout ça ». Nous nous rendons rapidement compte que nous arriverons en haut sans poser le pied à terre. Le challenge sera réussi. Alors nous pouvons savourer, regarder les montagnes environnantes, sans trop de souffrance.

Honnêtement, j'imaginais l'Alpe d'Huez beaucoup plus difficile. C'est en fait un col très régulier, une fois que tu trouves ton rythme, tu peux y arriver. Alors, oui, forcément, le fait d'être sportif aide, ne mentons pas. Nous avions tout deux fait un peu de vélo ces derniers mois (entre le boulot et une campagne électorale!). Mais sans être des fadas de bicyclette, nous avons enchaîné les virages portant les noms d'anciens vainqueurs. En gardant le sourire. En prenant une petite pâte de fruit. En se faisant doubler par des « vrais », ceux qui avaient la tenue complète, les chaussures etc. quand je pédalais avec mes chaussures de course à pied tout en arborant mon maillot de l'équipe de France.

Une fois, une fois seulement, nous avons rattrapé un autre cycliste. Nous n'étions pas peu fiers. Bon, à l'observer de plus près, il trimballait des bagages ! (on le retrouvera en haut, un Néerlandais en vacance, avec un vélo qui pesait plus de 30 kg!).

 

Pas grave, nous ne sommes pas là pour ça. 7ème kilomètre, un photographe est là pour capter le moment.

Grimper l'Alpe d'Huez

10ème kilomètres. Le plus dur est derrière nous. Ça remonte parfois un peu plus raide, puis le pourcentage diminue. On passe les 8km/h, 8,5km/h puis 9km/h. Nous voyons la station, nous entrons dedans. Nous suivons le parcours « tour de France », pas toujours bien indiqué soit dit en passant. Et nous y sommes. Des cyclistes sont garés. Nous posons le pied à terre. 1H45. Facile.

 

Je sais qu'Olivier n'aime pas que j'utilise ce mot là, mais vraiment, je m'attendais à bien pire. La comparaison avec le marathon notamment, me faisait un peu peur. Là, ça reste accessible à toutes celles et tous ceux qui pédalent de temps en temps. Et, je vous promets, nous n'avions pas d'assistance électrique ! Après, d'autres cols sont sans doute plus difficiles, et l'expérience me donne envie de me frotter au mont Ventoux un de ces jours ! (si ça vous intéresse !).

Quant à la descente... un régal ! Moins de 25 minutes, à simplement jouer avec le frein ! Par contre, une fois un camion rattrapée, j'étais bloqué !

 

Ce voyage fut aussi l'occasion de découvrir Grenoble, belle ville, belle vue, avec la part belle aux vélos et aux piétons (comme quoi des maires écolos c'est sympa!).

Grimper l'Alpe d'Huez
Grimper l'Alpe d'Huez
Grimper l'Alpe d'Huez

Quand à la liste des rêves à vivre avant de mourir, elle diminue petit à petit. Plutôt bon signe.

Tiens, et si je repartais en voyage ?!

1- Parc des Princes

Voir les Pyramides

Grimper sur la Tour Eiffel

Visiter Amsterdam

5 - Faire du stop

Tour d’Europe

Istanbul

Voir l’Océan Arctique

Statue de la liberté

10 - Prendre le transsibérien

Marcher sur la Grande Muraille

Colombey-les-Deux-Églises avec l’ami Lucas

Être heureux

Faire un doctorat

15 - Réaliser mon arbre généalogique

Courir un marathon

Regarder l’ensemble des vainqueurs de l’Oscar du meilleur film

Sauter en parachute

Visiter l’Inde

20 - Le carnaval de Rio de Janeiro

Aller à Jérusalem tout en ayant lu la Bible

Île de Pâques

Être quadrilingue

Écrire un livre

25 - Voir la politique d’un peu plus près

Monter l'Alpe d'Huez sur un vélo

Traverser un océan en bateau

Jouer au foot en Antarctique

Voir Rome

30 - Aller à la Mecque tout en ayant lu le Coran

Avoir des enfants

Observer un volcan en éruption

Road 66

Escalader le Kilimandjaro

35 - Faire un pèlerinage

Emprunter la route de la soie

Assister à une finale de coupe du monde

Être capable de jouer mon aria préféré de Bach au piano (ouverture n°3 en ré majeur, air on the G string, + Prélude en do majeur)

Réaliser mon autoportrait avec un style de Rembrant ou Courbet

40 - Mettre un pied dans l’ensemble des pays du monde (67/194)

Grimper l'Alpe d'Huez
Grimper l'Alpe d'Huez
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18 juin 2021 5 18 /06 /juin /2021 18:30

Vendredi, 23h59, fin de la campagne pour les élections départementales. Voici quelques semaines que je suis sur le pont, en première ligne. Et pour cause, je suis candidat.

 

Quelle drôle d'idée ! Oui, ce peut être la première réaction. Car, honnêtement, j'ai toujours eu une relation d'amour-haine avec la politique. D'un côté, je voyais bien que c'était l'une des meilleures façons de faire évoluer les choses, et, de l'autre, les pratiques et les querelles d'ego me dégoûtaient. Alors, pourquoi y aller ? Pourquoi se mettre dans une position où l'on va en prendre plein la gueule, où des gens que je ne connais pas vont gueuler sur moi/sur mon parti/sur mes idées, que ce soit sur les réseaux sociaux ou dans la vraie vie ? Pourquoi vouloir se mettre en avant ? Ne suis-je pas moi-même emporté par mon ego ? Ne serais-je pas mieux tranquillement assis dans mon canapé en train de regarder un bon film avec une demoiselle ou de travailler sur l'histoire du village de Houlle ? Peut-être. Mais j'ai le syndrome du miroir.

 

Se regarder dans la glace. Droit dans les yeux. Faire le bilan de ses journées. Qu'ai-je fait pour moi ? Ok. Qu'ai-je faire pour les autres ? Qu'ai-je fait pour la planète ? Régulièrement, je m'en voulais. J'avais l'impression de ne pas en faire assez. Que mes journées se succédaient au rythme d'une routine plaisante mais peu constructive. Bref, la sensation de ne pas avoir assez d'impact. L'associatif peut combler ce sentiment, mais il y a un côté frustrant : on se retrouve toujours confronté aux politiques. Et si ceux-ci n'ont pas envie de faire bouger les choses, ou seulement à leur rythme (souvent trop lent à mon goût), je revenais mécontent. Alors, plutôt que de critiquer, j'ai décidé d'agir.

 

Cette décision a été renforcée par la politique locale. Deux choses. La première : celle de devoir voter, à chaque élection, pour la même personne, et ce depuis que je suis en possession de ma carte d'électeur. L'absence de choix, d'alternative. De plus, je hais le cumul des mandats. Vraiment. C'est peut-être ce qui m'a poussé à franchir le pas. La deuxième : ceux de ma génération qui se lancent. Une ou deux têtes sympathiques (Mohamed si tu passes par ici), et les autres, qui puent l'ambition depuis le collège ou le lycée, et qui se rêvent en baron local appliquant, encore une fois, le cumul des mandats. Ma réflexion était simple : si je laisse s'implanter ces gens-là sans opposition, nous allons les avoir pendant 30 ans ! Et ça, c'est quelque chose que je refuse.

 

Alors j'ai rameuté autour de moi. J'ai cherché des membres pour fonder un quatuor. Ce fut une tâche difficile, et pour cause : les gens détestent de plus en plus les politiques ! Se lancer ? Vous rêvez monsieur ! Pourtant les garçons étaient assez motivés dès le départ. Mais les filles et les femmes que je contactais avaient d'autres préoccupations (« les enfants me prennent du temps », « je ne me sens pas compétente »). Une réflexion que les mecs n'avaient pas... Il y a donc encore beaucoup de barrières mentales à casser pour parvenir à une réelle égalité homme-femme !

 

Une fois le quatuor constitué (et j'en profite ici pour les remercier de s'être lancés !), il fallait démarrer la campagne. Et, comme dans toutes les premières fois, on tâtonne un peu au départ (hum hum). L'annonce à la presse, les photos officielles pour les affiches et les professions de foi, tracter dans la rue, sur le marché, aller voir des acteurs liés aux compétences du département... Honnêtement, ça m'a bien plu. Déjà, l'accueil était beaucoup plus sympa que ce que j'avais imaginé. Non pas que je pensais recevoir des tomates, mais, avec mon étiquette, je croyais rencontrer des gens parfois haineux, ou du moins peu ouverts à la discussion. Je me suis trompé. Le fait d'être jeune et du coin aide bien. Le fait d'avoir un beau tract avec des semences de fleurs à planter aussi. Surtout, nos idées passent bien. Le cumul des mandats ? La population comprend que ça ne devrait plus exister. Consommer local ? C'est désormais totalement ancré dans les mentalités. Investir dans les services publics ? Le Covid a rappelé à toutes et tous l'importance de nos structures trop souvent sous-équipées. Protéger la planète ? Le réchauffement climatique inquiète les parents comme les enfants.

