30 novembre 2013 6 30 /11 /novembre /2013 10:14

Les soirées d'intégration étudiante. Ou soirées beuveries. Je vous annonce tout de suite la couleur, cet article ne sera pas une ode aux soirées festives où l'on boit avec modération. C'est que j'ai une petite histoire qui m'est arrivée il y a quelques semaines, et je pense qu'elle vaut le coup d'être entendue (ou lue).

Je considère que ne pas boire d'alcool est un choix fait contre la société. Que c'est un choix plus difficile qui n'y paraît, que c'est un choix qu'il a fallu imposer. Qu'il m'aurait été plus facile de me laisser entraîner. Voyez-vous, je refuse de boire depuis de nombreuses années, depuis ce choix que j'ai fait lors d'une soirée du collège. Depuis je m'y suis tenu, malgré les demandes incessantes. Combien de personnes m'ont proposé un verre depuis ce temps là ? 100 ? 1 000 ? 5 000 ? On doit être dans cette fourchette. C'est que je suis sorti pas mal pendant ma jeunesse (qui continue). Et que très souvent, quelqu'un m'a proposé un verre. Ma réponse était toujours la même, non.

Dire non à un verre d'alcool, c'est subir des moqueries. « Tu ne sais pas t'amuser ». Commandez une grenadine à l'eau au café, vous verrez parfois la réaction du serveur. Un petit rire. Surtout quand je suis le seul. A Lille, dans un pub irlandais, on m'a déjà tenu le crachoir cinq minutes un soir de Saint-Patrick pour me faire changer d'avis. Pour me dire que c'est soirée Guiness, qu'il faut que j'en prenne une, qu'il y a beaucoup de monde dans le café, que certains n'ont pas pu entrer. Alors c'est mieux que je consomme une Guiness. Non. Vraiment. Non.


L'une de mes tandems est étudiante en sport. Elle m'évoquait les soirées d'intégration étudiante. Tous dans une hutte, au milieu d'une montagne. Chaque petit groupe reçoit un seau de bouteilles. Je suis un peu choqué. Selon moi, ça pousse à la consommation.


Le débat a commencé à apparaître avec Alba. Je lui expliquais que pour moi la société nous pousse à boire. Que malgré la petite mention du « boire avec modération », la publicité est omniprésente. Que l'alcool va toujours avec l'image de fête. Le débat s'est prolongé sur les soirées étudiantes, et notamment les soirées intégration. Un bierathlon. C'était l'épreuve à laquelle était invitée Alba. L'idée était simple : une course dans la ville de Fribourg, avec un nombre de bières à boire. Le premier groupe arrivé avec les bières vides a gagner. Elle considérait que cela ne pousse pas les gens à boire. J'étais en désaccord.

Ses arguments tenaient la route. Celui qui n'a pas envie de boire ne boit pas. On n'oblige personne. C'est exact. Mais ces soirées étudiantes sont faites pour rapprocher les étudiants. Alors celui qui souhaite s'intégrer doit venir. Cela pousse les personnes à venir, et donc à boire. Non, Alba me réplique que quelqu'un peut bien venir et ne pas boire. C'est vrai. Mais je lui explique qu'il y aura toujours quelqu'un, le plus souvent un garçon d'ailleurs, qui va venir vers cette personne qui ne boit pas pour lui demander pourquoi ? Et pour le pousser un peu. Imaginez faire ce bierathlon avec une boisson sans alcool. Alba m'arrête, me dit que ça ne serait pas pareil. Exact. Donc pour participer, il faut boire de l'alcool. Si tu ne bois pas, tu ne participes pas. Et tu ne t'intègres pas.

