10 octobre 2013 4 10 /10 /octobre /2013 11:26

Pendant plusieurs années j'étais un type sociable. Qui allait vers les autres, qui avait envie de les découvrir. J'avais foi dans l'humain, et je pensais que chaque nouvelle rencontre pouvait me permettre d'apprendre sur la vie ou sur moi, en plus de connaître l'autre. Erasmus fut une apogée dans ce domaine : ce n'est pas toutes les semaines que l'on rencontre des dizaines de personnes venues de pays différents, prêtes à échanger avec vous sans sourciller. Le voyage fut aussi l'occasion d'entrer dans la galaxie des backpackers.

Déjà, là, j'ai eu plus de mal. Après 30 histoires de voyages, se ressemblant souvent, j'ai perdu un peu de mes illusions sur cette communauté, parfois égoïste, parfois prétentieuse. Faire un voyage ne nous rendait pas plus intelligenst, pas plus supérieurs que le reste de la population. Mais les personnes que je rencontrais avaient parfois tendance à le penser. « Ceux qui ne voyagent pas ne peuvent pas comprendre le monde, sont dans leurs petites vies pépères, sont tristes ». Pour moi, c'est plus « ceux qui ne voyagent pas font d'autres choses », et s'ils sont heureux ainsi, c'est le plus important.

En Afrique, ce fut la communauté des expatriés. Là, j'ai eu franchement du mal. Beaucoup de mal en fait. J'étais fatigué d'entendre les ambitions de chacun, les critiques faciles faites à la mère patrie, et les discours teintés d'arrogance, au moins de supériorité. Je n'y arrivais plus, je n'en avais plus l'envie. Je devenais peu à peu insociable.

J'écoutais sans écouter. Je ne parlais pas, ou alors le minimum. Et je n'allais plus vers les autres. Je me réfugiais dans la solitude pour mieux la détester. J'allais dans la chambre, je fermais la porte. J'attendais que mes colocataires soient couchés pour aller cuisiner. J'évitais les discussions, j'évitais les rencontres.

Ce sentiment d'insociabilité ne me quitte pas vraiment. J'ai parfois l'impression que j'ai perdu la foi dans l'humain. Que les discours des uns et des autres me fatiguent. Pourquoi ?
Je lis trop le net. Trop les articles, et surtout, trop les commentaires. Rien de pire après un article politique sur les Roms/l'islam/l'insécurité/le mariage pour tous que de lire les commentaires. Vous aurez le droit à des raccourcis sans limites, des propos racistes, homophobes, parfois tenus de relents assassins. Je marche dans la rue. Un SDF est assis à ma droite, un chien à ses côtés. Un couple de vieux devant moi. « C'est quand même pas une vie pour cette pauvre bête ». C'est une façon de voir les choses.

L'humain me déçoit de plus en plus. Lire que le FN est en tête des sondages m'attriste de plus en plus et me révolte de moins en moins. Alors que ça devrait être l'inverse. Il faudrait avoir l'envie de se battre, de lutter contre vents et marées, contre les mensonges et les ignorances. Mais j'ai l'impression que je n'y crois plus. Que dans l'océan des opinions, la mienne compte peu.

A moins que l'enseignement. Je crois à l'école, je crois au savoir. Mais ceux qui ont choisi cette voie autour de moi partaient avec les mêmes bonnes intentions, avec les mêmes belles illusions, et sont revenus quelque peu frustrés (et c'est un euphémisme).

Je ne sais pas trop où je vais avec cet article, j'espère que vous ne m'en voulez pas trop. Ca fait plusieurs semaines que j'essaie d'écrire sur chacun de ces sujets, sans vraiment réussir, alors aujourd'hui c'est un melting-pot, il y en a pour tous les goûts ! Pas sûr que ce soit l'article de l'année, mais si ça me permet d'écrire ce qui me trotte depuis quelques semaines dans la tête, ça me fera du bien.

Où j'en étais ? Ah oui, l'enseignement. Ça me ramène à la question de mon avenir cette histoire. « Qu'est-ce que tu vas faire après ton doctorat ? ». Chut! Arrêtez avec cette question ! Je ne sais pas, et ça m'énerve de plus en plus. Surtout ça me démotive pour le doctorat. Quand on n'a pas d'objectif, pourquoi réaliser un projet ? Et c'est exactement ce qu'il ne faut pas faire, il faut que je me fixe des objectifs, il faut que je les trouve. Se forcer à travailler, ça va bien un temps. Mais lorsque l'on travaille pour soi, que l'on n'a personne sur son dos, pas de patron, un prof lointain... ça ne peut pas fonctionner sur le long terme.
Je suis un peu bloqué dans mes recherches parce que je suis bloqué dans ma tête, parce que je suis dans l'incertitude sur la suite des événements. J'ignore vers où aller, j'ignore même ce qui pourrait m'intéresser. J'ai le sac de voyage qui me titille encore, j'ai la carte du monde dans la tête. J'ai la route de la soie qui crie mon nom.

Financièrement, je vais commencer à être ric-rac. C'est le jeu d'avoir un appart, d'avoir fait un voyage, et de ne plus travailler depuis quelques années. Et je n'ai pas les bourses ! Pas d'argent qui rentre, et il faut vivre. Du coup, chaque mois présente un bilan déficitaire. Les maths font preuve d'une logique implacable. Alors voyager c'est bien, mais encore faut-il avoir les moyens. Et le temps. Et vraiment en avoir envie. Parce que tout quitter quand on est célibataire, c'est une chose. Mais tout quitter en étant en couple, c'en est une autre.

Bref, tu le vois bien, ma tête ne me laisse pas tranquille cinq minutes. Voilà ce à quoi mon cerveau peut penser en l'espace d'un quart d'heure, le temps d'écrire cet article. Pas sûr que ça fasse avancer le schmilblick cette histoire, mais, au moins, une partie des idées est déposée. Pas sûr que vous ayez une réponse à toutes ces questions qui me taraudent l'esprit depuis quelques semaines/mois mais si vous en avez ne serait-ce qu'une, je suis preneur.

On n'a qu'une vie. 

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