13 mai 2018 7 13 /05 /mai /2018 14:09

C'est peu à peu la fin du voyage. Reste le plus sexy, ce pour quoi je suis ici : la Montagne Pelée et Saint-Pierre. Oui, c'est ça qui m'a convaincu pour la Martinique. L'avantage de la Guyane, c'est que nous sommes à deux heures des Caraïbes, et le choix dans les îles existe. Si j'ai opté pour la Martinique, c'est pour l'histoire que je vais vous conter.

 

Saint-Pierre. La petite perle coloniale, réduite en cendres le 8 mai 1902, trois jours après la commune voisine du Prêcheur. Imaginez la situation : les journaux disent que vous ne craignez rien, que la situation au Prêcheur était exceptionnelle, et que la Montagne Pelée, que dis-je, le volcan Pelée, n'est pas dangereux pour la ville. D'ailleurs, le gouverneur de Martinique veut montrer l'exemple, il vient avec sa femme à Saint-Pierre : le message est clair, il ne faut pas paniquer. Qu'importent les rugissements. Qu'importent les tremblements.

La Martinique en road trip (3/3) : Saint-Pierre et la Montagne Pelée

8 mai 1902. En l'espace de deux minutes, les 30 000 habitants de Saint-Pierre sont morts. La ville est devenue poussière : le grand théâtre (construit sur le modèle bordelais), le marché, la cathédrale... Deux survivants, dont l'histoire folle d'un prisonnier enfermé au cachot pour une bagarre en état d'ébriété la veille. Puisqu'on vous dit que l'alcool est bon pour la santé ! (ce type finira par travailler pour un cirque américain, « l'homme qui a survécu à l'éruption d'un volcan, regardez ces blessures ! »). Il reste aussi les richesses, que les habitants des communes voisines viennent piller les jours et semaines suivantes, quitte à couper un doigt ou une oreille (ah, l'accumulation des richesses sensée amener au bonheur...).

Il reste aujourd'hui des ruines où l'on ressent un je ne sais quoi, des musées un peu vieillissants où l'on retrouve les photos d'avant, et les photos d'après. Saisissant. Il y a des objets, la nourriture, encore figés au 8 mai 1902, devant moi, tels quels. Une ville s'est évaporée, la petite Paris a disparu.

Et la Montagne Pelée est apparue, au fond, verdoyante, charmante, à qui l'on croit pouvoir se fier. J'aime ce lieu. La ville d'aujourd'hui ? Passable. Qu'importe.

La Martinique en road trip (3/3) : Saint-Pierre et la Montagne Pelée
La Martinique en road trip (3/3) : Saint-Pierre et la Montagne Pelée
La Martinique en road trip (3/3) : Saint-Pierre et la Montagne Pelée

Ce coup de cœur est suivi d'un coucher de soleil merveilleux sur ce même lieu.

La Martinique en road trip (3/3) : Saint-Pierre et la Montagne Pelée
La Martinique en road trip (3/3) : Saint-Pierre et la Montagne Pelée
La Martinique en road trip (3/3) : Saint-Pierre et la Montagne Pelée

Le lendemain, je me lance à l'assaut du coupable. Je n'ai pas mes chaussures de randonnée, simplement des chaussures de ville. Bon. Je n'ai pas de K-Way. Bon. Je n'ai pas de pull. Bon. Il faut bien l'admettre, ce ne sont pas les conditions idéales. Bon. On y va ?!

L'ascension est plutôt facile. La vue sur Saint-Pierre est dégagée. Peu à peu la végétation disparaît, et le paysage me ramène dans les volcans d'Auvergne. Le vent se lève. Arrivé au sommet, vers 1 300 mètres d'altitude, une petite pluie fine, et un brouillard. J'entame un tour, espérant voir l'autre côté de l'île. La vue se dégage... 3 secondes ! Je confirme, on voit loin. Je confirme aussi, il fait froid ! La pluie tombe maintenant en abondance, avec un vent à décorner les bœufs ! Bon Dieu, je me les gèle ! La végétation est parfois incroyable, des palmiers avec de la mousse, des fleurs roses... mais comment ça pousse ici ?! Quelques passages sont assez techniques et je ne fais pas trop le malin avec mes chaussures ! Ca glisse ! Je me perds à moitié en raison du brouillard, avant de redescendre vers le chaleur du littoral. Quelle bouffée d'oxygène là-haut ! N'est-ce pas là ironique, alors que ce volcan a tué de son gaz ?

