13 novembre 2013 3 13 /11 /novembre /2013 07:46

C'est un peu le marronnier de chaque élection, surtout présidentielle. C'est la fameuse phrase que l'on entend un peu partout, que l'on lit un peu partout « la montée de l'insécurité ». Ça fait peur rien qu'à l'écrire ! Alors je n'imagine même pas pour vous, pauvre lecteur ! L'insécurité est là, elle augmente constamment. C'est le sentiment que j'en ai quand je lis les journaux, quand j'écoute les politiques (surtout à droite). Encore aujourd'hui, je viens de lire dans Le Monde, journal respectable et respecté, qu'un commerçant niçois s'est fait agresser. L'insécurité.

Alors bêtement, je vais voir les chiffres. Je cherche les statistiques depuis 1980. Et...
Evolution-du-taux-de-criminalite--crimes-et-delits-consta.pngEt voilà que l'insécurité n'a pas vraiment augmenté. Entre les années 1960 et 1980 c'est différent, on en arrive à une multiplication par 3. Mais depuis ma naissance, en cette belle année 1987, il semble que ça n'ait pas véritablement bougé. Il y a eu des cycles, avec des hausses puis des baisses, mais sur les 30 dernières années il est difficile d'affirmer que la criminalité a augmenté.
Evolution-du-taux-de-criminalite--crimes-et-deli-copie-1.pngEn regardant en détail, on voit quelques différences. Les vols sont en baisse de 25% depuis 1980. Merde, moi qui pensait que les Roms présents sur notre territoire faisaient exploser les chiffres ! Les infractions économiques ont été divisées par 2. Les autres infractions, catégories fourre-tout, dont les stupéfiants, ont été multipliées par deux. Dans le détail, on voit que l'usage des stupéfiants a augmenté de 32% depuis 2004, et que les infractions aux conditions générales d'entrée et de séjour des étrangers ont été multipliées par 2 ! En résumant, on criminalise le consommateur de cannabis et on chasse le sans-papiers. L'insécurité on vous dit !

Reste une catégorie importante : la hausse du nombre de crimes et délits contre les personnes. C'est la catégorie qui est pour moi la plus importante, car elle touche à l'humain. Et le chiffre est multiplié par 2,5 depuis 1980. Mince, on risque donc à tout moment de se faire poignarder dans la rue ! Ou alors... La raison ? Autrefois, on aurait gardé pas mal d'affaires dans la sphère privée. L'exemple caractéristique est celui des violences faites aux femmes. Aujourd'hui, ce type de violence fait l'objet d'une plainte.


Cette augmentation ne reflète pas la situation réelle des homicides volontaires. Là, pas de place à l'interprétation : un homicide volontaire est un homicide volontaire. Pour cette catégorie, c'est aussi une forte baisse : 1 600 dans le milieu des années 1980, contre 700 en 2009. C'est 700 de trop, on est bien d'accord, mais pour donner une échelle de temps plus importante, nous sommes actuellement dans la période la moins meurtrière depuis le début du XIXème siècle !

L'augmentation de l'insécurité n'a pas vraiment l'air réelle. Pourquoi assiste-t-on alors à l'augmentation du sentiment d'insécurité ?

 

Je reviens au journal Le Monde, quotidien respectable et respecté. Il y a 30 ans, jamais, je dis bien JAMAIS Le Monde, quotidien national, n'aurait repris un fait divers. Cette hausse du sentiment d'insécurité est clairement portée par les médias. L'exemple le plus typique est avant la campagne présidentielle de 2002, vous savez, la fameuse. Entre le 1er janvier de cette année là et le 5 mai 2002, jour du premier tour, les journaux télévisés (et je répète seulement télévisés) ont consacré 18 766 sujets aux crimes, agressions, braquages ou interventions des forces de l'ordre. Soit 987 sujets par semaine, 141 sujets par jour. Simplement à la télé, à une époque sans TNT ! 

Les nouveaux autoroutes de l'information, Internet et les réseaux sociaux, font qu'une affaire qui serait restée à l'échelle d'un quartier devient aujourd'hui une affaire d'Etat (exemple typique du bijoutier niçois). Tout va plus vite aujourd'hui : une agression dans le métro parisien fait l'objet d'une dépêche AFP une heure après. Dans les années 1980 il aurait fallu que la personne agressée aille porter plainte à la gendarmerie, que le journaliste aille dans cette même gendarmerie et note l'info de l'agression, que le journal décide d'imprimer l'info la considérant comme importante, et que l'AFP reprenne ensuite l'information publiée dans ce même journal pour alimenter les autres médias. Autant vous dire tout de suite que cette agression du métro parisien, en 1980, je n'en aurais pas entendu parler. Aujourd'hui, je la vois sur le Figaro.

 

Ça m'embête un peu de tirer sur les médias, car je sais au combien ils peuvent (et doivent) avoir un rôle dans un État libre. Mais le problème de cette surenchère médiatique concernant l'insécurité (alors que celle-ci n'augmente pas) est que le débat politique est également monopolisé par ce sujet. Entre 2002 et 2009, plus de 30 lois sont venues modifier le droit pénal. Et à chaque élection présidentielle, on passe des heures et des heures à débattre de "comment réduire l'insécurité" et "à quoi est dûe la montée de l'insécurité", la droite accusant la gauche, jugée laxiste, et la gauche accusant la droite, centrée sur le tout-répressif. Et pendant ce temps-là, le chômage est passé au-dessus des 3 millions, les inégalités de revenus se creusent, le déficit public croît d'année en année depuis 1970... mais chut... 19h28, dépêche du Figaro, 10 000 euros braqués dans un Lidl... L'insécurité.

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commentaires

L

J'aime beaucoup, je partage.
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P

mais j'ai comme l'impression que les débats de la sphère publique ou politique ne suivent pas vraiment le journal d'Arte
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M

libre au téléspectateur, au lecteur, de zapper ! regarder arte journal (pas de fait divers)
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