1 juin 2022 3 01 /06 /juin /2022 14:03

« Hiiiiii aaaaaaahhhhhh ». Ce cri résonne encore dans mes oreilles. Chaque après-midi, sous la voûte, il est là, à hurler son hiiii ahhh, je l'entends depuis les préfabriqués où la chaleur est intenable et vous pousse à somnoler. C'est un réveil. Roland est là. Qui est ce Roland ? Est-il encore en vie ? Aucune idée, mais son cri et son visage sont ici.

3 ans à Ribot, c'est beau la vie

Il y a 17 ans, je passais mon bac. 17 ans, putain ! Du stress, j'en avais un peu. On sentait tous que c'était un moment important. Un rite de passage. Le bac, le permis, nos 18 ans, un triptyque qui allait signifier la liberté.

 

Quand je sors du collège de l'Esplanade, je suis content. Marre de certaines règles, marre de l'ambiance, une envie de voir autre chose. Et puis Ribot, c'est une réputation : un lycée où il fait bon vivre. Le jour de la rentrée, il y a l'appel, classe par classe, alors que nous sommes dans la grande cour. Pour moi, pas besoin d'attendre trop longtemps : la 2D2, avec quelques têtes connues : Camille, Angélique, Pauline, Vanessa et même Elsa, que je retrouve de l'école primaire. L'ambiance est d'entrée très bonne, et je me sens à ma place. Je travaille. Il faut dire que j'ai la pression : sur mon bulletin de fin de 3ème, on dit tout simplement que la transition au lycée risque d'être compliquée ! Alors je bûche un peu au premier trimestre, pour passer au-dessus de 12. Je n'ai pas une réelle marge de manœuvre et les lacunes héritées du collège plombent en partie ma moyenne (coucou les langues!). Le deuxième trimestre est déterminant : je travaille un peu plus encore. Et je passe au-dessus de 14. C'est bon, la transition est effectuée, je vais pouvoir travailler un peu moins et me reposer à nouveau en partie sur mes acquis !

3 ans à Ribot, c'est beau la vie

Car le lycée c'est une motivation limitée pour les cours. Pour la première fois, on regarde les filles. Magalie, Aurore, Stéphanie, Rose... y'a pas à dire, nous sommes servis ! Du haut de nos 15 ans, connaissant déjà tout du monde, nous parlons avec une voix muante, presque mutante [oui, je fais des néologismes], pleine d'affirmation. L'année de seconde est sans conteste la plus belle : les fêtes s'enchaînent, et l'année se termine au mois de mai sous le soleil au jardin public quand les 1ères et Terminales se doivent de réviser ! Ah, les cons ! On danse au son de Satisfaction de Benny Benassi, Kyo est en haut des charts, mais je garde ma préférence pour le rap : The Eminem Show, Graver dans la roche de Sniper, Psy4 et bien sûr, toujours la FF.

3 ans à Ribot, c'est beau la vie
3 ans à Ribot, c'est beau la vie

« Alors, tu l'as emballé ? » Pas vraiment, non. Parler aux filles, traîner avec des filles, ça, c'est plutôt facile. En embrasser une, c'est plus compliqué, et ma timidité deviendra petit à petit une légende de rue (la « révillonite », maladie consistant pour un garçon à apprécier une fille, la fille est d'accord, et il ne se passe rien. Je m'en suis remis tardivement!)

 

Au-delà des filles, il y a toujours le football. L'événement de l'année, c'est le tournoi du lycée ! On crée une équipe, et c'est un immense plaisir si on tombe contre les pions ! Encore plus si on les massacre ! Un tournoi qui nous réussit moyennement, on élimine des favoris, et on se fait sortir au tour d'après. Le syndrome français au tennis : un exploit, puis l'élimination directe contre un plus petit ! Je reprends du plaisir à jouer à l'Essor, je recrute même les copains de ma classe (coucou Benjamin et Yann) et se forme aussi peu à peu un groupe qui traînera bientôt devant les escaliers du forum.

Le forum ? Le lieu où il faut être vu, le lieu où les couples se tiennent la main, le lieu où l'on s'insulte un peu. Pour la bagarre, direction la voûte, et ça devient politisé (coucou les Skinheads!).

Nous, on a notre salle : la 121. On y cause, on y bosse, on y fait des Jungle Speed et des belotes. Ambiance bon enfant, en témoigne cette photo. 2 secondes plus tard, le proviseur entre dans la salle. Fou rire.

3 ans à Ribot, c'est beau la vie

La fin de la seconde est un peu dramatique : plus de 10 redoublants et réorientation. On dit au revoir à une partie du groupe, avec quelques larmes. Le lycée, c'est une sélection assez sévère au départ. Dommage, j'aimais la 2D2, et les batailles de neige de l'hiver sont gravées dans ma mémoire.

 

1ère. La classe explose en raison des spécialités. Je choisis 1ère ES, malgré le forcing de ma prof de chimie. Je découvre alors celui qui sera mon professeur préféré au lycée (on en a tous un) : Mr Carlier. Je le revois encore traversant la cour, lentement, très lentement, très très lentement. Il est aussi fan de foot, du RC Lens. A l'époque, j'ai un survêtement complet du PSG et une casquette iconique (et les filles passent leur temps à essayer de me la piquer!). Alors il ne me manque pas quand Paris perd. Et, à l'époque, il en faut du courage pour afficher les couleurs portées par Sammy Traoré et coachées par Guy Lacombe : défaite à domicile le 1er match contre Lorient avec un doublé de Fiorèse... Le 5 novembre 2006, Paris-Lens 1-3 (doublé de Daniel Cousin). Le lendemain, en classe, Mr Carlier s'assied, toujours lentement, ne dit pas un mot, et sort le journal L'Equipe, avec sa Une consacrée au match. Il met régulièrement le classement au tableau : à la fin des matchs aller, Lens est second, Paris est 16ème. Autant vous dire que c'est limite du harcèlement moral ! Les cinq défaites consécutives (Saint-Etienne, Sochaux, Sedan, Auxerre, Rennes... oui, que du lourd) manquent de me pousser au suicide alors que le club est 19ème. Heureusement, une victoire salvatrice à Bollaert me redonne le sourire. Beau joueur, j'achète l'Equipe, et je le pose sur le bureau de Mr Carlier.

En seconde et en première, je suis délégué. Je ne me souviens plus trop pourquoi j'ai postulé, mais je suis élu. Je vois l'envers du décor, les profs en conseil, les choix des compliments ou des félicitations (non, mais sérieusement, on s'en fout aujourd'hui en vérité!), et les blagues à l'encontre de certains élèves. A la fin de la première, je sens qu'on ne sert plus à grand chose, le bac fera juge de paix !

Le bac français, la SVT. Essayer d'avoir des points d'avance. 7 à l'écrit. 14 à l'oral, 13 en SVT. 8 points d'avance, ok, c'est pas fou, mais c'est mieux qu'avoir du retard.