 

Bref, nous étions dans le vrai. J'ignore si cela se répercutera dans les urnes dimanche, mais je suis sûr que nos conversations laisseront des traces dans quelques mémoires. Et, à l'image des semences présentes dans nos tracts, elles finiront pas germer.

Votez !

Première campagne
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26 mai 2021 3 26 /05 /mai /2021 18:51

Rencontrer sa nièce, c'est rencontrer sa vie. Un peu comme quand un pote annonce son mariage alors que tu es célibataire, voir la fille de sa petite sœur quand tu n'as pas d'enfant, c'est une remise en question. Non pas que tu aies envie de tout jeter, ou de dire que ta vie c'est de la merde, loin de là. Mais disons que ça met un petit coup de vieux quand tu y réfléchis un peu.

 

Car ma sœur, je la revois petite et pitre, pipelette et pantouflarde, devant Sunset Beach ou jouant au Sim's (alors que j'attends l'ordinateur pour un petit FM). Ma sœur c'est quelqu'un qui me suit d'une année dans la vie, qui a fait les cours et les classes juste après moi, de l'esplanade à Ribot, d'Arras à Rennes. Ma sœur a encore 20 ans, à mes yeux. Et moi aussi d'ailleurs. Alors cet enfant, devant moi, si petite, si joufflue, qui sourit à la vie, qui croque ses premières secondes dans ce bas monde, c'est une petite claque.

 

C'est forcément le temps qui passe. C'est mes parents qui sont grands-parents. C'est ma (dernière) grand-mère qui est arrière-grand-mère. Et c'est moi qui suis tonton. Merde, tonton. Tonton Jérémy. Ca sonne un peu faux. Autant tonton Philippe ou tonton Frédéric c'est tout à fait naturel. Mais moi, tonton, vraiment ?

 

Elle attrape mon petit-doigt et le tient fermement de ses toutes petites mains. Elle dort sur moi. Elle me regarde. Elle observe tout autour d'elle. Le plafond a l'air, tout d'un coup, fort passionnant. Oh, tiens, le chat. Elle fixe. Elle remue, elle gigote, elle se dandine presque. Elle fait des petits bruits qui ne veulent pas dire grand chose, et qui disent pourtant déjà tout. Elle est vivante, elle est là, elle est née, elle est des nôtres. Avec elle, c'est toute une vie qui est transformée pour ma sœur, à tout jamais. Fini de se laisser aller, tu n'as plus le droit. Pourquoi tu travailles ? Pour elle. Pourquoi tu ne restes pas allongée dans le fauteuil ? Pour elle. Pourquoi vis-tu ? Pour elle. Ce petit morceau d'être humain à la tête rigolote sera ta vie. Ton plus bel accomplissement. Ta fierté. Ta tendresse. Tes peurs et tes angoisses du futur. Du présent. Ton bonheur. Qu'est-ce qu'elle est belle.

 

J'ai envie de pleurer. J'avais envie de pleurer juste avant son arrivée, en pensant à tout ça. J'ai encore envie maintenant, en y repensant. Elle va me manquer. Ma nièce.

Tonton
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17 mai 2021 1 17 /05 /mai /2021 16:08

Aujourd’hui, comme partout ailleurs en France, il suffit de regarder un monument. Inauguré le 17 juillet 1921 (après une souscription qui rapporte 4 565 francs sur les 5 600 du coût total), le monument aux morts rend hommage aux trente-quatre hommes, souvent très jeunes, partis défendre leur patrie... et qui ne sont pas rentrés.

Les morts houllois de la première guerre mondiale
Les morts houllois de la première guerre mondiale

1914

- Charles Mahieu est né le 28 janvier 1891 à Houlle, il est manouvrier et effectue son service lorsque  la guerre est déclarée. Membre du 16ème bataillon de chasseurs à pied, il est tué au combat le 6 août 1914 à la ferme de Trembloy à Labry (Meurthe-et-Moselle) à quelques kilomètres de sa garnison. Oui, 3 jours après le début du conflit... c'est le premier d'une longue série pour le village. Son acte de décès n’est toutefois daté que du 16 juillet 1920, près de six ans plus tard, à la suite d’un jugement du tribunal civil de Saint-Omer.

- Joachim Caroulle est né le 18 janvier 1887 à Houlle, il est ouvrier agricole. Membre du 9ème bataillon de chasseurs à pied, il est disparu le 30 août 1914 à Le Préféré (Ardennes) d'après un avis officiel du 9 décembre 1914. Les disparitions sont nombreuses sur le champ de bataille pendant la guerre 14-18, laissant souvent les familles dans une attente abominable. Sur sa fiche de renseignements militaires, on dit qu'il est « décédé antérieurement au 15 mars 1915 de blessures de guerre ». Il est « inhumé par les soins des autorités allemandes ». Un avis du 21 mai 1915 le déclare finalement décédé le 30 août 1914 à Le Préféré, sur la commune de Saint-Loup-Terrier (Ardennes), avant que le tribunal civil de Saint-Omer confirme le décès lors d’un jugement le 25 juillet 1919. Près de cinq ans d’attente et de démarches pour sa famille.

- Eugène Blérard est né le 13 avril 1891 à Houlle, il est camionneur. Membre du 61e régiment d'artillerie, il est décédé le 27 septembre 1914 à Epernay (Marne) de blessures de guerre au cours d'une reconnaissance avec son chef d'escadron. Il obtiendra la médaille militaire à titre posthume (18 juillet 1919) tandis que 150 francs de secours sont versés à son père François.

- Adrien Devin est né le 29 novembre 1892 à Houlle, il est cultivateur et effectue aussi son service lorsque la guerre est déclarée. Il est membre du 151ème régiment d'infanterie (à Verdun) et il manque à l'appel le 22 août 1914 à Nieuport (Belgique), « présumé disparu ». Le jugement déclaratif de décès sera rendu le 5 janvier 1921 par le tribunal de Saint-Omer, fixant le décès au 27 octobre 1914 (pourquoi cette date ? Mystère).

- Henri Calonne est né le 9 juin 1893 à Houlle, il est mineur (il a déménagé à Méricourt dans le canton de Vimy avant son service). Incorporé au 33ème régiment d'infanterie pour son service militaire, il est tué à l'ennemi « du 13 au 18 septembre 1914 » au combat de Bétheny (Marne).

- Arsène Duchataux, et non Duchateau comme sur le monument aux morts. Pourquoi cette erreur ? Car Arsène n'est pas du village (il est né le 16 août 1894 à Menneville dans le canton de Desvres), il réside néanmoins à Houlle (je vois que c'est un pupille des hospices du Pas-de-Calais) et est ouvrier agricole. Incorporé au 9ème bataillon de chasseurs à pied, il est signalé disparu à la Harazée (Marne) le 17 décembre 1914 et son décès est fixé à cette date par un jugement rendu par le tribunal de Saint-Omer le 3 juin 1920.

 

1915

- Joseph Léon Henri Douriez (il est appelé Henri malgré le fait que ce soit son troisième prénom, pour le différencier de son frère Joseph et de son oncle Léon!). Il est né le 9 septembre 1892 à Houlle, et effectue son service au 43ème régiment d'infanterie. Il y décède le 14 janvier 1915 (des suites de blessures? Pas plus d'info sur sa fiche militaire).

- Édouard Bernière est né le 20 janvier 1892 à Moulle, mais il habite Houlle : il est batelier. Il effectue son service militaire au 1er régiment du génie à Versailles et passe Caporal le 13 mars 1915. C'est toutefois une nomination tardive car il a été évacué blessé au bois Bolante la veille et meurt le 16 mars aux Islettes (Meuse) de blessures au combat. Il obtient la médaille militaire avec une citation : « excellent caporal, très courageux et très brave, entraînant ses hommes par son exemple ».

- Victor Fenet (ci-dessous) est né le 14 août 1893 à Raismes (Nord) et il est boucher à Calais. Que vient-il faire sur le monument de Houlle ? Sa maman, Marie Gugelot, réside à Houlle chez sa belle-sœur, et il a passé ainsi une partie de son enfance dans le village. Il fait partie du 151ème régiment d'infanterie lorsqu'il est tué à l'ennemi au bois de la Gruerie (commune de Vienne-le-Château, Marne) le 2 avril 1915.

Les morts houllois de la première guerre mondiale

- Alfred Delobel est né le 31 octobre 1893 à Serques. Il est cultivateur et habite Houlle. Incorporé au 166ème régiment d'infanterie pour son service, il est disparu au combat à Marchéville(-en-Woëre) (Meuse) le 8 avril 1915 (jugement du tribunal de Saint-Omer du 5 janvier 1921).

- Aimé Lefebvre est né le 2 août 1894 à Houlle. Il est ouvrier agricole lorsqu'il part pour le 4ème régiment de Zouaves. Il décède sur le champ de bataille de Lizerne (Belgique) le 2 mai 1915. On précise sur son acte de décès transcrit le 16 mars 1916 : « nous n’avons pu nous transporter auprès de la personne décédée et nous assurer de la réalité du décès en raison des circonstances de combat ».

