14 décembre 2011 3 14 /12 /décembre /2011 18:09

Dans l’école de la négociation, j’ai débuté par les souks égyptiens, une école très formatrice, reconnue de tous les spécialistes. Et après quelques stages intensifs aux Philippines, en Turquie, en Russie, en Mongolie et en Chine (ou dans le quartier chinois de New York !), je pense être devenu un bon négociateur. L’objectif : ne pas se faire pigeonner parce que tu es un touriste (occidental qui plus est !).

 

Le moment shopping présenté ci-dessous est extrait des histoires merveilleuses de Phileas Fogg dans les 36 old streets de Hanoi (36 rues de shopping, le fantasme de chaque demoiselle, le cauchemar de chaque homme).

 

A l’étranger, nous sommes souvent fascinés par les produits locaux,  ceux que nous n’avons pas dans notre supermarché, et dont nos voisins ignorent même l’existence. L’idée : ramener un produit dont nous serons le seul possesseur à 200 kilomètres à la ronde (tout le contraire des meubles Ikéa).

Personnellement j’ai craqué pour les couvertures de Tintin. Des 22 albums officiels, je me demande donc lequel ramener à la maison. Après mûre réflexion, et après m’être souvenu que demain, j’envoie un paquet pour la France, je décide d’acheter les 22 couvertures. Au-delà du problème du poids et de l’encombrement, c’est surtout le prix qui me fait un peu hésiter. 140 000 dongs, 5€ la couverture. Multiplié par 22, cela fait 110€ (j’espère que les filles suivent toujours après ces opérations compliquées). Une somme en soi.

 

Le premier jour, je touche un peu une couverture devant le propriétaire. Il me fixe son prix. Je le repose directement et fais une mauvaise tête. « C’est cher ». En France, 5€ ce n’est pas cher. Mais pour le Viet Nam c’est en effet un peu cher. 140 000 dongs, j’espère arriver à 100 000. « Pour vous, je peux le faire à 120 000 ». Mes pensées s’éclairent, s’il descend aussi vite, je peux arriver aisément à 80 000. Je quitte cependant le magasin et entre dans un autre. Prix de base : 100 000 dongs ! Houla, ça dégringole dans le coin !

Après une journée de lèche vitrine (fantasme de chaque demoiselle, cauchemar de chaque homme…), j’ai pu faire un comparatif des prix. Celui de base pour mon Tintin : 80 000 dongs ! Belle différence quand on veut en acheter 22 !

 

Le lendemain, je vais chez mon amie 80 000 (ce n’est pas son prénom, mais cela facilite la compréhension). 80 000 c’est le prix pour 1, combien si j’en achète 10 ? 75 000. D’accord mais si j’en achète 20 ? La vendeuse a du mal à diminuer. Elle sort 70 000 mais je sens bien qu’elle est dans sa zone limite. 70 000 c’est exactement 2,50€ la couverture. Moitié-prix depuis hier, je suis sur la bonne voie, la voie du prix juste.

70 000 x 22 = 1 540 000. Ça ne tombe pas juste ! J’explique que les ronds comptes font les bons amis (expression française, true story !). La vendeuse n’apprécie pas l’expression, mais quand je lui dis que je reviens un peu plus tard, elle finit par enlever les 40 000 gênants.

Je suis plutôt content de mon affaire. Problème, ma vendeuse n’arrive pas à mettre la main sur 3 couvertures manquantes. « Ah, c’est embêtant ». Surtout ne pas dire que ce n’est pas grave, que les 3 manquantes sont dans un magasin une rue plus loin. Elle me regarde avec un air dépité. Elle a déjà empaqueté 12 couvertures, un gros travail.

Je lui explique qu’il me faut la collection complète, que je ne peux pas ramener 19 couvertures en France… Je me dirige vers la sortie. Elle me demande un dernier prix. Je lui fixe 65 000 par couverture sinon je pars. Je sors l’argent.

A la vue de l’argent, à la vue des couvertures empaquetées, et à la vue du regard de sa mère, son fils me dit ok en anglais. Sa mère me m’adressera plus un sourire, elle est franchement en colère. Oui, règle de base : si le vendeur vous fait un grand sourire en partant, vous êtes un pigeon. Si le vendeur est en colère (tout en vous vendant le produit), pensez que vous avez obtenu le meilleur prix, le Juste prix !

 

Bon cela fait un peu salaud sur les bords de négocier pour 8 centimes d’euros par-ci par-là, mais, comme le dit l’expression, business is business. Et ça rattrape le fait de se faire pigeonner par le taxi parce que, de toute façon, vous ne connaissez pas la bonne route.

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Les règles de la négoce

Règle de base : faire marcher la concurrence, regarder dans les magasins d’à côté le prix pour le même produit.

Règle numéro 1 : ne jamais prononcer les premiers mots ou demander le prix, attendre que le vendeur parle en premier.

Règle numéro 2 : reposer l’objet lorsque le premier prix est annoncé, avec une mine de dépit.

Règle numéro 3 : ne jamais prononcer un seul prix, même lorsque le vendeur vous demande combien vous seriez prêt à mettre.

Règle numéro 4 : ne jamais verser l’argent tant que le produit n’est pas dans vos mains. S’il existe un seul petit défaut dans le produit, demander une ristourne.

Règle numéro 5 : tant que l’argent n’a pas été versé, la négociation continue. Si une offre a été acceptée, possibilité de revenir en arrière et de tester l’offre – 5/10% dans le magasin d’en face.

Règle numéro 6 : ne pas oublier que la négoce est un jeu, que l’important c’est de participer. Et surtout qu’il y ait deux vainqueurs, pas seulement le vendeur.

 

Je reste à l’écoute d’autres conseils de la part de négociants avisés.

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