3 ans à Ribot, c'est beau la vie
3 ans à Ribot, c'est beau la vie

En terminale, la classe est à nouveau bousculée, et hormis Yann et Benjamin, les autres disparaissent. Pas grave, c'est avec eux que je traîne. Mon groupe se recentre un peu plus encore sur l'ESSOR, et les soirées sont plus masculines. Certains commencent à avoir le permis, on parle de plus en plus de boîte de nuit au son de Bob Sinclar et de DHT (coucou le Té, Té, Téoria. Bon, en vérité ma première c'est les Jardins du Rosendael à Audruicq. On me proposera tout de suite de l'ecstasy). Mais ma vraie passion, c'est Football Manager. Les parties en réseaux existent désormais, et je passe mes soirées à faire des saisons avec le Werder de Brême ou même l'OM (on s'en fout, c'est qu'un jeu!). Alexandre et moi nous entraînons mutuellement, et j'ai le souvenir de réviser le bac en lisant mon cours devant une partie de FM et avec Roland Garros que Nadal commence à gagner cette année-là. Alexandre prendra l'option rattrapage, je pense que c'est un peu de ma faute (bon, la sienne aussi hein!).

3 ans à Ribot, c'est beau la vie

Le jour des résultats du bac. Direction la voûte. Le lieu de grand passage. Je me souviens l'année précédente d'une fille en pleurs devant son admission, disant que « c'était les plus belles années de sa vie ». Je suis moins sentimental, je le décroche, j'ai une mention AB (et mes sœurs radotent depuis des années qu'elles en ont eu une meilleure ! Oui, mais combien de Champions League ?!? Les chiffres ne mentent pas Mesdames, et mon palmarès à FM parle pour moi !). Quelques-uns restent au lycée, pour le BTS. De mon côté, direction Arras en histoire (après une hésitation avec économie... je ne serai pas le même homme!).

 

Qu'est-ce que je retiens de ces trois années ? La salle de perm' dans la cantine, une cantine qui justement n'était pas fameuse. Les TPE, le truc où tu as 6 mois pour faire quelque chose, et où tu fais tout la dernière semaine. Notre sujet, « La mondialisation du football », nous tenait pourtant à cœur ! Je me souviens aussi de la fatigue. Le lycée, c'est des journées très longues, de 8h à 17h40 (pourquoi cet horaire chelou?!), et, en rentrant, les devoirs. Je m'endors encore avec Skyrock, Romano me fait toujours rire, et si je crois être un adulte, je reste un grand ado. La fête de fin d'année, avec les dunks des basketteurs et le hip hop m'impressionne bien. Et j'ai encore des frissons en repensant à cette fille chantant « Elle est d'ailleurs » de Pierre Bachelet. Mais ça, c'était l'année suivante... j'étais pourtant à la fac, mais celle-ci est fermée avec un mouvement social (le CPE !). Pas cours, du temps, et une copine, la première, au lycée. Ribot, je reviens !

 

[honnêtement, quand je revois le lycée aujourd'hui, je pense à vous]

3 ans à Ribot, c'est beau la vie
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31 mai 2022 2 31 /05 /mai /2022 19:44

« À Saint-Omer, les réfugiés ukrainiens retapent les logements qu’ils peuvent ensuite habiter » La lecture des commentaires m'interpelle. « Honteux de voir sa nous on galère et eux il on le droit de tout » « tout pour les étrangers et rien pour nous. vive la France hein ». « Une honte ». Au-delà des quelques fautes, c'est surtout le ton. La colère. Une ambiance que je retrouve traditionnellement sur les articles à propos des « autres » migrants. Les Ukrainiens, jusque là, étaient plutôt préservés. 3 mois après le début de l'offensive, on commence à pointer du doigt les avantages de ces réfugiés. Pensez : ils ont dû quitter leur pays, leur maison, leur famille, leur école... et on les loge ! Inadmissible pour certaines et certains.

« Et tout les SDF de saint omer vous en faitez quoi messieurs le maire ». » « et du travail nos sdf rien mais eux 5 étoiles ». « mais les sdf français oui. qui pense à eux avant et au étrangers ensuite. » Intéressant de voir à quel point, dans ces moments-là, le SDF français devient tout à coup un être exceptionnel que l'on souhaite protéger. Je regarde les profils des commentateurs. Un agent de conditionnement, un jardinier, un gilet jaune, une auxiliaire de vie. Des milieux populaires. En clair, des gens plutôt pauvres. Et mécontents. Ils n'ont pas l'impression d'avoir été aidés dans leur vie. Ils en veulent au gouvernement. Je vois un profil pro-Marine le Pen. Non, ce n'est pas une surprise.

 

Au niveau national, plus de 8 millions de voix pour elle au premier tour, 2,5 M pour Zemmour. A eux deux, 30%. Au second tour, 41,5% des Français ayant voté ont choisi le Front National. Le chiffre me choque encore, et c'était presque pourtant un soulagement. C'est qu'autour de moi, les langues sont déliées depuis de nombreuses années. Le Pas-de-Calais a voté à 57,5% pour Marine le Pen au second tour, avec parfois des scores impressionnants (71% à Auchel ! ). Il y a 10 ans, je signalais déjà à Facebook les menaces de mort à l'encontre des migrants, notamment à Calais. A l'époque, le réseau social n'y trouvait rien à redire. Ça faisait du buzz, des clics, bref, de l'argent ! Depuis, la modération empêche les appels au meurtre, mais le fond du discours, lui, reste haineux.

 

Pourquoi une haine des plus pauvres à l'encontre des réfugiés ? Est-ce un mal français ? Pas tout à fait. Petit exemple que j'ai pu observer pendant mes études, en Afrique. Les réfugiés rwandais étaient nombreux en Ouganda dans les années 1970-80 en raison des pogroms qui s'étaient déroulés contre les Tutsis au moment de l'indépendance. D'abord bien accueillis, ils sont ensuite régulièrement pointés du doigt par une partie de la population locale. En effet, ils disposent dans les camps de réfugiés d'une distribution de nourriture et d'un accès à l'éducation, via les associations, ce que le gouvernement ougandais se révèle incapable de faire dans cette zone rurale. Injustice crient les habitants du coin ! On leur donne tout ! Et nous n'avons rien ! Le confort de ces étrangers provoquera des pogroms en 1982-83 contre les réfugiés rwandais, pogroms encouragés par quelques politiques avides de pouvoir.

 

Ce scénario existe ailleurs. Je ne pense donc pas que pointer du doigt les commentateurs racistes soit suffisant. Ça reste important, et je vais de temps en temps « au charbon » sur Facebook lorsque je vois trop d'âneries concentrées sur un article. Mais il faut plus. Ça passe par une lutte dans sa famille, ça passe par une lutte dans les conversations avec des ami.e.s, des proches, des collègues, des copains du foot etc. Ça passe aussi par un réveil des politiques, au niveau national ou local. Le mal-logement est un fléau, les prix n'arrêtent pas de monter, les gens se sentent délaissés, et la réponse n'est pas à la hauteur.

