5 juillet 2020 7 05 /07 /juillet /2020 16:59

Honnêtement, ce serait mentir de vous dire que Lille m'a plu dès le départ. Je garde d'ailleurs encore aujourd'hui des sentiments contrariés. Je peste contre son béton, ses bagnoles et ses injustices qui me paraissent plus importantes qu'ailleurs. Plus importantes que chez moi en tout cas. Car Lille, ce n'est pas chez moi, et ça ne l'a jamais vraiment été. J'ai toujours eu cette impression de passage, d'une cité qui m'adopte essentiellement la nuit pour mieux me rejeter le jour. Oui, cette ville est reine de la fête, et je ne préfère pas compter le nombre de fois où nous avons essaimer à Massena ou transpirer dans les boîtes du vieux-Lille. Mais ce n'est pas suffisant. Ça n'a pas emporté mon choix. Finalement, Lille restera la ville d'à côté, et j'ai décidé de vivre là où je me sens chez moi, constamment. Reste des sacrés souvenirs by night, et quelques moments sympas sous un soleil souvent capricieux.


Et je sais que je ne suis pas le seul. J'ai même retrouvé les souvenirs lillois de ma grand-mère, ainsi que de mon arrière-arrière-grand-mère. Oh, ce n'est pas vraiment le monde de la nuit. Ce sont des mots, tellement banals car si quotidiens, posés au revers de vieilles cartes postales rappelant le temps qui passe, vite.

Lille, à l'ancienne
Lille, à l'ancienne
Lille, à l'ancienne
Lille, à l'ancienne

Prenons d'abord le beffroi et la place du théâtre dans les années 1950. Les changements visibles sont mineurs : les lampadaires, le couloir du tramway, les voitures à la place des terrasses, et le sommet de la petite tour derrière le beffroi.

Lille, à l'ancienne
Lille, à l'ancienne

Place de la République c'est plus flagrant : la route a disparu ! Plus de tram ! (disparu en 1966) A la place, une fontaine datant de 1979 et un ensemble devenue entièrement piéton.

Lille, à l'ancienne
Lille, à l'ancienne
Lille, à l'ancienne
Lille, à l'ancienne

Quant aux rues nationales (1946) et Faidherbe (années 1950), elles n'ont quasiment pas évolué hormis les traces du tramway. Ah, oui, les voitures ont bien changé et on ne se gare plus aussi facilement !

Lille, à l'ancienne
Lille, à l'ancienne

Les fusillés lillois ont eux connu une vie mouvementée. Oui, déjà de leur vivant, car les quatre hommes debout et celui au sol sont des résistants lillois fusillés lors de la première guerre mondiale. On construit alors un monument, inauguré en 1929. Les Allemands, apparemment un peu rancuniers, l'attaquent à coups de pioche et de dynamique en 1940. La carte postale des années 1950 montre ainsi des fusillés décapités... Ils ont retrouvé leur visage en 1960 et sont installés au boulevard de la liberté. Peut-être pas tout à fait au même endroit, et avec un mur retravaillé.

Allez, direction le coeur de la ville, sa Grand' Place.

Lille, à l'ancienne
Lille, à l'ancienne
Lille, à l'ancienne
Lille, à l'ancienne

Une chose saute aux yeux : l'encombrement ! Au sortir de la seconde guerre mondiale, alors que les voitures sont pourtant peu nombreuses dans le reste de la région, la métropole montre déjà une appétence pour les 4 roues ! La Grand' Place est alors peu piétonnisée, et le marcheur navigue entre la route et des voitures stationnées. Quelques échoppes apparaissent sur la première image quand le tram montre le bout de son nez sur une carte datée de 1946. L'occasion de souligner les fils qui doivent alors courir à travers toute la ville.

Lille, à l'ancienne
Lille, à l'ancienne

Remontons deux décennies plus tôt, dans les années 1920. La carte postale est en couleur (chose rare !) et nous présente ainsi la place dans les années folles. En plus du tramway que l'on voit apparaître au centre de l'image, les voitures stationnées devant l'hôtel Bellevue se partagent le lieu avec... les chevaux ! (à gauche) Est-ce que ce sont des taxis équidés qui attendent les clients sur cette place ? Pas impossible. La présence des piétons est plus massive qu'après 1945, et on a presque de fait l'impression d'avoir retrouvé de l'espace ! Des échoppes temporaires sont présentes en bas à droite quand un petit bâtiment occupe le bas de la statue (arrêt de bus et toilettes ?). Les bâtisses ont finalement peu évolué, le Bellevue a juste changé son nom de place, tandis que l'actuel deuxième bâtiment à sa gauche est en fait l'assemblage de trois de l'époque. Les autres n'ont pas bougé, ce qui paraît assez fou en considérant que cette carte postale a 100 ans !

Lille, à l'ancienne
Lille, à l'ancienne

Direction 1910 ! La statue de Faidherbe qui fait tant causer (j'y reviendrai) est bien présent sur son gros socle quand les arbres qui l'entourent sont alors de première jeunesse. L'entrée du métro République est bien sûr absente (métro inauguré en 1983), les lampadaires ont disparu, et la devanture de l'actuel Crédit Mutuel a été fortement retravaillé (beaucoup plus de fenêtres aujourd'hui). Et ce qui est formidable à cette époque, ce sont les gens qui posent pour le photographe ! Moi, j'ai eu beau attendre quelques minutes, personne n'a fait attention à mon appareil !

Lille, à l'ancienne
Lille, à l'ancienne

Je termine par une carte postale datée de 1905. Oui, ces deux photos ont été prises à peu près au même endroit ! Le théâtre de Lille a été inauguré en 1787 mais... il prend feu dans la nuit de 5 au 6 avril 1903. Le toit s'écroule, et la municipalité décide de construire un nouveau bâtiment, l'opéra actuel (presque fini en 1914 il se retrouve occupé par les Allemands, il faudra attendre 1923 pour une inauguration française !). De ce fait on peine aujourd'hui à imaginer le lieu, seule la vieille bourse sur la gauche fait figure de grand indice.
L'autre aspect incroyable de cette carte postale c'est le cheval... qui tracte le tramway ! Car c'est à cette époque un tramway hippomobile ! Il faut attendre de 1902 à 1904 pour voir l'électrification du réseau. De ce fait, cette carte dont le timbre me dit 1905 est en fait une photo datant de quelques années plus tôt.

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