La Martinique en road trip (3/3) : Saint-Pierre et la Montagne Pelée
La Martinique en road trip (3/3) : Saint-Pierre et la Montagne Pelée
La Martinique en road trip (3/3) : Saint-Pierre et la Montagne Pelée

Je découvre ensuite un aspect méconnu de la Martinique : son histoire précoloniale ! Direction Vivé et son site archéologique, ouvert au public ce week-end. Les Amérindiens avaient découvert l'Amérique bien avant les Européens, au cours de grandes migrations (ils sont originaires d'Asie, ont traversé le détroit de Bering et ont descendu toute l'Amérique). Les Kali'na et les Arawak, présents encore aujourd'hui en Guyane, ont ainsi habité en Martinique. Ils ont été décimés par les maladies et les guerres. Le site archéologique évoque lui les Amérindiens Saladoïdes, précédant les peuples déjà cités. Des trous, des bouts de vases, des os humains... si vous êtes fans d'archéologie, c'est pour vous ! Moi, je sais pourquoi j'ai bien fait de ne pas faire archéologie ! (tu vois trois briques et tu dois imaginer la maison). Le musée à Fort de France est par contre génial !

La Martinique en road trip (3/3) : Saint-Pierre et la Montagne Pelée

D'ailleurs la capitale économique, politique et culturelle de l'île, à défaut de touristique, vaut le coup d'oeil. Quelques églises, une grande place de palmiers, et, sans surprise, un fort ! Je ne suis resté que quelques heures, mais l'ambiance y était agréable. La statue la plus intéressante : celle de l'impératrice Joséphine, femme de Napoléon, que l'on accuse régulièrement d'avoir contribué au rétablissement de l'esclavage (originaire de Martinique, sa famille était composée de planteurs...). Du coup, des Martiniquais.... l'ont guillotinée ! Sa statue a donc perdu sa tête, et le personnage fait débat dans l'île !

La Martinique en road trip (3/3) : Saint-Pierre et la Montagne Pelée
La Martinique en road trip (3/3) : Saint-Pierre et la Montagne Pelée
La Martinique en road trip (3/3) : Saint-Pierre et la Montagne Pelée

Je finis mes vacances en mode repos-hamac-plage à Tartane, entre les crabes. Couchsurfing m'héberge désormais et la vie est douce. J'aurai effectué un beau petit tour de l'île et je comprends désormais pourquoi tant de personnes me l'ont recommandée. Y vivre est peut-être différent, j'ai par exemple entendu plusieurs discours sur les rapports entre Créoles et Blancs (la question des Békés, descendants des colons, revient souvent ; on reste dans une histoire postcoloniale, et tout n'est pas réglé). Personnellement j'ai trouvé les Martiniquais très sympas, souriants, aimables, assez loin de l'image parfois véhiculée. Mon véhicule d'ailleurs, je le ramène à l'aéroport. A l'intérieur, ça sent le chacal, et il y a 10 kilos de sable. Bizarrement, je dois payer son nettoyage (« ah oui, quand même » m'a dit la femme de l'agence en ouvrant la portière).

Allez, repartons travailler, le prochain voyage arrive très vite !

La Martinique en road trip (3/3) : Saint-Pierre et la Montagne Pelée
La Martinique en road trip (3/3) : Saint-Pierre et la Montagne Pelée
La Martinique en road trip (3/3) : Saint-Pierre et la Montagne Pelée
La Martinique en road trip (3/3) : Saint-Pierre et la Montagne Pelée
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