31 octobre 2019 4 31 /10 /octobre /2019 17:01

Le début, c'est une image qui tourne en boucle sur les chaines d´information : des étudiants fraudent en masse dans le métro de Santiago pour protester contre la hausse du prix du ticket, la deuxième de l´année. Nous sommes jeudi, et nous ne comprenons pas encore que c'est l´étincelle qui va transformer notre voyage ! Car ces quelques étudiants s´en prennent aussi aux infrastructures du métro, ça casse les portiques. 

Vendredi. Le métro de Santiago est en feu, littéralement. Les manifestations commencent, au bruit des casseroles (un grand classique sud-américain) : les habitants prennent une casserole et tapent dessus pour faire du bruit. Tout seul, ça peut paraître ridicule. A 10 000, ça fait un boucan d´enfer ! Et si le métro est la cible privilégiée, des banques et autres symboles "capitalistes" sont aussi pris à partie. La colère explose à Santiago. Le lendemain, c'est dans tout le pays !


Nous sommes alors à la Serena, station balnéaire à 500km au nord de la capitale. En rentrant d´une visite aux pingouins, le bus doit faire un détour. Nous comprenons le mot "barricade" ! La route est bloquée par les manifestants. Sympa les Chiliens, on a vraiment l´impression d´être à la maison ! A l´hôtel nous sommes surpris de traverser une ville morte, avec tous les magasins du centre-ville fermés, alors que nous sommes samedi ! Et pour cause... la manif arrive !
Notre hôtel nous demande alors de fermer toutes les fenêtres car.... les gaz lacrymogènes viennent d´être tirés à deux pâtés de maison ! On entend les bruits de casseroles en fond, on hume les lacrymos à travers les fenêtres... et on ne sort pas ! C´est pas le moment de faire les cons dans un pays que tu ne connais pas et où les militaires sont chargés du maintien de l´ordre pour la 1ère fois depuis Pinochet !

Et dimanche, je veux retirer de l´argent.... oups !

Chili : être touriste dans un pays qui s´embrase
Chili : être touriste dans un pays qui s´embrase

Ladron ça veut dire voleur pour ceux qui ne parlent pas espagnol ! Et Pinera c´est le nom du président conservateur actuellement en place ! On retrouve alors pour lui beaucoup de déclarations d´amour (sic !) Les dégâts sont limités en ville à des symboles (banque donc, centre commercial, statues taguées). Le centre est encore plus mort que la veille et je marche un bon moment avant de trouver un restaurant ouvert (truc con, j'ai faim !). 

La météo est alors parfaite, et nous allons observer les étoiles ce soir dans un endroit mondialement connu pour ça (la vallée d´Elqui). Oups ! Ca ne va pas être possible, nous dit l´agence ! Car un couvre-feu est instauré à partir de 20h jusque 6h du matin ! Personne dehors ! Sortie annulée ! On est un peu déçu (c´est la 2ème fois que ça nous passe sous le nez !) mais on s´en remet vite.

19h. Mission : trouver à manger (truc con, on a re-faim !). A l´hôtel on nous prévient de ne pas traîner en indiquant une direction. Sur le chemin, nous croisons un type avec un carton de matériel hifi. Au croisement suivant, je vois le magasin dont sont originaires les produits, en train de se faire piller.
Les révolutionnaires sont parfois matérialistes.
Nous trouvons finalement à manger quand les policiers débarquent et qu´un hélicoptère nous survole. Nous ne traînons pas tandis que les tags décorent un mur repeint la veille.

Le couvre-feu concerne alors 7 grandes villes du pays tandis que le bilan est de 8 morts. Le lendemain, on est passé a 11 (aujourd'hui les chiffres divergent entre une vingtaine et une cinquantaine.... ça commence à faire une sacrée fourchette !). Des incendies de centres commerciaux ont fait prisonniers des visiteurs du soir, tandis que l´armée semble jouer les cow-boys (notamment à Santiago et Valparaiso). Plus de banques ouvertes, les transports ont disparu... reste la station de bus, prise d´assaut par les Chiliens ! Nous arrivons par miracle à trouver un bus pour... Valparaiso, la prochaine étape prévue ! 
Sauf que dans le bus le chauffeur nous dit : "Valparaiso, pas possible !" Ah.... en raison du couvre-feu on s´arrête à Vina del Mar, à 10 km de la. Enfin, si on y arrive.... car dans cette ville de 300 000 habitants, déserte à 21 heures, c´est aussi le couvre-feu ! Etrange vision, on a l´impression que les gens sont calfeutrés chez eux en attendant l'attaque des zombies. Et comme dans les films, ce sont les militaires qui tiennent la route...  

