31 mars 2015 2 31 /03 /mars /2015 14:51

C'est parfois assez difficile de raconter ses voyages. Je m'y essaie à chaque fois, et j'espère retranscrire un minimum ce que je ressens, en plus de ce que je vois. Mais il y a une chose que je n'ai jamais réussi à faire, c'est retranscrire mes retours.

 

Car oui, tout voyage a une fin. Une fin que l'on anticipe tous un peu. La dernière semaine d'Asie était celle de l'excitation du retour. J'étais encore là physiquement, mais mentalement j'étais déjà rentré. Qui je vais voir, qui je vais serrer dans mes bras, avec qui je vais rire, sortir, chanter, crier. On a beau se dire qu'il faut profiter jusqu'au bout du voyage, les dernières semaines, les derniers jours ne sont que de longues heures d'attentes. En Asie, j'ai commencé mon décompte à J-15. Au Kenya, la première fois, j'étais arrivé depuis deux jours que je faisais déjà un J-58. Oui, ce décompte dépend beaucoup de l'état mental dans lequel on se trouve. J'étais heureux en Asie, moins lors de mon premier voyage au Kenya.

 

Et puis vient l'aéroport, l'avion, le vol. L'arrivée dans la grisaille du Nord (car oui, c'est bizarre, mais on revient presque toujours dans la grisaille). Là, on se le dit déjà : je suis revenu, et ça n'a pas changé !

Les premières semaines sont géniales. On revoit la famille, on revoit ses amis. Ceux qui nous ont tant manqué pendant des semaines, des mois, une ou deux années. On sort, on profite de chaque repas préparé par maman ou mamie. On savoure la nourriture que l'on n'avait pas là-bas (et on jure que l'on ne gâchera plus jamais rien !), on savoure une douche chaude, une maison propre. On va dans un supermarché et on est impressionné de tout ce choix. On prend la voiture, et on se dit que c'est cool, cette liberté de déplacement. On ne galère pas à se faire comprendre, on n'a pas besoin de négocier un prix. Et assez vite, on va oublier tout ça...

Car, après quelques semaines, après plusieurs mois, vers l'automne, il y aura le retour de cette routine. Vous savez, celle que vous avez fuie. Et de cette météo de merde (celle-là aussi vous l'avez fuie!). Et il y aura cette fameuse déprime post-voyage. Certains connaîtront même la dépression. Car si on me félicite beaucoup pour les « couilles » que j'ai de partir (désolé pour la vulgarité, mais j'emploie le terme exact), on me félicite rarement pour les couilles que j'ai de revenir. Pourtant, j'ai bien l'impression que c'est peut-être le plus difficile.

 

Vous êtes rentré. Et vous allez parler pendant les premiers jours de votre voyage, des gens que vous avez rencontrés, des histoires folles qui se sont passées. Et vous allez les répéter cinquante fois. Comme mes policiers grecs ou mon amour du transsibérien. Et puis peu à peu les gens ne vous en parleront plus. Et c'est là où la rupture s'opère, c'est là où l'on perd le centre de l'attention. Pendant plusieurs jours, on n'a d'yeux que pour vous, et votre voyage. Peu à peu, vous redevenez « normal ». En vérité, vous ne l'êtes pas, vous ne l'êtes plus. Car vous avez changé, vous êtes transformé. Ce voyage a fait de vous un être différent, avec une vision de la vie qui a été bouleversée. Mais ça, personne ne peut vraiment le comprendre. Alors vous allez errer comme un être sans âme pendant plusieurs semaines, à essayer de comprendre pourquoi vous êtes rentré, et comment faire pour repartir. Vous allez maudire la nourriture de maman et ce magasin consumériste. Vous allez regarder les photos des autres voyageant sur Facebook avec des larmes plein les yeux et de la jalousie plein le cœur. Vous allez pester contre cette France immobile, conservatrice, et à peine ouverte d'esprit. Et vous allez planifier le prochain.

 

Mais rassurez-vous, si un jour vous vous sentez comme cela, sachez que je suis là pour vous aider. Que si pas grand monde ne vous comprend, moi, un peu. Certes, notre voyage n'aura pas été le même, nos histoires auront été si différentes. Mais on aura eu ce putain de sentiment de liberté. Et ce sentiment que rien ne change ici. En deux mois d'Afrique je vois des bâtiments progresser et des routes se construire. Et lorsque je reviens chez moi, rien n'a bougé. Les routes sont les mêmes, les bâtiments aussi, les gens encore plus. Moi, par contre... et vous aussi.

En vérité, je ne regarde pas vos photos de voyage. Ça m'énerve. Ça m'énerve tellement que je suis incapable de regarder n'importe quel documentaire de voyageurs. Allez vous faire foutre, bande de chanceux. Profitez, mais ne m'obligez pas à vous lire, ou à vous regarde. Car je vous hais. Jusqu'au jour où on se retrouvera dans le Nord. Là, ce sera différent, on sera à égalité. On sera revenu. Et on se comprendra.

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commentaires

A
Waou!
Profite bien de l'Afrique ... et ne montre pas trop de photos en revenant ;)
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