30 novembre 2012 5 30 /11 /novembre /2012 06:00

« T'aurais pas un euro ou deux ? ». Bonjour à toi aussi, jeune fille. Non, tu ne me déranges pas. 13 ans, capuche sur la tête, cigarette dans la bouche. « Pourquoi faire ? ». Réponse textuelle : « j'ai pu de cigarettes ».

Cette scène dans la gare de Mulhouse m'a déprimé pendant quelques heures. Parfois, je perds espoir dans l'humanité. Le bon sens, l'intelligence, de la bonne utilisation de l'argent.

J'ai arrêté, comme je l'ai déjà écrit il y a quelques semaines, de donner de l'argent aux mendiants. L'idéal est de passer par une association, qui répond bien mieux aux problèmes de fond des miséreux qu'une simple pièce dans un bol. Emmaüs étant ma seconde maison, j'ai l'impression que j'ai fait une bonne action à chaque fois que j'y laisse mes euros.

 

Cependant, cette fille m'en a rappelé bien d'autres qui écument les gares du matin au soir. On est alors loin du mendiant traditionnel, qui fonctionne assis, avec une pancarte devant lui. Non, la mode est à la tchatche. On n'attend plus que la solidarité vienne à soi, on va la chercher. « Bonjour madame (ou monsieur), vous n'auriez pas un euro ou deux ? ». Oui, on ne demande plus une petite pièce, car on risquerait de recevoir des centimes. « Une cigarette ? ». Oui, le mendiant a tendance à fumer et semble insensible à la hausse des prix. « Vous n'auriez pas un ticket restaurant ? » Là, on monte dans le haut de gamme. Je n'ai pas encore entendu le « vous pouvez me payer une nuit à l'hôtel ? » ou « vous n'auriez pas un paquet de cigarettes ?  ».

Merde, je commence à être de droite. Je vieillis, et je tape sur les mendiants. Aidez-moi !

Le voyage en Asie a changé ma vision du monde. Alors que je croyais ces pays largement sous-développés (en suivant les statistiques), j'ai découvert des contrées où les sourires sont plus nombreux que dans l'Hexagone. Que des gens qui n'avaient pas grand chose le vivaient plutôt bien. Qu'ils ne s'en souciaient guère, du confort matériel. Et que chaque repas était béni, savouré comme il se doit. En Asie on m'a demandé de l'argent à deux reprises : Shanghai et Bangkok. A savoir les deux mégalopoles les plus occidentalisées. Le reste du temps, on n'aurait même pas osé. Faire la manche, ce serait renoncer. Ce serait une honte des plus extrêmes.

 

Je recroise la fille quelques minutes plus tard. Un écouteur dans l'oreille droite, le téléphone dans la main gauche. Un sourire diabolique. Elle se dirige vers une vieille dame.

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commentaires

P

je présume que ce n'est pas un compliment !
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M

ça ferait un bon reportage au JT de Pernaut !
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