- Charles Caroulle est né le 22 août 1893 à Houlle. Il est ouvrier agricole. Il fait partie du 8ème régiment d'infanterie et disparaît le 5 mai 1915 à Bois d'Ailly (commune de Han-sur-Meuse, Meuse). Son décès est confirmé par un jugement du tribunal de Saint-Omer le 5 janvier 1921.

- Delphin Castier est né le 9 février 1874 à Houlle, il est ouvrier agricole. Membre du 281ème régiment d'infanterie, il est tué à l'ennemi au combat d'Angres (Pas-de-Calais) le 12 août 1915. « Nous n’avons pu nous transporter auprès de la personne décédée et nous assurer de la réalité du décès par suite du feu intense de l’ennemi » d’après la transcription du décès le 30 juillet 1916. Oui, un an plus tard…

- Achille Caron est né le 23 juillet 1889 à Houlle, il est marinier. Il est sapeur-mineur au 3ème régiment de génie et est tué à l'ennemi le 25 septembre 1915. Il est inhumé au cimetière militaire de Moscou, aujourd’hui Berry-au-Bac (Aisne). Son décès est retranscrit à Houlle le 18 avril 1917, 19 mois plus tard, en raison d’une erreur dans son identité (il est confondu avec un Caron de Rouen).

A. Delaunay (Un mystère ! Est-ce Adolphe ? La date de décès correspond à l'ordre chronologique, mais aucun lien avec Houlle!)

- Léon Outreman est né le 16 décembre 1888 à Houlle. Il exerce la profession de manouvrier agricole. Membre du 208ème régiment d'infanterie, il disparaît le 5 octobre 1915 à Souain(-Perthes-lès-Hurlus, Marne). Son décès est fixé au lendemain, 6 octobre 1915, par un jugement du tribunal de Saint-Omer du 7 août 1920.

 

1916

- Louis Bodart est né le 14 décembre 1874 à Moulle, il est cultivateur et s'est marié à Houlle en 1897. Son dossier militaire est original, car il est réformé pour hypertrophie cardiaque pendant son service militaire par le conseil de Lille le 10 août 1894. La guerre arrivée, il est déclaré « bon absent » par le conseil de révision du canton de Saint-Omer (c'est à dire qu'il ne s'est pas présenté au conseil... et devient dès lors « bon pour le service armé »). Il passe au 8ème régiment d'infanterie le 3 avril 1915 mais... est réformé à nouveau pour une commission de réforme le 15 mai 1915 toujours pour hypertrophie cardiaque. Il décède à Moulle le 3 février 1916. Pourquoi est-il sur le monument ? Est-il revenu blessé ? Son décès est-il en lien avec sa participation à la guerre ? Le « CL » à côté de son nom signifierait qu'il a été promu caporal. (il ne figure pas sur le site mémoire des hommes, est-il réellement mort pour la France ? Ça ne figure pas sur son acte de décès).

- Léon Dégardin est né le 6 octobre 1883 à Zutkerque, il est ouvrier agricole. Il habite Houlle à partir de 1911 et entre dans le 208ème régiment d'infanterie pour la guerre. Il disparaît le 25 février 1916 à Douaumont (Meuse) d'après un avis officiel du 17 mars 1917, un jugement du tribunal civil de Saint-Omer confirme le décès le 9 octobre 1918.

- Adolphe Castier est né le 6 décembre 1895 à Houlle, il est cultivateur. Il est incorporé pour son service au 67ème régiment d'infanterie et est tué à l'ennemi sur les lignes intermédiaires le 21 juin 1916 au bois Fumin (Meuse). Il est cité à l'ordre du régiment : « soldat courageux glorieusement tué à son poste de combat le 21 juin 1916 en repoussant vaillamment une attaque ennemie » et reçoit pour ceci une croix de guerre. Son père reçoit un secours immédiat de 150 francs.

- Emile Caroulle est né le 6 août 1894, il est ouvrier agricole. Membre du 97ème régiment d'infanterie, il décède le 21 juillet 1916 à l'hôpital militaire Bégin de Saint-Mandé (Seine) d'une plaie pénétrante à la poitrine en plus d'un syndrome méningitique. Emile Caroulle est le frère de Joachim, décédé en 1914, et de Charles, décédé en 1915... Imaginez un peu la vie des deux parents (Joachim et Catherine) alors que deux de leurs enfants sont encore au front : le deuxième Charles est évacué malade quelques jours plus tard (6 août 1916) mais tiendra le coup quand Alphonse survivra à ses quatre années de guerre.

- Jules Vanelle est né le 7 juin 1886 à Béthune, mais il habite Houlle en tant que batelier. Membre du 3ème régiment du génie, il décède de blessures de guerre dans une ambulance à Elinchem (Etinehem, Somme) le 11 septembre 1916 (il est blessé la veille, fracture jambe droite, plaie à la face et à la main gauche par éclats d'obus).

- Maurice Fenet (ci-dessous) est né le 15 janvier 1887 à Raismes. Oui, c'est le frère de Victor, tombé en 1915. Il habite Houlle et exerce la profession de charretier. Il est nommé sergent le 14 mars 1915 dans le 162ème régiment d'infanterie et décède le 26 septembre 1916 dans une ambulance au secteur 32 (Bray sur Somme). Il fait l'objet d'une citation « excellent sergent toujours volontaire pour les missions périlleuses, s'est conduit d'une façon remarquable pendant l'attaque du 25 septembre 1916 faisant l'admiration de tous, a été blessé mortellement en arrivant un des premiers sur la position ».

Les morts houllois de la première guerre mondiale

- Maurice Blérard est né le 28 juillet 1896 à Houlle. Il est ouvrier agricole. Appartenant au 33ème ou 233ème régiment d'infanterie, il est tué à l'ennemi (éclats d’obus au coude et au côté gauche) à l’ouest de Chaulnes (Somme) le 10 octobre 1916. Un secours de 150 francs est envoyé à son père. Une médaille militaire lui est donnée à titre posthume « soldat très courageux et très brave au feu, tombé glorieusement pour la France, le 10 octobre 1916, au cours d'une attaque à Chaunes. Croix de guerre avec étoile d'argent. »

 

1917

- Maurice Devin est né le 29 septembre 1884 à Houlle, il est cultivateur. D'abord réformé, il est finalement envoyé au 165ème régiment d'infanterie le 25 février 1915 mais il est à nouveau réformé moins d'un mois plus tard (23 mars) pour albuminurie (symbole de dysfonctionnement rénal). Il décède à Houlle le 14 mars 1917. Est-il considéré comme mort pour la France ? (pas sur le site mémoire des hommes, pas sur son acte de décès).

- Cyprien Outreman est né le 1er novembre 1891, il est ouvrier agricole. Membre du 110ème régiment d'infanterie, il disparaît à Craonne (Aisne) le 16 avril 1917. Il est présumé prisonnier d'après un avis officiel du 3 juin, puis son décès est fixé au 16 août 1917. Un jugement du tribunal de Saint-Omer du 29 juillet 1921 replace la date du décès au 16 avril 1917. Cyprien est le frère de Léon, décédé en 1915.

- Maurice Mesmacre est né le 4 octobre 1893 à Houlle, il est cultivateur. Membre du 33ème régiment d'infanterie, il est blessé le 29 août 1914 à Sains Richaumont (Aisne). Puis il passe caporal en 1914 puis sergent en 1915. Il est à nouveau blessé par balle à la cuisse droite le 28 février 1916 à Mesnil-les-Hurlus (Marne). C'est au sein du 1er régiment d'infanterie qu'il disparaît le 17 avril 1917 à Craonne (Aisne), le lendemain de Cyprien Outreman.

- Clément Merlier est né le 1er avril 1892 à Houlle, il est mécanicien. Il est intégré au dépôt des équipages de la flotte à Cherbourg mais est réformé le 28 décembre 1914 pour mal de pott (en lien avec la tuberculose). Il décède à Houlle le 24 août 1917. Mort pour la France ? (pas sur le site mémoire des hommes, pas sur son acte de décès)

- Joseph Denis est né le 12 octobre 1889 à Furnes, en Belgique. Ses parents habitent ensuite Houlle, où il réside en tant que marinier. Passé au 320ème régiment d'infanterie, il est tué par balle le 24 septembre 1917 au nord-est de Verdun (Meuse), dans la tranchée des Cévennes. Son acte de décès est retranscrit le 10 mars 1922 (son dossier est resté bloqué aux archives de la guerre).

- Maurice Outreman est né le 8 juin 1897 à Houlle, il est manouvrier. Membre du 208ème régiment d'infanterie, il est tué par éclats d'obus au ventre le 12 octobre 1917 à Bixschoote, lisière forêt d’Houthulst, en Belgique. C'est le cousin de Cyprien et Léon précédemment évoqués.

