31 mai 2017 3 31 /05 /mai /2017 11:23

Traverser des forêts, des vallées, des glaciers. Grimper, mètre après mètre, marche après marche. Redescendre. Remonter. Recommencer, 100 fois. Longer un cours d'eau, l'admirer, emprunter un pont népalais, et le quitter. Enchaîner les auberges, se ressourcer, boire du thé, discuter. Une douche chaude. S'éprouver. Courbaturé. Et puis...

L'Annapurna I devant moi. 8091 mètres. A gauche l'Annapurna sud. 7219 mètres. Derrière, la vallée, avec de gauche à droite Annapurna II et III (7937 et 7555 mètres) et le Machapuchare, la montagne sacrée des Népalais, "seulement" 6993 mètres.

Le camp de base de l'Annapurna
Le camp de base de l'Annapurna
Le camp de base de l'Annapurna

Parfois on me demande "c'est quoi ce que t'a préféré ?" Question impossible quand tu as voyagé plusieurs mois ! Mais, cette fois, j'aurai forcément à l'esprit ce moment, cette découverte, ce soleil qui apparaît alors que je pose mon pied au camp de base, situé à plus de 4 100 mètres.

 

Petit retour en arrière, afin d'être à peu près chronologique. Le quatrième jour de marche, je m'arrête à Chomrong (2 050 mètres), où j'arrive avant midi. Cette matinée fut agréable, plus que les précédentes (peut-être parce qu'il y avait moins d'escaliers). Nous avons traversé une longue vallée, des cultures en terrasses, une forêt et la vue se dégage parfois, nous laissant deviner l'Annapurna Sud depuis l'hôtel. Bon, faut être très attentif aux mouvements des nuages pour réussir à prendre une photo un minimum correct. Mon guide tente de me rassurer "on verra mieux demain". Phrase qu'il a utilisé chaque jour depuis le départ. Bon. J'ai donc pas mal de temps pour apprendre les chiffres népalais sur un calendrier (je reconnais les 0, 2 et 3, le reste est plus original !).

Le camp de base de l'Annapurna
Le camp de base de l'Annapurna
Le camp de base de l'Annapurna
Le camp de base de l'Annapurna

5ème nuit. Nous arrivons à Himalaya, à 2 900 mètres. Le nom fait plaisir, l'altitude aussi : c'est la grande remontée ! Ram avait annoncé un arrêt deux étapes plus bas, à Bamboo, mais j'ai envie d'en faire plus. Les jambes commencent à tirer sur les derniers escaliers (y'en a des dizaines de milliers sur ce trek !!). Le soleil est souvent là le matin, et il drache sacrément l'après-midi (mais je suis toujours arrivé avant). De ce fait, la vue est encore bouchée... "Demain" qu'il me dit... J'espère, car ce sera la grand jour !
Après des Canadiens à moitié biélorusse et roumain (!) la veille, je rencontre dans le refuge des Françaises, une Algérienne, un Allemand et des Néerlandais (avec deux Espagnols qui seront mes mascottes du trek : je vais les croiser tous les jours pendant une semaine à partir de ce jour !). Les refuges sont des lieux plein de vie. Les trekkeurs y partagent leur expérience, leur fatigue, leur joie, et aussi un peu de nourriture. C'est LE gros repas de la journée pour beaucoup, et il ne faut pas se tromper lorsque l'on commande. Après une période de riz, je finis par me laisser attirer par les pommes-frites, avec énorme dose de fromage et oeuf au-dessus. Ca peut paraître banal en France, quand vous lisez ces lignes, mais je vous assure que c'est juste incroyable quand tu es en plein milieu d'un trek au Népal !

Le camp de base de l'Annapurna
Le camp de base de l'Annapurna

6ème jour. D-Day. Je me réveille à 5h30, et ça ne me fait plus rien. Le rythme est là (le fait de se coucher à 20h aide beaucoup). Je n'ai qu'une hâte : partir ! Et grimper les 1 200 mètres supplémentaires pour arriver au camp de base. C'est une journée sportive, l'oxygène s'amenuise peu à peu, mais sans que je ressente la gène. Je sors mon poncho pour la première fois, et je peste un peu contre la météo. A ce rythme-là, je ne vais rien voir des Annapurnas malgré ma semaine de trek ! Je pense au karma, je me dis que ça va me revenir d'une façon ou d'une autre. Je marche, tête baissée, mètre après mètre, espérant deviner des sommets. Difficile. Alors mon regard se pose sur les glaciers que nous traversons, et je me dis que j'ai tout de même de la chance d'être ici. 4 130 mètres, l'ABC. J'y suis. Et le soleil arrive avec moi. La vue se dégage. Je pose mes affaires et je continue la marche. Je grimpe. Je veux voir, tout, plus. Je suis comme l'aveugle qui retrouve la vue, et qui ne souhaite qu'une chose : ne plus fermer les yeux. L'appareil photo dans les mains, petit pull sur les épaules, et les Annapurnas tout autour de moi. Grandiose.
Je me sens grand, car à plus de 4 000 mètres. Mais je me sens encore plus petit, car il y a encore plus de 4 000 mètres devant moi. Je me sens vivant. Je me sens libre. J'ai l'impression de voler.

