3 février 2015 2 03 /02 /février /2015 11:00

Voici la seconde partie de l'histoire de la première guerre mondiale d'Elie Guilbert, mon arrière-grand-père. (Premier épisode ci-dessous)

http://milevjeryleron.over-blog.com/2015/01/elie-guilbert-mon-arriere-grand-pere-un-poilu.html

A la fin de l'année 1914, les Allemands ont reculé sur l'Aisne. Elie se retrouve à 60 kilomètres à l'est de Reims, toujours avec le 8ème régiment d'infanterie.

Élie Guilbert, mon arrière-grand-père : un poilu (2/2)

Le-Mesnil-lès-Hurlus

Élie termine son premier séjour au front à Mesnil-les-Hurlus, dans la Marne, un village qui sera rasé par la guerre (il est officiellement supprimé en 1950). Une nuit, je vois la lueur produite par une cigarette ou un cigare, je lance une fusée parachute et je tire à hauteur de poitrine, la lueur tombe, j'entends un cri et distinctement « cochon de Français, cochon de Français ». J'avais fait mouche.

 

Seconde blessure


En février 1915, la huitième régiment d'infanterie participe à la première bataille de Champagne. L'offensive avait commencé dès le mois de décembre, et Elie et ses hommes participent aux batailles de Mesnil-les-Hurlus entre le 16 et le 23 février. Les bombardements sont incessants. Rodolphe, compagnon du 8ème, écrit : « Espérons que cela ira bien car je n’ai jamais entendu tirer (au canon) comme hier, les tranchées boches sont comme dans un brouillard tellement il y a de la fumée par l’éclatement des obus ». Le 26 février 1915, attaque du bois Trapèze, dans une tranchée allemande facilement reprise, Élie est blessé à la cuisse gauche, traversée par un éclat d'obus. (Quinze jours plus tard, un certain Charles de Gaulle est blessé dans le même village). Il est évacué sur Roanne pendant trois semaines. Il a encore une fois de la chance car la huitième subira de lourdes pertes les semaines suivantes. Elie ne peut pas repartir chez lui en convalescence car Moulle est dans la zone des armées. Il décide alors de rejoindre son frère aîné à Bergerac, où celui-ci était adjudant à une Compagnie d'instruction. Grâce à cela j'ai été comme un roi. […] Promenades aux environs et canotage sur la Dordogne. Une année de convalescence et de repos, avant de repartir à la guerre.

Bergerac

Reclassé disponible, il se porte volontaire pour rejoindre le 208ème qui avait subi de lourdes pertes lors de l'offensive de juillet 1916 dans la Somme (et qui revenait de Verdun). Nous fûmes donc affectés à la 23ème Compagnie dont le capitaine jouissait d'une solide réputation de vache bien méritée. Élie est désigné comme chef des voltigeurs.

Chaulnes

Troisième blessure

 

Après quelques séjours sans histoires, le 10 octobre, une attaque est décidée sur les bois de Chaulnes, à 11h. Nous sommes ici au cœur de la bataille de la Somme, Chaulnes est le verrou du système défensif allemand. A moins cinq « un obus éclate à dix mètres de la tranchée. Ça s'annonce mal ! « En avant », nous avançons en tirailleurs, après cinquante mètres les hommes se serrant, je leur crie et fais signe de desserrer, je sens un choc au bras gauche, je vois un filet de sang le long de ma main et mon bras qui ballottait, je ne souffrais pas trop. J'avais le bras cassé au-dessus du coude. Je plonge dans le trou d'obus le plus proche, déjà occupé par quelques hommes qui me font un premier pansement. Je me prépare à regagner la tranchée, je n'ai pas le temps de sortir la tête qu'une rafale de mitrailleuse me fait replonger au fond de mon trou, où un petit avion de reconnaissance vient nous repérer et nous signale par une fusée, ce qui nous vaut un petit bombardement qui eut pour résultat de faire sauter les grenades et fusées qui avaient été jetées sur le bord. Il fallut attendre le soir pour regagner le poste de secours. » Élie Guilbert est évacué près de Dompierre. Sans le savoir, c'était son dernier jour de front. Il est opéré et reste en traitement pendant deux mois. S'en suit une rééducation au Mans de plusieurs mois. Il retourne ensuite à Bergerac où il est désigné pour l'instruction d'une classe qui allait être appelée. Il y reçoit une croix de guerre au cours d'une grande cérémonie.

