26 avril 2017 3 26 /04 /avril /2017 04:02

30

Le train est arrêté en pleine voie depuis 20 minutes. Je me suis vaguement relevé de ma couchette, sans vraiment chercher à savoir ce qui se passe ; de toute façon, il n'y a pas d'explication. Les ventilateurs gardent la cadence au-dessus de nos têtes, les Indiens sont allongés en bas. Je souhaite aller à Raigad. Enfin, pas spécialement, mais il fallait que je trouve quelque chose entre Ratnagiri et Mumbai. La guichetière m'a répondu Roha, et me voilà dans ce train, sans être sûr. 286 kilomètres de trajet prévus, j'espère au moins que c'est vers le nord... Une vendeuse traverse l'allée, en disant "kiri" "kiri" "kiri", enfin quelque chose comme ça.

Parfois, je me demande bien ce que je fous là. Aujourd'hui j'ai 30 ans. D'ordinaire, les gens t'appellent, t'écrivent, te le souhaitent. Ma mère aurait fait un gâteau au chocolat, avec des cerises, peut-être le meilleur souvenir gustatif de mon enfance. Ce matin, j'ai mangé du riz. Et personne autour de moi ne sait que j'ai 30 ans aujourd'hui. Ca leur ferait une belle jambe. Ce que tout le monde recherche, à cet instant, c'est comment supporter au mieux cette chaleur. Il n'y a que ce père qui, lui, essaie de trouver un moyen pour rendre ses enfants immobiles et silencieux, espérant commencer sa sieste.

 

30 ans. Pas de copine, pas d'enfant. Je me disais ça à 20 ans, ne pas se marier trop tôt, profiter de la jeunesse. J'ai sacrément bien respecté mes voeux !

Ah, le train redémarre, après qu'un autre nous ait croisé. D'en haut, j'ai un petit angle sur une fenêtre en face de moi, mais difficile de déceler quelque chose. Ca ne m'intéresse pas vraiment de toute façon. Cela fait 8 semaines que j'enchaine les trains et les bus, que je me nourris de paysages. Aujourd'hui, j'ai un livre avec moi, un nouveau stylo, je peux laisser vaguer mon imagination autrement. 

A peine cette ligne écrite que nous traversons un long tunnel, et c'est dans l'ombre que je continue. Je pense à mon pays. Que font-ils aujourd'hui ? C'est samedi apparemment, le jour de la grande liberté. Certains doivent encore dormir après la grosse soirée d'hier soir. Mon père nettoie son camion. Je me demande bien ce que fait ma mère. Un peu de ménage ? S'il fait quelques rayons de soleil, elle est dehors. [bon sang, c'est le plus long tunnel indien ?] Samedi ne veut rien dire pour moi. C'est tous les jours samedi. Quoiqu'il n'y ait plus de jours, de semaines ou de mois. Seule compte la saison, chaude ou mousson. Je suis dans la première, la seconde débarque normalement dans un mois et demi. J'aurai fui l'Inde d'ici là.

 

Que retenir de ces 8 semaines ? Ah, de la lumière, enfin ! J'arrive à me relire, comme toujours. Et re-tunnel. Décidément. Que retenir donc ? 66 pages. 2307 photos ou vidéos. 2 pays. Près de 25 lieux découverts. Des rencontres. Une visite. Et je me trouve, peu à peu. C'est aussi ce que je venais chercher. Des questions. Et les réponses, qui apparaissent, presque naturellement. Faisons le point sur mon état d'esprit du jour.

Ma région me manque parfois depuis mon retour en Inde. J'ai eu de la visite, ça a peut-être perturbé l'équilibre de la solitude que j'avais trouvé auparavant. De ce fait, je me vois bien rentrer au début de l'été, sauf si quelqu'un me propose un voyage d'ici là.

A mon retour, Je pense à me poser dans cette région audomaroise. Cette réponse se dessine peu à peu. Les DOM-TOMs étaient donc une soif d'évasion avant tout. Alors que je suis actuellement évadé, ils ne me font plus envie. [Une odeur de saucisses au barbecue me monte jusqu'aux narines. C'est sans doute autre chose, mais ça n'en reste pas moins désagréable.]

Ce matin, je me suis réveillé avec l'envie de m'impliquer pleinement dans le lieu où j'habiterai. J'ai envie d'associatif. Ca m'a pris comme une envie de pisser, et pas sûr que ce soit tout de suite compatible avec mon métier et les révisions du concours, qui s'annoncent chronophages. Car oui, aujourd'hui, je crois que je veux vraiment le passer.  J'ai envie de stabilisation. C'est peut-être ça, avoir 30 ans. J'ai une envie d'appartement. J'ai même envie d'être en couple. A ce rythme la, je vais finir par avoir envie de me marier.

Je risque peut-être de m'ennuyer. De regretter cette drôle de vie qui est actuellement la mienne. Je serai donc un éternel insatisfait, jamais au bon endroit, idéalisant un ailleurs. Sauf si je trouve d'autres activitiés, des nouvelles, et c'est là où l'associatif doit m'aider. M'impliquer dans des choses qui me tiennent à coeur, auxquelles je crois, où je trouve du plaisir. Reste à trouver ces assos. Le café polyglotte est cool. Faut-il que je m'investisse à Tilques ? J'aime ce village, mais ça dépend d'où j'habite. Déménager ? En septembre-octobre ça serait plus logique. On va d'abord voir si je trouve un poste, et où. Des projets. Je me nourris de projets. Mon bonheur passera par là. Et par Elle.

Je pense que ce qui me manquait le plus avant mon départ, c'était de rencontrer de nouvelles personnes. Je suis un animal de sociabilité et de découvertes. C'est là où l'associatif doit aider. Il faut peut-être choisir une asso a l'écart de Saint-O pour renouveler un peu les têtes. Quelque chose qui puisse me faire rencontrer des gens de mon âge, ce serait bien aussi (j'aime bien le club de généalogie, mais soyons honnête...). La politique reste une option, même si mon attirance et ma curiosité n'ont jamais été aussi peu élevées. Quelque chose sur Lille, parce que le public de la métropole est différent ? Sur la côte ? J'aime bien le boulonnais, j'y vivrais bien. Apprendre le néerlandais côté flamand ? Ce n'est pas si loin et ça m'intéresse bien. Un nouveau sport ? Attends, n'oublie pas les cours et le concours... Hum, reperdre ma liberté pour bosser le concours, est-ce que je le veux vraiment ? Je peux aussi le passer plus tard. Faut-il d'ailleurs vraiment revenir cet été ? En ai-je envie ? Parfois. 

C'est flou.

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