Le camp de base de l'Annapurna
Le camp de base de l'Annapurna
Le camp de base de l'Annapurna
Le camp de base de l'Annapurna
Le camp de base de l'Annapurna
Le camp de base de l'Annapurna
Le camp de base de l'Annapurna

7ème nuit. Sinuwa, 2350 mètres. A peine en haut que l'on doit déjà repartir ! La descente est rapide et pas très technique. Nous débutons sous le soleil matinal, après un lever de soleil sur Annapurna sud et 1. Nous arrivons à 13h45, après un repas à Bamboo. C'est entre ce refuge et Sinawa que l'on prend la sauce, pour la première fois. Je remercie mon poncho, tandis que mon guide fait un peu la tête. Il est fatigué, et même si je voudrais bien continuer un peu plus, nous décidons de nous arrêter. Chez moi, l'excitation grandit au fur et à mesure de la descente. Je veux revenir le plus vite possible, et demain serait parfait ! 

Sur la route, je croise les porteurs des Annapurnas. Au départ, ce sont les ânes que mon guide surnomme "les camions des montagnes". Mais, ici, à cette altitude, même les ânes ne viennent pas. Alors ce sont des hommes qui les remplacent. 15 kilos sur le dos. 20. Peut-être 25. Ils ont un panier sur le dos, et ils portent principalement l'ensemble avec... le front. Un bandeau est accroché au panier, et il va jusqu'à leur tête. Je les vois parfois avec une bouteille de gaz. Celle-ci doit servir à nourrir les touristes, ou à leur faire prendre une douche chaude. Je plains les jeunes. Pour les plus vieux, les plus courbés, je n'ai pas les mots. Ils sont employés par les magasins et s'en vont donc livrer les hôtels. Et je comprends mieux pourquoi plus c'est haut, plus c'est cher, que ce soit pour la nourriture ou pour les douches. 

Il n'y a pas vraiment de retraite au Népal. Pas de sécu. Si mon guide tombe et ne peut plus travailler, c'est tant pis pour lui. Je présume que c'est pareil pour les porteurs. 

Les résultats des élections tombent peu à peu. Aujourd'hui, 55 sièges pour le parti du Congrès, 54 sièges pour les communistes. 8 pour les Maoistes. Une déroute. Hier soir, au refuge, le patron était content, car son cousin a gagné un siège. Du coup il a rincé mon guide (et les autres) avec un alcool local. Ceci explique pourquoi mon guide ne peut pas aller plus loin aujourd'hui. Pas grave. J'admire les sommets, une dernière fois.

Le camp de base de l'Annapurna
Le camp de base de l'Annapurna
Le camp de base de l'Annapurna
Le camp de base de l'Annapurna
Le camp de base de l'Annapurna
Le camp de base de l'Annapurna

Journée 8. Pour la première fois depuis quelques temps, nous faisons une journée entièrement sous le soleil. Je profite des derniers instants. Je félicite mes pieds, mes genoux et l'ensemble de mon corps. Pas de douleur, pas de grande difficulté, et un parcours bouclé en huit jours au lieu des 10 prévus. Arrivé à Siwai, nous prenons un bus, direction Pokhara. La boucle est bouclée.
Deux moments bizarres toutefois. Le premier, c'est un type que je croise dans des escaliers. Il me voit, me sourit, et me demande de quel pays je viens. Jusqu'ici, c'est à peu près normal. Je lui dis "France", ce à quoi il me répond à toute vitesse "Jean-Pierre Papin, Jean-Michel Jarre", avant de partir tout aussi vite. Drôle de personnage tout de même, semblant arriver tout droit de 1991.
Le deuxième, ce fut avec Ram, mon guide tout au long de ce trek. 8 jours au lieu de 10, je me dis que je vais peut-être récupérer quelques roupies, ou qu'au moins il pourra me payer une nuit d'hôtel à Pokhara. Enfin, je ne compte pas insister non plus, je ne suis pas à côté de mes sous, vous me connaissez. Et là, grand moment de gêne, puisqu'il me demande... un peu plus d'argent. Le fameux pourboire. Je lui dis que pour moi, lui laisser les 40 euros que je lui ai versé en trop, ça me semble être un bon pourboire, mais il insiste. #gêne.

Le camp de base de l'Annapurna
Le camp de base de l'Annapurna
Le camp de base de l'Annapurna

Qu'importe. Ce trek de l'ABC, de l'Annapurna Base Camp fut génial. C'est sans hésitation LA chose à faire au Népal. Qu'importe le trek (Manaslou, Langtang, le camp de base de l'Everest), même si l'ABC présente de nombreux avantages : facile à organiser, facile à faire physiquement, plutôt rapide (il y a aussi des treks de 3 semaines) et pas si cher.
Justement, côté finance, voici les totaux de ce trek (chiffres approximatifs)
- 180 euros pour le guide
- 35,50 euros pour les permis (plus le ticket d'entrée Poon Hill)
- 30 euros pour les chaussures
- 15 euros de transports (bus + taxi, aller-retour)
- 1,50 euro pour la crème solaire (indispensable, même après deux mois d'Inde)
- 27 euros pour les logements
- 21 euros de boissons (thé, coca ; pour l'eau j'avais des pastilles)
- 93,50 euros de nourriture
- 15 euros autres
= 418,50€.
Clairement la chose la plus chère de ce voyage, mais si on réfléchit qualité-prix...
De plus, si vous êtes au moins deux, je vous conseillerais de ne pas prendre de guide : la route est plutôt claire, et à moins d'être vraiment stupide, il n'est pas possible de se perdre. Seul, c'est plus gênant. Et un vrai avantage : vous allez discuter avec un Népalais pendant plusieurs jours, essayer de le comprendre, le questionner sur la culture du pays, l'histoire, la nourriture, les montagnes... et ça, ça n'a pas de prix.

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Published by Phileas Frog - dans Nepal
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