5 juillet 2017 3 05 /07 /juillet /2017 06:10

Little Odessa. Ce quartier était l'un de mes favoris à New York. Les gens y parlaient russe, les devantures étaient en cyrillique, et j'avais l'impression d'être à l'intérieur du cheval de Troie du communisme en plein coeur de l'empire américain ! Cette fois, pas question de la petite Odessa, mais de la grande. J'arrive à la gare centrale et je suis très vite rejoint par Galina, mon hôte ukrainienne. Mes yeux se perdent rapidement dans l'église orthodoxe russe et ses bulbes dorés. Nous entamons une visite, alors que le coucher de soleil va tomber sur la ville. Je découvre avec enchantement l'architecture du centre, aux influences antiques. 

La grande Odessa
La grande Odessa

Nous arrivons à l'endroit le plus connu de la ville : l'escalier du Potemkine ! Le nom provient du cuirassé ayant participé à la révolution en 1905, et c'est également là qu'une des scènes les plus mythiques du cinéma a été tourné : le landau du Potemkine (dans le film d'Eisenstein). Ces escaliers sont peut-être la raison pour laquelle je suis venu ici, et ça me fait quelque chose de les voir en vrai !

La grande Odessa

En face, c'est... Istanbul ! Car oui, en contrebas, c'est la Mer Noire !

Au-delà de la blague de cette vidéo fantastique de Questions pour un champion, la Mer Noire est aussi un lieu inconnu pour moi. Mais pas pour ma famille. Mon arrière-arrière-arrière-arrière grand-père Florentin Dez a vu cette mer avant moi ! C'était en 1856-7, et la France a, avec l'Angleterre, déclaré la guerre à la Russie. La raison ? Les Russes veulent s'emparer.... de la Crimée ! Oui, déjà ! Mon ancêtre se retrouve donc à Sébastopol, où il décède le 10 juin 1857. Etre ici, c'est aussi penser à cette partie de mon histoire familiale qui m'était pourtant encore méconnue il y a 4 ans, avant que nous débutions les recherches généalogiques. Le coucher de soleil nous offre des couleurs splendides, tandis que j'aperçois le port pour la première fois (j'y reviendrai).

La grande Odessa
La grande Odessa

Galina est une guide géniale : je découvre l'ensemble du centre-ville en une soirée. Je suis surpris par la vie nocturne, la foule, les terrasses bondées... et les décorations nocturnes !

La grande Odessa

A la base c'était les décorations de Noël, et la ville réutilise les lampes l'été pour autre chose : je me retrouve en face d'ananas et de tomates géantes (aaaahhhh l'attaque des tomates tueuses !), tandis que des chevaux décorés permettent aux enfants de faire une petite balade (ou l'inverse).

La grande Odessa

L'opéra est magnifique. Plutôt fatigué par cette longue journée, nous repartons chez mon hôte, dans un immeuble d'inspiration soviétique. 

La grande Odessa

Le lendemain, je décide de visiter la ville en longeant la côte. Un jardin de plusieurs kilomètres de long permet cela, et c'est génial. Je descends d'abord l'une des grandes avenues bien droites et j'aperçois la Mer Noire. Des immenses hôtels me font face ou sont en construction, la plage se rapproche... mais c'est la Côte d'Azur au mois d'août !

La grande Odessa
La grande Odessa

La plage est bondée (le mot est faible), largement privatisée par les chaises longues et constructions (je remercie encore une fois la loi littorale française). J'ai du mal à rejoindre l'eau, c'est dire s'il y a du monde ! L'eau est à 21°C, mais l'été vient juste d'arriver. Par contre, niveau pollution, ce serait alarmant. Je n'ai pas prévu de me baigner de toute façon (je reste frileux) et j'emprunte le corridor vert qui m'amène vers le centre-ville. Je découvre des petites criques bétonnées (ô tristesse), des petites criques préservées, des plages bondées, des plages délaissées et... des nudistes ! (ils sont partout ceux là !).

La grande Odessa
La grande Odessa
La grande Odessa

Après quelques heures de marche et un arrêt fruits de mer (honneur à la région), je retrouve le port. Je suis fasciné par les installations portuaires depuis ma rencontre avec Hambourg, et Odessa ne fait pas exception : les grues girafes, les conteneurs-tétris et toute cette agitation. La ville était le deuxième port russe au XIXème siècle (et la troisième plus grande ville de Russie après Moscou et Saint-Pétersbourg).

La grande Odessa
La grande Odessa
La grande Odessa

Côté historique d'ailleurs, la ville a été fondée en... 1794 par Catherine II. Et c'est le duc de Richelieu, un Français (émigré (ou traître) de la Révolution), qui a été chargé de dessiner le centre-ville, avec un certain talent, je lui concède. Après une nouvelle visite du centre-ville, de jour cette fois (histoire de faire quelques photos), je me pose sur l'escalier du Potemkine... pas très longtemps, car l'orage a failli me surprendre.

La grande Odessa

Au cours d'une soirée où j'ai découvert la glace-saucisse (non, ce n'est pas un mélange, juste la présentation), j'ai pu poser les questions qui fâchent : la vision de la période communiste aujourd'hui, et le conflit avec la Russie (Crimée + Donbass). Pour la première question, je n'ai pas été surpris d'entendre la différence de discours entre les générations, avec les parents de Galina ayant une nostalgie de ce temps-là, où le chômage et l'insécurité n'existaient pas (et les libertés non plus...), et elle, qui considère qu'on ne pouvait même pas gagner d'argent. Sa mère a aujourd'hui une retraite de... 40 dollars par mois. On peut comprendre la nostalgie, car si les prix ne sont pas très élevés, cela ne lui suffit même pas pour les charges de son appartement.

Pour la Crimée, Galina me confirme mes à priori, à savoir que la population criméene a toujours parlé russe et a une culture russophone et russophile... comme le reste du Sud de l'Ukraine me précise-t-elle. En effet, sa langue maternelle est... le russe, pas l'ukrainien. Les deux langues sont proches, les Ukrainiens comprennent le russe et les Russes.... "font semblant de ne pas comprendre l'ukrainien !". La guerre dans l'Est du pays est le dernier épisode de l'histoire très agitée des dernières années. Galina a un camarade de classe qui est mort sur le front de l'Est (phrase toute drôle à entendre, surtout quand on est en Europe). Aujourd'hui, la Russie... euh, pardon, les forces séparatistes, contrôlent une bonne partie de l'Est du pays, dont Donetsk, la plus grande ville de cette région. Les jeunes Ukrainiens sont au front. Enfin, les plus pauvres, car les autres trouvent un moyen d'esquiver. Le pays reste gangréné par la corruption, et j'ai discuté avec une Galina cynique, déjà désabusée par la politique. A 27 ans. (Oui, je sais, c'est aussi le cas de beaucoup en France). Et le pire, c'est que, pour elle-aussi, la guerre est devenue "la routine". L'homme est un animal d'accoutumance disait Céline; et c'est peut-être l'une de ses forces. J'ai déjà l'impression d'être habitué à vivre dans un pays où les attaques terroristes peuvent nous toucher à tout moment, et Galina est habituée à entendre les hommes tomber trop jeunes dans l'Est de l'Ukraine.

Qu'aurait pensé mon ancêtre Florentin Dez de notre monde contemporain ? Peut-être que certaines choses ont bien changé, et que d'autres restent malheureusement les mêmes...

La grande Odessa
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Published by Phileas Frog - dans Ukraine
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