Mais, surtout, ça passe par une mobilisation réelle de la population qui n'est pas raciste. Malheureusement, mes proches ne souhaitent pas participer à ces débats. Très peu pour moi disent-ils. On observe, mais on se tient loin. On vit son propre bonheur, on ne veut pas se salir, on ne veut pas participer au débat public via les réseaux sociaux. Et on laisse ainsi le champ libre aux extrêmes, qui eux, sont omniprésents. Le danger, de plus en plus réel, est de voir leur nombre augmenter à mesure que nous abandonnons les espaces d'échanges. Oui, je sais, époque de merde où Facebook et Twitter sont les lieux du débat public. Mais c'est notre époque, et lui tourner le dos ne changera pas les choses. Engagez vous, mobilisez vous, car j'ai peur qu'un jour vous le regrettiez.

Ce racisme qui nous entoure
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4 avril 2022 1 04 /04 /avril /2022 15:18

A chaque élection, c'est le même questionnement (sans doute partagé par beaucoup!) : qui sera mon candidat/ma candidate, quel sera le parti pour qui je vais voter ? Depuis quelques années, mon vote est un peu plus tranché. Plus jeune, j'ai vogué selon les modes, sans avoir de réelles chapelles politiques. Je ne viens pas d'une famille très politisée, et j'ai fait mon apprentissage à force de lectures, de discussions, et, parfois, de débats passionnés. J'en suis ressorti avec quelques convictions profondes, notamment une lutte contre les extrêmes. Les études en histoire et les voyages m'ont très vite rapproché de la gauche. Depuis plusieurs années, c'est les Verts qui remportent mon suffrage. Je reste persuadé que la lutte contre le réchauffement climatique est le combat de notre siècle, un combat mondial, sans frontière, avec des enjeux comme rarement l'histoire en a connus.

C'est d'ailleurs en grande partie pour cela que je voterai pour Yannick Jadot ce dimanche. C'est un vote de conviction. L'environnement est la troisième préoccupation des Français d'après tous les sondages et, malgré le peu d'antenne pour cette thématique lors de la campagne, sa préservation est l'affaire de toutes et tous. « Oui, mais l'écologie ne devrait pas être l'apanage d'un seul parti ! » Certes, j'entends cette position. D'ailleurs, ils mettent tous un peu de vert dans leur programme. Mais il y a une vraie différence : pour les Verts, c'est l'écologie qui doit être la base du programme. Malheureusement, chez les autres, c'est souvent la variable d'ajustement qui disparaît à chaque fois que les conditions économiques ne sont pas réunies... à savoir 98% du temps ! Alors que c'est justement notre système économique qui détruit la planète. Notre président considère que l'on doit produire plus, c'est sa priorité du prochain quinquennat. Justement NON ! C'est l'inverse mon vieux ! Il faut produire moins en produisant mieux ! Des produits de merde pour 3 francs 6 sous venant de l'autre côté du monde, c'est ça le souci. On pompe notre planète en la détruisant pour satisfaire un système économique qui n'a pas de sens. Société de consommation qu'on nous dit. Société de surconsommation en fait. On ne répare plus rien, on jette constamment, on gâche les ressources, on pollue pour dix générations, du fond des océans à l'atmosphère. Quand on sait que le protoxyde d'azote présent dans les engrais reste 130 ans dans cette atmosphère, on peut se poser la question de son utilisation (surtout qu'il est 265 fois plus nocif que le CO²!).

« Oui, mais le réchauffement climatique, ce n'est pas la faute de l'homme ! ». Oui, j'entends encore ça sur le marché le samedi matin. Alors je débats. J'explique que 99% des articles de scientifiques confirment le rôle de l'humain, que la planète se réchauffe bien depuis l'ère préindustrielle, preuve en chiffres. Forcément, ces gens-là ne m'entendent pas, je suis d’ailleurs prêt à parier qu'ils ne m'écoutent pas ! Mais les autres, sur le marché, m'entendent et m'écoutent. « Vous avez bien de la patience ! ». C'est mon côté prof !

Bref. « Mais c'est Mélenchon la seule chance de la gauche ! ». Le vote utile. Ou efficace. Qui signifierait qu'il existe un vote inutile, mais passons. Non, ce ne sera pas Mélenchon pour moi. Oui, il est de gauche, et je ne lui reproche certainement pas ce critère. Mais ce n'est pas moi. Au-delà du personnage, parfois colérique et caricatural au cours des dernières années (tout en étant calme et très bon tribun pendant la campagne), c'est surtout ses positions politiques qui m'éloignent de lui. Ne serait-ce que la politique étrangère. Pour moi, Cuba est une grande dictature avec un parti unique depuis 60 ans, et la Chine a bien envahi le Tibet en 1959. Pour moi, la Russie n'est pas « un partenaire fiable » comme il le disait encore il y a 6 mois. Pour moi, le grand méchant loup n'est pas toujours les États-Unis (ce n'est pas une blanche colombe non plus, ne me faites pas dire ce que je n'ai pas écrit ! ). Pour moi l'Union Européenne est une excellente idée (sans forcément être bien réalisée). Ne pas être d'accord avec l'UE, certes. Laisser parfois entendre que l'on pourrait en sortir, c'est une bêtise à mes yeux. Un peu comme si je disais : la France ne fonctionne pas, je la quitte pour un Pas-de-Calais indépendant. Non, vaut mieux la changer de l'intérieur. La position LFI sur le pass vaccinal (et pire encore la reprise complotiste du passeport vaccinal pensé par l'UE avant le COVID) me dérange. Je n'aime pas lorsque l'on tape violemment sur la presse (traiter le Petit Journal de « facho »... comprends pas), ni sur la justice (la République ce n’est pas toi mon vieux, c’est NOUS !) Et, enfin, j'ai énormément de mal avec les trolls LFI qui polluent tous les débats internet.

« Oui, mais les sondages... ». J'en ai marre des sondages. Tous les jours, depuis six mois, on nous gave de sondages, en vendant un duel Macron-Le Pen, puis en expliquant que Zemmour pourrait être au second tour, et même Pécresse ! Les sondages ne doivent pas dicter nos choix. C'est leur faire beaucoup trop d'honneur. Qu'ils ne méritent pas. Incapables de voir Le Pen au second tour en 2002, incapables de voir Trump gagner en 2016, incapables de prédire le Brexit la même année. Des charlatans, occupant une place centrale dans notre système démocratique, influençant de plus en plus les votes. Aujourd'hui, le premier critère expliquant le vote Mélenchon est justement le « vote utile ». C'est un vrai problème. Et LFI serait d'accord avec moi si la situation était inversée.

