14 novembre 2017 2 14 /11 /novembre /2017 23:19

La chaleur m'accable. L'humidité aussi. J'ai passé l'Equateur depuis de nombreuses semaines, et pourtant mon corps ne s'habitue pas. Et cette nécessité de porter le pantalon et la chemise... Ce n'est pas par coquetterie, c'est le boulot qui veut ça.

Mon esprit est troublé. Ca fait deux semaines que ça dure. Elle est là, autour de moi, régulièrement. Elle me fait rire. Elle est mes moments de respirations après l'apnée du travail. L'autre, par contre, ne répond pas. Ou si peu. Je n'arrive plus à établir la communication, la base du couple. J'essaie, encore et encore. La connexion ne se fait pas. Pourtant, il y a trois semaines, je la regardais s'endormir, sans faire de bruit, sans respirer. Je suis resté là, les yeux grands ouverts, à l'admirer. Elle était paisible. Elle semblait heureuse. Comment en sommes-nous arrivés là ? Cruelle distance. La souhaite-t-elle ? Que fait-elle à cette heure-ci ? Pourquoi ne répond-elle pas ? Elle voit pourtant mes messages. Je ne comprends pas. Je me sens seul.

Dans le jardin. Dans la maison. En ville. Sur Internet. Elle est partout. Elle répond vite, elle répond présent. Elle est là, et elle me fait penser à autre chose...à quelqu'un d'autre ? Merde. Je me rends compte. La situation est dangereuse. Il faudrait partir, il faudrait imposer une distance. Mais en ai-je envie ? C'est surtout elle qui contribue à mon sourire depuis deux semaines. Mon cœur balance. Pour la première fois.

 

[…]

 

Hiroshima mon amour. Tant de haine, tant d'amour, un dialogue, un échange. Ce qui me manque. La connexion n'est toujours pas rétablie. Elle me fuie. Volontairement ? Je reste dans le flou.

Elle a aimé le film. Elle était à mes côtés. Elle a partagé l'instant. On en a reparlé. L'échange s'est poursuivi au-delà, par sms, alors que je me suis couché. Je pense à elle, alors que je ne devrais pas. Culpabilité. Sentiment de dégoût. Envie. Mélange de tout ça. Le cerveau me joue des tours, ou c'est peut-être mon deuxième cerveau. Résister. Je n'entends plus mon cœur. Où es-tu ? Où sont les sentiments ?

 

[…]

 

Je ne la vois plus quand je ferme les yeux. Je me connecte, et je sais que c'est l'autre qui sera déjà là. C'est elle que j'attendais. C'est avec elle que j'ai envie de reparler. Elle l'a un peu remplacé, déjà. Je ne lutte quasiment plus. Je ne cherche plus à rétablir le contact. J'ai l'impression qu'elle est partie, qu'elle est très loin de moi. J'ai l'impression que c'est fini.

 

[…]

 

Il est tard. Il fait nuit. Un nouveau film lancé. Une drôle de sensation. Côte à côte. Une tension. Nous la sentons tous les deux. Il faut que je parte, sinon.. Un enlacement de départ. Elle ne me laisse pas partir. Elle me retient. ELLE. Je me sens bien dans ses bras. Je ne ressens pas la culpabilité. J'étais persuadé d'avoir une morale. Où est-elle ?

L'histoire s'arrête.

 

[…]

 

6 mois plus tard. Les métros. Le gris. Paris. Passage furtif. Une nuit. Les échanges se sont ralentis, mais ils existent. Elle m'invite à dormir chez elle. Nous nous sommes déjà croisés deux mois auparavant, et ce fut une drôle de sensation. Repas indien. Tension toujours existante. Regard malicieux et sourire de coin. La revoir, c'est un risque. Mais, cette fois, je suis libre.

Elle ne l'est pas. Elle ne me l'avait pas dit. Se mettre en danger. La complicité est toujours là, naturelle. Nous ne devons pas faire chambre commune. C'est bien, ça évitera la bêtise. Je ne veux pas être sa pomme, le fruit défendu, comme elle le fut pour moi. Mais elle est là, à côté de moi, dans ce lit, alors que le noir a remplacé le gris. Que veut-elle ? Je lui demande. Je lui rappelle. Pars vite, sinon.. Elle ne part pas. Elle ne veut pas. Elle est bien là, allongée à côté de moi. Ressent-elle la culpabilité ? A-t-elle une morale ? Encore une fois, où est la mienne ?

 

[…]

 

6 mois plus tard. Je ne l'attendais pas. Elle s'est décidée en une soirée, après un de nos longs appels. Et la voilà devant moi, devant une gare qui m'est familière. Il est tard, et je ne devrais pas être là. Ils m'attendent. Le week-end est chargé. Je ne devrais pas être là, car il y a une nouvelle « elle ». Ce n'est pas une longue histoire, ce n'est pas gagné, mais je me suis engagé à essayer. Et revoilà ma pomme, prête à me tenter.

Je me crois plus fort. Je veux retrouver mes principes, montrer que je suis l'image que je souhaite envoyer. Aux autres, mais surtout à moi-même. Le risque est là, mais je me promets d'y arriver. Je tiens, plutôt facilement, les deux premiers jours. Le troisième jour n'est plus qu'une formalité. Fini le film, fini le câlin, fini les nuits, fini le fruit. La journée est belle, et j'ai réussi.

Une heure avant son départ. Je suis allongé. Elle me rejoint, et se blottit contre moi. Ses cheveux bruns, ses yeux verts, son cou délicieux. Je ne veux pas agir, je ne dois pas agir. Sinon..

Mais je ne réagis pas. Il est trop tard. La limite est franchie, et je me retrouve à nouveau délinquant, punie d'une peine si tendre.

 

Pourtant, je me suis condamné. Le crime, puis son châtiment.

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5 novembre 2017 7 05 /11 /novembre /2017 14:32

L'année dernière ce fut le triathlon et le paddle, il y a deux ans le squash, et même un autre type de paddle (avec des raquettes!). Et, cette année, j'ai refait le vœux de découvrir deux nouveaux sports. Le challenge est de plus en plus difficile ! Après un été où une entorse du pouce m'a handicapé (alors que l'atelier escalade était prêt!), j'ai cherché en Guyane des sports sympas. Et j'ai trouvé : ça s'appelle.... le football !

