1 avril 2019 1 01 /04 /avril /2019 14:39

Après Huit Clos (génial) et Les mouches (bien), c'est un retour à mon année de terminale. A l'époque, mes cours de philosophie avaient lieu juste après la cantine. Je somnolais donc régulièrement, même si j'avoue que Monsieur Rosset expliquait plutôt bien chaque idée derrière des lignes qui me semblaient incompréhensibles lorsque j'étais confronté seul à ce livre...

Quelques années plus tard, je voulais voir un peu mon évolution : suis-je capable de le comprendre ? C'est mon troisième Sartre, je pense être prêt.

 

L'existentialisme est un humanisme (1946)

 

Quelques idées que j'ai retenues :

- L'homme est la somme de ses actes (l'existence précède l'essence) : « l'homme n'est rien d'autre que ce qu'il fait »

- L'homme fait des choix personnels qui représentent l'image qu'il souhaite de l'humanité toute entière : « il n'est pas un acte qui, en créant l'homme que nous voulons être, ne crée en même temps une image de l'homme tel que nous estimons qu'il doit être ». Bon, je ne suis pas toujours d'accord avec cette idée. Le choix qui est bon pour moi n'est pas forcément bon pour un autre, qui devra alors faire un autre choix. Ce que je considère être bon pour l'humanité, quelqu'un considérera peut-être l'inverse. Ai-je tort ? Dois-je changer de choix ? Cela part du principe qu'il existe une seule vérité à l'humanité, et je suis en désaccord avec ce principe, justement par principe. L'idée d'une seule vérité, si elle peut paraître objective, n'en demeure pas moins dangereuse (elle peut établir un rapport de force vis-à-vis de celui qui détient une autre vérité). De ce fait, je ne considère pas, à titre personnel, que mon choix engage l'humanité.

- Si Dieu n'existe pas, l'homme est liberté. Mieux, ou pire : « l'homme est condamné à être libre », c'est à dire qu'il est le seul à choisir ses actes. J'adore cette phrase.

- Les sentiments se construisent par nos actes. Très intéressant cette partie, et sans doute assez proche de la réalité.

- Il se pose deux fois la question de l'engagement, et il en arrive à l'idée que l'existentialisme s'oppose au quiétisme.

 

Un livre qui fait bien tourner la tête, et qui donne envie d'agir, de faire. De ne pas simplement être. Ce n'est pas je pense donc je suis. C'est Je fais, donc je suis. Clairement l'une des idées guidant ma vie au jour le jour.

 

Le mur (1939)

 

Le Mur est un recueil de nouvelles. Suivent la Chambre, Erostrate, Intimité, L'enfance d'un chef.

 

Le Mur est l'histoire d'un prisonnier républicain espagnol qui est condamné à mort. On lui propose alors un arrangement, il dénonce un de ses amis, et il aura peut-être la vie sauve.

La Chambre est l'histoire d'un père de famille essayant de convaincre sa fille de placer son mari, devenu fou.

Erostrate est l'histoire d'un tueur voulant se faire un nom.

Intimité est l'histoire de deux histoires d'amour d'une seule femme.

L'enfance d'un chef est celle de Lucien, futur grand chef fasciste.

 

Première chose : je crois bien que je n'aime pas les nouvelles. On a à peine le temps de s'attacher aux personnages qu'ils nous disent déjà au revoir. Oh, reviens, tu ne m'as pas tout dit ! Alors je me pose la question : choisit-on la nouvelle par manque d'inspiration ?

Le Mur est par exemple une faible copie du dernier jour d'un condamné d'Hugo. Les nouvelles suivantes ne valent pas le coup de s'y attarder. L'enfance d'un chef est plus développé, mais plus linéaire. C'est écrit d'un traite, et ça manque de pause justement. Du coup cette analyse de l'arrivée du fascisme dans la tête du personnage est trop rapide. Dommage, l'idée était intéressante.

Bref, c'est bien le premier Sartre que je n'ai pas savouré. Soit. Allez, direction La Nausée.

 

La Nausée (1938)

 

Antoine Roquentin, jeune homme de 30 ans, habite Bouville, où il fait des recherches pour un livre historique sur un conte du XVIIIème siècle. Il souffre d'une étrange maladie lui faisant avoir des crises d'angoisse. Ses retrouvailles avec son amour de jeunesse Anny sont l'un de ses derniers espoirs dans la vie.

Outch. C'est mauvais. Je veux dire, je n'ai vraiment pas aimé. Déjà, l'histoire et son scénario : rien. Ou si peu. Le livre hésite entre le roman et la philosophie. Quand on essaie de faire les deux, on fait mal les deux. Certains passages sont extrêmement longs et douloureux à lire (l'arbre et ses racines, chacune des crises du personnage en fait). Et j'en suis ressorti avec l'impression d'une belle branlette intellectuelle de son auteur. Dommage, car j'aime jusque là les livres de Sartre. Livre qui a pourtant fait sa renommée, où il évoque l'existentialisme, le néant etc. Un brouillon donc. Et il ne faudrait pas avoir à lire les brouillons.

 

Deux citations :

La passé, c'est un luxe de propriétaire

Sans doute, à son lit de mort, à cette heure où l'on est convenu, depuis Socrate, de prononcer quelques paroles élevées, avait-il dit à sa femme, comme un de mes oncles à la sienne, qui l'avait veillé douze nuits : « toi, Thérèse, je ne te remercie pas, tu n'as fait que ton devoir ». Quand un homme en arrive là, il faut lui tirer son chapeau.

 

Bon, je pense arrêter Sartre pour un moment après cette épreuve. Je ne sais pas si Les Mots ou L'être et le Néant sont faits pour moi de suite !

Les lectures de voyage, Jean-Paul Sartre
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