6 octobre 2018 6 06 /10 /octobre /2018 12:44

Le jugement a été rapidement prononcé, et je n'ai pas eu beaucoup d'hésitations. A quoi beau se défendre : le crime a été commis, je suis un délinquant. Je ne connais pas la longueur de ma peine, mais je ne ressens pas trop celle-ci. Au départ. Quand je l'annonce. Cela me semble être d'une logique implacable. La morale m'a quitté, parfois, mais il me reste quelques principes. Je veux être capable de me regarder un minimum dans la glace. Je veux être capable de la regarder un minimum dans les yeux. Pour tout ce qu'elle a représenté.

 

L'au revoir larmoyant. Cela faisait quelques années. C'était un avion qui avait recueilli mon torrent. Cette fois, ce fut en face en face. Ce visage. Ce sourire. Ces derniers fous rire. Bon Dieu, qu'elle est belle.

Elle ne réagit pas. Elle ne me retient pas. Etait-elle d'accord avec moi ? Qu'importe. C'est fini. C'est officiel. Je ferme la porte de la chambre au petit matin, un air de Yann Tiersen au piano. Nos regards se croisent. Mille pensées, pour un vrai merci. Tu étais ma vie.

 

La descente des escaliers. La route. La vie tout autour de moi. Je jette un dernier regard vers la fenêtre. J'espère presque la voir apparaître, qu'elle me court après, qu'elle me dise « non, c'est impossible, pas comme ça, pas maintenant, pas dans cette vie, on est au-dessus de tout ça ». Je traverse la rue. Je marche seul. Une nouvelle vie démarre.

 

Nouveau départ. Plein d'espoir. Je me vois prince de la ville, Je me sens fort. Les dernières chaleurs de l'été, les premiers cours de la rentrée.

 

[…]

 

Quelques feuilles sur le bitume. Et je suis déjà en plein atterrissage. Que s'est-il passé ? Comment en suis-je arrivé là ? Les questions que je ne me posais pas. Ma morale revient, 3 mois trop tard. Un coup de fouet, une claque dans la gueule. Sans le regretter. Etrange sentiment. Car, dans le même temps, je la regrette. Enfin, je regrette le fait d'être deux. Je me sens d'un coup si faible, si petit, et si seul. Dès lors, est-ce vraiment ma morale, ou plutôt une certaine lâcheté ?

 

[…]

Petit flirt. Petit béguin. Petit cœur brisé. Je me hais. Je n'avais pas le droit. Je n'aurais pas dû. Elle a voulu jouer, ce n'était pas tout à fait de ma faute. Mais, quand même, tu l'as su bien assez tôt. Alors, pourquoi avoir insisté ? Pourquoi l'avoir invité ? Elle était fragile. Tu l'as cassé. Regarde-toi dans le miroir. Qui vois-tu ? Est-ce l'image que tu veux envoyer ? Es-tu fier de toi ?

J'ai honte. Petit à petit. Ce flirt me ralentit. M'arrête. Arrêtez. Fini de jouer. Ne plus essayer. Stop.

Je coule. En silence.

 

[…]
 

Le printemps revient. Une nouvelle vie va recommencer. Mais, quand je dis au revoir à la précédente, je ne peux m'empêcher. Elle non plus.

Un long trajet. Des heures de voiture. Tu y penses. Tu t'auto-félicites. Tu joues. Tu gagnes. Est-ce là ta fierté ?

 

[…]

Pour se retrouver, rien de mieux que les racines. Les origines. Un foyer, ma maison. De longues heures de bibliothèque s'enchaînent. J'ai un but. J'ai une motivation.

Pourtant, le soir, elle me hante. Satanée morale. Part ! Laisse-moi tranquille ! Je connais ma faute ! Et elle revient, dès que je suis posé, dès que je réfléchis, dès que je regarde une photo. Un an et demi. Combien de temps ce châtiment va-t-il durer ? Ne vais-je jamais pouvoir réapprécier mes souvenirs ? J'aimais tellement revivre mon passé. Je suis aujourd'hui incapable de l'affronter. Que dois-je faire pour y arriver ? Je cherche des réponses, sans me poser les vraies questions. J'espère qu'elles vont apparaître, ou qu'elle va disparaître.

 

Quelques petits voyages. D'ordinaire, ce sont eux qui me sauvent. Pourtant je la revois, du sosie des tréfonds de Montréal, à ma solitude du nord de la Zambie.

Les ami-e-s sont pourtant là. Les rencontres aussi. Des retrouvailles, et un goût de romantisme. Mais rien ne lui arrive à la cheville. Elle est sur un piédestal. Elle est immaculée, quand je suis sali. Je l'idéalise, je nous idéalise. Je pense revoir notre relation, alors que je suis obnubilé par notre passion. Elle était initiale, elle était de l'autre côté du monde. Mais quelle était belle.

Une nuit d'hiver. Je la pleure dans mon salon.

 

[...]

 

Je dois repartir. Je dois fuir. Je dois la fuir. Me retrouver. Seul un grand départ peut m'aider. Seul, un grand départ. J'ai l'impression d'un retour en arrière, alors que c'est une fuite en avant. Une grande culture, un sous-continent, les plus hauts sommets de ce monde. Ca doit être fou, ça doit être renversant.

Et j'ai pleuré, une dernière fois. Je ne comprenais pas. Pourquoi ? Pour elle, car elle était encore là, en moi. Ma faute, mon histoire, ma vie. Dans ces couloirs bondés du train vers Bombay, tunnels trop éclairés. Je la voyais. Je l'espérais. Encore. 3 ans de souffrance. 3 ans de solitude.

 

[...]

 

La plus grande des punitions est celle que l'on s'inflige à soi-même. La mienne fut mentale, elle fut de l'ordre de la morale. J'ai une morale, je vis avec, et elle me juge constamment. Ce que j'ai perdu à la suite de mon crime, c'est une image de moi : pas parfaite, pas sans reproche, mais avec des erreurs que je pouvais me pardonner. Ici, point de pardon. En tout cas, pas encore. Car si je peux pardonner les erreurs des autres, il faut que je parvienne à pardonner les miennes. Je suis l'accusé, je suis le procureur, je suis l'avocat de la défense. J'ai toutes les cartes en main.

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