20 septembre 2016 2 20 /09 /septembre /2016 12:00

Elle est marocaine, et se tient assise devant moi. Hôtesse de l’air, métier sympa. Plutôt souriante, elle attend comme moi l’atterrissage. Elle me pose une question : « d’où viens-tu ? ». Un peu surpris, je lui réponds « Français ». « Oui, ça je sais, avec ton accent ». [Quel accent ? ahah] « Mais de quelle origine es-tu ? », tout en désignant mes yeux.

Mon « origine ». C’est maintenant devenu un jeu pour moi. Mes yeux sont un peu bridés, et beaucoup y voient là une origine extrême-orientale. J’ai souvent le droit au Viêt-Nam, au Laos, au Cambodge, à la Corée du Sud, à Taïwan, au Népal… Ma petit jeu est toujours le même : « pas loin », « tu te rapproches », « presque », pour finir avec « la Belgique ! » qui souvent déclenche un grand rire, ou un étonnement incroyable.

Je porte donc sur ma tête une « origine » que je n’ai pas, arbre généalogique à l’appui. Je suis 100% ch’ti sur 7 générations, et c’est d’ailleurs à mon grand regret. J’aurais beaucoup aimé avoir une origine un peu folle, un peu originale. Las. Mon arbre généalogique se concentre sur 40 km². Il n’empêche, et je le dis aujourd’hui avec le sourire, j’ai un peu connu le racisme.

 

« Bol de riz ! ». Demandez à mes sœurs, je suis sûr qu’elles s’en souviennent. C’est ainsi qu’on nous a parfois désignés. Oh, non, pas souvent, heureusement. Mais quand même, j’entends encore l’intonation, avec un accent qui se voulait chinois, et qui était en fait très français imitant un Asiatique. Ainsi, 100% Français sur 7 générations, et ayant un peu connu le racisme. Mon cas est un peu original, et j’avoue que je le vivais mal à l’époque du collège (ça, et mes grosses lèvres africaines… il ne me manquait qu’une plume amérindienne pour être un symbole de ce monde). Je voulais être « normal », c’est-à-dire me fondre dans le moule, dans la masse, être quasi-invisible. Mais pas asiatique. Aujourd’hui, je le vis beaucoup mieux, et je n’échangerais pour rien au monde la forme de mes yeux. Mais il n’empêche, j’ai été récemment un peu choqué par une fille m’appelant « bridé ». Cela se voulait être de l’humour, je connaissais peu cette personne, et j’avoue avoir eu un drôle de sentiment.

 

En Afrique, c’est une situation différente. Je suis « le blanc », le « Mzungu » comme on dit dans toute l’Afrique de l’Est et des Grands Lacs, le « ferengi » en Ethiopie. Je suis blanc, donc je suis riche. Je suis riche, donc je dois être un pigeon. Je vais donc devoir négocier à chaque fois mon trajet, même en bus. Là, ce n’est pas vraiment du racisme, c’est plutôt des préjugés. Cause historique, cause culturelle, il n’empêche, préjugé quand même. Et c’est très énervant à la longue. J’en ai parlé avec des blancs qui travaillent là depuis des années, j’en ai parlé avec une blanche qui est née en Tanzanie, ils restent des « mzungu ». Et quand on lui demande d’où elle est, et qu’elle répond « de Tanzanie », les noirs se marrent et lui demandent d’où elle est vraiment.

 

Attention, c’est loin d’être une situation africaine. C’est la même chose en France. Ma situation le prouve, et je ne suis qu’un minuscule exemple par rapport à d’autres. Parce que si tu as du sang maghrébin, c’est régulièrement que tu seras interrogé sur ton origine. Et le racisme, tu le connaîtras beaucoup plus que moi. Ça peut te tomber dessus dans la rue, ça peut te gêner pour trouver un boulot. Tu vas entendre des insultes, tu vas entendre des débats politiques. Parfois à te faire gerber. Une partie de la France est raciste, il faut le reconnaître. Et pas 1%. Plus, beaucoup plus. C’est un fait, il faut faire avec, malheureusement. Il faut se battre contre, il faut sans doute être encore plus irréprochable que les autres, parce que si un blanc vole quelque chose, on lui dira « sale voleur », alors que si un noir vole quelque chose, on lui dira « sale noir ».

Surtout, on t’interrogera parfois sur ton identité. « Alors, t’es Français ou t’es Algérien ? ». Moi, quand on m’interroge, je réponds Européen. C’est ainsi, je suis un fils de l’Europe, j’ai été transformé par mon année Erasmus, et c’est le projet qui me rend le plus fier, que je soutiens le plus. Mais je suis également Français, parce que je suis fier de notre côté révolutionnaire-romantique-artiste-engagé-gréviste, et de nos frontons de mairie avec ces trois mots merveilleux, liberté, égalité, fraternité. J’adore notre langue, et je suis l’un des grands ambassadeurs de celle-ci, même quand je m’exprime en anglais, avec un accent à faire tomber les demoiselles de l’ensemble du continent. Je n’aime pas l’hymne national, je n’aime pas ses paroles, et on ne me fera pas chanter la Marseillaise. Est-ce que ça veut dire que je suis moins Français qu’un autre ? Je ne le crois pas. J’ai mes raisons (chant guerrier, complètement à l’opposé de ma personnalité, en retard sur son temps etc.), et je pourrais en débattre plusieurs heures. En plus de mon identité française, je suis également ch’ti, je suis Audomarois, et je suis Tilquois. Toutes mes personnalités me composent, font de moi qui je suis. Et je n’ai pas envie de choisir entre celles-ci, je ne vois même pas pourquoi je devrais le faire.

Alors pourquoi quelqu’un devrait choisir d’être Français ou Algérien ? Je considère que l’on peut très bien être les deux. Pourquoi un débat devrait naître si un noir ou un arabe ne chantent pas la Marseillaise ? C’est leur droit. Ils ne doivent pas prouver constamment en chantant l’hymne qu’ils sont Français. Ils peuvent avoir la même opinion que moi sur ce chant. Voir Black M chanter la Marseillaise récemment sur un plateau de télévision (Quotidien) m’a quelque peu gêné, parce que j’avais l’impression qu’il le faisait pour répondre aux critiques. C’est entrer dans leur jeu. De même quand tous les joueurs de l’équipe de France chantent la Marseillaise. Personnellement, je veux les meilleurs joueurs sur le terrain, pas les meilleurs chanteurs (ceux-là on peut toujours les envoyer à l’Eurovision, ça nous aidera peut-être !). Je ne veux pas d’une compétition du meilleur Français, celui qui chante le plus fort, ou celui qui prouve le plus ses origines. Qu’importe ce que dit Sarkozy sur « nos ancêtres les Gaulois », la France c’est ce mélange de cultures, d’origines, de faciès. Moi, et mon bol de riz. Toi et ton couscous. Lui et son mafé. Et d’autres, avec leur baguette. C’est ça la France.

Bol de riz

[oui, j’ai mis le maréchal Pétain en photo, avec son affiche de propagande. L’esprit de celle-ci risque fort de revenir pendant la campagne électorale, avec les "vrais Français" etc.… souvenez-vous !]

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