Chili : être touriste dans un pays qui s´embrase

Je suis à l´étage du bus, je n´entends pas la conversation, mais ça a dû être ceci : "faites demi-tour, personne ne va là-bas !
- D'accord, mais j´ai un bus !
- Rien à foutre, tu prends ton bus et tes passagers et tu roules en marche arrière ou à l'envers, mais tu dégages d´ici !"
On nous rassure un peu en expliquant qu'avec une autre route on peut passer jusqu'au centre-ville. Et ensuite ? Chacun pour sa peau !
A côté de cette scène, des gilets jaunes !!! On pense d´abord à des manifestants, puis on apprend que c´est plutôt une milice locale, destinée à faire régner l´´ordre et à surveiller le quartier ! Des hommes pour la plupart, avec des bâtons et des barres de fer...
On descend du bus sous l´oeil attentif des militaires, et nous partons en direction de l'hôtel. Pas de zombie à l´horizon mais une atmosphère étrange ! Par 2 fois des habitants nous disent : "il ne faut pas rester là c´est dangereux !" On croise une carcasse de poubelle encastrée dans une pharmacie pour finalement arriver à l´hôtel, pas mécontents ! On a faim (encore !) mais on mangera demain !

A Valparaiso le couvre-feu commence à 18 heures !! C´est tôt ! Première étape pour nous, trouver une banque... et voilà à quoi ressemblent les banques ouvertes !

Chili : être touriste dans un pays qui s´embrase

Euh... c´est les soldes, c´est ça ? Car les queues s´allongent devant les magasins (la police se chargeant parfois de l´entrée !). On en arrive à échanger des euros contre des pesos avant d´acheter des pâtes dans une petite supérette ! Pas de ramadan pour nous aujourd'hui, c´est toujours ça de pris ! A midi, sur les collines de Valparaiso nous entendons déjà les bruits de casseroles et l´atmosphère se tend... on ne reste pas et nous reprenons le métro, tandis qu´une manifestation débute à 200 mètres.

 

Le Chili, le "pays le plus sur d´Amérique du Sud" d´après notre Routard, se révolte ! Pourquoi ? Le métro ? L´étincelle, la goutte d´eau. De par nos observations et nos conversations, c´est surtout le coût de la vie et les inégalités qui sont les principaux vecteurs de la colère (surprise hein !). La moitié de la population vit avec moins de 500 euros par mois, alors que nous, Français, on trouve le pays assez cher ! Comment font les gens pour vivre ? Ils s´endettent, ils cumulent, ils se débrouillent. Et ils galèrent. Le pays est ultra-libéral : éducation, retraite, santé... même l´eau a été privatisée (coucou Coca-Cola !). Or, à côté de ça, le Chili est officiellement un pays riche de son sous-sol, de ses mines de cuivre et de lithium. Qui en voit la couleur de ces richesses ? Pas grand monde, comme d´habitude ! Ajoutez à cela une Constitution qui date de Pinochet, et un milliardaire à la tête du pays. Aujourd'hui il est à 14% d´opinion favorable. Il a dit "nous sommes en guerre", puis s´est excusé, mis en place un couvre-feu et des militaires dans les rues, puis les a retirés, changé des ministres et réfléchi à des mesures sociales. Les manifestations continuent (plus d´un million de personnes le week-end dernier, la première fois que ce chiffre est atteint depuis l´éviction de Pinochet justement) et le pays semble s´être arrêté, ou éveillé, c´est selon.

 

A titre personnel, c´est intéressant à suivre et un peu compliqué. Après la dissolution du Congres au Pérou, un Chili en révolte, vivement le coup d´Etat en Argentine ! 
Plus sérieusement nous suivons les infos, on regarde ce qui se trame à l´aéroport (c´est qu´on avait des vols à prendre !), et on verra bien ce qui se passe demain. Et dans ces cas là, demain, c´est loin.

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