28 juillet 2011 4 28 /07 /juillet /2011 12:02

L’odeur d’un vieux livre. Le bruit des vagues. Un épi de blé glissant lentement au creux de ma main. Un sourire d’enfant. Le goût de la vie. Entendre et voir le bonheur. Et savoir s’arrêter. Pour tout contempler.


Je reprends ma respiration. Le vent fait flotter les feuilles. Le bruit de l’eau m’apaise et m’encourage à sourire. Dans le reflet du miroir, j’observe un oiseau se poser sur une branche. Il agite les ailes, les fait battre, comme s’il s’apprêtait à s’envoler à chaque seconde. De quoi as-tu peur ? Pourquoi t’agites-tu ainsi ? Le temps de deux questions et le voilà posé, fier sur sa branche. Il fait sa toilette. Je ne peux voir que sa petite tête qui bouge dans tous les sens, le long de son corps. Ses ailes battent un peu, pour faciliter le mouvement. Il sursaute un peu lorsqu’un de ses congénères se pose à quelques centimètres de lui. La vie suit son cours. Mon jardin s’agite et je recherche toujours ces sensations.


Le goût d’un loukoum. Ou du brownie d’Ellyn, celui qu’elle nous avait cuisiné un soir, lors d’un « repas de famille » Erasmussien. La sauce était au chocolat-fruits rouges (était-ce des cerises ?). Ah, si vous pouviez l’avoir goûté. Je revois le visage et le sourire de ma seconde famille. Tous se rappellent de ce moment intense, que nous avons revécu plusieurs fois ensemble. La sensation lors de la première cuillère, l’explosion des saveurs dans la bouche qui ont donné à cet orgasme gustatif un goût de mythe, d’apogée, quelque chose d’inégalable, que l’on regrettera tout au long de notre vie. Si nous suivions la recette à la lettre, nous n’obtiendrions qu’un ersatz de ce moment, avec un arrière goût de contrefaçon Made in China.


Il est si difficile de capter l’instant, de capturer un moment, de l’emmagasiner quelque part au fond de nous, afin de pouvoir le ressortir quand nous le souhaitons. Alors nous photographions. Pour revoir. Alors nous prenons une vidéo.  Pour réentendre. Mais difficile de ressentir, de retoucher ou de déguster à nouveau. Ces trois sens fabriquent Le moment. Ils ne peuvent pas être partagés. Ou alors qu’en de rares occasions. Il faut l’avoir vécu, l’avoir senti, l’avoir goûté.


Récemment, j’ai rencontré une fille qui ne pouvait pas sentir. Anosmie. Drôle de maladie. A choisir l’un des sens que je voudrais perdre, je lui ai dit que c’était peut-être celui-là. Sans trop me rendre compte des conséquences. Je reprends mon vieux livre. J’inspire à nouveau entre ses pages. Et je souris.

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