9 décembre 2014 2 09 /12 /décembre /2014 20:12

La loi Macron doit être présentée demain au conseil des Ministres. Au menu, l'assouplissement du travail le dimanche, avec notamment la possibilité pour les magasins d'ouvrir 12 dimanches par an (au lieu de 5 aujourd'hui).

 

Le MEDEF applaudit. C'est bizarre, quand le MEDEF applaudit, je me méfie. C'est comme un signal, un lanceur d'alerte. Car quand le MEDEF applaudit, c'est le salarié qui paie.

Une foule d'arguments que l'on entend partout. Imaginez d'abord, les malheureux touristes devront « aller à Londres pour faire leur achat le dimanche ». Je comprends bien ; moi-même, ce dimanche, le Castorama était fermé, et j'avais besoin de deux clous. Ni une, ni deux, j'ai pris le train pour Londres pour trouver ces fameux clous. Je suis comme ça, moi, j'aime le travail le dimanche. Bien sûr, cette loi vise surtout Paris, et la clientèle touristique internationale. Bizarrement, on oublie de préciser que 20 à 25% des magasins parisiens sont déjà ouverts le dimanche, soit plus qu'à Londres ou Berlin...

Tiens, justement, Berlin et l'Allemagne. A chaque débat de société, on nous explique que les Allemands font ci, que les Allemands font ça, et que c'est pour ça que leur pays fonctionne mieux. Et là, bizarrement, pas d'Allemagne dans les débats. Enfin, pas si bizarre que ça, puisque l'Allemagne est encore plus stricte que la France concernant l'ouverture des magasins le dimanche. Pour l'avoir vécu, le dimanche en Allemagne, c'est ville morte. Et vie de famille.

Car oui, la loi autorisant le travail le dimanche flingue la vie de famille. Bien sûr j'entends les arguments : oui, mais les pompiers et les médecins travaillent déjà le dimanche ! Alors pourquoi pas les magasins ? Et bien tout simplement parce qu'un feu de maison ou une opération chirurgicale ne peuvent pas attendre. Un achat de perceuse, lui, peut.
Un autre argument : les salariés profiteront du travail le dimanche. Ils seront mieux payés et pourront décider s'ils souhaitent travailler ce jour là. Un argument entendu sans cesse, notamment dans le débat « travailler plus pour gagner plus ». Car oui, c'est bien connu, le salarié fixe ses horaires. Chaque lundi, le salarié va voir son patron et dit : bon, cette semaine je veux travailler mardi, mercredi, jeudi, et samedi. Mais pas dimanche. Salut patron, et merci encore.
Quoi ? On m'aurait menti ? Ce serait le patron qui fixe les horaires des salariés et non l'inverse ?

 

Bricorama. Vous vous souvenez, c'est eux qui l'année dernière ont lancé le débat en voulant ouvrir le dimanche. Ils le font en 2014. Leur chiffre d'affaires allait exploser ! 25% de plus qu'ils promettaient ! Et depuis que leurs magasins sont ouverts le dimanche, le nombre de clients... est le même qu'en 2013 ! Et leur chiffre d'affaires a même baissé... C'est con, merde alors ! Le client ne vient pas le samedi ET le dimanche pour acheter sa perceuse. Quelle SURPRISE !?!

Travailler le dimanche va créer des « milliers d'emplois ». 20 000 selon Europe 1. Pour le Figaro : 100 000 ! Oui, les promesses d'emplois, ça fonctionne bien dans les discours ! Si demain le MEDEF proposait un million d'emplois, il serait aussi con pour le croire. Ah, mais attendez. Mais oui, ça a déjà existé ! On allait créer « un million d'emploi » si le Pacte de Compétitivité de 50 milliards venait à voir le jour. Bonjour le MEDEF, on vous a reconnu. Ce pacte, c'était ni plus ni moins qu'une baisse des charges pour les entreprises. Le million d'emplois, vous l'avez vu venir, vous ?
Mais rassurez-vous ! Les actionnaires se portent mieux ! Les dividendes versés au deuxième trimestre ont explosé : 40,7 milliards (+ 30,3%) ce qui a fait de la France le plus important payeur de dividendes en Europe devant l'Allemagne et le Royaume-Uni (quelle crise ?)... Et dans le même temps, les investissements dans les entreprises... ont baissé de 0,8% (la crise vous savez...)
En résumé, on baisse les impôts des grosses entreprises, qui en échange distribuent de l'argent à leurs actionnaires (au lieu d'augmenter les salaires), actionnaires qui réclament à corps perdu la baisse des charges dans les médias (http://www.acrimed.org/article4157.html). La boucle est bouclée, et c'est le salarié au travail le dimanche qui pensera à tout ça au moment de vendre sa perceuse à Pierre Gattaz, bien content que le Bricorama à côté de chez lui soit ouvert. Il pourra réparer l'étagère de sa petite fille. Oui, mais les petites entreprises dans tous ça, les artisans, les PME... Et bien je laisse la conclusion au représentant des PME françaises, Jean-Eudes du Mesnil : « le choix fiscal, c'est celui des grandes entreprises au détriment des plus petites. »


Sinon, j'avais voté à gauche, non ?

 

Travailler le dimanche (mais pas moi!)
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