Je lui ai pris l'exemple d'un jeu auquel j'ai participé il n'y a pas longtemps. Le gros poulet. Si vous êtes du nord de la France, vous devez connaître. C'est un jeu de dés, à boire. Ce n'est pas forcément mon jeu préféré, mais c'est celui qui a été lancé lors de l'une de mes dernières soirées lilloises. Le jeu est simple: faire boire les autres. De mon côté, je ne bois pas. Bon, étant le seul, je joue tout de même au jeu. Mes amis sont sympas, ils ne me laissent pas tout seul dans la cuisine. Mais ça reste problématique pour certains. Ce n'est pas du jeu pour d'autres. J'entends toujours des petites réflexions « c'est pas drôle avec toi ». Cet exemple, c'est pourtant avec des gens que je connais très bien, avec qui je fais des soirées régulièrement.

Le cap's. Combien de fois des personnes se sont assises en soirée pour jouer au cap's ? Des dizaines de fois sans hésiter. Et moi, forcément, je n'étais pas toujours convié. J'étais en dehors du groupe à ce moment là. Pas de bière pour moi, donc pas de jeu, donc pas de fun. Donc en dehors du groupe, pas intégré.


Je ne sais pas si vous comprenez bien le point important de cet article : pour s'intégrer dans un groupe, surtout quand on est jeune, il est conseillé de boire. J'ai réussi à ne pas le faire, grâce à un mental en acier, forgé au fil des années. Mais combien ont craqué ? Et combien craquent chaque jour ? Combien se disent un jour « non, aujourd’hui, je ne bois pas ». Pour, quelques heures plus tard, se retrouver à moitié saoul, après avoir répondu par les actes aux propos des potes qui leur disaient « allez, un petit verre, allez, ne fais pas ta fillette ! ».

Le problème de la soirée d'intégration, c'est qu'elle ne pousse pas à boire un verre pour le plaisir. C'est qu'elle pousse à boire plus que de raison. Donner un seau d'alcool à un groupe d'étudiants c'est dangereux. Surtout quand on explique que le dernier groupe qui aura fini son seau devra nettoyer les toilettes de la hutte où sont réunis les étudiants de sport.

Je vois peut-être le mal partout. Ou pas.

Lors du week-end d'intégration, le meilleur ami de ma tandem est mort.

Il avait 24 ans. La vie devant lui. Une belle soirée d'intégration s'annonçait. Il a bu, plus que de raison. Le seau. Il ne serait pas le dernier. Il ne laverait pas les toilettes. Il était saoul. Tout d'un coup, il lui a pris l'idée de courir dehors. Drôle d'idée. On a souvent des drôles d'idées quand on est saoul. Et il est parti courir dehors. Le problème, c'est que c'était la nuit. Le problème c'est qu'il y avait du brouillard. Le problème, c'est qu'il faisait froid.
Il a couru. Et il n'a pas été capable de retrouve la hutte où étaient réunis les autres étudiants. Il est mort de froid dans un champ, à un kilomètre de là.

Imaginez un peu les autres étudiants aujourd'hui. Comment ne pas se sentir coupable ? Certes, personne ne l'a obligé à boire. Mais ça n'empêchera pas le sentiment de culpabilité pour tous. Car on parle ici d'un jeune de 24 ans. Imaginez recevoir l'appel qu'on reçu ses parents ce jour là. Imaginez leur vie maintenant.

L'année prochaine, il n'y aura pas de soirée d'intégration à l'université.
 Alcoolisme.jpg

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Published by Phileas Frog - dans Autre
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commentaires

sandrou 01/12/2013 19:35


Pour moi, ce genre de soirée s"apparente ni plus ni moins à un bizutage en règle. Bizutage qui, si je ne me trompe pas, est interdit depuis quelque temps. Ce n'est pas en changeant d'appellation
qu'on change le contenu...et les risques de dérive, parfois fatale, demeurent. Les présidents d'université et autres grandes écoles où se déroulent ce genre de choses devraient tout bonnement
interdire ce genre de débilité. Il doit y avoir des moyens bien plus intelligents d'intégrer des jeunes au sein d'une école.

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