16 avril 2017 7 16 /04 /avril /2017 15:42

Combien de livres lirais-je par an sans Internet ? 100 ? Moins ? Peut-être plus ? Aucune idée, mais les faits sont là : je n'ai pas lu de livre depuis deux ans. Excepté ceux qui concernaient ma thèse, ce qui fait un sacré paquet tout de même. Mais j'évoque aujourd'hui la littérature, la vraie ! Et mon compteur 2015-2016, vierge, m'embête un peu. De ce fait, j'ai pris 9 livres dans mon sac às dos ! Un sacrifice au niveau kilogramme (quoique la collection Librio n'est pas gourmande), mais un bonheur au jour le jour. Car, sur la plage ou dans les parcs, allongé dans mon lit ou assis au restaurant, je mange régulièrement de la littérature. Premier tour d'horizon.

 

Victor Hugo, Le dernier jour d'un condamné. 

Mon premier Hugo, après avoir essayé plusieurs fois Notre Dame de Paris. Moins de 100 pages pour résumer le dernier voyage d'un condamné. Quelles seraient vos pensées, vous, s'il n'y avait que quelques heures à vivre, et que vous étiez enfermé dans une pièce close ? Je pense que ça partirait dans tous les sens. Et c'est exactement ce qu'Hugo fait faire à son prisonnier. La forme le montre bien : près de 50 chapitres pour un si petit bouquin ! Alors on pense à ses conditions, à ses visites, au curé, à la religion, à sa fille, aux petits bonheurs de l'enfance, à s'échapper... et à la mort. Surtout. Omniprésente. Pas une seule fois il n'aborde le motif de sa condamnation. Qu'importe le crime, ce qui compte, c'est le châtiment du condamné. Moral, surtout. Physique, ce sera une demi-seconde, le temps que la guillotine fasse son effet. Cette pensée l'obsède. Et cette obsession le tue, à petit feu. 

Manifeste contre la peine de mort ? Je le pense, et Hugo, par son récit à la première personne, semble l'affirmer. Bien écrit, intéressant, bref, je recommande.

Gogol, Le manteau, Le nez

Première lecture de cet auteur russe au nom si amusant pour l'enfant que je suis encore. Le style est plaisant, avec quelques sarcasmes sur l'Etat russe, ses fonctionnaires, ses militaires. L'histoire est celle d'un de ses fonctionnaires subalternes, Akaki, consciencieux dans son travail de recopie, et qui ne désire rien de plus. Sujet aux moqueries de ses collègues, il arbore un manteau en ruine qui ne passe pas, cette fois, l'hiver. Ce qui est un drame financier devient peu à peu une immense fierté. Le manteau, c'est une histoire de vie. De jalousie. N'ayez rien, et vous ne serez pas envié semble dire l'auteur. La fin me dépasse un peu (les histoires de fantôme et moi...).

Le nez est un récit fantastique : Kovaliov a perdu son nez, et ne se souvient plus comment. C'est le barbier qui l'a coupé. Or, il croise son nez dans la rue, celui-ci se baladant tel un grand fonctionnaire. Récit loufoque, qui semble être le style de l'auteur, moins le mien.

Gogol, Le journal d'un fou

En voilà d'un titre bien trouvé ! Gogol a-t-il été traumatisé par les représentants de l'Etat ? Il fait en tout cas une fixette sur le sujet ! L'histoire est celle d'un fonctionnaire subalterne russe qui éprouve des sentiments pour la fille de son supérieur. Alors que l'histoire suit son cours, un élément perturbateur transforme le récit, celui-ci passant du "normal" au "cinglé". La succession du roi d'Espagne est difficile, et le personnage principal considère que c'est lui, le nouveau roi. Dès lors, la folie prend le pas sur le récit. Etrange.

Gogol, Le portrait

Le récit que j'ai préféré de Gogol. S'il n'a pas la tendresse du manteau, le portrait s'essaie à la leçon de vie : Tchartkov est un peintre sans le sou, mais avec un immense talent. Il pourrait devenir le prochain Raphael, et laisser son nom dans l'histoire de la peinture. Son destin est bouleversé par l'achat d'un vieux tableau, très original : à l'intérieur, il découvre une petite fortune ! Que faire de cet argent ? L'utiliser pour développer son talent, diamant brut ne demandant qu'à être poli ? Ou mener la vie d'aristocrate dont rêve toujours le jeune homme en pleine force de l'age ? Ange ou démon ? Poussé par ses envies, il choisit la seconde option, et obtient appartement, vêtements et même réputation, grâce à de l'argent bien placé chez un journaliste renommé. Il dessine alors son premier portrait qui fait sensation. Le talent est là, et il est reconnu. Mais Tchartkov va seulement l'utiliser à faire des portraits sans saveur pour des aristocrates. Il perd peu à peu son talent, tout en devenant le peintre à la mode. L'art pour la grandeur de l'art ? Etre reconnu de son vivant ? Des questions se posent à la lecture de cette histoire. Une réponse est déjà là : c'est avec l'art que l'on peut laisser une empreinte. L'écriture sera l'une des miennes. Tchartkov, bouleversé par une toile, en arrive à acheter les plus belles oeuvres de son époque pour les détruire, alors qu'il s'est rendu compte du gâchis de ses possibilités.