 

1918

- Armand Devin est né le 16 février 1896 à Houlle, il est cultivateur. Il est trimballé dans de nombreux régiments (7 au total) pour se retrouver au 174ème régiment d'infanterie le 1er janvier 1917. Il est tué à l'ennemi des suites de blessures par balle le 26 février 1918 dans les tranchées de la tête de Faux dans le village Le bonhomme (Haut-Rhin). Son acte de décès n’arrive que le 16 août 1921 (il est retrouvé dans les archives de la guerre).

- Henri Dubois est né le 7 octobre 1893 à Houlle, il est charron. Membre du 43ème régiment d'infanterie, il est nommé caporal en 1915 et sergent en 1917. Il est tué à Mesnil-Saint-Georges (Oise) le 31 mars 1918 d’après un jugement du tribunal civil de Saint-Omer en date du 22 décembre 1921. Il fait l'objet de deux citations : le 3 août 1917 « s'est fait remarquer au combat du 16 avril, par son courage et son entrain, est sorti le 1er d'une tranchée conquise pour repousser à la grenade une contre-attaque ennemie » ; « s'est encore distingué à l'attaque du 16 août 1917 en entraînant par son exemple son escouade à l'assaut d'une ferme puissamment fortifiée qui a été conquise ». Croix de guerre, deux étoiles de bronze.

Chose assez rare, voici un dessin représentant Henri Dubois dans son uniforme du 43ème RI, avec sa croix de guerre et ses deux étoiles. On peut donc imaginer qu'il a été réalisé à la fin de l'année 1917 ou au début de 1918 (au cours d'une permission?).

Les morts houllois de la première guerre mondiale

- Paul Harlay est né le 1er décembre 1893 à Houlle, il est cultivateur. Il est membre du 4ème régiment de cuirassiers quand il décède le 15 juillet 1918 par éclats d'obus au bois d'Hauzy à Vienne-la-ville (Marne).

- Pierre Devin est né le 29 novembre 1886 à Houlle, il est cultivateur. Il est également trimballé dans 7 régiments pour aboutir au 249ème régiment d'artillerie, et il décède le 13 octobre 1918 dans une ambulance à Hattencourt (Somme) de la grippe (sans doute espagnole). A noter que les trois Devin sont aussi des frères.

L. Lefebvre (mon second mystère ! un Léon Lefebvre habite en 1911 à Houlle, né à Moulle en 1886 mais il n'y a pas de soldat mort avec ce prénom de Houlle ou Moulle) Des suites de la guerre ?

 

Après avoir retrouvé la quasi-totalité des soldats houllois morts au cours du conflit, on peut réaliser une carte des lieux de leur décès. Et on reconstitue ainsi la ligne de front, avec certaines des batailles les plus connues.

Les morts houllois de la première guerre mondiale

Ainsi le village est assez représentatif de ce conflit mondial, avec la présence de ses soldats lors des batailles d'Ypres, de l'Artois, de Verdun, de la Somme et du Chemin des Dames.

 

 

Si vous avez des informations ou des documents supplémentaires sur le village, ça m'intéresse !

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19 avril 2021 1 19 /04 /avril /2021 06:42

Comment se déroule la vie quotidienne des Houllois au Moyen-Age ? On peut naturellement penser que le travail des champs occupe la majeure partie du temps, tandis que l’église est un élément incontournable. D’autres activités semblent néanmoins exister, comme la pêche dans la Houlle ou encore la production de poteries (aucun rapport avec le député !). « M. Decroos expose [...] que, sur le territoire de la commune de Houlle, au hameau le Vincq et lieu-dit la Cense des Moines, on a recueilli, en travaillant la terre, des débris de poteries du Moyen-Age en assez grand nombre pour que l'on puisse supposer qu'il y eut là un centre de fabrication d'une certaine importante. Ce terrain devait appartenir à l'abbaye Saint-Bertin »[1]. Ainsi, un pichet en très bon état retrouvé à Houlle est exposé au musée Sandelin. Il daterait du XIVème ou XVème siècle.

Pichet à anse en terre cuite noire, XIV-XVème siècle, Terre cuite, 21 (H) x 11,2 (D), Musée de l’Hôtel Sandelin, Saint-Omer

Pichet à anse en terre cuite noire, XIV-XVème siècle, Terre cuite, 21 (H) x 11,2 (D), Musée de l’Hôtel Sandelin, Saint-Omer

Les seigneurs d'Houlle... conseillers bourguignons !

 

Qui sont les seigneurs d'Houlle ? Jean de Nielles a obtenu la seigneurie par son mariage avec Jeanne/Marie d’Olhain, fille de Jean d’Ohlain, seigneur de Houlle et Moulle (entre autres !)[2]. La famille d’Olhain est l’une des plus puissantes de la province d’Artois, on la retrouve déjà en 1350 à Houlle (Robert d’Olhain perçoit une redevance sur les terres vendues à l’abbaye de Saint-Bertin par Jacques Boidave)[3]. Jean de Nielles[4] n’est pas n’importe qui non plus, puisqu’il est l’un des conseilleurs favoris de Jean sans Peur, le duc de Bourgogne, comte de Flandre et d’Artois. Avocat au parlement, chevalier, conseiller, chambellan et second Président du Conseil de Lille en 1402 (période Philippe II de Bourgogne), il gravit les échelons après la mort de celui-ci en 1404. Il a ses entrées au Conseil du Roi de France Charles VI dès 1405 (et il y entre officiellement en 1409), construit le château d’Olhain (encore visible de nos jours !), reçoit le gouvernement d’Arras, puis devient chancelier d’Aquitaine ! Il joue ainsi un rôle très important en cette période troublée et pleine d’intrigues qu’est la guerre de 100 ans (il semble d’ailleurs en être l’un des acteurs puisqu’il est signalé au Roi par le duc d’Orléans comme l’un des coupables de la mort du père de celui-ci ; on le retrouve aussi en mars 1413 en train d’insulter le chancelier du roi de France en plein conseil royal !)[5]. Son passage à Houlle est surtout marqué par la destruction du moulin, il semble ensuite que la gestion de ses terres soit assurée par Jean de Vinc, son bailli[6]. Après Jean de Nielles (décédé sans héritier mâle en 1423), sa fille Marie hérite de Houlle (elle se marie avec Bauduin de Lannoy dit le Bègue, seigneur de Molembais)[7]. Il semble qu’elle n’ait pas eu d’enfants : ses terres passent ensuite à son neveu Pierre de Berghes[8]. Celui-ci est également un personnage important pour l’Etat bourguignon, il est fait chevalier, il lève la bannière le jour de la victoire remportée par Philippe le Bon à Gavre, sur les Gantois, et il se prépare même à partir en Terre Sainte[9]. En 1517, c'est Philippe, seigneur du Vrolant, de Houlle etc, qui est porté pour la seigneurie de Houlle, venue de Jeanne de Berghes, sa mère. En 1549, c'est Claude de Fontaine, seigneur de Neuville, époux de Jeanne du Vrolant, pour la même seigneurie, venue de Philippe du Vrolant, son père. Veuve, elle se remarie en 1550 avec Charles de Créquy (seigneur de Raimboval). En 1560, c'est Louis (III) de Créquy pour la Vicomté d'Houlle venue de Jeanne du Vrolant, sa mère[10]. On retrouvera ensuite les Créquy pendant plusieurs générations (son fils Louis 4ème du nom, qui se marie à Jeanne de Berghes, une cousine éloignée, puis Antoine).

Geneanet, arbre d’Olivier Feyssac.

Geneanet, arbre d’Olivier Feyssac.

Les seigneurs de Houlle aux XVème et XVIème siècles (encadrés en rouge). Pierre II de Berghes est en fait le fils de Jean de Berghes et d’Alix de Nielles, et neveu de Jeanne de Nielles (sa tante maternelle), elle-même mariée à Bauduin de Lannoy (pas d’enfants). C’est par elle que passe la seigneurie de Houlle à Pierre II de Berghes.

 

Les seigneurs d'Houlle... et leurs bottes !

 

Le 26 septembre 1616, un nouvel accord est signé entre l’abbaye de Saint-Bertin et le seigneur d’Houlle (Hector de Créquy) à propos du cours de l’eau du vivier « qui sera laissé libre pour l’usage du moulin de Saint-Bertin »[11]. Mais, au-delà du sujet toujours compliqué de l’eau à Houlle, « Guillaume Loemel, abbé de St Bertin, et Messire Hector de Créquy, seigneur de Houlle, conviennent que la redevance d'une paire de bottes feutrées, augmentée par la suite de cinq biguets deux lots d'avoine [le biguet équivalait à 8 litres 3333, le lot à 2 litres 0833], ne sera plus maintenue ; les religieux devant dorénavant payer chaque année audit seigneur, au jour de tous les saints, la somme de sept florins, première échéance audit jour de l'année 1617 »[12]. Ça y est, après 220 ans, le seigneur d'Houlle dit au revoir à ses bottes annuelles payées par l'abbaye Saint-Bertin ! Nous pouvons toutefois supposer que la redevance n'était plus tout à fait acquittée depuis quelques années, car la convention en question fixe les arrérages, y compris ceux de l'année 1616, à la somme de quatre-vingt-dix-neuf florins[13].