Bon, ça n'aide pas beaucoup ma mission (même si ça fait plaisir). Du coup, j'ai regardé autour de moi. Mes colocataires vont à la boxe, et j'ai clairement le physique du boxeur ! (quoique je pensais être un poids-plume, alors que je suis en fait dans la catégorie des super-légers! Je suis même capable d'arriver chez les welters avant la fin de l'année).

Et puis il y a mon salon, où se cache... un moteur de bateau ! Un ancien locataire, également mon collègue, a laissé sa coque sous mon carbet et le moteur dans la maison. Ce qui signifie qu'à chaque fois où il veut aller faire un tour de bateau, il doit passer chez moi. Je m'entends plutôt bien avec, ce qui transforme la phrase : à chaque fois où il veut aller faire un tour de bateau, il va avec moi ! Après avoir fait le pilote, me voici dimanche dernier sur une planche de wakeboard !

C'est quoi le wakeboard ? Vous voyez le ski nautique : vous remplacez les skis par une planche, comme au snowboard. Il y a un fil, et vous êtes tracté par le bateau. Debout. Enfin, ça, c'est l'idée. Personnellement, j'ai passé mon dimanche à être assis, couché, en boule ou en apnée... Et vous avez de la chance, j'ai une vidéo qui le prouve !

10 secondes de bonheur, à n'en pas douter ! Après une quinzaine d'essais, j'ai réussi à tenir 5 secondes debout sur la planche (et à chuter lamentablement ensuite, buvant une grande tasse alors que je criais « wouhou » tellement j'étais content!). Pas un grand succès donc, mais un vrai plaisir. Le lendemain, par contre.... aïe mes biceps, aïe mes pecs, aïe mon dos, aïe mes avant-bras etc. (ça a continué le surlendemain).

Jeudi, Augustin revient chercher le bâteau. Allez, on est reparti ! Et, cette fois, ça fonctionne beaucoup mieux ! Regardez, je suis même à une main !

De l'eau, le Maroni (le fleuve), le soleil, et une belle sensation d'être en vacance ! Celles-ci ont été rythmées par les sorties noctures, que ce soit les concerts (à la Goëlette, the place to be à Saint-Laurent le dimanche soir, ou Chez Kossou) ou le festival Art Pasi. 3 jours d'Art de Rue (dédicace FF) avec du cirque, des concerts, des ateliers, un DJ etc. C'était parfois enflammé.

Les vacances en Guyane : concerts, festoche et wakeboard

Enfin, et en restant dans le domaine du feu, c'est la Toussaint. Et, en Guyane, on ne met pas simplement des fleurs : il y a aussi des bougies. Ca vous change un cimetière !

Les vacances en Guyane : concerts, festoche et wakeboard

Il ne faut pas se mentir, 4 mois de vacance par an, c'est un vrai avantage. J'en ai aussi profité pour beaucoup lire sur la Guyane et les pays riverains (le Surinam est assez hallucinant, entre Pablo Escobar, la CIA, et la Libye !). Mais j'avoue qu'un petit périple supplémentaire m'a un peu manqué. Les prochaines vacances, à Noël, risquent donc de se passer à l'étranger (Trinidad tient la corde, mais le Brésil n'a pas dit son dernier mot!). En février ce sera un petit tour de Guyane avant de repartir en avril (mais j'ignore où). Si vous avez envie de faire un petit tour en Amérique du Sud prochainement, faites-moi signe !

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2 novembre 2017 4 02 /11 /novembre /2017 13:52

L'effet groupe. Très connu dans le milieu des dragueurs, il signifie qu'un groupe de filles attire forcément l'attention des garçons, quand bien même celles-ci, prises une à une, ne sont pas très jolies. La leçon de cette histoire est qu'il faut toujours se méfier de l'effet groupe.

 

Et puis il y a cette fille, pas forcément jolie. Et puis il y a ce garçon, un peu différent. Elle, et ses vêtements démodés. Lui, et sa dentition imparfaite. Ce sont les cibles faciles. Ceux a qui l'on s'attaque lorsque l'on est en groupe. C'est notamment le cas au collège et au lycée. Quand j'écris leur descriptif, je revois leur visage. Et j'entends encore les remarques. Moqueries faciles. En leur absence, souvent. « Dans leur dos », comme on dit au collège. Devant, on reste très poli, voir amical. Parfois, ce sont même « des copains ». Je pensais que c'était une activité d'adolescents, désireux de se rassurer, de se renforcer, ayant ainsi l'impression d'appartenir au groupe. J'avais tort : la pratique perdure à l'âge adulte.

Les moqueries physiques sont les plus nombreuses. Pourtant, je pense bien que l'on ne choisit pas son corps. Ses kilos en trop. Son fasciés peu commun. Son handicap... Quoi que, non, les moqueries sur les handicapés tendent à disparaître. Sur les « moches », par contre, ça reste d'actualité.

 

Des cibles faciles, j'en rencontre encore aujourd'hui. Et l'effet groupe est intact. Prenez le QI d'un garçon seul, et mettez-le à 120. Maintenant, prenez trois garçons, ensemble. Pris un par un, on leur met 120. Le fait d'être ensemble fait descendre leur QI moyen à 100. Un groupe de cinq garçons ? Leur QI moyen descend à 80. S'ils sont huit, on touche le 40. Au-delà, on se rapproche dangereusement du QI 2, à savoir la moyenne des groupes de supporters enivrés.

Mon jugement est sévère, mais je témoigne à titre personnel : seul, je ne pense pas être tout à fait idiot. Avec sept garçons autour de moi, je pense être assez bête, surtout avec un groupe de filles à proximité (#metoo?). C'est l'effet groupe qui prend mon contrôle : je veux en faire partie, et je joue un rôle, pas forcément le mien d'ailleurs.

 

Si je suis bête avec un groupe de garçons, je ne pense pas être insultant. Et c'est là l'un de mes principes (on m'a d'ailleurs déjà accusé d'avoir « trop de principes », j'avoue être resté dubitatif devant cette accusation). Ne pas dire du mal des gens. S'ils ne m'intéressent pas, je n'en parle pas, point. Quel est l'intérêt de faire des attaques physiques sur quelqu'un ? Faire rire son groupe ? Ou se rassurer ? Personnellement, ça ne me fait pas rire. Et je reprends de plus en plus les gens ayant des paroles offensantes vis-à-vis des absents. Je reprends aussi les termes homophobes, ou racistes. Un combat de chaque instant, contre l'effet groupe. C'est pas gagné.