Élie Guilbert, mon arrière-grand-père : un poilu (2/2)

L'Algérie

 

« Comme on demandait des volontaires pour l'instruction des indigènes en Afrique du Nord, en ayant assez de la vie militaire en France et voulant voir du pays, je saisis l'occasion et partis pour l'Algérie ». Élie Guilbert est affecté à la 102ème Compagnie du 7ème tirailleur, à Constantine.

Constantine

Le 7ème régiment de tirailleurs algériens est l'un des régiments les plus décorées de l'armée française. C'est la première fois qu’Élie quitte la France (hormis la bataille de Dinant). Il traverse la Méditerranée et arrive dans ce qui est alors l'Algérie française. « Là, ce fut la belle vie ». Élie assure l'instruction des soldats, et il voit du pays. Son histoire se trame dans la vieille Algérie coloniale, où il rencontre un cocher arabe, surnommé Anèche, à cause de sa frayeur des serpents. Celui-ci conduit à toute allure sur une route assez accidentée « et je n'étais pas trop fier ». Oui, on a beau avoir fait les tranchées, été blessé trois fois, vu la mort de ses propres yeux, on en reste pas moins effrayé par une conduite trop rapide.

Il rencontre le juge de paix local, le médecin de colonisation... Un jour, il se retrouve face à un Algérien qui a son bébé atteint de dysenterie. « Je ne suis pas médecin, ni sergent toubib ». Ayant des pilules d'opium, je lui en donne deux pour une moitié matin et soir, et diète à l'eau sucrée. Élie est ensuite atteint par le paludisme à Fedj M'Zala (devenu Ferdjioua). Il est envoyé à Djidjelli, un petit port en cours d'aménagement, les travaux étant effectués par les condamnés. Il se retrouve à les surveiller. Je suis logé dans un abri en branchages plein de rats et de puces dont je ne tarde pas à être couvert. Étant victime d'une rechute de paludisme, il se retrouve à Constantine. Affaibli, il perd ensuite connaissance, et est admis en urgence à l’hôpital. « Demain il sera sauvé ou mort » dit le médecin. Un infirmier indochinois l'aide dans la nuit à boire une tisane. Réaffecté ensuite à une compagnie d'instruction, il demande sa permission de détente une fois l'armistice signé.

Ferdjioua

Le retour et l'après-guerre

 

J'embarque pour Marseille que j'avais quitté quatorze mois auparavant et je rentrai chez mois après seize mois d'absence. J'y retrouvais mon frère que je n'avais pas vu depuis trois ans.

Il subit une nouvelle rechute de paludisme et est soigné à l'hôpital militaire de Saint-Omer. Il s'en sort et est démobilisé après sept ans passés sous l'uniforme. Il est décoré de la médaille militaire et donc de la Croix de Chevalier de la Légion d'Honneur le 14 juillet 1976. Il fut présent 24 ans au conseil municipal de Houlle, eut 4 enfants.

 

Cependant, au-delà du brave et courageux soldat qu'il fut, Élie Guilbert n'était pas un exemple d'homme. Un peu trop porté sur la boisson, égoïste, parfois méchant, il est loin d'avoir laissé une image totalement positive dans la famille. Comme le raconte quelqu'un de ma famille « c'était quelqu'un pour l'armée, mais pour nous, c'était personne ». Il termine ses mémoires de guerre dont sont extraites beaucoup des informations de mon récit par le jour de la remise de la légion d'honneur. Cette journée ne fut pas parfaite car « malgré tout, j'ai regretté de n'avoir aucun de mes enfants près de moi ».

 

Il est décédé le 25 décembre 1985.
Son grand-frère 
nommé dans le récit, Jules Guilbert, surnommé "l'adjudant", a survécu à la guerre et a ensuite vécu à Moulle. Son autre frère engagé, Léon Guilbert, né en 1883, est décédé le 10 novembre 1914  au combat.

Elie Guilbert le 14 juillet 1974 à Houlle, jour de la remise de sa médaille militaire

Elie Guilbert le 14 juillet 1974 à Houlle, jour de la remise de sa médaille militaire

Partager cet article
Repost0

commentaires

Plus De Blogs