Mais cet accord est à nouveau modifié, « les seigneurs de Houlle regrettant sans doute leurs bottes feutrées. Au rôle des Vingtièmes de 1760, sous la rubrique Houlle, on trouve en effet : Abbé et religieux de St Bertin jouissent de plusieurs rentes foncières qu'ils tiennent de la vicomté d'Houlle et qu'ils ont estimé valoir, année commune, tant en grains qu'en argent et plumes à la somme de 555 fr. ; de plus sont chargés vers ledit seigneur, vicomte de Houlle, de redevances et une paire de bottes feutrées pour octroyer de l'eau pour l'usage de leur moulin d'Houlle. Il fallut que la révolution dispersât les religieux pour priver le seigneur de Houlle de ses bottes feutrées ».[14] Et oui, près de 400 ans à recevoir des bottes !

 

Les seigneurs, la suite : le vicomte de Houlle mousquetaire du roi !

A partir du XVIème siècle, on remarque que le titre de seigneur de Houlle est peu à peu remplacé par celui de vicomte, comme c’est le cas dans de nombreux endroits de France.

Le 4 juin 1687, il est dit qu’Anne de Créquy (fille d'Antoine, petite fille de Louis IVème du nom) est vicomtesse de Vroland et d'Houlle, dame de Recque, etc., elle est marié en 1674 à Baltazar-Joseph de Croy, marquis de Molembais (mort en 1704)[15]. On dit aussi parfois qu’elle est baronne de Houlle (elle décède le 6 mars 1723).

--> C’est ici que l’on passe des Créquy au de Croix (comment exactement ? c’est encore un mystère pour moi, j’ai un problème dans des dates qui se télescopent, ainsi en 1690, Balthasar-Joseph de Croix est toujours désigné marquis de Molembais et vicomte d’Houlle d’après les chartes de Saint-Bertin[16]).

Toujours est-il que les fils du mariage de Renom François de Beauffort, comte et seigneur de Moulle etc, grand bailli d’épée pour le roi à Saint-Omer, époux en 1670 d’Antoinette de Croix, (fille de Jacques de Croix) sont déclarés vicomte de Houlle. Ainsi le premier fils, Louis François de Beauffort, comte de Moulle, vicomte de Houlle, mort sans descendance le 7 février 1718.

Puis c’est le second fils, Christophe Louis de Croix de Beauffort, qui sera comte de Croix, seigneur de Moulle, Houlle et autres lieux. Il est aussi nommé grand bailli d’épée de St-Omer par édit du roi du 19 novembre 1702[17]. Il reçoit en mai 1716 des lettres patentes l'autorisant ainsi que ses successeurs à prendre le titre et les armes de comte de Croix ![18] On le dit alors comte de Beauffort, de Croix, de Moulle et de Buisscheure, vicomte de Houlle et de la Jumelle, baron de la Motte, Grincourt etc. (ça commence à faire long sur les faire-part !). Il se marie en 1723 à sa cousine Marie Anne Françoise Josèphe de Croix, morte en 1735 (fille de Maximilien Thomas de Croix). Christophe Louis déclare finalement préférer reprendre les armes de Beauffort et présente une demande en ce sens au roi. La demande est acceptée, et en juillet 1733, sont émises à Compiègne des lettres royales érigeant en comté les terres de Moulle, où réside Christophe Louis, la seigneurie de Houlle et de Buysscheure, tenues du château de Saint-Omer sous dénomination de comté de Beauffort[19]. Il meurt en 1748.

J’insiste quelque peu car c’est un personnage important : il est capitaine de la deuxième compagnie des mousquetaires du roi en service au château de Versailles pendant cinq ans !

Les seigneurs de Houlle, de conseiller bourguignon à mousquetaire du roi de France

Son fils Louis-Eugène-Marie, Comte de Beauffort, de Moulle et de Buisscheure, Vicomte de Houlle et de la Jumelle, etc, est député à la cour pour le corps de la noblesse des états d’Artois en 1755 et 1760, il épouse en 1748 Catherine de Lens, de Recourt, de Boulogne et de Licques[20]. Il meurt à Bruxelles en 1793 sans descendance masculine survivante.

 

La révolution met ainsi fin à cette longue histoire des seigneurs de Houlle. Qui étaient bien bottés.

 

[1] BSAM 13 n° 258 – 1922, Débris de poterie trouvés à Houlle, p. 544.

[2] Commission départementale des monuments historiques, Dictionnaire historique et archéologique du département du Pas-de-Calais, Arrondissement de Béthune, Tome 1, 1875, p. 28.

[3] HAIGNERE D., Les chartes de Saint-Bertin, Tome II, 1241-1380, 1891, p. 337.

[4] Le 21 mars 1395 il achète à Jeanne de Northout des fiefs à Houlle (le Viscomté, le Wolbrant, un autre nommé le Voedre Avain..., d’autres terres près d’Hessinghem, etc.), HAIGNERE D., Les chartes de Saint-Bertin, Tome III, 1381-1473, 1892, p. 54-55.

[5] Commission départementale des monuments historiques, Dictionnaire historique et archéologique du département du Pas-de-Calais, Arrondissement de Béthune, Tome 1, 1875, p. 46-50.

[6] HAIGNERE D., BLED O., Les chartes de Saint-Bertin, Tome III, 1381-1473, 1892, p. 28.

[7] CARON M.-T., « Enquête sur la noblesse du bailliage d'Arras à l'époque de Charles le Téméraire », Revue du Nord, tome 77, n°310, avril-juin 1995, pp. 407-426, p. 417.

[8] Commission départementale des monuments historiques, Dictionnaire historique et archéologique du département du Pas-de-Calais, Arrondissement de Béthune, Tome 1, 1875, p. 28.

[9] Ibid., p. 52.

[10] Commission départementale des monuments historiques, Dictionnaire historique et archéologique du département du Pas-de-Calais, Arrondissement de Saint-Omer, Tome III, 1883, p. 19. Hector de Crequy est aussi déclaré seigneur de Houlle d’après une lettre de 1586 ; HORDIJK C. P., Quedam narracio de Greninghe, de Thrente, de Covordia et de diversis aliis… n°49, 1888, p. 567.

[11] BLED O., Les chartes de Saint-Bertin, Tome IV, 1474-1779, 1899, p. 329.

[12] Ibid. ; PLATIAU E.,  Redevance payée par l'Abbaye de Saint-Bertin pour le moulin de Houlle, BSAM 13 n° 258, 1922, p. 613-614.

[13] PLATIAU E.,  Redevance payée par l'Abbaye de Saint-Bertin pour le moulin de Houlle, BSAM 13 n° 258, 1922, p. 613-614.

[14] Ibid.

[15] DE PAS, J., « Notes pour servir à la statistique féodale dans l'étendue de l'ancien bailliage et de l'arrondissement actuel de Saint-Omer », Mémoires de la Société des antiquaires de la Morinie, Volume 34, 1926, p. 610.

[16] BLED O., Les chartes de Saint-Bertin, Tome IV, 1474-1779, 1899, p. 365.

[17] Le mémorial artésien, 19 novembre 1894.

[18] EXPILLY J.-J., Dictionnaire géographique, historique et politique des Gaules et de la France, Tome 2, 1764, p. 547.

[19] LE BOUCQ DE TERNAS A., Recueil de la noblesse des Pays-Bas, de Flandre et d’Artois, 1884, p. 76.

[20]DE SAINT-GENOIS J., Mémoires généalogiques, pour servir à l'histoire des familles des Pays-Bas, 1781, p. 52.

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8 avril 2021 4 08 /04 /avril /2021 13:01

Après Tilques, direction Houlle, à une époque où le Covid s'appelait la peste et Internet les chevaucheurs de l'écurie du roi ! Le Moyen-Age et l’époque moderne (entre la « chute » de l’Empire romain au Vème siècle et la Révolution de 1789) sont deux périodes où l’histoire s’écrit souvent en pointillé. Les informations disponibles pour une paroisse de la taille de Houlle (la notion de village n’existant pas) sont très limitées, et renseignent le plus souvent sur les deux grands ordres dominants : le clergé et la noblesse. Le territoire de Houlle est d’ailleurs un exemple intéressant de lutte entre l’abbaye de Saint-Bertin et les seigneurs locaux.

