24 novembre 2018 6 24 /11 /novembre /2018 19:20

Après une heure à arpenter les rues de Carthagène, le taxi nous dépose enfin. Nous ne sommes pas encore sortis du véhicule qu'ils sont là, prêts à nous bondir dessus. Ils, ce sont les employés des compagnies de bus ! Ils se jettent sur nous à peine la portière entrouverte, vantant les mérites d'un bus plutôt que d'un autre. Quiconque n'a pas connu ces stations de bus ou de train ne peut comprendre ce sentiment d'oppression que font parfois ressentir ces gens, chauffeur de taxi, vendeur de tickets, guide offrant ses services... A chaque fois, une seule envie me traverse : je veux partir ! De l'air por favor ! Bon, de manière plus diplomatique, c'est marcher sans trop faire attention. Mais, de temps en temps, on craque, et on prend le premier venu. Pas toujours une bonne idée... Car à Carthagène, on se fait entuber sur le prix (un classique), et surtout nous n'avons pas le bus direct promis ! On change deux fois, et, de ce fait, se retrouvons avec 18 heures de voyage dans les chaussettes. C'est aussi ça l'aventure, sortir de sa zone de confort ! (mais j'aime de plus en plus ma zone de confort!).

Le trajet nous permet néanmoins de voir la Colombie en dehors des villes et zones touristiques, de traverser des campagnes assez développées (à ma surprise), agricoles, et qui semblent productives. Je suis loin de la Bolivie, ici tout ou presque est mis en valeur. Ma vie dans le bus s'organise, je lis, j'écris, j'observe, je discute. On achète les repas directement assis sur notre siège tant les vendeurs sont nombreux à monter à chaque halte : qui veut des biscuits ? Qui veut des empenadas ? (gros beignets, souvent fourrés avec de la viande) Qui veut des bonbons ? Qui veut du riz ?.... Moi por favor ! C'est combien ? Un euro ! Bon, on risque peu à s'y essayer.

Medellin : l'ombre gênante de Pablo Escobar

Medellin. Si tu as regardé Narcos, tu me vois arriver avec mes grands sabots. Si tu connais un peu l'histoire de la Colombie aussi. Car le cartel de Medellin, c'est un peu Chicago pour les USA, avec Pablo Escobar dans le rôle d'Al Capone. Son histoire est folle : petit trafiquant devenu un des 10 hommes les plus riches du monde, député, et finalement abattu sur un toit de la ville. Medellin c'était lui. C'était il y a 25 ans, mais c'est encore ancré dans les mémoires. Certains touristes veulent d'ailleurs voir cet aspect, visiter la maison du trafiquant, son zoo personnel (avec les fameux hippopotames). Nous, on se la joue comme les Colombiens, pas besoin de célébrer un criminel, terroriste de surcroît (explosion d'avion, meurtres à gogo etc). Déjà que je m'énerve de voir des films sur les criminels ou pédophiles français (Mesrine, Guy Georges, Francis Heaulme...), pas besoin en plus de donner de l'argent pour célébrer leurs œuvres. [c'est quand même bizarre cette fascination, non?]

 

Medellin, 3 millions d'habitants. Bon, c'est tellement étendu qu'on décide de prendre un téléphérique pour la surplomber ! Et, comme souvent, c'est très impressionnant une ville vue d'en haut.

Medellin : l'ombre gênante de Pablo Escobar
Medellin : l'ombre gênante de Pablo Escobar
Medellin : l'ombre gênante de Pablo Escobar

Surtout que, sans s'y attendre, on se retrouve transporté hors de la ville, en plein milieu d'une forêt, puis dans des paysages plus proches des Alpes bavaroises que d'une mégapole sud-américaine ! On respire, et on n'est pas mécontent d'être déjà en dehors de la fourmilière. Nous nous retrouvons dans un petit restaurant mignon, style maison de poupée, ou nous avons l'impression de (très bien) manger à l'aide d'une dînette.

