16 janvier 2019 3 16 /01 /janvier /2019 15:30

Depuis la Guyane, ça paraît un peu fou. Enfin, non, pas si fou que ça. Disons animé. Car ici, ça ne prend pas. Ils ont essayé, à Cayenne, et très très légèrement à Saint-Laurent du Maroni. Mais non, décidément, nous sommes dans une bulle. Pas de gilets jaunes.

En métropole cela fait maintenant 9 semaines. 9 semaines de manifestations, de mobilisations, et parfois de blocages. On ne peut pas le nier, ce mouvement est extraordinaire. Cela faisait de nombreuses années, depuis le CPE en 2006 (ah, ma première année de fac...) qu'aucun grand mouvement sociétal ne s'en prenait au gouvernement en place sur une longue durée, et avec du succès (quoi, le mariage pour tous ? Bon, passons!).

 

Derrière beaucoup de Français se cache un révolutionnaire en puissance. L'éducation, sans aucun doute, avec notre histoire faite de grands renversements, de 1789 à 1830, de 1848 à 1870. L'année dernière, pour les 50 ans de mai 68, certains espéraient que ça reprenne. Il n'y a eu que quelques mois de retard. Et je n'étais pas tant surpris quand j'ai vu les sondages (what ??! je regarde et je me fie au sondage!?) annonçant que ce mouvement était soutenu par une majorité des Français (80% au départ tout de même!). Qu'il y ait des gens qui souhaitent tout casser pour tout reconstruire, ça peut paraître fou à un étranger. Quand on est français, ça choque un peu moins. Certains croient au « grand soir », à la révolution. Pour le coup, je ne pense pas que ce soit une bonne idée, parce que derrière la plupart des révolutions se sont cachés des régimes dictatoriaux (coucou Napoléon, coucou Napoléon III, coucou le parti unique en URSS et à Cuba) ou des bains de sang (la Commune). Moi, je n'aime pas le sang, et je n'aime pas non plus les dictateurs. La démocratie me va bien. Encore faut-il qu'elle existe.

 

Démocratie représentative. C'est notre système actuel. Nous acceptons de donner notre pouvoir, de le déléguer, à des gens qui sont censés nous représenter et faire les lois telles que nous les voulons. L'idée a plutôt bien fonctionné jusque là, à savoir que c'est le système politique le plus démocratique que nous ayons eu dans notre histoire. Aujourd'hui le système semble vieillissant. Parce que nous ne voulons pas tous donner notre pouvoir, le déléguer. Certains, de plus en plus nombreux, aimeraient bien donner leur avis directement. Démocratie directe. Une petite révolution qui doit beaucoup à Internet. Car, avec Internet, nous pouvons tous donner notre opinion politique, émettre des vœux, parler de notre mécontentement sur une loi. Il suffit d'écrire sur les réseaux sociaux, un blog, ou un commentaire sur une page d'information. Chose qui n'existait pas jusque là (sauf dans les cafés, mais l'audience était limitée). Alors, pourquoi ne pas nous consulter plus souvent ? Pourquoi pas plus de démocratie directe ? Pour le coup, j'y suis clairement favorable. Et qu'on ne vienne pas me dire « oui, mais les gens ne comprennent pas toujours les lois », « c'est trop compliqué pour eux » etc. Ce sont les mêmes arguments que donnaient les hommes il y a 100 ans pour justifier le non droit de vote aux femmes ! Ces arguments sont souvent donnés par des gens qui, forcément, se pensent assez intelligents pour donner leur avis, et qui, bizarrement, pensent qu'il n'est pas possible d'expliquer une loi ! Mais, si tu es si intelligent, pourquoi ne serais-tu pas capable de bien l'expliquer à la population ? La démocratie directe fonctionne, encore faut-il accepter les résultats (coucou le référendum sur la constitution européenne!).