 

Les donations contestées à l'abbaye Saint-Bertin

 

Le moulin et la seigneurie de Houlle appartiennent au Moyen-Age à l'abbaye de Saint-Bertin (à Saint-Omer). Comment cela s'est-il fait ? Il faut remonter vers 854, lorsque Hunroc, qui se qualifiait de comte d'Houlle, reçoit l'habit religieux dans l’abbaye ; il décide alors de donner à celle-ci sa terre d'Houlle[1]. Cette donation est rappelée dans la charte de 1117 de Bauduin VII, Comte de Flandre[2]. Les possessions de l’abbaye Saint-Bertin se renforcent en 1075-76, puisque le monastère récupère également le moulin d'Houlle à la suite d'une donation d'Héribert, 38ème abbé, ainsi qu'un marais[3]. L’abbaye Saint-Bertin sera alors un acteur essentiel de l’actuel village pendant près de dix siècles.

Ainsi, en 1159, un accord est conclu entre Walter, fils de Hugues d’Ecques, et Amilius, aumônier de l’abbaye de Saint-Bertin, au sujet des redevances que la ferme de l’abbaye, située à Houlle, doit à Walter.[4] Cet accord est loin d’être une exception : l’abbaye se retrouve confrontée à de nombreuses réclamations. Philippe d'Alsace, comte de Flandre de 1168 à 1191, confirme par exemple sa possession du marais du Warland mais l’abbaye, « pour être exonérée à l'avenir de toute réclamation » doit, en 1172, faire un cadeau de vingt-cinq marcs d'argent au Châtelain de Saint-Omer et payer, en 1186, 70 livres à Gautier de Formeselles, Coseigneur de Houlle[5].

Puis c’est le moulin de Houlle qui est au cœur des enjeux. Vers 1186, le reine Mathilde, dame de Flandre, notifie le concordat conclu entre l’abbé de Saint-Bertin et Eustache le Quien à propos du moulin que ce dernier avait fait construire à Houlle. Cela est confirmé vers 1187 par Philippe d’Alsace, comte de Flandre[6]. Quelques années plus tard, en 1193, l’abbé de Saint-Bertin donne à ce même Eustache le Quien de Houlle un marc d’argent et deux mesures de terre en augmentation de fief. En échange, celui-ci déclare que ni lui, ni ses successeurs ou héritiers ne pourront avoir de moulin à Houlle ![7]

En cette même année 1193, « Guillaume, châtelain de Saint-Omer, approuve la convention conclue entre l’abbaye de Saint-Bertin et Guillaume (de Moulle), concernant l’écluse de Houlle »[8]. Décidément, l’accès à l’eau de Houlle semble valoir cher dès cette époque ! Les moines doivent aussi construire deux maisons dans le village vers 1208 pour Thierry de Voormezeele « bien qu’il eut le droit de le[s] contraindre à en bâtir davantage »[9]. Dix ans plus tard, on retrouve la famille le Quien avec Hugues le Quien de Houlle qui reconnaît avoir reçu sept marcs à la place de l’avoine que lui devait l’abbaye[10].

Après 50 ans de procès et de tensions entre l’abbaye et les seigneurs locaux, la situation semble se stabiliser. Ainsi, en 1252, Guillaume de Vincq reconnait n’avoir aucun droit dans le marais de l’abbaye nommé Waierlant [Warland] tandis qu’Eustache de Nordhout loue en 1316 pour la durée de sa vie le moulin en échange de quarante rasières de blé versé à l’abbaye[11]

 

Si la quasi-totalité des informations sont en lien avec l’abbaye et ses possessions, nous trouvons parfois des histoires un peu plus étranges. Ainsi, en « l’an 1119 ou 1120, il naquit au village de Houlle, près de St. Omer, un enfant monstrueux, en forme de poisson, n’ayant ni bras, ni cuisses »[12]. Difficile de vérifier la naissance de cet enfant tronc qui semble avoir stupéfait les contemporains.

 

Une charte donnée aux habitants du Warland, à Houlle, en juillet 1307

 

Un lieu revient à plusieurs reprises : le marais du Warland. Il se trouve que les habitants du Warland, « gagnés peut-être aussi par l'atmosphère revendicative ambiante [les troubles flamands], en appelèrent à l'autorité supérieure, c'est-à-dire à Mahaut, Comtesse d'Artois, près de laquelle ils se plaignirent du mauvais état de leurs deux chemins. En réponse, en juillet 1307, ils reçurent une Charte prévoyant des dispositions particulières instituant une cour de justice permettant de faire surveiller le marais par un sergent « sermenté », d'obliger les usagers à raccommoder les chemins, de lever des amendes jusqu'à un maximum de soixante sols. Cette cour de justice est formée de cinq « ahiretés » [ayant-droits] du marais choisis par leurs pairs. On les appelle Lanchistres. Ils prêtent serment devant le bailli de Saint-Omer. Le sergent est nommé par eux. Quelles sont les règles de vie dans le marais ? D'abord respecter la propriété individuelle. L'amende maximum de 60 sols punit l'intrusion en bateau et bien entendu la pêche dans l'héritage d'autrui. Le fauchage d'herbe, ou le vagabondage des animaux est moins grave. Ensuite préserver l'exploitation communautaire. C'est alors la Comtesse d'Artois qui condamne à 60 sols si l'on abîme le marais pendant le jour ; pendant la nuit c'est la Haute justice qui jugera »[13].

Houlle bénéficie d’ailleurs d’un lieu judiciaire appelé « la vérité de Houlle ». On a pu retrouver plusieurs affaires traitées en ce lieu, notamment en 1363 où Jehan de Wavrans reçoit une amende pour avoir dit devant plusieurs personnes à Helfaut qu’il fallait tuer le bailli de Saint-Omer ![14]

 

Tension entre l'abbaye Saint-Bertin et les seigneurs de Houlle : la destruction du moulin

 

Au XIVème siècle, l’abbaye continue d’étendre ses possessions dans le village en achetant en 1332 quatre mesures de terre à Wit de Vinc, en 1334 un manoir à Baudin Blanche et douze mesures de terre à Jacques Boidave, celui-ci en vendant sept de plus deux ans plus tard. En 1337, c’est Gilles Tataeu qui cède cinq mesures et demie de terre à l’abbaye ; en 1343, Betrys Sketelboeters fait de même pour deux mesures[15]. Cela renforce le domaine des religieux, mais ceux-ci se retrouvent à nouveau en confrontation avec les seigneurs du village. La seigneurie de Houlle s’étend alors à Moulle, Eperlecques, Bayenghem et aux environs. En 1347, le seigneur Robert d’Ohlain reconnaît « que tous les reliefs de Vinc, échus dans leur terre, appartiennent à l’abbaye de Saint-Bertin. Ils reconnaissent également ne pouvoir intercepter par une claie le cours d’une rivierete qu’ils ont à Houlle, et dans laquelle ils avaient prétendu pouvoir retenir le poisson ». En 1365, la veuve de monseigneur d’Olhain « reconnaît avoir été mal fondée à réclamer, contre l’abbaye de Saint-Bertin » des droits et coutumes[16]. Les moines prendraient-ils l’ascendant sur les seigneurs ?

Si la propriété du marais est parfois source de tension, c'est encore plus compliqué pour l’eau et le moulin ! Plusieurs procès ont lieu à l'initiative des religieux contre ceux qui mettent des obstacles au libre écoulement des eaux de la rivière, comme en 1356 : « commission aux sergents du Roi de faire disparaître les obstacles mis par Vincent Boulart au cours de l’eau qui dessert le moulin de Houlle » (il faut trois tentatives pour réussir à détruire les obstacles !)[17]. Surtout, un procès beaucoup plus important a lieu trois décennies plus tard concernant la destruction du moulin faite à main armée par le nouveau seigneur Jean de Nielles et ses complices : ils ont incendié le moulin ! (« avaient démoli et abattu leur moulin de Houlle, de nuit et à effort d’armes, en grand scandale et en insultant les religieux et leurs églises » ![18]) Pourquoi cette colère de Jean de Nielles ? Quelques semaines plus tôt, en mai 1386, on apprend « que l’abbé de Saint-Bertin a fait détruire un waer, ou barrage de pêche, élevé dans la rivière de Hukeleet par Jean de Nielles »[19]. Cela pourrait expliquer le geste. Le procès se termine le 10 septembre 1386 par une sentence du Duc de Bourgogne, ordonnant que le moulin soit relevé et rétabli aux frais des délinquants, qui doivent en plus payer une amende dans l'église du monastère ![20] Un mois plus tard, « Jean de Nielles est venu faire amende honorable à Saint-Bertin, pour la destruction du moulin de Houlle, accompagné par les procureurs d’Artois et de Saint-Omer »[21]. La reconstruction semble longue, puisque le 2 janvier 1388 « le duc de Bourgogne ordonne au bailli de Saint-Omer de faire exécuter par Jean de Nielles la réparation promise du moulin de Houlle »[22]. Le message est ferme ! La tension retombe le 12 janvier 1393, avec une transaction entre l'abbé de St Bertin et Jean de Nielles sur les difficultés qui existaient entre eux. « L'accord porte sur la redevance d'une terre dite le Zutbrule, sur le moulin et les cours d'eau de Houlle, sur le marais du Waierlant [Warland] et sur la redevance... d'une paire de bottes et d'une aune de cuir feutré que l'abbaye devait au seigneur du lieu».[23] Vous allez voir que cette paire de bottes va être une longue histoire ! Enfin, un quart de siècle plus tard, le 11 septembre 1419, le roi de France Charles VI mandate le prévôt de Montreuil « d’informer sur la plainte des religieux de Saint-Bertin contre Jehan de Nielles, seigneur d’Olehain, au sujet d’une entreprise de ce dernier sur les biens des dits religieux, dans la paroisse de Houlle ». Le seigneur est amené à comparaître pour s’expliquer. Il faut attendre le 21 avril 1423 pour avoir une décision (oui, la justice est déjà lente à cette époque !) : « le lieutenant du prévôt de Montreuil rend une sentence qui rétablit les religieux de Saint-Bertin dans la possession de leurs droits de justice et autres, sur le manoir qu’ils possédaient à Houlle, et dont Jean de Nielles, chevalier, seigneur d’Olehain, avait entrepris de les dépouiller »[24]. C’est donc une relation très compliquée entre les deux grands acteurs du village à cette époque, et il faut le décès de Jean de Nielles la même année pour voir se refermer cette page.

