7 juillet 2011 4 07 /07 /juillet /2011 09:42

J'ai envie de faire les choses un peu différemment. Tout d'abord je vous donne des avis de personnes qui sont opposées à la dépénalisation.

 

Commençons par le blog de Patrick Labaune, député UMP de la Drôme. Pour lui, la question de la dépénalisation des drogues dites « douces » n’est pas acceptable. Face à la Gauche qui ne sait plus où elle va, il revient au peuple de prendre la parole ! Le cannabis fait des dégâts considérables dans nos villes et nos quartiers.
Cette drogue, comme toutes les autres, alimente l’économie souterraine.
La proposition du Député PS, Daniel VAILLANT, de dépénaliser le cannabis est donc dangereuse, car cela reviendrait à banaliser l’action des dealers qui terrorisent nos cités, mais aussi à les pousser vers le trafic de drogues plus dures.

 

Merci Patrick pour ton avis modéré, argumenté et plein de bon sens.

 

Christian Jacob, président du groupe UMP à l'Assemblée Nationale, un avis sur la question ? "Je suis complètement opposé à la dépénalisation des drogues douces (...). Ce n'est pas parce que vous avez fumé un joint que vous allez obligatoirement passer aux drogues dures. En revanche tous les gens qui sont consommateurs de drogues dures ont toujours commencé par ces drogues dites douces".

 

Merci Christian, notamment pour ta dernière phrase. Tu aurais également pu dire que tous les alcooliques ont un jour commencé par un verre d'alcool.

 

Un autre avis intelligent ? Claude Géant, toujours là dans les grands débats, lève la main.

"J'y suis absolument opposé. La drogue c'est quelque chose qui est dangereux sur le plan de la santé"

 

La drogue c'est pas bien. Merci Claude pour l'info.

 

 

Bon résumons pour les partis français. Le FN est opposé. L'UMP est opposé (mais pas De Villepin). Le Modem plutôt opposé, mais sans le crier sur tous les toîts. Le PS est divisé (comme toujours). Europe Ecologie et l'Extrême-gauche étaient plutôt pour.

 

Et moi ? Et toi ?

Commençons par moi, j'ai le crayon en main. 1er élément : les drogues ce n'est pas bien. Oui Claude m'a bien aidé pour cette phrase. Fumer de l'herbe est dangereux, fumer la cigarette aussi, boire de l'alcool également. Bien sûr, le danger est la surconsommation. L'abus.

 

Personnellement je n'ai jamais bu d'alcool et j'ai déjà fumé de l'herbe. Drogué ? Non, la dernière fois que j'ai fumé remonte à plusieurs mois et je n'ai pas de sensation de manque, rassurez-vous ! Ce n'est pas parce que vous fumez une fois ou deux que vous allez ne plus pouvoir vous en passer.

Certes, les effets sont importants si vous fumez tous les jours, en grande quantité. Pareil que l'alcool me dit mon petit doigt, toujours là pour embêter les conservateurs.

 

Suis-je favorable à la dépénalisation ? Oui.

Depenalisation-pr-Milev.jpg

Je pars toujours des faits. Je ne ferai pas comme certains conservateurs qui, avec des si, nous feraient croire à une France de drogués en cas de dépénalisation.

Les faits sont, selon moi, assez clairs : la lutte contre le trafic de cannabis ne fonctionne pas. En 2010, un tiers (33%) des adultes de 18 à 64 ans avaient fumé au moins une fois dans leur vie du cannabis en France. Un tiers de drogués ? Non, mais un tiers de personne qui auraient pu se retrouver devant le juge, si la loi était concrétement appliquée.

 

C'est là selon moi le principal problème. D'ordre éthique. D'ordre moral. D'ordre judiciaire. La consommation de canabis est pénalisée en France. Petit comparatif européen :

 

- En Allemagne, en février 2008, 7 patients allemands ont pu bénéficier d'un traitement au cannabis médical, distribué sur ordonnance en pharmacie. Le Tribunal Constitutionnel Fédéral a également estimé que la possession d’une faible quantité de cannabis exclusivement destinée à la consommation personnelle et occasionnelle ne méritait pas de sanction pénale dès lors qu’elle ne présentait pas de danger pour les tiers

 

- En Belgique, la directive qui entre en vigueur le 1er février 2005 considère que la détention, par un majeur (plus de 18 ans), de cannabis pour un usage personnel (au maximum trois grammes), ou d'une plante cultivée, doit constituer le degré le plus bas de la politique des poursuites.

 

- En Espagne, une modification de la loi a eu lieu en 2006. La vente de graines est désormais légalisée. La possession ou la consommation de cannabis est interdite dans les lieux publics mais autorisée dans les lieux privés. De plus, la culture de plants de cannabis est autorisée dans un lieu privé.

 

- En Italie, la quantité maximale autorisée pour la consommation personnelle est de 500 mg. Au delà, la possession est assimilée à du trafic.