« Oui, mais Jadot, c'est quoi ses idées ? ». Allez, petit top 15 de mon vote de conviction :

- Nationalisation d'EDF pour accélérer la transition

- Engager la France vers le 100% d'énergies renouvelables

- Une France zéro déchet, avec une TVA réduite pour les services de réparation

- ISF climatique

- Augmentation du SMIC à 1500€ nets

- Vers une réduction du temps de travail tout au long de la vie

- embauche de 100 000 infirmier.ères

- doublement des effectifs des étudiants en médecine

- revalorisation du salaire des enseignants

- loi limitant la concentration des médias

- obligation d'égalité salariale homme-femme

- instauration d'un salaire minimum européen

- réinvestir dans le train à hauteur de 4 milliards par an

- reconnaissance des droits des animaux et fin de l'élevage en cage

- baisse de 50% de la consommation énergétique des logements (10 milliards par an)

Pourquoi vais-je voter Jadot ? (et pas Mélenchon)
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16 février 2022 3 16 /02 /février /2022 09:04

En janvier 2007, un certain Steve Jobs annonçait une révolution : l'IPhone. Depuis, plusieurs milliards de modèles ont été vendus, et les smartphones ont remplacé les BlackBerry et Nokia3310 dans nos poches. Et moi, depuis 15 ans, en résistance. Un téléphone à clapet, très résistant lui aussi, capable d'appeler et d'envoyer des sms. Certes, il ne reçoit pas les MMS ou les smileys, ne se connecte pas à Internet, et faisait rire mes élèves. Mais c'était avant tout un principe : je ne veux pas devenir esclave de la machine.


Est-ce que le COVID a tout chamboulé ? Le monde d'après, c'est donc cela ?!? Car, depuis deux semaines, j'ai un smartphone dans la poche. Tremblement de terre à Saint-Omer.


Comment en est-on arrivé là ? C'est l'histoire d'un engagement. Fin décembre, à la fin de mon contrat avec l'éducation nationale, prenant acte du fait que l'administration ne me payait pas mes vacances et le week-end entre deux contrats (vraiment une arnaque), je décidais de lâcher le travail d'enseignant contractuel. Pour un temps du moins. En janvier, j'écrivais. Tout se passait bien, 9 chapitres sur 10 d'un livre d'histoire locale (on y reviendra) quand, tout à coup (oui, c'est un vrai rebondissement!), je vois passer une offre pour un travail un peu particulier, qui commence le 1er février, et se termine le 8 avril. Un contrat de deux mois, parfait pour quelqu'un comme moi qui n'aime pas perdre sa liberté. Une nouvelle expérience, des rencontres, un nouveau mode de travail, que dis-je, un nouveau mode de vie.


« Bon, mec, tu nous dis ce que c'est?! ». D'accord. Depuis deux semaines, je suis chargé de mobilisation sur le Nord-Pas-de-Calais pour la campagne des présidentielles de Yannick Jadot. Métier un peu différent, on ne va pas se le cacher : je suis régulièrement en réunion avec Paris, j'essaie de bien structurer des comités locaux, je suis à l’affût des livraisons de matériel, et je développe la communication numérique.

Sauf que, gros bémol, il fallait avoir un smartphone. Et pour cause : nous communiquons par Telegram et je m'occupe d'une application (Jadot2022, n'hésitez pas à vous inscrire). Oui, moi, n'ayant pas eu de smartphone pendant quinze ans, je gère une appli. Étonnant, non ?

Alors je suis allé ouvrir une nouvelle ligne, et j'ai récupéré un smartphone qui traînait dans un appart. Me voici donc désormais dans le monde merveilleux des gens connectés, recevant des notifications souvent inutiles, voyant la batterie fondre à vue d’œil, et étant capable de faire un partage de connexion. Formidable.

Mais rassurez-vous, si ce smartphone occupe la poche gauche, je garde bien précieusement mon téléphone à clapet dans la poche droite. Question de principe. Votez !

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30 décembre 2021 4 30 /12 /décembre /2021 09:51

J'ai besoin d'écrire. Ça fait plusieurs semaines, j'ai des thèmes en stock, et, pourtant, je ne prends pas le temps de le faire. C'est un peu comme courir : on sait tous que ça nous fait du bien, mais on trouve toujours une excuse pour faire autre chose. Là, c'est les vacances, et je suis au bout de ma table, seul, avec deux heures devant moi. C'est parti.

 

Aujourd'hui, je reviens sur cette drôle d'année 2021, dans la continuité de 2020. Car, sans aucun doute, on parle d'une année COVID. Le premier confinement, « le vrai », made in 2020, nous a le plus marqué, mais je n'oublie pas que 2021 a commencé sous couvre-feu. Couvre-feu qui datait de début décembre pour le Nord-Pas-de-Calais, et qui a duré jusqu'au... 20 juin. Oui, six mois de notre année à regarder l'heure pour ne pas être en dehors des clous, à se balader avec des papiers justifiant le fait de travailler pour revenir tard... enfin, quand je dis tard, je parle tout de même de 18h. Extinction des feux à 18h pendant deux mois. C'est fou quand on y pense. Surtout que cela a signifié 6 mois sans bar, restaurant, cinéma ou tout autre spectacle.

2021 a été grecque, puisque nous sommes passés du variant Alpha au variant Delta, puis nous terminons avec Omicron. Font chier ces Grecs.

Heureusement, le vaccin est là... Bon, j'avoue, j'espérais plus de ces vaccins. Il faut dire qu'ils étaient vendus avec des chiffres presque parfaits : 95% d'efficacité pour Pfizer après deux doses, 94% pour Moderna. J'espérais, comme beaucoup je crois, un retour à une vie normale : sans masque, en serrant des mains et en claquant des bises. Le COVID 2020, d'accord, mais la suite... c'est comme au cinéma, on n'aime rarement le numéro 2. Il se trouve que les variants font chuter l'efficacité des vaccins (surtout Omicron), et, s'ils préservent des vies (l'objectif initial), ils ne permettent pas de faire tomber les masques.

 

Ce masque, je l'ai donc porté chaque jour au travail. Car 2021 fut une année de boulot. Les six premiers mois ? C'est quasiment la totalité de mes « heures de liberté » que j'ai passées à enseigner au lycée. J'avais quatre niveaux, et j'ai bûché dur pour parvenir à faire mes cours en temps et en heure. Enseigner est un métier formidable. J'adore les élèves, ils me le rendent bien, et cela m'a permis de tenir sur la durée (car la route St-O-Dunkerque, j'en ai un peu ma claque!). J'ai même hésité à passer le concours interne cette année. Une autre fois, peut-être.

2021, le Zapping

Qu'a-t-on fait de nos week-ends avec couvre-feu ? Des scrabbles. Des jeux de société. De la course à pied. Et nous avons redécouvert la région. Des Caps à Oye-Plage, en passant par Acquin-Westbécourt et Fauquembergues. Comment ça ce n'est pas sexy ? Notre région est formidable, et randonner avec un être cher vaut tous les Pérou.

2021, le Zapping

J'ai commencé 2021 en couple, je finis 2021 en couple. Champagne ! C'est sans aucun doute ce qui marquera le plus cette année : je me suis mis en ménage comme disent les anciens. J'ai re-re-re-re-re-re-re-re-re-re-re-redéménagé (12 fois sur les 15 dernières années, autant vous dire que j'ai bien fait le tri dans mes affaires), cette fois à un kilomètre. Rue de Dunkerque. Tout un symbole. Je vis aujourd'hui avec une fille, et, une semaine sur deux, avec trois enfants. Certains me promettaient l'enfer. En vérité, tout est très simple. C'est d'ailleurs la clef de cette réussite amoureuse : c'est simple, c'est limpide (« simple, efficace » → private joke), il n'y a pas de prise de tête, bref, que du bonheur. Je me suis retrouvé dans un rôle de « demi-papa » qui, finalement, me sied bien. Jouer au foot ou à des jeux de société... en fait, c'est parfait, car j'étais déjà un vrai gamin !