[à suivre]

 

[1] HAIGNERE D., Les chartes de Saint-Bertin, Tome I, 648-1240, 1886, p. 12.

[2] Grand cartulaire de Saint-Bertin, Tome 1, p. 180, repris par GIRY A., Histoire de la ville de Saint-Omer et de ses institutions jusqu’au XIVe siècle, 1877, p.370-1.

[3] Cartulaire de l’abbaye de Saint-Bertin, p. 194, repris par WAUTERS A., Chartes et diplômes imprimés concernant l’histoire de la Belgique, Tome 1, 275-1110, 1866, p. 538

[4] HAIGNERE D., Les chartes de Saint-Bertin, Tome I, 648-1240, 1886, p. 104.

[5] Ibid., p. 117 et 152 ; Dictionnaire historique archéologique du Département du Pas-de-Calais, Arrondissement de Saint-Omer, Tome III, 1883, p. 18.

[6] HAIGNERE D., Les chartes de Saint-Bertin, Tome I, 648-1240, 1886, p. 152, 156.

[7] Ibid., p. 173.

[8] Ibid., p. 174.

[9] Ibid., p. 217. A noter que parmi les témoins figure Thomas de Vinc. Ce n’est peut-être pas la première mention de ce hameau puisque le 27 mars 857 Adalard (fils d’Hunroc) donne Hemmavic. Serait-ce Hames et Vincq, deux hameaux de Houlle ? C’est ce que pense FEUCHERE P., « La question de l'« Aria Monasterio » et les origines d'Aire sur la Lys », Revue belge de philologie et d'histoire, tome 28, 3-4, 1950. pp. 1068-1077, p. 1070.

[10] HAIGNERE D., Les chartes de Saint-Bertin, Tome I, 648-1240, 1886, p. 245.

[11] HAIGNERE D., Les chartes de Saint-Bertin, Tome II, 1241-1380, 1891, p. 52, 262.

[12] HENNEBERT J., Histoire générale de la province d’Artois, Tome 2, 1788, p. 331.

[13] PERSYN J.-M., « Une charte donnée aux habitants du Warland, à Houlle, en juillet 1307 », BSAM 23 n° 451 - janvier 1993, p. 465-466.

[14] Archives départementales du Pas-de-Calais, Inventaire sommaire des archives départementales antérieures à 1799, Archives civiles, série A, Tome II, 504-1013, 1887, p. 74. Une vente a lieu en 1463 « devant la loi de Houlle […] à la dite court de Houlle », une autre en 1467 (« devant ladite loy de Houlle »), HAIGNERE D., Les chartes de Saint-Bertin, Tome III, 1381-1473, 1892, p. 461, 486.

[15] HAIGNERE D., Les chartes de Saint-Bertin, Tome II, 1241-1380, 1891, p. 292, 295, 303-304, 318.

[16] HAIGNERE D., Les chartes de Saint-Bertin, Tome II, 1241-1380, 1891, p. 328, 374.

[17] Ibid., p. 351-352.

[18] HAIGNERE D., Les chartes de Saint-Bertin, Tome III, 1381-1473, 1892, p. 25.

[19] Ibid., p. 24.

[20] Commission départementale des monuments historiques, Dictionnaire historique et archéologique du département du Pas-de-Calais, Arrondissement de Saint-Omer, Tome III, 1883, p. 18.

[21] HAIGNERE D., Les chartes de Saint-Bertin, Tome III, 1381-1473, 1892, p. 25.

[22] Ibid., p. 27.

[23] Ibid., p. 42-43.

[24] Ibid., p. 227, 248.

Houlle, entre abbaye et seigneurs (1ère partie)
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25 mars 2021 4 25 /03 /mars /2021 22:45

4 étages, du bleu, du jaune, un peu d'orange. Y'a pas à dire, ce collège est le parfait exemple de la barre d'immeuble des années 70 au style plus que douteux. Arrivé là-bas à 11 ans, en sortant d'une école primaire de village, le choc est important. 4 étages c'est grand, très grand. Je revois les escaliers et les salles qui s'enchaînent. La sonnerie a remplacé l'instit qui frappait dans ses mains. Où aller ? J'ai de la chance, je suis dans la classe d'Alexandre, alors j'ai un copain de Tilques avec moi. Plus de Tony, plus de Guillaume, plus de Florent, Frédéric ou Yvan. Les filles ne sont pas là non plus. On était 12 en CM2, on est 28 en 6ème A3. Quand je regarde la photo de classe aujourd'hui, je vois de vrais sourires, mais aussi des sourires gênés, voire pas de sourire tout court. Je pense que j'étais loin d'être le plus flippé.

Dans la cour, on est au moins 800. Les grands, les 3èmes, jouent au foot dans la cour du bas, je les regarde avec envie. Un jour, ce sera moi. Je revois des gens de Tilques, Rémi, Johan. Lui m'avait vendu le collège un jour au coin de nos rues « c'est vraiment différent ». Quand t'es en CM2, tu n'imagines vraiment pas à quel point.

4 ans d'Esplanade

Le premier cours dont je me souviens, c'est celui d'arts plastiques. La salle dans le bâtiment A au troisième étage avait le sol défoncé, un vieux parquet dont il manquait des lamelles [elles ont été refaites l'été suivant]. Le prof avait l'air un peu perché. Surtout il criait. Nous ne comprenions pas trop pourquoi : personne ne parlait vraiment. Il impressionnait. La semaine suivante, il expliqua que des parents étaient venus au collège parce qu'il nous avait fait peur. Et il demanda « à qui je fais peur ici ? » La moitié de la classe leva la main. Tout d'un coup, il se tourna violemment vers Jonathan et lui cria « toi, je te fais peur ? ». Le pauvre répondit en larmes : « oui, beaucoup ».

 

Je crois que la violence a commencé ainsi. Car, honnêtement, quand je me souviens du collège, je pense surtout à cet univers où la loi du plus fort est toujours la meilleure (jusqu'à l'arrivée des pions). Ça se bastonnait sévère dès le début, et je me souviens des courses de la cour du haut jusque la cour du bas pour assister, souvent de loin, aux échanges de marrons. Quand c'était les 6ème, ça nous faisait presque rire, tant les coups s'échangeaient avec délicatesse, tandis que les larmes coulaient dans les yeux des deux boxeurs. Quand c'était les 3ème, ça nous semblait être un combat entre poids lourds pour la ceinture de champion de France, et ça tapait sévère. C'était rarement un sixième contre un troisième : il y a un minimum de savoir vivre, même en temps de guerre.

Son nez saigne. On le transporte dans les couloirs rapidement, avec, derrière lui, une foule de curieux. Lui, c'est un type de ma classe. Il s'est fait coincer contre un mur par trois autres sixièmes. Il avait des lunettes, le look Harry Potter. A 3 contre 1, on est toujours très fort. Et très lâche. Je les ai vu faire, je n'ai pas réagi. Il quittera le collège là-dessus.

Si ça se bagarre entre élèves, il y a aussi des tensions avec les adultes. Une prof d'anglais remplaçante attire les moqueries. Sa coupe, ses habits, même son nom. Un jour, alors qu'une bagarre éclate dans la cour du bas, elle vient chercher ses élèves dans la cour du haut. Elle est chahutée, je revois même un élève lui tirer les cheveux.

 

Attention, mon collège, ce n'est pas que ça. Déjà, c'est du football. Car en cinquième on a trouvé la technique pour jouer : une balle de tennis, et le fond de la cour du milieu est à nous. 3 contre 3, 4 contre 4, on s'use les semelles à chaque récré, et ma mère râle quand elle voit l'état des baskets.