Si notre système politique est également vieillissant, c'est que ceux qui nous représentent le font de moins en moins bien. C'est un fait, aujourd'hui, les députés sont des politiques, ils sont professionnels. Combien d'ouvriers ? Combien d'employés ? Combien d'artisans ? La plupart du temps, ce sont des gens plutôt riches, ayant fait de grandes études, et qui pensent pouvoir représenter la population. Attention, je ne veux pas tirer sur les riches ou les gens ayant fait des longues études (coucou moi!). Mais je pense qu'ils ne peuvent pas comprendre certaines choses. L'exemple le plus frappant était cette loi sur l'augmentation du prix de l'essence. Une loi qui touche tout le monde. Une loi forcément injuste, parce qu'une augmentation de 5€ du plein de Super sanctionne beaucoup plus quelqu'un étant au SMIC que quelqu'un touchant 7 000€ par mois (coucou les députés!).

 

Et voilà que surgissent les gilets jaunes. Ouin-Ouin c'est l'extrême-droite. Puis après, ouin-ouin c'est l'extrême-gauche. C'est qu'il fallait classer ce mouvement, avec nos frontières politiques habituelles. Frontière que l'élection de Macron a tout cassé (et ce n'était que la fin d'un long mouvement, avec des gens qui votaient à droite, puis à gauche, puis dans les extrêmes, sans vrai continuité). Aujourd'hui ouin-ouin les gilets jaunes sont des casseurs. Ou ouin-ouin les gilets jaunes attaquent la liberté de presse, et donc les journalistes. Voire même ouin-ouin les gilets jaunes sont des putschistes. Alors, pour commencer, je ne nie pas que certains, mais une minorité de gilets jaunes, soient des casseurs appartenant à un extrême et souhaitant un coup d'Etat. Mais. Non, plutôt MAIS c'est très loin de représenter un mouvement extrêmement hétérogène, qui souhaite parfois plus d'Etat, parfois moins, parfois une augmentation des aides, parfois une diminution des impôts etc. Ce qui revient souvent, néanmoins, c'est la justice. Et la fin des privilèges.

 

Une justice sociale. Ca veut dire quoi ? Qu'une petite entreprise française ne doit pas payer plus d'impôts que Facebook et Google, que Total et LVMH. Que quelqu'un touchant un salaire de 15 000€ par mois doit participer de manière plus importante aux impôts que quelqu'un touchant 1 500€ par mois. C'est la base, c'est logique, et c'est quelque chose qui a beaucoup diminué ces dernières décennies. La justice doit être la même pour tous. Que les hommes ou femmes politiques ne bénéficient pas toujours d'un non-lieu dans leur affaire de corruption, que les grosses entreprises ne soient pas toujours protégées par des lois aberrantes contre les petits citoyens. Si un dealer de shit se retrouve en prison du jour au lendemain, je ne vois pas pourquoi ça ne devrait pas être la même pour un banquier véreux. La fin des privilèges, tout simplement.

Etre un gilet jaune, c´est aussi et surtout refuser de payer plus de taxes ou d´impôts alors que les services publiques à côté de chez toi sont fermés les uns après les autres, parce que pas rentable. Oui les gens aiment leur poste, leur maternité et même leur sous-prefecture ! En tout cas ils ne veulent pas faire 30 kilomètres (ou 60 !) de plus, avec leur voiture et leur gasoil très taxé, alors qu´ils n´ont pas de possiblités de transports publics...

 

Alors, suis-je un gilet jaune ? Ca dépend des fois. Ca dépend de quel gilet jaune vous me parlez. Ca dépend sur quelle idée. Un coup de pied dans la fourmilière est en tout cas salutaire. Car sans blocage, sans violence, avec une manifestation pacifique, croyez-vous qu'il y aurait eu l'augmentation du SMIC ? Une nouvelle fois, ça encourage à casser les choses, et c'est malheureux que les politiques doivent attendre cela pour réagir. Il faudrait presque conseiller aux infirmier-e-s, aux profs, ou aux ouvriers qui vont être virés par un plan social d'une multinationale, de tout casser. Car, alors, vous êtes écoutés. En 1789, comme en 2019.

Suis-je un gilet jaune ?
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