L'effet groupe et la cible facile
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28 octobre 2017 6 28 /10 /octobre /2017 00:39

5h30. Dimanche. Le premier des vacances. Ah, les salauds ! Quand ils m'ont proposé la sortie, j'imaginais le truc un peu pénard, les pieds dans l'eau et un bouquin dans les mains. C'était le plan initial : canoë, pêche, et repos. Mais le plan a évolué : jungle, sac à dos, et marche !

Bon, je ne me suis pas fait prier non plus. Les chutes Voltaire sont le lieu à faire à côté de chez moi. Enfin, pas tout à fait à côté. 3 heures de route, dont une bonne partie sur une piste non goudronnée, qui révèle quelques surprises (et de nombreux trous). Après avoir passé la gendarmerie (présente dans le coin pour démotiver les orpailleurs), nous voici au départ. Dans mon sac à dos, j'ai tout le matériel nécessaire à 3 jours de vie en forêt : de la nourriture, une bouteille d'eau et des pastilles Aquapur, un hamac, une moustiquaire, une lampe frontale, quelques fringues et c'est à peu près tout. Il ne faut pas trop charger la bête, à savoir moi-même, puisque je vais marcher avec tout ça sur mon dos pendant quelques heures les trois prochains jours. Je suis accompagné par deux collègues, Augustin et François, et par deux copains d'Augustin, Franck et Guillaume. 5 profs, 5 mecs, et une belle bande de joyeux lurons.

 

A peine 10 mètres qu'il faut déjà enlever les chaussures pour traverser une rivière... il y avait un pont, ici, il n'y a pas si longtemps. Mais il a disparu ! Ca donne le ton. Ensuite, de la forêt, de la forêt et de la forêt. Nous écoutons parfois au loin, essayant de débusquer un animal de la jungle, un gros papillon et un bel oiseau. Le sentier est bien marqué ce premier jour, et nous arrivons à la première chute Voltaire. L'endroit est paisible, et c'est parfait pour se baigner et prendre notre repas...

A travers la forêt amazonienne : les chutes Voltaire
A travers la forêt amazonienne : les chutes Voltaire

Chute ! Chute ! Quoi ?! Déjà la deuxième chute ? Non, non, ce n'est que moi. Tout habillé, le porte-feuille et l'appareil photo dans les poches... et j'ai chu ! Une fois. Puis je me suis relevé. La pierre était toujours aussi glissante. Alors j'ai re-chu ! Un sketch, tandis que j'essaie de sauver comme je peux mes papiers, mon argent et mon appareil photo. Personne ne me voit, l'honneur est sauf, mais mon appareil photo est décédé. Bon, je sauve la carte mémoire, et ça fait 2 ans que je dis d'en acheter un nouveau. Qu'importe, le lieu me plait, et les gens autour de moi aussi.

 

Direction l'Inselberg. Je sais que vous êtes tous familiers avec l'allemand, néanmoins je précise : c'est une sorte de grosse roche surplombant la forêt. La vue sur la canopée est sympa, et c'est une chose très rare ici. Personnellement, ça me plait, mais sans plus. De la forêt, de la forêt, de la forêt... faut aimer le vert ! La montée se révèle être assez sportive, nous arrivons tous dégoulinants. Et nous dormons... là-haut !

A travers la forêt amazonienne : les chutes Voltaire
A travers la forêt amazonienne : les chutes Voltaire

Un carbet. Ce mot est très important si vous venez en Guyane. Un carbet, ce n'est rien d'autre que des poteaux en bois, placés au milieu de la forêt. Nous avons de la chance, une bâche est déjà installée, faisant office de toit. Il n'y a plus qu'à attacher le hamac. Attention, il faut bien le faire, pour qu'il puisse supporter son poids toute la nuit. Personnellement, le premier essai fut un échec : il était accroché, je me suis allongé, et j'ai re-chu. Oui, je vous avais prévenu dans le titre, ce sont LES chutes Voltaire.

Nous allumons le barbecue, un autre groupe est là, et c'est à 10 que nous allons passer la nuit, tandis que les cris des singes hurleurs et des crapauds résonnent à travers la forêt. Pas de moustique par contre, et ça c'est chouette. Quelques parties de tarots, un coinche et une bonne nuit en hamac (et pourtant j'étais sceptique).

A travers la forêt amazonienne : les chutes Voltaire
A travers la forêt amazonienne : les chutes Voltaire

Le lever du soleil est assez connu sur l'Inselberg. Bon, notre groupe sera assez connu pour son sommeil profond et son absence de motivation pour se réveiller à 6 heures. Bon calcul, le ciel était plutôt couvert. Nous descendons l'Inselberg en fin de matinée, direction la chute de Vieux Broussard. Là, c'est une autre histoire. Nous suivons un layon, une sorte de petit chemin tracé par nos prédécesseurs à travers la forêt. Le problème, c'est que certains se sont trompés de route... route qui est bien tracée par leurs soins ! Nous avons une trace GPS, que nous avons décidé d'ignorer au départ. Oui, on est joueur. Et nous avons perdu. Et nous nous sommes perdus. A 500 mètres du layon selon notre GPS. Nous avons suivi une fausse piste, et décidons de couper à travers la forêt.... c'est du sport ! Les grosses fourmis nous attaquent, la machette n'est pas toujours suffisante, les arbres tombés nous barrent le chemin. Tu voulais de l'aventure, tu l'as ! Après 2h30 de marche, nous arrivons enfin au carbet (normalement il faut 1h30). Surtout, nous voici devant les secondes chutes, les plus belles selon moi : elles s'étirent sur une centaine de mètres. Un siphon est particulièrement connu ici, car il s'est révélé être mortel il y a plusieurs années : faire attention où je pose les pieds, car j'ai la chute en moi. Et, cette fois, je n'ai point chu !

A travers la forêt amazonienne : les chutes Voltaire
A travers la forêt amazonienne : les chutes Voltaire
A travers la forêt amazonienne : les chutes Voltaire
A travers la forêt amazonienne : les chutes Voltaire

Un autre groupe nous rejoint. Deux avions de chasse nous permettent d'animer notre soirée (#balancetonporc). En parlant d'animal, il y a quelques espèces sympas, que vous avez tous, j'en suis sûr, envie de rencontrer un jour : araignées, poux d'agouti et chenille. Pour les poux, je suis revenu avec les jambes bien piquées. Pour la chenille, ce fut sur Joe Dassin, le soir de notre retour... (oui, mais c'est ça de partir 3 jours en forêt, on finit par s'amuser avec n'importe quoi!). Une soirée crêpes qui a parfaitement clos notre belle petite aventure.

