22 juin 2019 6 22 /06 /juin /2019 23:42

Le plan était limpide : je récupère une pirogue à Saint-Laurent, direction Maripasoula. La remontée du Maroni devait me prendre une journée, deux en cas de souci. A Maripasoula je récupère un avion, et je pars au milieu de la Guyane, au coeur de la forêt amazonienne, Saül.
Mais (car il y a un mais), j'ai mal au ventre. Ca m'a pris jeudi après-midi, je vous passe les détails, je suis au bout de ma vie (comme chaque homme un peu enrhumé). Pour la pirogue c'est foutu. Maripasoula me passe à nouveau sous le nez. Saül ? Allez, ça va passer ! Je trouve par miracle un ticket d'avion et je débarque lundi après-midi.
L'avion en Guyane ? Vous imaginez une forêt. Sans fin. Eternelle. Un océan vert, un peu vallonné. Et, de temps à autre, un trou au milieu de la forêt.

Saül, la fable de l'aigle et du serpent

Ces trous, ce sont des sites d'orpaillage. La Guyane est malade de ses richesses naturelles, comme beaucoup d'autres pays (notamment en Afrique). Le sous-sol est aurifère, les rivières ont des pailettes d'or, et certains sont prêts à tout pour les attraper. Qui ? En Guyane, ce sont essentiellement des Brésiliens au début de la chaîne. Ce sont eux que l'on retrouve sur les sites, les fameux garimpeiros. Ils sont régulièrement pourchassés par les militaires français (opération Harpie), ils reviennent néanmoins à chaque fois. Les chantiers clandestins sont nombreux en Guyane, et le butin s'élève à des centaines de millions d'euros chaque année (entre 5 et 10 tonnes d'or, à titre comparatif, l'orpaillage légal c'est environ 1 tonne d'or...). En cadeau, du mercure, et des cours d'eau pollués... Les opérations militaires ont repoussé les orpailleurs un peu au loin de Saül, afin de ne pas décourager les touristes, mais la situation reste préoccupante dans toute la région... (le sujet mériterait beaucoup plus de recherches, mais ce n'est pas le thème du jour !).

Saül, la fable de l'aigle et du serpent
Saül, la fable de l'aigle et du serpent

Nous arrivons à Saül, je vois une piste au loin - la piste de secours je pense - quoi ? c'est la vraie piste ??! Mais attendez, la terre battue, c'est seulement pour du tennis, pas pour un avion ?! Quoi Roland Garros ??

Saül, la fable de l'aigle et du serpent
Saül, la fable de l'aigle et du serpent

Ca plante d'entrée un décor ! Saül est un village isolé : pas de route, pas de cours d'eau réellement emprunté. Le seul moyen de s'y rendre sans mettre une semaine : l'avion ! Tout arrive en avion, les touristes comme moi, les habitants qui doivent aller à Cayenne, le médecin qui est dans l'avion du lendemain pour sa visite mensuelle, la nourriture, les boissons, et autres qui débarquent dans l'avion cargo qui me suit. Pas de voiture, ici les gens se déplacent en quad ! Et encore, quand ils se déplacent...

Saül, la fable de l'aigle et du serpent

Car Saül, en plus d'être le premier roi d'Israël selon la Bible, est un petit village. Très petit ! 60 habitants à tout casser quand nous y sommes. Le village tient son nom d'un chercheur d'or originaire de l'île de Sainte-Lucie (une grosse partie de village a des origines à chercher là-bas). Au début du XXème siècle, en pleine fièvre de l'or, le village comptait plusieurs centaines d'habitants (plus de 400 encore en 1960).

Il reste aujourd'hui une église sympa (la seule à deux clochers en Guyane), une école (où l'instit a tous les niveaux), une mairie etc. Et, aussi, le bureau du parc amazonien de Guyane, le plus grand parc de l'Union Européenne, c'est d'ailleurs surtout pour ça que nous sommes ici : nous voulons voir la nature !

Saül, la fable de l'aigle et du serpent
Saül, la fable de l'aigle et du serpent

Quand je dis nous, ce n'est pas ma copine et moi (désolé les amateurs de croustillant !), mais mon collègue Augustin, son père et son cousin. Un peu la famille donc (le premier nommé étant un très bon copain, malgré un niveau plus que limite au football -il n'a pas Facebook je peux être honnête !).

Saül, la fable de l'aigle et du serpent

Au programme à Saül, des randonnées au nom évocateur : Belvédère, Gros arbres, Roche bateau, Mont la fumée, Grand boeuf mort... bon le dernier interpelle un peu ! Sur ces chemins, des points de vue, quelques vestiges d'orpaillage traditionnel, des polissoirs amérindiens, ça monte, ça descend et, sans surprise, il y a des arbres !

Saül, la fable de l'aigle et du serpent
Saül, la fable de l'aigle et du serpent

Mais quels arbres ! Des arbres tellement immenses que je n'arrive pas à vous les mettre en un seul morceau ! Des formes chelous, des racines hallucinantes.... la forêt guyanaise dans toute sa splendeur !

Saül, la fable de l'aigle et du serpent
Saül, la fable de l'aigle et du serpent

En plus des arbres il y a les criques (le nom guyanais pour n'importe quel petit cours d'eau). Des baignades pleines de fraîcheur dans un décor d'Eden.

Saül, la fable de l'aigle et du serpent
Saül, la fable de l'aigle et du serpent

Saül c'est aussi ses animaux. Mes premiers toucans, pas faciles à capturer avec l'appareil et les yeux, mais magnifiques à voir passer. Quelques oiseaux, une tortue dans une flaque d'eau, des papillons (allez le morpho, déploie tes ailes !)... et, roulements de tambours... le truc le plus fou !

Saül, la fable de l'aigle et du serpent
Saül, la fable de l'aigle et du serpent
Saül, la fable de l'aigle et du serpent

Je vous présente un drymoluber dichrous (également appelé couresse sévère) et un aigle blanc !

Saül, la fable de l'aigle et du serpent

Que s'est-il passé ? Connaissez-vous le rat et l'huître de Jean de la Fontaine ? Peut-être pas tous. Mais je suis sûr que vous connaissez sa morale. Car notre aigle blanc est un amateur de serpents... et il aperçut une couresse sévère. Celle-ci (ou celui-ci ?) se baladait tranquillement sur le chemin. L'aigle blanc se jetta sur sa proie, mais il eut apparemment un peu trop confiance en lui, et sous-estima son adversaire. Par un ippon à la Teddy Riner, la couresse blanc retourna l'aigle blanc et lui fit un manoeuvre d'étouffement. Et tel est pris qui croyait prendre...

Saül, la fable de l'aigle et du serpent

Notre photo a fait jaser jusque dans les bureaux du parc amazonien, ils étaient tous sur le cul ! (et un vrai débat a eu lieu pour savoir c'était quoi l'oiseau). A titre personnel, j'ai eu l'impression d'être au milieu d'un des documentaires animaliers de France 5 sur lequel tu tombes quand tu rouilles dans le canapé un dimanche après-midi pluvieux.


Bref, deux jours de pleine nature à Saül que je recommande à tous ceux qui souhaitent du calme et du temps pour réfléchir, penser, lire, écrire etc.

Saül, la fable de l'aigle et du serpent
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