 

- Aux Pays-Bas, l'usage et la revente de cannabis sont réglementés mais non légalisés ; il peut être acheté dans les coffee-shops, des magasins ayant une licence spéciale pour ce commerce. Concernant la possession, il existe une tolérance jusqu'à cinq grammes. La loi n'interdit pas la consommation. Elle est tolérée dans les endroits privés. En 2008, 120 kg de cannabis médical ont ainsi été vendus au travers du réseau des pharmacies. Concernant la culture, celle-ci est autorisée jusqu'à cinq plants par personne et est considérée à titre de consommation personnelle. Au-delà, l'amende est de vingt-cinq euros par pied.

 

- Au Portugal, la loi no 30/2000 du 29 novembre 2000 a dépénalisé la consommation de produits stupéfiants. Elle a aussi dépénalisé leur acquisition et leur détention lorsque celles-ci sont liées à la consommation personnelle (mais seulement dans la mesure où la quantité détenue n’excède pas les besoins d’une personne pendant dix jours), ces infractions sont désormais du domaine de l'infraction administrative et non plus du pénal. En effet, cette loi vise plus à soigner les toxicomanes qu’à les punir. Pour la culture, la loi diffère en fonction de l'ampleur de la culture de trente jours-amende en cas de culture à des fins personnelles à douze ans de prison en cas de culture pour la revente.

 

Selon l'ONU, le cannabis est la substance illégale la plus consommée à travers le monde. Soixante-deux millions d'Européens (plus de 20 % de l'ensemble de la population adulte) ont déjà consommé du cannabis et vingt millions en ont consommé au cours de la dernière année.

 

Est-ce que la situation change ? Les points de vue évoluent, il ne faut pas en douter. Récemment, le rapport de la Commission Mondiale des politiques de lutte contre les drogues appelle à réviser les conventions des Nations Unies sur les stupéfiants (4 anciens présidents, Kofi Annan, Louise Arbour...).

 

 

Mais est-ce que le dépénalisation suffirait ? Ne faudrait-il pas légaliser ? N'y-a-t-il pas un incroyable avantage économique à légaliser la production et la vente ? Ne serait-ce pas intéressant pour l'économie de l'Etat ? Oui, mais les risques pour la santé sont importants ! Ils sont déjà là ! La production et la vente existent déjà ! C'est simplement mettre fin à un grand mensonge ! N'y-a-t-il pas le risque que les jeunes qui fument pour dépasser un interdit se tournent vers des drogues plus dures ? Bien sûr il y a un risque à faire évoluer la situation. Mais il y aurait quelques risques en moins, comme le fait de prendre une balle perdue pour le simple contrôle de la vente dans un quartier. Est-ce que la légalisation mettrait fin au commerce souterrain ? Si vous pouvez acheter de l'herbe de manière légale, allez-vous passer par la voie souterraine ? Les vendeurs de rues ne vont-ils pas se tourner vers la vente de drogue dure ? N'est-ce pas déjà le cas ? Et si ces vendeurs entraient simplement dans la légalité ? On fait baisser le chômage en plus !

 

Il y a beaucoup de questions. Il y a beaucoup d'inconnues à une légalisation ou à la dépénalisation. Je ne dis pas que j'ai toutes les réponses. J'ai simplement l'impression que la situation actuelle n'est pas la bonne. Qu'elle est un grand mensonge. Que la lutte à outrance pour obtenir la fin de cette drogue est une utopie. Que "la guerre contre la drogue" ne fonctionne pas. Alors, pourquoi ne pas essayer une autre solution ? Les Portugais n'ont pas vu une énorme augmentation, la consommation a même tendance à baisser. Ce qui est cocasse, c'est que ce sont les jeunes Néerlandais et les jeunes... Français qui ont la plus grande expérience dans ce domaine. L'aveu d'un échec ?

 

A débattre.

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commentaires

G

superbe analyse!  Je suis d'accord avec unsimplecurieux. Il est certain qu'il  faudrait
contrôler tout ça, car les mélanges peuvent vraiment être dangeureux... Il faut aussi savoir être raisonnable dans sa consommation... Une légalisation contrôlée, ça serait peut être
bénéfique pour le pays, après il est certain que c'est encore un sujet tabou en France mais la meilleure comparaison serait de le faire face à l'alcool qui lui est légalisé alors qu'il crée pas
mal de problème tel que la dépense, les accidents, les maladies,... et j'en passe


Bonne continuation. 
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U


Je trouve cet article très complet, félicitation à l'auteur.


Personnelement, je n'ai que 17 ans, mais je me rend compte aussi que cette histoire de dépénalisation et de légalisation fait débat. 
Comme il est dit dans l'article, la production et la vente de cannabis est faite de manière baclée, sans hygiène. Je pense que si l'Etat voulait vraiment arrêter ces traffics il aurait peut etre
à s'occuper en premier lieu de le réguler que de le réprimender. En effet, le cannabis est coupé à n'importe quoi qui pourrait allourdire (pour la raisine de cannabis), verre, plastique,
excréments et autre. De plus l'Etat a beaucoup a gagner en y regardant de plus près. Créations d'emploi, baisse du chômage dans les cités, baisse de la violence, et si la dépénalisation est bien
encadrée, cela pourrait emmener également la baisse de la consommation.
Merci beaucoup pour cet article, j'en ai appri vraiment beaucoup .



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C


Très bonne analyse. Merci.



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