A travers la forêt amazonienne : les chutes Voltaire

Le bilan : un lieu incontournable à faire à côté de Saint Laurent du Maroni. Une préférence pour les secondes chutes, plus difficiles d'accès mais vraiment plus impressionnantes. Dormir en hamac et en carbet fut quelque chose. Le faire deux nuits c'était bien. Plus longtemps ? Je ne suis pas tout à fait sûr... (mais je débute). De même, la forêt est impressionnante : les troncs, les racines, les bruits, sa majesté, ses mystères. 3 jours de forêt, d'accord. Plus longtemps ? Je ne suis pas tout à fait sûr (car j'aime bien quand le paysage varie, ce qui n'est pas tout à fait le cas quand on part plein sud!).

Ah, et puis il y a aussi la bande, sans qui ce séjour n'aurait pas tout à fait été le même !

A travers la forêt amazonienne : les chutes Voltaire
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27 octobre 2017 5 27 /10 /octobre /2017 03:13

Il y a bien des choses que je n'aime pas dans cette vie, du sable qui me colle aux pieds au moustique qui passe à côté de mon oreille en pleine nuit (et qui revient toutes les deux minutes, tandis que je claque des mains à chacun de ses passages, faisant ainsi croire à mes colocs que je danse un flamenco, chose étrange à trois heures du matin, mais tout le monde a le droit d'avoir des hobbies). Il y a aussi des gens que je n'aime pas, des situations, des mots (« tradition » par exemple, que je vomis de par son utilisation). Mais, assez généralement, je pense que j'aime la vie.

 

Et puis il y a elle. Pourtant, à première vue, elle a l'air comme tout le monde. Même plus enjouée que la moyenne. Elle a un large sourire, des yeux pétillants. A n'en pas douter, elle est festive. Sur une piste de danse, elle se déhanche et fait vivre le rythme. Mais cette façade cache une personnalité complexe : elle aime la mort. « Je veux ne pas être, je veux le néant ». Elle est cartésienne, elle est professeure. Et elle est suicidaire. Deux tentatives déjà, une défenestration et un découpage de veine dans le bain. « Vous avez eu beaucoup de chance » lui a dit le docteur. « Non, je n'ai pas eu de chance, je voulais mourir » a-t-elle répondu. La mort ne veut pas d'elle, ou quelque chose la retient à la vie. Qu'importe. Elle a décidé de vivre à nouveau, pour quelques années en tout cas.

Elle a presque mon âge. Elle a les cicatrices. Et elle en parle comme moi je vous le décris. En souriant. En riant même parfois. Complexe. Je ne l'ai pas lâchée de la soirée, je voulais la comprendre, saisir ses motivations, trouver une piste, quelque chose qui puisse expliquer. Et je suis rentré presque bredouille. Pourtant je me plais à faire parler les gens, à m'incruster dans leurs idées, leur réflexion. A les pousser dans leurs retranchements. J'ai l'impression de pouvoir peu à peu les comprendre. Là, nous étions trop éloignés.

 

Quoique. Il a suffit de parler d'amour. Son assurance a un peu disparu. Elle semblait plus fragile. Elle a évoqué une peine de cœur. Et c'était clairement ça, son antidote. Seul l'amour la sauvera. Comme beaucoup. Moi compris.

 

[…]

 

Je la recroise quelques jours plus tard. Elle porte une robe. Une cicatrice est bien visible, sur sa jambe. On pourrait croire qu'elle est tombée à vélo, un jour. Ou autre chose. Pas moi. Plus maintenant. Elle est assoupie. Tout semble paisible. A quoi rêve-t-elle ?

 

A son enfance ? Son frère peut-être. Lui aussi a fait une tentative de suicide. Sauf qu'elle a fonctionné. « Il a réussi ». Elle le dit sans tristesse. Limite avec une sorte de petit plaisir, voire même une jalousie. Je me demande bien ce qui se cache derrière cette famille. Est-ce dans les gènes ? Est-ce une autre histoire familiale douloureuse ?

 

[…]

 

Visite d'un hôpital en construction. Elle est à mes côtés. Sa bonne humeur est transmissible. Nous arrivons devant ce qui doit être la morgue, « où je voudrais être » me glisse-t-elle à l'oreille. Je la regarde. Et elle sourit.

 

[...]

 

Etrange cette sensation. Non pas qu'elle soit méconnue. Mais cela fait quelque temps. Quelques mois. Quelques années. Quoique. Non, quelques mois. Elle revenait régulièrement, malgré le temps qui passe. Là, elle est neuve, et, pourtant, ressemblante. Une histoire qui commence. Une histoire qui finit. Rapide.

Rapide, c'est le mot. 3 jours après mon arrivée, j'étais en couple. Elle était là, à la gare routière. Elle était venue me chercher. C'est la première fille que j'ai rencontrée à Saint-Laurent. Elle était souriante, pleine de vie. Elle me plaisait pour ça, moi qui avais parfois tendance à ressentir un certain mal-être, et qui ne savais peut-être plus apprécier le grand ensemble. Elle m'a pris par la main, elle m'a montré la ville, elle m'a montré sa vie, elle m'a donné envie de vivre la mienne, à 100%. C'était la bouffée d'oxygène initiale, l'adaptation facile et parfaite. Elle était Française, en plus. Comme quoi, ce n'est pas impossible pour moi.

J'ai un peu de mal à analyser la fin. Sur le papier, nous nous correspondions. En réalité, il n'y avait pas l'étincelle. Ce quelque chose que l'on n'explique pas, ce quelque chose de magique, ce quelque chose difficilement descriptible.

Mais elle m'a rassuré. J'y crois encore. J'y crois toujours. Je serai patient. Car ma vie sera longue. Et belle. Pleine de flamenco.

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2 octobre 2017 1 02 /10 /octobre /2017 23:23

Vendredi matin. Je commence les cours à 7h30 et j'ai cinq heures consécutives jusqu'à la pause du midi. C'est ma grosse matinée. En première heure, des élèves me font un exposé sur le paranormal. Ils me parlent de Maskilili, un petit monstre aux pieds inversés qui sortirait les jours de carnaval pour se nourrir de grains de café ou de piment. J'ai également le droit à la diablesse, la sirène ou le soucougnan (qui existe aussi en Guadeloupe), un humain transformé en oiseau noir après avoir passé un pacte avec le diable. J'en apprends beaucoup de cet exposé. Ce que je ne sais pas encore, c'est que la réalité va très vite coller à ce que je viens d'entendre.