En cette fin d'année, nous avons même fait une offre pour une maison. Et si ça n'est finalement pas celle-ci, ce n'est pas très grave car c'était tout un symbole. Moi, le type qui n'a jamais fait de prêt (car il n'achète rien), je me retrouvais chez un banquier avec une fille pour parler taux d'intérêt et capital.

 

J'ai vieilli. Au-delà de cette conversation de vieux, j'ai toujours pensé que ce qui faisait basculer vers l'âge adulte était le triptyque « travail, maison, enfant ». J'ai sans aucun doute réussi à prolonger ma jeunesse au-delà du raisonnable, mais j'étais de plus en plus dans les cordes. Aujourd'hui, si on me propose de sortir en boîte, je souris (mec, je suis trop vieux pour ces conneries). Et, le pire du pire : je ne dors plus après 10h. Moi, qui étais capable de faire minuit-midi, j'ai aujourd'hui un réveil interne qui me fait émerger quasi tout le temps avant 9h. A ce rythme-là, dans 10 ans, je me réveille à 6h30 tous les matins.

Je suis aussi devenu tonton. Une première (ça va, mes soeurs ont largement attendu !), et une petite fille qui donnerait à tous l'envie de procréer tellement elle est facile et souriante. Un rôle qui va me plaire !

 

En 2021 nous avons pu voyager. Le monde s'est ré-ouvert cet été, et dès le 5 juillet nous avons filé en Géorgie. Une bouffée de liberté dans un pays où nous n'entendions plus les termes COVID et masque. Dans l'ancien bloc soviétique, nous avons fait du stop, de longues heures de bus, randonné dans des montagnes et longé la mer Noire. Une autre culture, une autre langue... c'était sexy. Surtout main dans la main.

Jusque-là, j'avais fait rêver ma moitié en l'emmenant à Charleville-Mézières. Différent. Nous avons aussi passé la frontière pour retrouver Gand ou Waterloo. Nous sommes descendus à Marseille et St Maximin pour Noël, avons visité la baie de Somme. Et puis nous avons repris l'avion pour la Réunion [prendre l'avion me questionne de plus en plus, j'y reviendrai le jour où j'ai deux heures devant moi au bout d'une table]. C'est parti pour mon dernier DOM historique, avec des retrouvailles en perspective. Les potes nous ont bien aidé sur place (merci Ju pour la voiture, merci Olivier pour l'appart), et cette île est juste incroyable. Des volcans, des cirques, que de randonnées possibles !

2021, le Zapping

2021 fut du sport. J'ai continué le football, et je reste persuadé que j'y passe certaines des meilleures heures de ma vie. J'ai fait un trail à Clairmarais (où l'on s'est perdu, merci la signalisation!) et, surtout, j'ai escaladé l'Alpe d'Huez à vélo. Et ça, c'est classe !

2021, le Zapping

De manière générale, j'ai tout de même eu l'impression de moins voir les copains-copines. La double lame COVID-être en couple explique ceci. Cela me frustre un peu de n'avoir vu mes potes de fac qu'une fois dans l'année, de ne pas être descendu dans le sud-ouest ou de ne pas faire plus d'aller-retour à Lille, Arras ou Paris. Le temps n'est pas extensible, je le conçois, et la vie est toujours une question de choix. Je ne les oublie pas. Et j'ai mis de côté mes questionnements écolos pour passer du temps avec eux à Budapest pour un EVG. Absurdité environnementale, sans doute. Mais 4 jours avec des copains, c'est vraiment chouette.

2021, le Zapping

D'ailleurs, en parlant d'écologie, j'ai été candidat à des élections. L'engagement politique était régulièrement dans mes réflexions, et le fait d'avoir sauté le pas me satisfait. C'était assez fatiguant à combiner avec le boulot et la vie privée, mais je ne regrette en rien. Et, si c'était à refaire, je n'hésiterais pas longtemps. Le jeu en vaut la chandelle. Et ce n'est pas les dernières évolutions du climat au niveau local ou international qui me feront changer d'avis. La Terre se réchauffe, nous sommes tous responsables (moi le premier), et nous pouvons tous faire quelque chose (moi le premier). D'ailleurs, il va falloir réfléchir aux bonnes résolutions pour 2022... [à suivre]

2021, le Zapping
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27 juillet 2021 2 27 /07 /juillet /2021 11:02

L'alphabet géorgien comporte 33 lettres. Surtout, il est très différent du nôtre, le preuve, je vais vous emmener aujourd'hui à დავითგარეჯის სამონასტრო კომპლექსი, c'est à dire au monastère de David Garejda ! Oui, pas facile à lire, nous sommes bien d'accord, mais les panneaux et les menus sont quasiment toujours traduits en anglais (quelques exceptions pour les bus). Et, malgré un premier abord un peu bourru, les Géorgiens sont très sympas, et à chaque fois disponibles pour nous aider... en russe ! C'est que les touristes rencontrés viennent très souvent de l'ancien bloc soviétique, des Ukrainiens, des Biélorusses, et même des Kazakhs (que nous avons guidés un jour pour trouver un bus). Notre russe étant à peu près équivalent à notre géorgien, cela ne facilite pas les grandes conversations. Nous en sommes donc souvent restés aux bases : manger, bus, combien, et Mbappé/Zidane/Platini (selon la génération de notre locuteur!). Un échange assez amusant a d'ailleurs eu lieu dans un taxi géorgien dans un mélange de portugais et d'espagnol (le football aide beaucoup en voyage).

 

Bref, direction David Garedja, monastère du VIème siècle situé à la frontière de l'Azerbaïdjan... tellement à la frontière que l'Azerbaïdjan dit que le monastère est en partie chez elle ! Les Géorgiens ne sont pas tout à fait d'accord, et on rencontre bizarrement des militaires sur les lieux. La route pour les rejoindre devient quasi-désertique, on traverse des steppes, et on arrive enfin dans un lieu qui fait très montagne colorée péruvienne (les touristes en moins). Splendide ! Le monastère est encore habité par des moines vivant dans des petites maisons troglodytes (la spécialité du pays, j'y reviendrai).

Les joies du Caucase
Les joies du Caucase

Nous sommes alors logés à Sighnaghi, chez une mamy qui nous répète inlassablement « kuche kuche », ce qui veut dire « mangez, mangez ». Son petit-déjeuner est d'ailleurs un exemple parfait : des tomates et des concombres à chaque fois, des œufs, des saucisses, des pavés de viande ou de fromage, des fruits, du pain (excellent soit dit en passant, et nous sommes difficiles car Français), un peu de confiture, thé ou café. Les pains au chocolat (ou chocolatines) m'ont un peu manqué, mais l'ensemble permettait de tenir un bonne partie de la journée !

