27 juillet 2018 5 27 /07 /juillet /2018 04:57

Il y a des fleuves mythiques. Le Danube en Europe. Le Mékong et le Gange en Asie. Le Nil en Afrique. Le Mississippi en Amérique du Nord. Et, au-dessus du lot, il y a l'Amazone. Pensez : son débit est de 200 000m3 par seconde, soit l'équivalent des six fleuves qui le suivent dans la puissance des débits ! Quasiment 7 000 kilomètres de long, et une surface qui représente une fois et demi l'Union Européenne ! A lui seul, l'Amazone déverse quasiment 20% de l'eau douce des océans du monde. Un monstre, dont les sédiments remontent jusqu'au plateau des Guyane, donnant à l'Océan Atlantique sa couleur marron et son sol vaseux que l'on aime tant [sic!].

 

Pour le traverser pas de pont (et pour cause, il faudrait un pont de plusieurs dizaines de kilomètres!). Seulement l'avion je croyais. D'ailleurs j'avais un vol... Mais Surinam Airways a encore frappé, puisque la compagnie, en quasi faillite, n'assure plus ses vols entre Cayenne et Bélem. Mais, très intelligemment, elle vend encore les tickets.... Bref, ça m'embête un peu, car je prends un avion à Bélem pour Sao Paulo pour ensuite rejoindre ma sœur en Bolivie. Là, on m'offre la solution d'aller prendre un vol à Paramaribo. Mais je ne veux pas tenter le diable : je boycotte désormais tout ce qui touche de près ou de loin au Surinam ! Reste un autre plan, conseillé par des collègues : « prends le bus jusqu'à Macapa, et après il y a un bateau ». Et c'est ainsi que mes deux heures d'avion se transforment en trois jours de road trip ! Heureusement que j'ai du temps (ah, les grandes vacances des profs).

La traversée de l'Amazone

Je pars donc de bon matin (6h) de Saint Laurent du Maroni, en bus. 20€ et quatre heures plus tard, je suis à Cayenne. A Cayenne, taxi collectif (minibus), 30 € et trois heures plus tard je suis à Saint-Georges. J'ai traversé la Guyane du nord au sud et, après manger, je traverse le fleuve Oyapock en pirogue pour me retrouver au Brésil. Je fais tamponner mon passeport et je vais à la gare routière pour choper un bus. Ils partent à 18h, je suis là à 15h30, serein. Pas de ticket avant demain. Bon, heureusement je suis large... Le lendemain midi, 40€ de dépensés pour douze heures de bonheur ! Je traverse l'Amapa, la région la plus au nord du Brésil. Au début la route est goudronnée... au début ! Puis c'est une piste, avec des ponts... que j'appelle pont par politesse, mais j'hésiterais à y passer en vélo (alors avec un gros bus c'est flippant!). La piste est boueuse, et des bus ont dû faire demi tour la semaine dernière, parce que bloqués dans la boue... Bon, j'ai un peu de chance, ça passe ! Les paysages sont... amazoniens : des arbres ! Et très peu d'habitations, hormis des villages amérindiens ça et là. Ce désert vert ressemble à ma Guyane.

 

Il est minuit, et me voici sur l'Equateur ! La vile de Macapa, capitale de l'Amapa, a cette particularité d'être traversée par la ligne imaginaire. Chose amusante, ils ont mis la ligne médiane du terrain de foot sur l'Equateur, ce qui fait que vous jouez au foot dans l'hémisphère nord ou dans l'hémisphère sud selon votre camp !

Une nuit d'hôtel et direction le port de Macapa situé à Santana (aucun rapport avec le chanteur). Vingt minutes plus tard je suis devant mon dernier transport, qui doit m'emmener à Bélem : un gros bateau. J'ignorais la chose, mais les bateaux partent à 10h, et il est... 9h45. Parfait ! 40€ et 24 heures de voyage !