 

Il doit être 9 heures lorsqu'un cri déchirant parvient de la cour de récré. Un hurlement. Une voix aiguë. Je tends l'oreille. Puis, je n'entends plus rien. Il me semble en entendre un deuxième, quelques minutes plus tard.

9h45, ma troisième heure de cours, avec mes secondes. J'entends à nouveau crier, mais beaucoup plus près de ma salle. A travers les rideaux, je vois des filles qui hurlent et courent. Réflexe de métropolitain, je pense à un attentat. "Ils seraient tout de même bien cons ces barbus à faire ça dans la fin fond de la Guyane !" Mais je me rappelle très vite d'une discussion que j'ai eue avec mon colocataire sur les « crises de baclou ». Ce sont des adolescentes qui se mettent à hurler. Des crises d'hystérie, ou des crises d'angoisse. Ici, ce sont des crises de baclou. Le baclou, c'est un sort qu'un sorcier aurait jeté sur l'une d'entre elles, en envoyant un baclou (une sorte de gnome). Cette croyance vient des profondeurs du Maroni, et semble remonter la rivière au fil des années.

Nouveau hurlement. Même scène. Quelques minutes plus tard, ça recommence. Une surveillante entre dans ma salle et me demande de garder les élèves pendant la récré. Ils sont, comme vous vous en doutez, fous de joie. La sonnerie retentit. Mes élèves me vannent et me demander si j'ai peur. J'ai envie de répondre "le baclou, je l'emmerde", mais ça serait assez peu professionnel ! J'essaie d'en savoir plus. Les pompiers semblent être en intervention, ainsi que le Smur. Je vois aussi des gendarmes. En y regardant de plus près, je vois que toute la cavalerie est arrivée : il y a au moins six véhicules de secours garés dans la cour. Mes élèves n'en peuvent plus, je les envoie vers les terrains de sport, lieu de rassemblement annoncé... Ce n'est qu'un début.

La chaleur et la peur aidant (une de mes élèves en avait les larmes aux yeux), les crises s'enchaînent. J'en vois plusieurs, parfois pour des raisons anecdotiques : une feuille tombe d'un arbre. Elle arrive sur l'épaule d'une fille stressée. Elle se met à hurler. Toutes les filles autour d'elle partent en courant et créent un mouvement de panique. J'ai laissé ma salle aux pompiers et aux infirmiers. 9 filles sont « piquées », une vingtaine doivent absorber des médicaments. Alors que la crise semble se confiner, un nouvel acteur arrive : les parents d'élèves ! Ils ont été prévenus par leur enfant que le baclou est dans le lycée. Or, c'est contagieux ! Ils demandent donc de pouvoir repartir tout de suite avec leur enfant... La pagaille ! Une mère d'élève en arrive à hurler sur le proviseur adjoint, alors que celui-ci explique que l'on contrôle la situation... « vous ne pouvez pas le contrôler, vous ne pouvez pas comprendre ! ». Oui, la croyance est profondément ancrée chez certains. Une gamine de huit ans entrée on ne sait comment est là, et elle nous raconte ce qu'est le baclou, sans prononcer son nom (effet Voldemort !).

1 heure et 45 minutes plus tard, les élèves sont renvoyés chez eux. Le lycée est fermé l'après-midi.

Cette histoire peut paraître folle vue de métropole (ça l'est sans doute un peu!), mais ce n'est pas la première fois. Des collèges sur le fleuve ont connu ces crises les années précédentes, à de nombreuses reprises. Il y a même eu le cas d'un établissement ayant reçu la visite d'un porc-épic en 2015. Le mauvais œil là-bas ! Le collège a été fermé... une semaine !

[si vous voulez plus d'infos, je vous conseille cette petite vidéo [ici] sur les événements de l'année dernière dans une ville sur le fleuve ! L'article de presse sur le porc-épic ici, sur mon lycée ici]

 

Bref, la Guyane me réserve quelques surprises ! En dehors de ça, ce sont surtout quelques baignades (la découverte de la piscine de Mana, ci-dessous, fut bien sympa!), un concert, des Laotiens à Javouhay, un football, du vélo, et beaucoup de boulot !

La crise de Baclou

Heureusement, ce week-end, plusieurs activités : soirée poker, jeux de société, un nain saoul qui tire les cartes (jusqu'ici tout va bien!) et une sortie bateau ! J'avoue que j'ai, comme souvent, de la chance. Mon collègue, celui avec lequel je m'entends le mieux, a un bateau (qui a dit que je m'entends bien avec lui uniquement PARCE QU'il a un bateau?! ^^). Or, ce bateau est... chez nous ! Dans notre espèce de garage, appelé carbet (en vérité c'est un abri en bois sans mur, typique des amérindiens). Le collègue passe chez moi et me demande si ça me botte. Ni une, ni deux, vamos ! Et me voici naviguant sur le Maroni et vers la crique Balaté. 3 heures de balade, l'île aux lépreux (oui, oui, mais ils ne sont plus là, rassurez-vous!) et un bon bol d'air frais, avec le Surinam en point de vue. Elle est belle la vie. Sans baclou

La crise de Baclou
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La crise de Baclou
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18 septembre 2017 1 18 /09 /septembre /2017 20:54

Deux semaines. Il y a deux semaines de cela, j'étais « chez moi », dans ch'Nord quoi, et je me préparais. J'avais finalement décidé de rejoindre la Guyane, après une réflexion assez contradictoire : je ne voulais pas partir, ça me semblait clair. Et puis, au cours de la semaine, c'était devenu une évidence : j'allais m'en aller. J'ai encore un peu de mal à comprendre ce changement soudain, peut-être cet élan de folie qui me porte depuis plusieurs années. Ou cette envie insatiable de découvertes et de nouvelles rencontres. Qu'importe. Après qu'Air Caraïbes m'ait déposé avec ses traditionnelles 3 heures de retard, je suis recueilli par Justine à Cayenne. C'est elle qui me permet une adaptation en douceur : un visage connu, ça change tout ! Quelques discussions, un bon repas, et une vue matinale qui me donne une vague impression de ce qui m'attend : mère nature est là, et en bonne forme !

