5 décembre 2018 3 05 /12 /décembre /2018 22:01

Plus d'un an que j'habite ici, et je ne vous ai pas encore présenté mon lieu de vie. Ce n'est pas faute d'envie, c'est juste le temps qu'il m'a fallu pour un peu mieux comprendre Saint-Laurent du Maroni.

Saint-Laurent du Maroni (1/3) : la bagnarde

Déjà, j'ajoute une carte, car la Guyane, depuis la métropole (oui, je parle désormais comme ceux qui habitent dans les DOM-TOMs), c'est l'inconnu. Kourou, on connaît de nom, parce que les fusées. Cayenne aussi, avec cette idée du bagne. Saint-Laurent du Maroni (SLM dans sa version abrégée), ça ne dit rien à personne, à moi non plus d'ailleurs avant mon arrivée. Pourtant, le bagne c'était aussi (et surtout) elle.

Saint-Laurent du Maroni (1/3) : la bagnarde

[cliquez sur l'image pour la voir en bonne qualité] A quoi servaient tous ces petits carrés, ces fameux bagnes ? A l'origine, il y a deux aspects pour la France : d'abord se débarrasser de la « vermine », celle qu'on n'arrivera pas à remettre dans le droit chemin. Et aussi, dans un second temps, peupler une colonie « vide », à savoir la Guyane (et pendant un moment la Nouvelle-Calédonie). Et pour cause, on parle ici de la plus grande région de France, et de la moins peuplée (c'est encore le cas aujourd'hui). Au départ, du coup, les bagnards reçoivent une concession, c'est à dire une petite habitation et un jardin. Néanmoins, très vite, la politique de colonisation est remplacée par la seule politique punitive.

Qui peuple ces bagnes ? Il y a d'abord (1854) deux catégories de détenus : les déportés (souvent pour des motifs politiques, à l'exemple de Dreyfus), et les transportés (souvent des gros criminels). En 1885 on ajoute aussi les relégués : ceux qui ont commis plusieurs crimes en l'espace de dix ans.

 

Or, SLM est une ville pénitentiaire : elle est fondée pour ça et c'est la capitale du bagne ! Il n'y a pas de maire, celui qui dirige la ville n'est autre que le directeur du bagne ! Cette situation va durer jusqu'à la Seconde Guerre Mondiale !

Saint-Laurent du Maroni (1/3) : la bagnarde

Aujourd'hui, le bagne est toujours là. D'abord, sur son lieu originel. Ici, l'entrée du site. Le musée est très bon (c'est indispensable quand vous visitez SLM). Sur les photos suivantes, vous pouvez voir la cuisine des condamnés sur la droite, et, à gauche, leurs « cases », où on disposait les hamacs. Ici, c'est le lieu des trafics, des contraintes, et, parfois, des crimes. Tout autour, un mur d'enceinte d'environ 2m50 de haut entoure l'ensemble du lieu. Au total la Guyane a reçu plus de 70 000 bagnards...

Saint-Laurent du Maroni (1/3) : la bagnarde
Saint-Laurent du Maroni (1/3) : la bagnarde

Toute la ville est alors orientée vers le bagne. Ainsi, sur ce plan, vous avez le bagne en haut, à sa gauche l'hôpital, à sa droite le quartier officiel (triangle), et vers le bas les concessions [vous pouvez cliquer sur l'image pour zoomer].

Saint-Laurent du Maroni (1/3) : la bagnarde

Aujourd'hui le quartier officiel, où logeaient les surveillants et le directeur, est encore un peu à l'écart. C'est calme, le Maroni (le fleuve) berce les lieux, les petits jardins fleurissent, les maisons d'inspiration créole respirent la fraîcheur. L'ancienne maison du directeur du bagne est devenue la maison... du sous-préfet (sacré symbole!). D'autres maisons sont laissées à l'abandon.

Saint-Laurent du Maroni (1/3) : la bagnarde
Saint-Laurent du Maroni (1/3) : la bagnarde
Saint-Laurent du Maroni (1/3) : la bagnarde

Autre chose étonnante à mon arrivée, l'hôpital du bagne était... toujours l'hôpital ! Autant vous dire qu'on parle d'un bâtiment délabré ! Un nouvel hôpital est sorti de terre et a été inauguré il y a deux mois maintenant. Pas un luxe !

Saint-Laurent du Maroni (1/3) : la bagnarde

Depuis 1945 les choses ont tout de même changé me direz-vous. Pas tout à fait. Le centre-ville est le même, avec les mêmes maisons, et toujours, parfois, les mêmes familles ! La « banlieue » de SLM a bien grossi (j'en reparlerai plus tard), mais les infrastructures du centre restent limitées.

Saint-Laurent du Maroni (1/3) : la bagnarde

Surtout, ce qui reste ici, c'est l'impression d'être prisonnier, d'être enfermé. La ville la plus proche est Kourou, à 200 kilomètres, ou Paramaribo, à 200 kilomètres, mais de l'autre côté (au Surinam). SLM est isolée, coupée de tout par une forêt omniprésente. Pour les jeunes, ce n'est pas possible d'aller voir ailleurs.

En plus d'être bagnarde, SLM est aussi post-coloniale (la Guyane n'est devenue un département français qu'en 1945) et post-esclavage, avec une majorité de la population descendante de la traite négrière (les Bushinengues, les Créoles) ou ayant été colonisée (les Amérindiens). Elle est donc prisonnière d'une histoire violente. Dans quelles mesures ça influence aujourd'hui la ville ? Je reste là-dessus, pour le moment.

Saint-Laurent du Maroni (1/3) : la bagnarde
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