19 novembre 2018 1 19 /11 /novembre /2018 22:19

Un tas de bois. Une haie. Voilà ce que tu vois. Moi, c'est différent. Car cet espace d'un mètre de large sur cinq mètres de long, c'était ma liberté.

 

Je pense que nous avons tous voulu un jour construire une cabane. Le lieu idéal : en haut d'un arbre. Pour se sentir plus grand, et avoir l'impression de dominer le monde ! Oui, gamin, déjà mégalo ! Pas de chance, je n'ai pas vraiment un arbre digne de ce nom chez moi. Par contre j'ai des bouts d'arbres, découpés en morceaux, quelques stères de bois qui finissent dans ma belle cheminée un soir d'hiver pluvieux comme on en a parfois dans ch'nord. C'est là, derrière ce gros tas de bois d'à peu près deux mètres de haut, qu'on se cachera. Qu'on s'installera. Nous, et nos trésors.

 

Les trésors d'un gamin, c'est une bouteille de coca, d'une marque moins chère, coincée au milieu de notre pièce, entre les bouts de bois. Un après-midi, seul, j'irai en boire 3 gorgées, sans que mes parents me voient, et sans que mes sœurs puissent en prendre. Oh, liberté suprême ! Quelques rangées plus loin, un bout de bois pas comme les autres : mon pistolet ! Plutôt fin, il se termine avec un creux arrondi, assez lisse, ce qui lui permet aussi d'être une canne. Ouah, une arme deux en un ! Je marche en m'appuyant dessus, tout en délivrant des consignes à mes troupes, imitant ainsi le vieux général américain du Jour le plus long. De temps en temps, il y avait aussi un paquet de biscuits qui traînait là, mais pas longtemps. Car Clément et moi, on ne sait pas s'arrêter une fois le paquet de biscuits entamé (j'ai gardé le défaut!).

 

Car cette cabane, c'est aussi le lieu d'une amitié. L'un de mes grands copains de primaire s'appelle Clément. Je n'ai pas cherché loin, juste derrière les pieds de framboises (où on se sert parfois au cours de l'été). Là, après la barrière, c'est l'un de mes autres mondes. Je n'y suis pas allé depuis 15 ans, mais je pourrais refaire toute la maison et le [grand] jardin. Au fait, là aussi, on avait une cabane ! Même deux ! Une autre entre deux haies, où on était abrité par des bâches (quoique ces bâches gouttaient tout le temps!). A l'intérieur, une autre bouteille de coca ! Enfin, toujours pas le vrai coca, mais ça se valait !

Et puis il y avait celle sous des tôles rondes, à même le sol. Là, c'était grand luxe ! Déjà, on était abrité pour de vrai quand il pleuvait. Et puis les grands frères de Clément y avaient aussi planqué leurs trésors ! Encore plus de coca ! Et des biscuits ! Mais pas seulement. Car Benoît, le frère de Clément, avait un paquet de cigarettes ! Woh, ça c'est fou. D'ailleurs, il est un peu fou Benoît, c'est pour ça que sa mère crie toujours son nom très fort. Mais moi je l'aime bien, et mes sœurs aussi : c'est qu'il est marrant Benoît.

 

De temps en temps, on escalade notre cabane (les tôles donc !), et on essaie de voir ce qui se passe derrière: des vieilles voitures, comme un cimetière ! On aimerait bien y jouer, mais on n'a pas vraiment le droit, surtout depuis que les garçons y ont lancé des cailloux et cassé des vitres. C'est bête, on pourrait en faire des sacrés cache-cache là-dedans !

J'invite mes sœurs de temps en temps, mais aussi Alexandre, mon voisin de l'autre côté, celui de la haie à épines. Il est souvent chez sa grand-mère, où on se rend en passant par un trou bien pratique. Il y a une immense balançoire verte, et Gisèle nous donne souvent des bonbons. J'aime bien les bonbons. Elle habite dans une très grande maison, avec un drôle d'atelier plein d'outils. Mais elle ne veut pas trop qu'on joue par là. C'est dommage, j'avais plein d'idées pour ranger les outils dans ma cabane.

 

J'ai aussi une autre cabane chez Romain, mon autre voisin, mais plus loin : il y a une maison d'écart ! Lui a une ferme, avec plein de vaches. Ca pue sacrément là-bas, et y'a une pièce avec plein de merdes, faut faire gaffe où on marche ! N'empêche qu'il a plein de place, alors on fait une cabane en haut des ballots de paille ! C'est un peu dangereux il paraît, mais nous n'avons pas peur ! Ce qui est embêtant par contre, c'est que les ballots de notre cabane disparaissent très vite, sans que je comprenne pourquoi. Alors on ira se mettre à l'étage de l'étable, où ça sent pas très bon, mais ici on est tranquille, et on peut jouer à la belote de comptoir ! Romain m'explique les règles un peu vite, et il gagne tout le temps. Il aime bien gagner Romain. M'en fous, je l'aime bien, et je reste plus fort au foot.

 

Car le foot, c'est aussi la grande partie de mon enfance. La balançoire fait office de but, et on joue avec les voisins. Maman crie parce qu'on casse ses fleurs. M'enfin, c'est pas de notre faute si elles débordent du terrain ! Ce que j'aimerais vraiment, c'est le but d'Antoine, mon copain de primaire, avec une vrai barre et plein de place ! Mais c'est déjà pas mal ici. Car avec Alexandre, pas mon voisin, mais celui qui habite sur la nationale, Clément, Romain, Sophie, Mélanie, Benoît, Antoine, Lucie, Alexandre mon voisin et tout ceux qui passent par ici, on va jouer pendant de longues heures. Et puis même faire un cache-cache ! Vite, direction la cabane ! Tiens, il reste du coca.

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