La Guyane, ça me gagne

Mercredi matin direction le centre-ville. La visite de Cayenne attendra, je suis déjà dans mon optique de rejoindre Saint-Laurent-du-Maroni, où je vais enseigner. C'est en bus que je traverse la Guyane du sud au nord, en suivant la route littorale (sans pour autant voir l'Océan). Saint-Laurent-du-Maroni (que j'appellerai désormais Saint-Lau) semble minuscule. Elle l'est ! 40 000 habitants, officiellement. Un super-U, le marché le mercredi et le samedi matin, le stade, quelques bars et restaurants. Je pense que j'ai déjà fait une grande partie de la ville après seulement deux semaines. Attention, c'est pourtant la sous-préfecture de l'ouest guyanais, et la deuxième plus grande ville du département (c'est comme ça que l'inspecteur me la vendait !).

 

Pas le temps de trop tergiverser, je suis en formation jeudi et vendredi. Je découvre mon lycée, certains de mes collègues, les coupures d'électricité (jusque 20 par jour... et c'est spécifique à mon lycée!). Après dix jours, je peux faire un petit point boulot : ça roule ! J'ai deux secondes, une première éco et deux premières gestion. Beaucoup de préparations de cours, forcément. En classe c'est plutôt calme et bosseur. Surtout, c'est un immense melting-pot : créoles, métropolitains, bushinengués (littéralement hommes de la forêt), Surinamais, Brésiliens et même quelques Amérindiens. Cela pose pas mal de questions de pédagogie (surtout au collège). Quelques trucs un peu chiants : je n'ai pas encore mes clefs de classe (car le monsieur doit aller à Cayenne la semaine dernière en refaire... bon j'attends toujours!), et je dois porter un pantalon. Non pas que je pensais y aller en caleçon ! Mais quand il fait plus de 30°C, c'est du sport !

Point météo : le soleil brillera jusque décembre. Quelques averses d'orage sont à prévoir. Les températures sont élevées et atteignent les 33°C à l'ombre. La nuit, il fait toujours 23°C. Revenant d'Inde, je ne suis pas choqué : je trouve même qu'il y a pas mal d'air ! (la plupart sont en désaccord avec moi, et le commerce de ventilateurs tourne à plein régime).

 

J'ai trouvé un logement dès mon premier week-end (cf. photos) : une colocation où nous sommes 5 (3 garçons, 2 filles... et j'ai fait passer le nombre de profs d'histoire à 3 !). Il y a de la place pour vous recevoir (et un matelas deux places). L'ambiance est sympa, ça facilite l'intégration.

La Guyane, ça me gagne
La Guyane, ça me gagne

Justement, celle-ci se révèle être très facile. J'ai un peu l'impression d'être dans un nouveau Erasmus, sauf qu'il n'y a que des Français et que nous sommes plutôt bien payés ! Je m'explique : beaucoup de métropolitains arrivent comme moi, sans famille, sans ami-e-s, bref, en solo ! Et tous sont dans la même optique : découvrir, et rencontrer. Dans ces conditions, tout le monde est ouvert d'esprit. Et même ceux qui sont là depuis une ou deux années me comprennent à mon arrivée : ils sont passés par là. Ainsi, on me prête une voiture alors que je suis arrivé depuis une heure ; on m'invite à des soirées sans même trop demander la permission à ceux qui l'organisent ; on me donne des coups de main pour m'installer... Je suis arrivé il y a deux semaines, et j'ai déjà l'impression d'être là depuis plusieurs mois ! Surtout, il y a le rythme. J'ai beau travailler, le rythme me semble très lent. Je peux faire beaucoup de choses, rencontrer du monde, aller en soirée, et il me reste encore du temps pour moi. Je ne comprends pas trop, je pense que la faible place de la télé (totalement absente) et d'Internet jouent beaucoup. C'est le retour dans une bulle, une bulle de présenteté. Pas de plan, pas de stress, hakuna matata.

 

Enfin (pour aujourd'hui, je vais éviter d'écrire un roman!), il y a les activités. Baignade dans le Maroni (c'est le fleuve), avec vue sur le Surinam. Baignade dans la crique crevette. Baignade à Awala, dans l'Atlantique Sud (cf. photos). Oui, je sais, ça fait beaucoup de baignades, mais à 40°C au soleil il faut me comprendre !

La Guyane, ça me gagne
La Guyane, ça me gagne
La Guyane, ça me gagne
La Guyane, ça me gagne

C'est assez loin de l'image que je me faisais de la Guyane... Car, quand je suis parti, j'imaginais la forêt dense, les araignées et l'humidité. Ca, c'est plutôt en s'enfonçant dans les terres. Sur le littoral, c'est ce genre de paysages que vous verrez. Ca donne envie, non ?

La Guyane, ça me gagne
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24 août 2017 4 24 /08 /août /2017 22:10

Je n'étais pas vraiment surpris par cet appel. Je m'y attendais. J'avais postulé. Et c'est le DOM le plus demandeur en professeurs. Mais, c'est étrange, mon état d'esprit est chamboulé.

 

Depuis mon retour d'Asie, et après un intermède en Europe de l'Est, je n'ai pas bougé. Un peu à la surprise de mon entourage. Deux mois, au même endroit, est-ce donc possible ? Pourtant, j'avais le temps. Pourtant, j'avais l'argent. Que manquait-il ? L'envie, assurément. J'ai eu l'envie de retrouver une bulle, ma bulle. Ma famille. Mes amis. Mon environnement. Et je m'y suis assoupi. Quelques films, une série, des journaux, quelques livres, du sport, des soirées, un peu de tourisme régional. J'ai pris le temps. J'ai ralenti. Je n'étais plus dans le « faire », « faire à tout prix », « faire beaucoup », « faire vite », « faire tout le temps ». Les gens me demandent pourtant : « qu'est-ce que tu as fait de ta dernière semaine ? ». Je suis en peine pour répondre. Je réfléchis. Une petite chose, puis une autre. De la généalogie. Des recherches sur mon village. J'ai vu cette personne, ou celle-là. Je suis allé interviewer ma grand-mère. J'ai regardé les arbres à côté de chez moi. […] Non, ça je ne le dis pas. Et, pourtant, j'ai passé un peu de temps à le faire.