Les joies du Caucase

Sighnaghi est « la ville de l'amour » en Géorgie, une mini-bourgade un peu western vivant du tourisme et de sa région viticole (le vin est l'une des spécialités géorgiennes). C'est un lieu adéquat pour rayonner dans l'Est du pays. Nous avons également découvert Telavi, pas ouf, avec le monastère d'Alaverdi à quelques kilomètres. A refaire, c'est sans doute une étape que nous éviterions.

Les joies du Caucase
Les joies du Caucase

Après la découverte du Sud-Est, direction le Nord ! Du bus, un taxi, de très longues heures de trajet pour arriver dans le district de Kazbegi, à Stephantsminda (ce qui veut tout simplement dire Saint-Etienne!). Nous avons alors longé le territoire sécessionniste d'Ossétie du Sud, totalement interdit d'accès depuis la Géorgie, et sommes à la frontière russe. C'est l'occasion d'un petit point géopolitique : la situation de l'Ossétie du Sud et de l'Abkhazie, la première demandant à être rattachée à la Russie, la seconde à être indépendante. Sur le terrain, c'est bien ce qui se passe. La guerre en 2008 en Ossétie du Sud a confirmé la situation prévalant depuis la chute de l'URSS, et qui ressemble désormais à la Crimée. Diplomatiquement, seul 5 pays ont reconnu cette situation (dont la Venezuela, la Syrie et... la Russie).

Les joies du Caucase

Assez de politique... savourons un lever de soleil sur le mont Kazbek, à 5 047 mètres d'altitude !

Les joies du Caucase

Cette vue depuis notre chambre fut sans aucun doute LE grand moment du voyage. Deux jours de randonnée à travers les montagnes, avec canyon et cascades au menu (et toujours un monastère en entrée!). Le lieu vaut clairement le détour. On en profite pour faire un peu de stop... la première fois pour ma partenaire de voyage ! A l'arrière d'une petite voiture, coincée entre un gros Géorgien et moi (un peu moins gros!), elle me permet de me rendre compte des petites folies qui me parcourent parfois : faire du stop dans un pays où nous ne parlons pas trois mots, se retrouver dans un tunnel totalement sombre, avec... des vaches au milieu de la route (car il n'y a pas de clôture dans le pays, ce qui nous a garanti des brusques sursauts en bus tout au long du séjour!).

Les joies du Caucase
Les joies du Caucase
Les joies du Caucase
Les joies du Caucase

Et maintenant, direction la Mer Noire !

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26 juillet 2021 1 26 /07 /juillet /2021 09:23

Le monde d'avant avait pour moi des saveurs exotiques, des langues inconnues, des cultures très différentes. Il squattait sur Couchsurfing, il avançait le pouce levé, et il observait les sourires au coin des rues bondées. Il commençait souvent devant un planisphère, là où le champ des possibles semblait infini. Mais ça, c'était avant.

Aujourd'hui, ma carte du monde est très différente, elle a l'allure de celle faite par le ministère des affaires étrangères en temps de crise, avec beaucoup de rouge, un peu de orange et un peu de vert.

 

Orange. La Géorgie. Ce pays m'attire depuis plusieurs années : entre mer et montagne, l'aire post-soviétique, les conflits avec la Russie, la religion orthodoxe... cet ensemble me paraissait sexy, et a été validé par ma partenaire de voyage. Passeport dans la poche, sac sur le dos, c'est reparti comme en 40 ! (sauf que j'ai cette fois mon certificat de vaccination et un test PCR... léger détail!). Les queues interminables des aéroports, essayer de dormir dans un avion, escale à Istanbul, 15 heures de voyage porte à porte, pour une arrivée à Tbilissi au petit matin, fracassés comme rarement. La chambre n'est pas disponible, nous voici alors à errer en mode zombies dans une capitale déserte (hormis des chiens errants et quelques soûlards), en se demandant, comme à chaque début de voyage, ce qu'on fout là ! Nous finissons par nous réfugier dans le hall de l'hôtel où nous nous endormons lamentablement, ce qui semble bizarrement accélérer la mise à disposition de notre chambre (le manager devant craindre pour l'image de son hôtel avec deux marginaux affalés dans les canapés !)

 

Tbilissi, 1,2 millions d'habitants (près d'un tiers de la population totale de Géorgie), est une ville que nous avons eu du mal à saisir les premières heures, les premiers jours. C'est d'ailleurs à la toute fin de notre périple, alors que nous avions deux jours supplémentaires (notamment pour faire un nouveau test PCR), que nous avons peu à peu cerné la capitale. C'est un joyeux mélange d'histoire millénaire, avec des monastères, des statues, une forteresse... bref, des vieilles pierres, combinés à l'influence iranienne dans une mosquée, son bazar, ses bains (un régal!), combinés à l'influence russe puis soviétique dans des bâtiments classiques puis des immeubles en béton de 5 étages (les fameux Khrouchtchevka) et enfin, combinés au renouveau du XXIème siècle fortement influencé par le modèle occidental, avec constructions contemporaines et grands délires d'architectes.

Dire que nous avons aimé au départ serait mentir, dire que nous avons aimé à la fin du voyage est une réalité. Tbilissi, une de ces villes qui nécessite du temps pour l'apprivoiser.

Georgia on my mind
Georgia on my mind
Georgia on my mind
Georgia on my mind
Georgia on my mind
Georgia on my mind
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Le pays est très religieux (toujours cocasse quand on pense que les Soviétiques ont interdit de facto la pratique pendant des décennies... peut-être le plus grand échec!) : chronologiquement, ce fut le troisième État à entrer dans la chrétienté (après l'Arménie et l’Éthiopie). Les monastères furent ainsi des étapes incontournables au cours du voyage. Pour y entrer, tenue correcte exigée : pas d'épaules dénudées, genoux recouverts, et voile pour les femmes. Pas tout à fait la tenue que nous portions (à notre décharge, il fait régulièrement 35°C). Heureusement, des voiles sont souvent disponibles dans l'entrée des édifices (pas très COVID tout ça!), comme ici, au monastère de Djvari, construit au VIème siècle, et intégré à la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO. Le lieu vaut plus pour sa localisation que pour son intérieur. A quelques encablures, la ville de Mtskheta, ville sainte, l'ancienne capitale du royaume d'Ibérie (à l'époque grecque et romaine, le pays actuel est divisé en deux, avec la Colchide à l'Ouest et l'Ibérie à l'Est, on retrouve à plusieurs reprises l'influence d'Athènes puis de Rome dans la région, mais aussi le royaume du Pont et de Parthe... ah, nos cours d'histoire antique...).

Georgia on my mind
Georgia on my mind
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Pour finir, une petite image amusante dans le centre-ville. Car la Géorgie est un pays qui, géopolitiquement parlant, est très intéressant. [à suivre !]

Georgia on my mind
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3 juillet 2021 6 03 /07 /juillet /2021 17:52

Vivre ses rêves.

14 km, 21 lacets.