 

Ohhhhhhh mon bateau-eau-eau. 3 étages, 500 personnes ! Je suis tout en bas. Pas de cabine, juste des crochets partout... car tout le monde dort... dans son hamac ! Ah, le Brésil ! Ca c'est sympa. J'aime pourtant beaucoup mon matelas, mais voir 500 hamacs alignés sur les 3 ponts, c'est assez incroyable. Que de couleurs ! Il n'y a pas beaucoup de place, de ce fait on est vite collé à son voisin-e. Comme je suis intelligent, j'ai oublié mes cordes, mes mousquetons... heureusement j'ai le hamac, qui se retrouve de ce fait très haut, le plus haut du pont ! (et les Brésiliens qui sourient en voyant ma situation...). Ce n'est pas un mauvais calcul en fait, car, du coup, personne ne me touche !

La traversée de l'Amazone
La traversée de l'Amazone

Sur le bateau la vie s'organise : possibilité de se restaurer pour pas cher (il y a un petit bar qui tourne sacrément) et... bon, pas grand chose d'autre ! Les moteurs font un boucan d'enfer et font vibrer l'arrière du pont (à éviter pour poser son hamac), les portes des toilettes et des douches s'ouvrent et se referment, et un grand brouhaha contraste avec la nature que nous traversons. Car, je traverse l'Amazone nom de Dieu ! Le monstre, et ses affluents. Des arbres à perte de vue, quelques maisons ça et là... et.... mais... que font-ils ? Ils jettent les poubelles dans l'eau.. !!!? Je m'énerve un peu tout seul quand je vois mes congénères du bateau jeter des sacs plastiques dans l'eau. Je suis prêt à aller les voir... quand j'observe les habitants du fleuve se précipiter sur ces fameux sacs plastiques. Etrange. J'imagine alors les habitants spécialisés dans le commerce et le recyclage de détritus... je n'y suis pas du tout ! Ce sont en vérité des vêtements, de la nourriture etc. que les habitants du bateau envoient aux habitants du fleuve. Un beau geste donc... Mais il n'empêche, le style me laisse un peu dubitatif : je me vois mal lancer les habits sur les pauvres, « tiens, attrape ça, et dépêche toi car un autre pauvre arrive dans son kayak ! », surtout avec les grands sourires d'un public accoudé au ponton, trois bières dans les mains.... Les enfants prennent part à ce "jeu", et rient de lancer leur plastique, qui font un énorme "plouf" dans l'Amazone. Gênant, vraiment.

La traversée de l'Amazone
La traversée de l'Amazone

Apparemment j'ai une tête de Français. Mon voisin me parle directement dans la langue de Molière, et m'explique qu'il veut pratiquer. Un Brésilien de 35-40 ans, un peu boiteux (il marche avec une canne), avec son fils de 7-8 ans. Pas forcément le plus riche du bateau (c'est le seul qui essaie de vendre des petits bijoux sur le pont), fan de natation (il m'en parle longuement), et il adore aussi la France, à tel pont qu'ils supportent les Bleus pendant la Coupe du monde ! « Et le Brésil ?! » « Non, pas le Brésil ! ». Sacrilège ! Un Brésilien qui ne supporte pas le Brésil ! Si je fais l'annonce sur le bateau, je pense bien qu'on le jettera par dessus bord ! « Chut » me fait-il du doigt. Pas fou quand même ! Je croise également un Sénégalais qui me parle de colonisation (hum...) et un duo français de Kourou que je vois de loin et je dis « ils sont Français » (on a bien des têtes de Français!).

La traversée de l'Amazone
La traversée de l'Amazone
La traversée de l'Amazone

Cette traversée est vraiment agréable et je ne regrette pas mon avion. Grand soleil, c'est paisible (apparemment ça remue plus à l'automne), je me pose sur le toit et.... mais qu'est-ce que c'est que ça encore ? Encore ? Non, mais je rêve : un dauphin ! Je l'ignorais, mais il y a des dauphins dans l'Amazone ! Sympas, ils viennent me saluer en plus !

Bref, un périple plein de surprises. Nous arrivons par voie maritime à Bélem, tels des migrants portugais du XVIIIème siècle. La ville est impressionnante. Et j'ai deux jours pour m'y balader. Mais pas maintenant, car il est 11h20, France-Uruguay a commencé il y a 20 minutes !

La traversée de l'Amazone
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