Je suis bercé. Je suis comme pendant mes grandes vacances du lycée, sauf que j'ai quinze ans de plus, et le permis de conduire. Je joue moins au foot (à mon grand regret) et moins à l'ordinateur (quoique j'aie installé un jeu pendant plusieurs semaines). Parfois j'allais me coucher en regrettant un peu ma journée, son utilisation. Mais, souvent, ce n'était pas le cas.

 

Cet appel, ce fut comme l'alarme de mon réveil. Quoi, déjà ? Mais j'ai l'impression de m'être à peine endormi que tu sonnes ?!!! Oui, septembre arrive : la rentrée a lieu dans 10 jours. C'est donc reparti, et je souhaite enseigner. Mais où, telle est la question. Je n'ai pas (encore!) passé les concours de l'enseignement (Capes et Agreg). C'est volontaire. Je n'ai pas voulu prendre le temps. Et les conséquences m'effraient toujours un peu : ce serait la fin de ma liberté géographique (et pas que). Ne pas avoir le concours me permet de postuler dans d'autres académies sans demander la permission. Il se trouve que j'ai postulé pour la Guyane, la Martinique, la Guadeloupe et la Réunion. C'était, il y a peu, ce que je considérais comme mon plan A. Le plan B étant le Nord-Pas-de-Calais. Ce sont des postes de professeurs contractuels, ce que j'ai déjà fait l'année dernière pendant 4 mois (et ça m'a beaucoup plu). Certains s'inquiètent pour moi, que je ne trouve pas de poste... rassurez-vous, les besoins sont importants (je dirais même alarmants si vous êtes un parent d'élève, ou un citoyen français lambda!). De ce fait, j'étais serein. J'ai envoyé ma candidature il y a trois semaines. J'attendais le coup de fil.

 

Saint-Laurent-du-Maroni, Guyane. Professeur dans un lycée. Temps plein. Contrat à l'année (1er septembre-31 août). Mon billet d'avion me serait remboursé. Je devrais bénéficier d'une prime d'installation. Mon salaire est majoré (c'est le cas dans tous les DOM, car le coût de la vie est plus élevé) : il serait d'environ 2400€ net (en sachant que vous bénéficiez de 40% d'abattement au moment de payer les impôts). [à titre informatif, il est d'environ 1700€ en métropole pour un prof contractuel]

Un an en Guyane (?)

C'était hier. Depuis ça tournicote un peu dans mon cerveau. J'ai questionné deux personnes qui connaissent la Guyane, avec des ressentis différents. Je me suis donné jusque lundi, le temps d'en parler un peu autour de moi, le temps d'en parler avec moi-même (et le temps de recevoir la copie de mon casier judiciaire !).

 

Ça se joue clairement entre partir et rester. C'est un peu l'histoire de ma vie. Je suis souvent parti. Trop, peut-être. Ça joue sur ma situation personnelle (et mon célibat). Ça joue sur mes investissements à moyen terme, que je ne réalise pas (entrer dans des associations par exemple, et autres). Et ça joue sur mon équilibre. Partir c'est se mettre un énorme coup de pied au cul. J'arrive quelque part, tout est nouveau, et je dois m'adapter. Quand je reviens, je dois me réadapter, ce qui est tout aussi difficile (voire plus). Rester, c'est être sur un bateau suivant le cours d'une rivière calme et connue. Partir, c'est prendre une pirogue et se lancer dans un fleuve démonté et inconnu, que je devrais dompter.

 

Am I too old for this shit ? Suis-je trop vieux pour ces conneries ? Je commence à me poser la question, ça doit être le cap des 30 ans. Je sais que le tic tac va me rattraper. Mes très bons copains se marient. Ou font des enfants. Ou les deux. Ça achète des appartements, des maisons. Bref, ça dit au revoir à une certaine idée de la jeunesse, celle que j'ai prolongée allègrement, et sans regret. Pour le moment.

 

[Article en travaux, ma réflexion va avancer ce week-end]

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21 août 2017 1 21 /08 /août /2017 23:15

Le sang versé, les trottoirs maculés, les regards épouvantés, les cris des blessés. Et toi, dans ton fourgon, souriant, pensant prêcher la vérité. La haine te guide, aveugle et sourd, traître à ta patrie, traître à tes amis, traître à la vie. Mais tu ne m'auras pas, j'ai trop d'amour pour toi. Recherche ma haine, recherche ma colère, recherche ma vengeance. Recherche les ressentiments, les amalgames, recherche l'opposition fratricide. Ton ego te guide, ta soif de reconnaissance, l'envie d'être martyr, et de laisser ton nom. Pardonne-moi, je ne me souviendrai pas de toi, de vous. Tu seras d'ailleurs le dernier dont je me souviendrai. Pardonne-moi, je privilégie l'humanité toute entière. Pardonne-moi, j'ai trop d'amour. Pardonne-moi, j'aime trop la vie. Je suis sûr que le gamin qui sommeille toujours en toi me comprendra. Je suis sûr que dans un autre contexte nous serions amis. Ton dernier souffle, ton dernier regard. Tu es parti. Dommage, tu avais tellement de choses à découvrir. L'amour d'une femme, l'amour d'un enfant. Courir dans un champ, nager dans une rivière, te perdre dans une forêt. Tu n'as eu qu'un instant, tu n'as croqué qu'une bouchée. Pas le temps de la digérer, pas le temps d'y repenser. C'est déjà fini. Explosion et destruction. Course-poursuite dans un fourgon. Tu laisses la désolation. Dans les yeux des autres, des étrangers. Dans des yeux si familiers, dans les yeux de tes aînés. Les larmes coulent à mesure que le sang se répand. Mais je n'y arrive pas, pardonne-moi. Pas de haine naissante. Pas de colère. Pas de besoin de vengeance. Un peu d'incompréhension. Et une certitude qui se renforce : amour, toujours.

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16 août 2017 3 16 /08 /août /2017 07:17

Oui, j'ai un peu de retard au niveau cinéma (quelle idée de voyager !), mais je m'y remets tranquillement. En 2016, il y a du Leonardo Di Caprio, du Woody Allen, Brad Pitt ou Steven Spielberg ! Beau plateau !

Et, chose très rare pour moi, c'est un film de science-fiction qui remporte la mise ! Enfin, j'utiliserais plutôt le terme d'anticipation. Une bonne cuvée, hormis pour Mad Max.
 

Ridley Scott, Seul sur Mars (2015) : 16,5/20. Avec Matt Damon.