Honnêtement, nous partions dans l'inconnu. Pensez : aucun de nous deux n'avait mis les fesses sur un vélo de route auparavant ! Les seuls cols que j'ai montés s'appellent le mont Cassel, à 176 mètres d'altitude et la « montagne » de Watten à 72 mètres d'altitude... Là, la station de l'Alpe d'Huez trône fièrement à 1 850 mètres.

Nous récupérons notre vélo. Ultra-léger, en carbone. Nous apprenons à changer les vitesses. « C'est quoi la plus petite ? » « Ok, laissez-là ! ». Car oui, nous n'avons pas prévu d'aller très vite. Notre challenge est clair : arriver en haut sans poser le pied à terre. Niveau temps, nous pensons faire 2h30. Oui, 2h30 à monter ! Drôle d'idée tout de même.

Grimper l'Alpe d'Huez

Et nous voici, un peu fier, un peu craintif, prêt à partir à l'assaut du mythe.

Nous avons un peu étudié le profil. Le premier kilomètre est roulant avant de faire deux kilomètres à plus de 10% de moyenne. Ne pas se cramer, c'est la priorité. Alors nous montons tranquillement, aux alentours de 7 km/h. La météo est parfaite, pas un nuage à l'horizon. Il ne fait pas très chaud, il faut dire qu'il est 9h30. Je garde mon K-Way quand Olivier décide de ne pas l'embarquer.

 

Ce qui est génial dans cette ascension, ce sont les lacets numérotés. Nous voyons le premier panneau, 21. Puis, comme un vulgaire décompte de Nouvel An, les nombres défilent. Sur le compteur, le chiffre 8km/h reste présent. Parfois 7,5km/h, parfois 8,5km/h. Rarement au-delà, sauf dans les virages où l'on peut plus facilement tourner les jambes.

 

La gourde dans la main, je regarde le paysage. Peu à peu, nous gagnons de la hauteur. Nous voyons Bourg d'Oisans de plus en plus loin, de plus en plus bas. « Ah, oui, on a déjà fait tout ça ». Nous nous rendons rapidement compte que nous arriverons en haut sans poser le pied à terre. Le challenge sera réussi. Alors nous pouvons savourer, regarder les montagnes environnantes, sans trop de souffrance.

Honnêtement, j'imaginais l'Alpe d'Huez beaucoup plus difficile. C'est en fait un col très régulier, une fois que tu trouves ton rythme, tu peux y arriver. Alors, oui, forcément, le fait d'être sportif aide, ne mentons pas. Nous avions tout deux fait un peu de vélo ces derniers mois (entre le boulot et une campagne électorale!). Mais sans être des fadas de bicyclette, nous avons enchaîné les virages portant les noms d'anciens vainqueurs. En gardant le sourire. En prenant une petite pâte de fruit. En se faisant doubler par des « vrais », ceux qui avaient la tenue complète, les chaussures etc. quand je pédalais avec mes chaussures de course à pied tout en arborant mon maillot de l'équipe de France.

Une fois, une fois seulement, nous avons rattrapé un autre cycliste. Nous n'étions pas peu fiers. Bon, à l'observer de plus près, il trimballait des bagages ! (on le retrouvera en haut, un Néerlandais en vacance, avec un vélo qui pesait plus de 30 kg!).

 

Pas grave, nous ne sommes pas là pour ça. 7ème kilomètre, un photographe est là pour capter le moment.

Grimper l'Alpe d'Huez

10ème kilomètres. Le plus dur est derrière nous. Ça remonte parfois un peu plus raide, puis le pourcentage diminue. On passe les 8km/h, 8,5km/h puis 9km/h. Nous voyons la station, nous entrons dedans. Nous suivons le parcours « tour de France », pas toujours bien indiqué soit dit en passant. Et nous y sommes. Des cyclistes sont garés. Nous posons le pied à terre. 1H45. Facile.

 

Je sais qu'Olivier n'aime pas que j'utilise ce mot là, mais vraiment, je m'attendais à bien pire. La comparaison avec le marathon notamment, me faisait un peu peur. Là, ça reste accessible à toutes celles et tous ceux qui pédalent de temps en temps. Et, je vous promets, nous n'avions pas d'assistance électrique ! Après, d'autres cols sont sans doute plus difficiles, et l'expérience me donne envie de me frotter au mont Ventoux un de ces jours ! (si ça vous intéresse !).

Quant à la descente... un régal ! Moins de 25 minutes, à simplement jouer avec le frein ! Par contre, une fois un camion rattrapée, j'étais bloqué !

 

Ce voyage fut aussi l'occasion de découvrir Grenoble, belle ville, belle vue, avec la part belle aux vélos et aux piétons (comme quoi des maires écolos c'est sympa!).

Grimper l'Alpe d'Huez
Grimper l'Alpe d'Huez
Grimper l'Alpe d'Huez

Quand à la liste des rêves à vivre avant de mourir, elle diminue petit à petit. Plutôt bon signe.

Tiens, et si je repartais en voyage ?!

1- Parc des Princes

Voir les Pyramides

Grimper sur la Tour Eiffel

Visiter Amsterdam

5 - Faire du stop

Tour d’Europe

Istanbul

Voir l’Océan Arctique

Statue de la liberté

10 - Prendre le transsibérien

Marcher sur la Grande Muraille

Colombey-les-Deux-Églises avec l’ami Lucas

Être heureux

Faire un doctorat

15 - Réaliser mon arbre généalogique

Courir un marathon

Regarder l’ensemble des vainqueurs de l’Oscar du meilleur film

Sauter en parachute

Visiter l’Inde

20 - Le carnaval de Rio de Janeiro

Aller à Jérusalem tout en ayant lu la Bible

Île de Pâques

Être quadrilingue

Écrire un livre

25 - Voir la politique d’un peu plus près

Monter l'Alpe d'Huez sur un vélo

Traverser un océan en bateau

Jouer au foot en Antarctique

Voir Rome

30 - Aller à la Mecque tout en ayant lu le Coran

Avoir des enfants

Observer un volcan en éruption

Road 66

Escalader le Kilimandjaro

35 - Faire un pèlerinage

Emprunter la route de la soie

Assister à une finale de coupe du monde

Être capable de jouer mon aria préféré de Bach au piano (ouverture n°3 en ré majeur, air on the G string, + Prélude en do majeur)

Réaliser mon autoportrait avec un style de Rembrant ou Courbet

40 - Mettre un pied dans l’ensemble des pays du monde (67/194)

Grimper l'Alpe d'Huez
Grimper l'Alpe d'Huez
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18 juin 2021 5 18 /06 /juin /2021 18:30

Vendredi, 23h59, fin de la campagne pour les élections départementales. Voici quelques semaines que je suis sur le pont, en première ligne. Et pour cause, je suis candidat.