Gogol, La perspective Nevsky

Nous sommes ici dans une rue de Saint-Pétersbourg : la plus connue et intéressante pour Gogol. Elle lui permet d'écrire sur une masse de personnages, d'habitudes, d'échoppes, au gré des heures, pour parvenir à ses deux personnages principaux : Piskariov et Pirogov. Le premier, petit peintre de son espèce, suit une jolie brune tandis que le second suit une belle blonde. Piskariov est obnubilé par la beauté de cette fille. Attention, ce n'est "pas une passion sensuelle. Non ! il était aussi pur en cet instant que l'adolescent vierge qui ne ressent encore qu'une aspiration indéfinie, toute spirituelle, vers l'amour". C'est tout juste s'il ose la regarder, et, dès qu'elle croise son regard, il se hâte de baisser les yeux. Trop belle pour lui ? A son grand étonnement, elle lui fait signe de le suivre. Arrivé dans un appartement, il s'aperçoit que cette déesse, symbole de la pureté et de l'innocence, travaille pour les vices du corps. Chaque mot qu'elle prononce assassine la magnificence de la perspective Nevsky. Traumatisé, il la rencontre en rêve, douce et caline, belle comme une matinée de printemps. Il cherche dès lors chaque nuit à prolonger ce songe, allant jusqu'à prendre de l'opium pour tomber endormi : la beauté du rêve lui valait plus que la banale réalité. Finalement, il décide d'aller la retrouver, et de la demander en mariage. A son refus, il se tranche la gorge. Pour Pigorov, l'histoire est moins dramatique : cette blonde est mariée et il va tout de même lui faire la cour, jusqu'à ce que son Allemand lui fiche une correction. L'histoire est moins aboutie.

Le bilan de Gogol, c'est que le style est vraiment différent de Dostoievsky, ma référence russe. Le fantastique ne me plait guère, mais j'avoue avoir apprécié ces courts portraits, notamment lorsqu'ils sont ponctués de leçons de vie.

Gael Faye, Petit pays (c'est aussi sa chanson !)

Difficile d’être objectif lorsque j’évoque un livre ayant pour thème le Burundi et le Rwanda… forcément j’étais très intéressé à la base ! Gael Faye écrit un roman, mais est-ce autobiographique ? Je me pose la question, car il y a tellement de vrai là-dedans, de ce que moi je connais de ces deux pays, et notamment de Bujumbura. Je me suis revu dans certaines de ses rues, à longer ses bâtiments. Cette ville, son lac, et ses habitants. Gael Faye, qui affirme le contraire, décrit cependant à merveille les codes, les coutumes, les non-dits, la rumeur. C’est un livre historique, je me pose d’ailleurs la question de la compréhension de certaines références pour les non-initiés. Mais cela n’empêchera personne d’apprécier le scenario, une sacrée claque ! (le livre a été encensé par la critique !). Le style est limpide, pas larmoyant (et pourtant il pourrait). L’histoire est celle d’un enfant ayant la double nationalité franco-rwandaise, grandissant dans un Burundi au bord de l’abîme (décennie 1990), dans une famille en crise (le divorce des parents). On y aborde les amitiés de jeunesse, croix de bois, croix de fer, les grandes joies, les grandes peines, les mariages, les décès. La vie, dans les Grands Lacs. Toujours fragile. Un livre trop contemporain, malheureusement.

J'aime beaucoup les anecdotes, notamment sur les différents coups d'Etat qu'a connu le pays, reconnaissable à la musique classique ininterrompue à la radio, ou sur l'étrange atmosphère de ni paix, ni guerre, qui correspond bien à la situation actuelle.

Petit extrait : "La souffrance est un joker dans le jeu de la discussion, elle couche tous les autres arguments sur son passage"

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Published by Phileas Frog - dans Les arts
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