11 juillet 2019 4 11 /07 /juillet /2019 07:51

Dire qu'il y a deux ans j'ai hésité. La Guyane, en ai-je vraiment envie ? Le contexte était celui-là : je revenais de trois mois en Inde-Sri Lanka-Népal, et je voulais me poser quelque part. Alors, à quoi bon traverser l'Atlantique et me retrouver, à nouveau, loin de ma famille et de mes ami-e-s ? Et finalement le départ est devenu l'évidence.

 

Franchement, je n'ai jamais regretté mon choix. J'ai adoré la Guyane, j'ai aimé mon temps là-bas, j'ai été heureux pendant deux ans. Et je pense que beaucoup que j'ai côtoyé ont vécu cette région comme moi. Car au-delà d'une image déplorable en métropole (le mythe des moustiques-araignées-serpents à tous les coins de rue), tout est extraordinaire, que ce soit les paysages, les activités (une fusée qui décolle tout de même ou de la pirogue en pays amérindien, c'est fou!) ou la vie sauvage (que d'animaux ! Et dire que des singes venaient me saluer le matin quand je corrigeais mes copies). Je n'insiste pas là-dessus, j'ai assez écrit sur mes balades. Je n'évoquerai pas non plus la misère, tous les problèmes, et une métropole qui ne fait rien, même si je l'ai bien en tête. Non, aujourd'hui je veux évoquer le reste, de ceux qui ont fait mon bonheur.

 

Je commence forcément par ma colocation. Car j'ai trouvé là-bas, très vite, une deuxième famille. La solitude en Guyane ? Je ne l'ai pas connu. Et c'est grâce à eux. Tim naturellement, Julie, Lise, Jérémy, Margot pour la première équipe (comment ça j'ai oublié quelqu'un?!), Guillaume, Zoé, Maïté pour la seconde. Une colocation de cinq personnes, parfois six (coucou Rinio!), parfois plus avec les Couchsurfers ou la famille/les ami-e-s en visite. Une salle de bain, une petite cuisine. Une maison que j'ai découvert.... disons en mauvais état ! Et qui est devenue pour moi la maison du bonheur. J'ai passé une bonne partie de ma première année à bosser et mes instants de repos étaient avec eux, en leur compagnie, sur une terrasse qui est le lieu de vie principal. Des apéros pour Tim, des barbecues... pour Tim aussi ! Et des débats à n'en plus finir sur le féminisme au XXIème siècle (comment ça pour Tim aussi?!). J'ai rencontré des colocs engagés, plein de vie, plein de projets, plein d'amour. Des jeunes de mon âge arrivés comme moi, sans famille, sans ami-e, prêt-e à quitter tout ça pour découvrir et se découvrir. J'étais dans mon moule, l'intégration était trop facile. Et c'est comme ça à l'échelle de la ville. A peine arrivé que tu connais 100 personnes, et tu te retrouves à faire le marché comme Chirac à la veille d'une élection (« bonjour ça va » en serrant 50 paluches). SLM c'est petit, tout se sait, alors la colocation est devenu le lieu du partage des petits secrets, le lieu de divulgation des ragots, de la rumeur, et, parfois, des petites prises de têtes. C'est le jeu, c'est le caractère de chacun, et ça va très certainement me manquer si je me retrouve l'année prochain en solo dans un petit appartement (rien que de l'écrire je souffle).

La deuxième fournée de coloc arrivée à l'été, après un démarrage en fanfare (je ris bêtement), ce fut le temps du temps. Les cours sont prêts, allons-y pour créer une vie de coloc comme je la voulais. C'est beaucoup passé par la nourriture (à la fin ça s'équilibre de toute façon), et, aussi, par les voisins. Car cette année nous avons découvert les gamins du quartier, et tout a changé. Des petites têtes sont apparues autour de la terrasse, puis dans la piscine. Ce fut du plaisir pour eux, pour nous aussi. Francisco, Merlando, Ramona la chouchou etc. (je ne fais pas la liste, ils sont très nombreux!). C'est d'ailleurs à eux qu'on n'a rien dit, jusqu'au bout quasiment, sur notre départ. J'ai vu la tête de Babouch quand mes deux colocs expliquaient qu'ils allaient déménager. Moi, j'ai été lâche : « je pars en vacance ». Et on se retrouvera, un jour, Inch'Allah. Pas envie des pleurs.

 

En vérité, le plus compliqué fut surtout de dire au revoir aux élèves. Ceux que j'ai côtoyé pendant deux ans, à raison de 5h par semaine pour certains. Ils ont été formidables. Franchement, j'ai rien à leur reprocher, je devrais juste les féliciter. Et je leur ai dit d'ailleurs, merci pour tout, vous êtes géniaux, grâce à vous j'ai été heureux dans mon boulot pendant deux ans, je me sentais utile, ayant un impact sur le monde de demain, et vous allez tout casser au bac. Soyez heureux, je ne vous oublierai pas. Depuis, j'ai oublié 20 prénoms. Bon.

Au boulot j'ai aussi eu des collègues qui sont devenus des ami-e-s. Ce n'est pas toujours le cas, et je réalise la chance que j'ai eu. Des jeunes de mon âge (ce qui n'était pas du tout le cas dans mon précédent collège) avec qui j'ai fait la fête, voyagé, partagé. Augustin et Anaïs, Victor (et Marjo, comment ça tu ne travaillais pas avec nous?!), Pierre, François le mythe.

 

Et puis SLM ce sont les autres. De ceux que je n'ai pas encore cités une fois, mais que je croisais souvent, au détour d'une rue ou d'une rangée de Super U. Des visages, des sourires, et parfois un peu de vomi en fin de soirée (la personne saura se reconnaître). A SLM j'ai continué de vivre ma jeunesse éternelle, même si je répète de plus en plus que je suis vieux. La coloc voisine, les bargettes forcément, un gang de Paramaribo, quelques partenaires de rock, mes coéquipiers du foot, et les autres. Car le bonheur, c'est les autres.

 

Et pourtant, ce serait mentir de dire que ce départ m'a bouleversé, ou même ému. En vérité, ce fut très simple, presque une évidence. Je savais au fond de moi que je n'étais que de passage (nous le sommes tous d'une certaine façon!). Et c'est peut-être la force des au revoir/adieu régulier depuis 10 ans : ça me touche de moins en moins. Mon cœur se fane ? Peut-être. Mais je crois surtout en la vie. Les plus proches de ceux-là, je vais les revoir, certains dès cet été, d'autres au détour des routes, ou, par surprise, dans un autre Super U. C'est la vie. C'était ma vie guyanaise. Elle était belle. La suite le sera aussi, j'y crois.

 

A faire en Guyane

Décollage d'une fusée

Iles du Salut

Camp de la transportation

Chutes Voltaire et vieux Broussard

Nuit en carbet

Marais de Kaw

Descendre/remonter le Maroni en pirogue

Saül

Pondaison des tortues

Lac de Petit-Saut

 

Aller au Surinam

Aller au Brésil

Aller au Guyana

Deux ans de Guyane, le bilan
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