Medellin : l'ombre gênante de Pablo Escobar
Medellin : l'ombre gênante de Pablo Escobar

Car, à peine revenu dans le centre-ville, une impression d'oppression resurgit. L'atmosphère est étrange, surtout quand un voleur est arrêté juste devant nous, et accompagné vers le panier à salade par un groupe d'une cinquantaine de Colombiens le scrutant jusque dans le camion des policiers. On ne traîne pas beaucoup dans ce coin, hormis pour regarder les drôles de statues de l'artiste colombien le plus connu, Botero, avec ses grosses et ses gros, pleins de courbes. Nous repartons ensuite vers notre quartier touristique, sans aucun doute le moins colombien de tous, mais où on peut circuler le soir sans trop d'inquiétude (ce qui n'est pas apparemment le cas de toute la ville).

Medellin : l'ombre gênante de Pablo Escobar
Medellin : l'ombre gênante de Pablo Escobar

A deux heures de Medellin, direction Guatapé. C'est tout ce qu'on sait ! Qu'est-ce qui s'y cache ? Que fait-on aujourd'hui ? Pas d'idée ! Nous avons pris un tour d'une journée à 30 balles. Oui, parfois, il faut se laisser surprendre. Nous commençons par une balade en bateau d'une petite heure sur un lac artificiel avec musique ambiance boîte de nuit difficile à supporter (les Colombiens écoutent de la musique partout, notamment du reggaetown, pas tout à fait ma came!). En parlant de came, nous voici devant l'ancienne demeure de Pablo Escobar.... Décidément, même en souhaitant y échapper, on se retrouve confronté au passé. Le lieu semble abandonné (mais je suis sûr qu'il a dû être passé au peigne fin par des chercheurs de trésors...). Un peu plus loin, la maison de James Rodriguez, le footballeur... un autre style !

Medellin : l'ombre gênante de Pablo Escobar
Medellin : l'ombre gênante de Pablo Escobar
Medellin : l'ombre gênante de Pablo Escobar

Bref, après une croisière très Saint-Tropez, nous voici enfin devant la star du jour !

Medellin : l'ombre gênante de Pablo Escobar

Un peu plus de 600 marches sur des escaliers hideux, avec du monde tout autour de moi, mais la vue me fait tout oublier !

Medellin : l'ombre gênante de Pablo Escobar
Medellin : l'ombre gênante de Pablo Escobar
Medellin : l'ombre gênante de Pablo Escobar

Les images parlent d'elles-mêmes. Ca me fait penser à un autre Sigiriya, ou un air de Météores, mais avec une vue tout autre. Ce rocher a une histoire assez cocasse, puisque les lettres G. et I. sont inscrites en très grand, en blanc. En fait, c'est une petite bataille entre les deux villages du coin, les habitants de Guatapé voulant bien signifier à leur voisin que ce bijou naturel est le leur. Du coup, ils voulaient écrire en très grand GUATAPE. Mais alors qu'il avait commencé avec le G. et le début du U., voilà que l'UNESCO a classé le lieu.... du coup, interdiction d'y retoucher ! Aucun rapport avec les G.I. américains donc, juste un peu de bêtise humaine !

Medellin : l'ombre gênante de Pablo Escobar

Justement, nous nous rendons dans le village de Guatapé, et... j'ai l'impression d'être à Disneyland ! Le lieu est connu pour ses fresques colorées sur chaque demeure, « le deuxième lieu le plus coloré du monde » qu'il nous répète le guide. Sauf que je n'arrive plus à ressentir l'authenticité, tant l'ambiance ressemble à celle d'une grande ducasse, avec 3 touristes pour un habitant. Je regarde les gamins jouer au foot, hésitant à les rejoindre. Un « grand », avec une casquette, leur pique le ballon et l'envoie dans les airs. Foutu gangster.

Medellin : l'ombre gênante de Pablo Escobar
Medellin : l'ombre gênante de Pablo Escobar
Medellin : l'ombre gênante de Pablo Escobar
Medellin : l'ombre gênante de Pablo Escobar
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