3 février 2018 6 03 /02 /février /2018 02:39

On est bien assis. Canapé. Chaise de bureau. L'ordinateur et le smartphone. La télévision à côté de nous. Je prends un verre. Une tartine. De la musique. Il fait bon vivre. 2018.

Tu es compressé. Un bateau. Le froid. La mer. Les vagues. Le noir. Les cris. La peur. Le peu que tu avais dans le ventre, tu l'as vomi. La Libye enfin derrière toi. L'Europe devant. Moi, mes conditions de vie.

 

Et tu vas mourir. Toi. Et lui. Et elle. Son enfant aussi. Et les autres. Le vieux au fond. Une noyade. Belle mort. Tu te demanderas à ce moment là pourquoi tu es parti. Et moi, toujours bien assis.

 

Mon gouvernement ? Il pourrait envoyer des hommes te chercher, te sauver. Il en envoie, parfois. Mais pas trop non plus. Car il y aurait le fameux « appel d'air ». Te sauver, ça veut dire que d'autres vont te suivre. Il faut bien en laisser mourir de temps en temps. Pour l'exemple. Alors c'est tombé sur toi. Quelle justice dans tout ça ? Oh, et depuis quand le monde serait juste ?! Tu le sais bien, tu es né là-bas, en Afrique. Moi je suis né ici, en Europe. A partir de là, l'injustice était faite. Tu essaies de rattraper cela avec une traversée de la Méditerranée. Dommage. La loterie, ce n'est décidément pas ton truc.

 

Et tu connais les élections ? Non, forcément, ta dictature... Bon, je t'explique : les élections c'est compliqué. Imagine, tu arrives. Là, c'est embêtant. Car on n'a pas de boulot pour toi. Surtout sans papiers. Tu ne veux pas rester ? Dis donc, tu ne te rends pas compte de la chance que tu avais d'être là. Décidément, vous n'êtes pas reconnaissants... Bon, l'Angleterre tu dis ? Oui, Calais. Y'a plus de jungle par contre. Plus de logement. D'ailleurs, y'a plus de migrants, c'est bien connu. Oui, oui, tous partis, le gouvernement l'avait annoncé, et il a, comme toujours, tenu sa promesse.

 

Par contre, il ne faudrait pas rester trop longtemps. Tu sais, les prochaines élections. Partir vite. On n'a rien pour toi. Le chômage. La misère. Quoi ? Tu dis qu'on est riche ? Ah, la bonne blague. C'est la crise mon bon enfant. Allez, repars. Ne nous en veux pas, on te dit qu'on ne peut rien pour toi.

Assis. Ma chaise de bureau. Ma musique. Ah, qu'est-ce qu'on est bien. 2018.

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