26 décembre 2012 3 26 /12 /décembre /2012 18:36

Les plus fidèles lecteurs me connaissent et l'ont déjà lu à plusieurs reprises : Noël n'est pas une période que j'apprécie. Mais après l'avoir fait à l'étranger l'année dernière (sur les plages de Muiné au Vietnam), j'avais une petite attente vis-à-vis de cette année. Recroiser l'ensemble de ma famille et même ceux de l'université en l'espace de quatre jours, c'est une chose difficilement réalisable le reste de l'année.


Et puis... Et puis, j'ai une troisième grand-mère. Situation un peu difficile à expliquer, toujours est il que je la vois plusieurs fois par an en moyenne, et que mes petits-petits cousins sont dans ma tête mes « vrais » cousins, d'autant plus que je les vois plus que ceux que je viens de citer. Bref. Ma troisième grand-mère est dans une phase compliquée. Sa santé est défectueuse, elle a passé plusieurs mois de l'année 2012 en hôpital et les dernières déclarations du médecin sur le fait « qu'elle ne tiendra plus un mois » n'ont fait que confirmer ce que nous craignions. Mais elle a insisté, cette année, le réveillon de Noël, ce serait chez elle.


Personnellement je ne l'avais pas vue depuis quelque temps. Alors j'essayais d'imaginer à l'avance sur qui j'allais arriver : une vieille femme diminuée. Dans sa chaise, elle était assise. La bouche ouverte. Elle ne réagissait pas. Ma grand-mère, l'autre, « l'officielle », était là elle aussi, les larmes aux yeux. Noël.


Toute la soirée je l'ai passée assis à la table. En face de moi, mes cousins. Et derrière eux, derrière les carreaux, ma grand-mère. On l'a allongée sur un lit. Une petite bougie éclaire la moitié droite de son visage. Et elle me permet de voir ses mouvements de respiration. Je les observais parfois un à un. Une manière de vérifier qu'elle ne nous lâchait pas maintenant, en plein milieu de la pintade, le plat principal. Elle remue parfois la tête, signe de vie.


A un moment je me décidai à aller m'asseoir à ses côtés. Ce sont ses mains plus que son visage qui m'ont un peu choqué. Et pour cause, ma grand-mère est coquette, et elle demande toujours à ses filles de la maquiller, qu'elle se fasse belle pour l'occasion. C'est Noël quand même !

Mais aujourd'hui elle n'y arrivera pas. Elle ne partagera pas cette soirée avec nous. Elle l'aurait voulu, et Dieu sait que quand on veut, on peut. Mais pas à ce moment là. Elle était trop faible, trop fatiguée. Ses mains étaient trop blanches, trop âgées. Elle ouvrit les yeux et me dit bonjour. Sa voix était lente, fatiguée. Chaque mot nécessita un effort. Tout ce bruit, dans l'autre pièce, n'aidait pas à son repos. J'avais presque honte d'être là, j'avais presque honte de manger devant elle, de sourire devant elle, de rire avec les autres. Car elle est toujours là, devant moi, dans ce lit un peu trop froid.


Me retrouver face à elle, c'était me retrouver face à la mort, j'avais l'impression de la voir devant moi. J'avais l'impression que la Grande faucheuse était là, cachée dans le coin sombre de la pièce, prête à finir le travail. J'avais devant moi une femme en bout de route, à la fin du voyage. Et moi, à ses côtés, qui réfléchit tellement à ce temps qui passe et à comment l'utiliser. Quand je la regarde, je vois ma propre vie, les décisions que je dois prendre, les choix que j'ai déjà faits. Quand je l'observe, je repense à ma Bucket List, aux voyages que je dois faire avant d'en être là, réduit à un simple rôle de spectateur muet dans une autre pièce, alors que le spectacle se joue.


Quand nous songeons à prendre la route du départ, j'ai la chance de la revoir éveillée. Je lui dis au revoir, qui sonne tellement comme un adieu. Et Joyeux Noël.

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