15 juin 2013 6 15 /06 /juin /2013 14:07

Comme souvent, mon hôte Couchsurfing a une tonne d'histoires extraordinaires à raconter. Pensez, cette Belge est la petite fille d'un homme mort au Congo du temps de la décolonisation, des suites d'un bombardement de l'ONU au début des années 1960. Son père a ensuite travaillé en Afrique, et elle est née au Gabon. A ses six ans, elle est revenue en Belgique mais n'a cessé d'avoir un attrait particulier pour le continent.
Il y a deux ans, elle a décidé de partir à Djibouti en tant que volontaire. « Enfin » se sont exprimés beaucoup de ses amis, alors qu'elle évoquait son départ depuis tant d'années, mais trouvant toujours un moyen de reculer. Elle a finalement mieux sauté. De son expérience djiboutienne elle garde quelques regrets (pas assez d'intégration avec les locaux) mais également quelques voyages fantastiques en Éthiopie.
L'année dernière elle a décidé d'aller enseigner en... Russie. Changement de climat, changement de culture. Moscou, sa place rouge, ses basiliques aux mille couleurs. Elle a profité de l'occasion pour aller jusqu'au lac Baïkal, ainsi que faire de la plongée sous glace (oui, oui, c'est possible, et ça semble fou!).

Cette année, elle enseigne à l'école belge de Kigali. Une institution qui accueille plus de 800 enfants, dont une partie de l'élite rwandaise (le fils du président du Sénat par exemple). Elle a visité le Burundi, est allée jusqu'au lac Kivu. Et puis...
Et puis pendant quelques jours elle ne se sentait pas bien. Elle voyait double. Ça tournait beaucoup. Direction un médecin, puis l'hôpital. Scanner. On ne voit rien. Mais comme ça continue elle est rapatriée.
Là c'est l'hésitation. Doit-elle prévenir sa famille, ses ami(e)s de son rapatriement ? Finalement on la pousse à le faire. De retour en Belgique, début décembre. Aéroport-hôpital. 5 jours de tests.

Sclérose en plaques.

Là forcément c'est une claque. 29 ans. Dans la force de l'âge. Imaginez quelques secondes la sensation.

Imaginez aussi ma sensation à l'écoute de cette histoire. Cela me ramène indubitablement à mon époque de l'université. Un cours de première année, alors que nous étions en troisième. Les colonnes doriques et ioniques. Et puis une fille assise à côté de moi. Que je ne connaissais guère. On discute. Et après plusieurs minutes, l'aveu : « j'ai été violée par mon oncle ».
Cette fois-ci, comme aujourd'hui, je pense avoir eu la bonne réaction, si bonne réaction il y a. J'essaie d'en savoir plus. J'essaie de faire parler la personne. Cette fille à l'université avait même été étonnée : « d'ordinaire les gens essaient de changer de sujet quand je leur dis ça ». C'est compréhensible. Mais pas moi. J'ai l'impression que ces personnes ont besoin d'en parler, ont besoin de se soulager. Avec moi, être inconnu, ils ne craignent rien. Je ne les reverrai peut-être jamais. Alors ils se lâchent.
Pour ma Belge ce fut une ribambelle de questions sur la maladie. Sclérose en plaques. Rien que le nom me faisait peur. Mais à son discours j'ai compris qu'on pouvait vivre avec. A ses actes j'ai compris qu'on vivait avec, et sans grand problème. Cette fille rit la moitié de son temps, fait du sport, sort, voyage. Profite de la vie. Peut-être encore mieux que nous, car elle sait que son temps est compté. Elle a l'épée au-dessus d'elle, elle connaît son nom, la rencontre chaque jour avec son traitement. Nous aussi une épée est en permanence au-dessus de nous, sans que nous nous en rendions compte. Enfin, un peu moins depuis quelques jours. Carpe Diem.

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Published by Phileas Frog - dans Rwanda
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