19 octobre 2014 7 19 /10 /octobre /2014 10:24

Deuxième petit-déjeuner tout seul. Drôle de sensation.

 

Pau, 8 heures du matin, lundi. Une trentaine de doctorants attendent un bus. Pour avoir passé à Pau trente heures en deux ans, je ne connais personne.

Pau, 19 heures, vendredi. Une trentaine de doctorants descendent du bus. Pour avoir passé une semaine à Arantzazu, je connais tout le monde.

Pour comprendre ce qui s'est passé aux Doctoriales d'Arantzazu, il faut l'avoir vécu. C'est un peu comme Erasmus. D'ailleurs, l'ensemble de cette semaine fut un peu comme Erasmus.

 

Les Doctoriales ont d'abord une vocation « scientifique ». Je mets des guillemets à scientifique, parce que sur place, on était tout de même très loin de la thèse. « Le leadership ». « Le management ». « Les prototypes ». « Vendre son projet ». Bienvenue dans le monde anglo-saxon des séminaires d'entreprises. Encore un peu et je revoyais les winners et les losers de Little Miss Sunshine. Mais il y a plus drôle :

 

Doctoriales 2014, Erasmus 2.0.

Une architecture de spaghetti, avec un marshmallow tout en haut. L'objectif est d'aller le plus haut possible. Rapport avec la thèse ? Limité. Nous travaillons en groupe sur des projets, souvent d'une très grande importance : trouver dix objets dans la nature, faire de la pâte à modeler, jouer aux Lego, gonfler des ballons. Les boissons auraient été versées dans des biberons qu'on n'aurait pas été plus surpris que ça !

 

Au-delà de l'intérêt scientifique limité, il y a le reste. Arantzazu, c'est ça.

Doctoriales 2014, Erasmus 2.0.
Doctoriales 2014, Erasmus 2.0.

Un monastère, construit en plein milieu des montagnes du pays basque espagnol. On se demande parfois ce qui passe dans la tête des humains au moment de construire de tels bâtiments. Le lieu est magnifique, on respire comme rarement. Mais du coup, on est au milieu de rien. Le village le plus proche est à 5 kilomètres, et il n'y a pas de transport en commun. On sera donc coincé cinq jours dans ce monastère, l'hôtel adjacent et le centre de conférence. Les doctoriales peuvent vraiment commencer.

En plus de quarante Français, il y a quarante Espagnols. Forcément, ça me plaît. La langue est l'anglais, avec du franglish, du spanglish, et aussi du frangnol. Le langage des mains retrouve des adeptes. Nous sommes donc 80, nous mangeons chaque repas ensemble, nous dormons ensemble... et plus, si affinité. Les soirées me rappelleront les bonnes vieilles house-partys d'Erasmus. Au niveau -1 de l'hôtel, une pièce est la nôtre. Le vin est compris dans les repas, les réserves se font pour le reste de la nuit, il coulera à flots. Toutes les nuits, nous nous retrouvons. Et tous les matins, nous nous réveillerons. Rythme dangereux, K.O. assuré sur le long terme.

Doctoriales 2014, Erasmus 2.0.

Alors au moment de les quitter, ce fut bizarre. J'avais envie de tous les enlacer, de tous les embarquer avec moi jusqu'à Bordeaux. Allez les gars, faites pas les cons, on reste ensemble ? La thèse, franchement, qu'est-ce qu'on s'en fout ? On réussira bien une carrière dans l'architecture de spaghetti ou la construction de Lego. On peut se reconvertir dans la cuisine à l'huile, la fabrique de fromages ou les conférences sur Machiavel. Restez ! Revenez ! Me laissez pas !

 

Les doctoriales d'Arantzazu, ce fut un beau coup de cœur. Un petit truc que je n'avais pas ressenti depuis quelque temps. Une envie de repartir en voyage, de découvrir Beyrouth. L'appel du large, l'envie d'aimer. L'envie de vivre. Une résurrection. A en devenir religieux. Erasmus, sacrée religion.

 

Doctoriales 2014, Erasmus 2.0.

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Published by Phileas Frog - dans Autre
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