J'ai 12 ans et demi, et je suis un grand maintenant. Je m'habille tout seul : j'ai troqué le gilet choisi par maman contre le survêtement intégral choisi par moi. Je veux acheter des chaussures de marque et je commence à faire attention à mon look. Je coupe mes cheveux à la tondeuse, et je veux me faire une houppette. Ca va bien à Rémi, et Rémi a l'air de plaire aux filles de ma classe. En vérité, et avec du recul, ça ne me va pas du tout ! Mais qu'importe, la balle de tennis qui court devant moi est plus importante encore, j'irai courir les filles plus tard.

Ma hantise de l'époque : faire tomber mon verre dans la cantine. Car, à ce moment-là, et comme dans toutes les cantines de France, un grand « wéééééééé » résonne et le malheureux, tout penaud, se retrouve avec un ramasse-poussière.

Le moment qui me plaît bien, c'est le cross du collège. On n'a pas cours de l'après-midi et on fait deux boucles autour du jardin public. J'ai de la chance, je cours plutôt vite. Pas contre, c'est plus compliqué pour certaines filles. Et quand tu es un peu plus gros ou grosse, c'est l'enfer. D'ailleurs c'est l'enfer tout le temps pour toi. Pareil si tu as des cheveux bizarres, ou un nom bizarre, ou un sac bizarre. Bref, le collège c'est l'enfer dès que tu n'es pas dans la normalité. L'objectif de tout collégien, c'est d'être dans le moule, de ne pas dépasser. Sinon, on se moque de toi. Et à 13 ans, tu n'as pas les épaules assez larges pour subir les moqueries.

 

En 4ème, je retrouve ma prof de français de 6ème. Elle me demande pourquoi mes résultats ont baissé à ce point. Je rigole. 14 ans, un garçon plein de maturité [sic!]. Elle veut nous faire travailler sur Haïti. Construire des petites maisons, faire un projet. Moi, l'art plastique, c'est pas trop mon truc. Mais c'est bien, on est en groupe, et on peut parler. Aujourd'hui, quand j'entends Haïti aux infos, je me demande ce qu'elle en penserait.

4 ans d'Esplanade

Je n'aime pas le collège. Les cours m'ennuient. Les bagarres me font parfois flipper, et pourtant j'en ai déjà vu quelques dizaines. Un jour, un troisième m'a poussé dans les sacs, autour d'un poteau. J'ai pleuré tellement j'étais énervé. Mais il fait du judo, et je le sais. Ma honte a redoublé quand une fille de ma classe m'a demandé pourquoi je pleurais. « Je pleurais pas » que j'affirme.

J'ai arrêté de travailler en musique. Honnêtement, 4 ans de flûte, quel gouvernement a eu cette idée ? Un instrument de canard, alors qu'il existe des guitares ! On aurait pu avoir une nation de guitariste, imaginez un peu ! En anglais, je ne comprends pas grand chose. En allemand, ce n'est pas beaucoup mieux. Je commence à tricher. Je ne fais plus trop mes devoirs. Les professeurs commencent à me mettre en garde. Pffff, ils ne comprennent rien de toute façon. C'est officiel, je suis un petit con. Et fier de l'être.

Si j'ai un rêve en quatrième, c'est de plaire aux Pauline. Et d'être footballeur. A la fin de l'année, j'arrive à 12 de moyenne. Deux ans auparavant, j'étais à 17. La chute est rude.

 

3ème. Prof principal : Mr Paris. Alors lui, on sait d'avance qu'on n'a pas intérêt à broncher. Sa réputation le précède et quand tu le croises dans le couloir tu baisses la tête, que tu sois bon ou mauvais élève. Son premier cours me reste gravé : la première guerre mondiale. Il explique que nous sommes en troisième et que nous devons maintenant prendre des notes, pour nous préparer au lycée. Et il commence son cours magistral. Son cours, magistral. J'y étais. Vraiment. Je croisais les poilus de 1914, j'entendais les bombardements, nous naviguions dans les tranchées. Tous. Sauf Guillaume, qui, après 10 minutes, a commencé à écrire. Et Mr Paris de dire : « c'est bien Guillaume, il faut prendre des notes ». Et nous tous de nous regarder et d'écrire en quelques lignes dix minutes d'immersion. Là, j'ai compris que j'aimais l'histoire. Et si je suis prof d'histoire-géo aujourd'hui, c'est sans doute grâce à Mr Paris.

Il avait un projet : faire un journal ! Alors nous nous y sommes mis, je me revois même être allé le vendre à Carrefour aux habitants du quartier.

Ce qu'il y a de bien en 3ème, c'est que les grands buts de la cour du bas sont désormais les tiens ! Alors, chaque midi, on se régale avec Yann, Guillaume et Alexandre. On frappe de toutes nos forces, et on refuse les petits sixièmes qui veulent jouer avec nous. Non mais oh ! Chacun son tour ! Tu verras dans 3 ans !

4 ans d'Esplanade

Quand je regarde la photo de 3ème je vois maintenant des adolescents. Les enfants de 6ème sont partis, leur innocence avec. A la fin de l'année, ça organise une soirée qui ne s'éternise pas, puis un grand camping. Ce sont des souvenirs mitigés, où j'ai vu les premiers verres d'alcool, où j'ai senti les premières odeurs de cannabis, où j'ai effleuré pour la première fois un corps.

 

Hum. C'est bizarre ce sentiment. Je souris avec une certaine mélancolie, et pourtant ça ne me manque pas le moins du monde. Même le foyer avec le baby-foot et les cannettes de coca où en appuyant deux fois très vite sur la machine ça en faisait tomber deux. Même les voyages scolaires en Allemagne où un cache-cache géant nous avait fait repartir en enfance. Alors oui, quand je revois les visages d'Emilie, Swan, Alexandra, Guillaume, Charlie, Aurélie, Amélie, Amandine, Angélique, Camille, Margaux, Guillaume, Alexandre, Yann, Vanessa, Amélie, Justine, Marie-Laure, Rémi, Camille, Sébastien, Jean-François, Romain, Benjamin, Pauline et Pauline, quand je les recroise au hasard des jours et des rues de Saint-Omer, je m'arrête, et je discute un peu. Mais pas de cette époque-là. Car le collège, c'est dur. L'adolescence est compliquée. Et quand je vois certains adultes dire aux plus jeunes « vous avez de la chance, profitez ! », j'ai plutôt envie de leur dire « bon courage ».

 

Au fait, je vous ai déjà parlé de mes 3 ans à Ribot ?

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5 mars 2021 5 05 /03 /mars /2021 22:42

96 ans, c'est la jeunesse d'une église et la vieillesse d'une maison. Que dire alors d'une femme ? « J'étais jolie hein ! ». Nous parcourons les photos d'une jeunesse depuis longtemps passée, d'une époque révolue où les Allemands entraient sans frapper, où l'on se cachait quand des avions apparaissaient dans le lointain, et où être un soldat français au Vincq vous condamnait à mort.

Aujourd'hui, j'ai replongé dans les souvenirs d'une vieille dame. De ma famille. Alors quand elle parle de mon grand-père, elle dit « le tio », et quand elle évoque une dame de 80 ans, elle dit « une gamine ». Comme quoi, tout est une question d'échelle.

« Pourquoi je suis encore là, peux-tu me le dire ? ». Parfois, elle pose de ces questions où les réponses n'existent pas. « Et à quoi il sert ce masque ? ». Du passé au présent, nous jonglons. Je suis là pour discuter, pour apprendre une histoire locale, une histoire de famille. Je suis aussi là parce que ça lui fait plaisir, parce qu'elle m'appelle « mon ptit fiu », avec un accent que seuls les anciens savent faire. Il y a des larmes dans le corps, des larmes dans le cœur, quand on évoque un prénom, une situation, un souvenir. Il y a des sourires, il y a des petits rires, quand on évoque d'autres prénoms, d'autres situations, d'autres souvenirs. C'est un beau résumé de la vie. C'est un grand livre à 96 chapitres. « Qu'est-ce que j'ai fait de ces années ? ». Je souris. 30 arrière-petits-enfants. « Tu as repeuplé la France » que je lui réponds. Elle sourit.

 

Tout est relatif. Je me dis souvent que la vie passe vite. Et quand je l'écoute, je me dis finalement que ça peut être aussi bien long. Elle dit « communiste » comme une insulte, parle d'un curé et de sa bonne à la relation ambiguë, se revoit virevoltant dans des cressonnières, prend la main de mon grand-père pour aller manger chez ses grands-parents. « Oh mon pépé ». Louis Dubois, mort il y a 70 ans. Ça se mélange, c'est décousu, ça me plaît. Je suis bien.

 

« Je peux te poser une question indiscrète ? » Je la vois venir avec ses grands sabots, curieuse comme elle était en 1940, envoyant balader des officiers et l'instituteur. « As-tu une petite amie ? ». 96 ans, et l'amour passionne encore.

 

On dit souvent que la vieillesse est un naufrage. Quand je la rencontre, ça me rassure. Vivacité d'esprit, souvenirs nombreux, et même encore quelques rancœurs tenaces. Un caractère bien trempé, elle dit « un caractère de Guilbert ». Élie, je t'ai reconnu !

96 ans
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