 

Quelle drôle d'idée ! Oui, ce peut être la première réaction. Car, honnêtement, j'ai toujours eu une relation d'amour-haine avec la politique. D'un côté, je voyais bien que c'était l'une des meilleures façons de faire évoluer les choses, et, de l'autre, les pratiques et les querelles d'ego me dégoûtaient. Alors, pourquoi y aller ? Pourquoi se mettre dans une position où l'on va en prendre plein la gueule, où des gens que je ne connais pas vont gueuler sur moi/sur mon parti/sur mes idées, que ce soit sur les réseaux sociaux ou dans la vraie vie ? Pourquoi vouloir se mettre en avant ? Ne suis-je pas moi-même emporté par mon ego ? Ne serais-je pas mieux tranquillement assis dans mon canapé en train de regarder un bon film avec une demoiselle ou de travailler sur l'histoire du village de Houlle ? Peut-être. Mais j'ai le syndrome du miroir.

 

Se regarder dans la glace. Droit dans les yeux. Faire le bilan de ses journées. Qu'ai-je fait pour moi ? Ok. Qu'ai-je faire pour les autres ? Qu'ai-je fait pour la planète ? Régulièrement, je m'en voulais. J'avais l'impression de ne pas en faire assez. Que mes journées se succédaient au rythme d'une routine plaisante mais peu constructive. Bref, la sensation de ne pas avoir assez d'impact. L'associatif peut combler ce sentiment, mais il y a un côté frustrant : on se retrouve toujours confronté aux politiques. Et si ceux-ci n'ont pas envie de faire bouger les choses, ou seulement à leur rythme (souvent trop lent à mon goût), je revenais mécontent. Alors, plutôt que de critiquer, j'ai décidé d'agir.

 

Cette décision a été renforcée par la politique locale. Deux choses. La première : celle de devoir voter, à chaque élection, pour la même personne, et ce depuis que je suis en possession de ma carte d'électeur. L'absence de choix, d'alternative. De plus, je hais le cumul des mandats. Vraiment. C'est peut-être ce qui m'a poussé à franchir le pas. La deuxième : ceux de ma génération qui se lancent. Une ou deux têtes sympathiques (Mohamed si tu passes par ici), et les autres, qui puent l'ambition depuis le collège ou le lycée, et qui se rêvent en baron local appliquant, encore une fois, le cumul des mandats. Ma réflexion était simple : si je laisse s'implanter ces gens-là sans opposition, nous allons les avoir pendant 30 ans ! Et ça, c'est quelque chose que je refuse.

 

Alors j'ai rameuté autour de moi. J'ai cherché des membres pour fonder un quatuor. Ce fut une tâche difficile, et pour cause : les gens détestent de plus en plus les politiques ! Se lancer ? Vous rêvez monsieur ! Pourtant les garçons étaient assez motivés dès le départ. Mais les filles et les femmes que je contactais avaient d'autres préoccupations (« les enfants me prennent du temps », « je ne me sens pas compétente »). Une réflexion que les mecs n'avaient pas... Il y a donc encore beaucoup de barrières mentales à casser pour parvenir à une réelle égalité homme-femme !

 

Une fois le quatuor constitué (et j'en profite ici pour les remercier de s'être lancés !), il fallait démarrer la campagne. Et, comme dans toutes les premières fois, on tâtonne un peu au départ (hum hum). L'annonce à la presse, les photos officielles pour les affiches et les professions de foi, tracter dans la rue, sur le marché, aller voir des acteurs liés aux compétences du département... Honnêtement, ça m'a bien plu. Déjà, l'accueil était beaucoup plus sympa que ce que j'avais imaginé. Non pas que je pensais recevoir des tomates, mais, avec mon étiquette, je croyais rencontrer des gens parfois haineux, ou du moins peu ouverts à la discussion. Je me suis trompé. Le fait d'être jeune et du coin aide bien. Le fait d'avoir un beau tract avec des semences de fleurs à planter aussi. Surtout, nos idées passent bien. Le cumul des mandats ? La population comprend que ça ne devrait plus exister. Consommer local ? C'est désormais totalement ancré dans les mentalités. Investir dans les services publics ? Le Covid a rappelé à toutes et tous l'importance de nos structures trop souvent sous-équipées. Protéger la planète ? Le réchauffement climatique inquiète les parents comme les enfants.

 

Bref, nous étions dans le vrai. J'ignore si cela se répercutera dans les urnes dimanche, mais je suis sûr que nos conversations laisseront des traces dans quelques mémoires. Et, à l'image des semences présentes dans nos tracts, elles finiront pas germer.

Votez !

Première campagne
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26 mai 2021 3 26 /05 /mai /2021 18:51

Rencontrer sa nièce, c'est rencontrer sa vie. Un peu comme quand un pote annonce son mariage alors que tu es célibataire, voir la fille de sa petite sœur quand tu n'as pas d'enfant, c'est une remise en question. Non pas que tu aies envie de tout jeter, ou de dire que ta vie c'est de la merde, loin de là. Mais disons que ça met un petit coup de vieux quand tu y réfléchis un peu.

 

Car ma sœur, je la revois petite et pitre, pipelette et pantouflarde, devant Sunset Beach ou jouant au Sim's (alors que j'attends l'ordinateur pour un petit FM). Ma sœur c'est quelqu'un qui me suit d'une année dans la vie, qui a fait les cours et les classes juste après moi, de l'esplanade à Ribot, d'Arras à Rennes. Ma sœur a encore 20 ans, à mes yeux. Et moi aussi d'ailleurs. Alors cet enfant, devant moi, si petite, si joufflue, qui sourit à la vie, qui croque ses premières secondes dans ce bas monde, c'est une petite claque.

 

C'est forcément le temps qui passe. C'est mes parents qui sont grands-parents. C'est ma (dernière) grand-mère qui est arrière-grand-mère. Et c'est moi qui suis tonton. Merde, tonton. Tonton Jérémy. Ca sonne un peu faux. Autant tonton Philippe ou tonton Frédéric c'est tout à fait naturel. Mais moi, tonton, vraiment ?

 

Elle attrape mon petit-doigt et le tient fermement de ses toutes petites mains. Elle dort sur moi. Elle me regarde. Elle observe tout autour d'elle. Le plafond a l'air, tout d'un coup, fort passionnant. Oh, tiens, le chat. Elle fixe. Elle remue, elle gigote, elle se dandine presque. Elle fait des petits bruits qui ne veulent pas dire grand chose, et qui disent pourtant déjà tout. Elle est vivante, elle est là, elle est née, elle est des nôtres. Avec elle, c'est toute une vie qui est transformée pour ma sœur, à tout jamais. Fini de se laisser aller, tu n'as plus le droit. Pourquoi tu travailles ? Pour elle. Pourquoi tu ne restes pas allongée dans le fauteuil ? Pour elle. Pourquoi vis-tu ? Pour elle. Ce petit morceau d'être humain à la tête rigolote sera ta vie. Ton plus bel accomplissement. Ta fierté. Ta tendresse. Tes peurs et tes angoisses du futur. Du présent. Ton bonheur. Qu'est-ce qu'elle est belle.

 

J'ai envie de pleurer. J'avais envie de pleurer juste avant son arrivée, en pensant à tout ça. J'ai encore envie maintenant, en y repensant. Elle va me manquer. Ma nièce.

Tonton
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