 

Une équipe de la NASA effectue des recherches sur la planète rouge. Une grande tempête éclate, et l'équipage doit quitter Mars. Mais l'un des astronautes est emporté avant le décollage. Il est déclaré mort. Cependant, Mark a survécu. Et il tente de survivre.

Film de science-fiction. Et pourtant, j'ai été passionné ! Du suspense, de la réflexion, et beaucoup de talent de la part de Ridley Scott et de Matt Damon, très convaincant. Un film qui fait rêver à des grands voyages !

 

Tom McCarthy, Spotlight (2015) : 16/20. Avec Mark Ruffalo, Michael Keaton, Stanley Tucci et Rachel Schreiber.

L’équipe d’investigation du plus grand journal de Boston, le Boston Globe, débute une enquête sur un prêtre soupçonné de pédophilie. A-t-il été protégé par sa hiérarchie ? Peu à peu, les journalistes se retrouvent confrontés à un vrai réseau…

L’histoire est basée sur une histoire vraie… Nul doute que ça donne envie de soutenir l’église, en tant qu’institution…

Oscar du meilleur film.

Lenny Abrahamson, Room (2015) : 16/20. Avec Brie Larson et Jacob Tremblay

Joy et son fils Jack sont dans une pièce. C’est leur chambre. C’est leur cuisine. C’est leur salon. Mais c’est aussi leur salle de sport, leur lieu de détente, et même le lieu de leur rêve (notamment grâce à ce velux au plafond). Pourquoi sont-ils là ? Qui est cet individu qui vient parfois la nuit ? Peuvent-ils sortir ? Et, si c’est le cas, comment le vivront-ils ?

Une claque. Pas seulement parce qu’il y a du suspense, et que la trame est très sombre. J’ai beaucoup apprécié la deuxième partie du film, qui n’est pas facile à traiter. Les deux acteurs sont fantastiques.

Oscar de la meilleure actrice pour Brie Larson. Le cinéma canadien se porte bien.

 

Alejandro González Iñárritu, The revenant (2015) : 14,5/20. Avec Leonardo Di Caprio et Tom Hardy.

Au début du XIXème siècle, un groupe de trappeurs se retrouve attaqué par des Indiens. Ils fuient la zone. Glass, le plus expérimenté d’entre-eux et le seul connaissant le chemin du retour, est alors attaqué par un grizzly. Il survit mais devient un handicap pour le groupe. Seuls 3 trappeurs restent avec lui, le temps qu’il décède. Son fils, conçu avec une indienne, fait partie du groupe. Fitzgerald aussi. Et il est plutôt pressé d’abandonner Glass…

Une grande fresque, avec un gros scénario et un bon jeu d’acteurs (notamment Di Caprio). Le côté historique m’intéresse beaucoup (c’est une zone indienne et française à la base, et les francophones jouent un rôle dans le film). Côté réalisme, il y a quelques détails qui clochent un peu (le froid notamment, l’eau gelée, les vêtements qui sèchent comme par miracle, la nourriture etc.).

Nommé 12 fois aux Oscars ! Mon cinquième film d’Inarritu, et le cinquième bon film !

 

Adam McKay, The Big Short : le casse du siècle (2015) : 14/20. Avec Brad Pitt, Christian Bale, Ryan Gosling, Steve Carell.

Plusieurs banquiers et courtiers découvrent par avance la spéculation intense sur le marché immobilier américain. Ils anticipent parfois dès 2005 l’éclatement de la bulle. Une position intenable alors que les profits explosent à cette époque.

Film basé sur des faits réels, ce qui donne encore plus de poids. Sensation étrange, pendant le film j’ai envie que la crise arrive, pour confirmer les calculs de Michael Burry. Inquiétant quand on pense au fonctionnement des marchés financiers.

Steven Spielberg, Le pont des espions (2015) : 14/20. Avec Tom Hanks.

James Donovan est un brillant avocat d'affaires, spécialisé dans les assurances. Il a participé aux procès de Nuremberg. Il décide de défendre Rudolf Abel, un espion russe. L'opinion publique est contre lui et réclame sa mort. Pourtant, il va se révéler utile.

Bon film d'espionnage, sans accroc. Il manque peut-être une prise de risque, une folie, pour que ce film devienne légendaire. Spielberg est impeccable, mais c'est tellement carré que ça ne s'envole pas totalement.

Les frères Coen au scénario, classe.

 

 

John Crowley, Brooklyn (2015) : 13/20. Avec Saoirse Ronan.

Eilis, irlandaise, décide de quitter son pays au début des années 1950 pour rejoindre les Etats-Unis. Effrayée avant le départ, malheureuse à son arrivée, elle tombe rapidement amoureuse d'un immigré italien. Mais alors qu'elle effectue un retour en Irlande, elle hésite à rentrer.

Cruel est le sort des migrants, partagés entre deux pays, deux cultures, deux vies. Impossible de les raccorder, entre deux océans. C'est ça que le film montre, c'est là où il me touche. Sinon peu de surprises.

 

Woody Allen, Cafe Society (2016) : 12,5/20. Avec Jesse Eisenberg, Kristen Stewart et Steve Carell.

Bobby, jeune juif de New York, décide de rejoindre son oncle, grand agent d’Hollywood. Il y rencontre la société mondaine du lieu, mais aussi Vonnie, son premier grand amour.

Un film à la Woody Allen, mélange de sentiments contrariés et de petites phrases rigolotes. Mis bout à bout, l’ensemble se révèle toutefois un peu léger et prévisible. Certes, l’esprit des années 1930 est bien représenté, mais le scénario manque de peps.

Mon 18ème Woody Allen, mais pas le meilleur !

 

George Miller, Mad Max : Fury Road (2015) : 9/20. Avec Tom Hardy, Charlize Theron.

Dans un monde post-apocalypse, les humains sont rassemblés sur un minuscule territoire gouverné par un dictateur, plutôt messianique. Il contrôle l'eau. Max, dépressif veuf, se retrouve arrêté par un gang fidèle au dictateur. Il donne son sang à l'un des soldats.
Furiosa trahit le dictateur en emportant ses femmes, devenues esclaves-pondeuses. Elle roule à toute allure afin de les emmener sur un territoire vert. Max les poursuit à son insu.

Hum. Science-fiction déjà. Scénario écrit sur un timbre-poste. Vroum Vroum. Boum Boum. Un air de déjà vu. Le premier Mad Max est meilleur, sur de nombreux points.
Salué par la critique. 6 oscars, really ?

Et mon oscar 2016 est attribué à...
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