11 décembre 2012 2 11 /12 /décembre /2012 12:38

Assis dans un train TGV en provenance de Strasbourg et à destination de Lille, je suis à côté d'un Monsieur aux cheveux blancs, 75 ans, mais qui en fait 60. Lunettes sur le front, barbe couleur neige et yeux verts. Il va récupérer son petit-fils à l'aéroport Charles de Gaulle. Je débute la conversation, n'étant pas d'humeur à regarder un film en ce début d'après-midi. « D'où revient votre petit-fils ? »

« Il arrive de Nouméa, en Nouvelle-Calédonie. »

Il m'explique alors son histoire familiale. Il fut le premier à se rendre en Nouvelle-Calédonie, âgé de 20 ans. Il pensait être envoyé en Algérie et se retrouva finalement à Nouméa. Plutôt verni sur ce coup là. A l'époque, l'île c'est « un peu la brousse ». Il rencontre une femme, se marie et monte son petit business. Il perd sa femme relativement jeune, en retrouve une seconde à Cannes quelques années plus tard, avec qui il s'est remarié. Celle-ci est également décédée. Doublement veuf (moins verni sur ce coup-là), il a maintenant une copine sur Strasbourg.

Ce Monsieur a une vision de la société et des dénominations qui viennent de son époque. Il dit des choses que je qualifierais de politiquement incorrect. Ainsi, les Asiatiques sont des « jaunes ». Quant aux Mélanésiens, populations locales de Nouvelle-Calédonie, ce sont « des fainéants ». Très vite nous évoquons les possibilités d'indépendance et le référendum qui doit se tenir là-bas depuis plus de 15 ans. Il le dit très clairement, il est pro-français. Il me demande de citer un seul exemple d'indépendance de la France qui a réussi. Je sèche un peu. « C'est la misère partout où on était ». J'hésite à dire le Vietnam et puis je pense aux guerres, Cambodge la guerre civile. J'ai la Louisiane pour les États-Unis ou le Québec, mais je pense qu'il ne parlait pas de ces indépendances là.


Il tente de m'expliquer que l'erreur de la France a été de donner de l'instruction aux autochtones, tout en refusant tout partage du pouvoir et en ayant une attitude raciste. C'était l'époque. Du coup, les locaux, « qui sont parfois pas plus cons que vous ou moi » ont bien compris que le système n'était pas juste. Lucidité.


Ensuite il m'évoque ses impôts. Étant étudiant sans aucun revenu, je ne suis pas concerné par la question. Mais j'aime beaucoup écouter les gens se plaindre, dans la vraie vie ou sur Facebook, du fait qu'ils payent trop d'impôts. On les entendait moins quand ils avaient l'école gratuite. Il enchaîne sur l'assistanat. Là, je me dis que j'en tiens un. Puis l'immigration massive. Il cite un socialiste qu'il aimait bien, Rocard « on ne peut pas accueillir toute la misère du monde ». Je hoche la tête en signe d'approbation. Difficile de dire le contraire et je sais que si je me lance dans un débat nous risquons de passer un mauvais voyage. Je me plais à l'étudier, notamment son système de pensée. L'enchaînement impôt/assistanat me fit penser qu'il était de droite. En effet, « il était de droite ». Mais l'argument immigration me le rapproche de l'extrême-droite (bien qu'on commence de plus en plus à avoir des difficultés à les dissocier). « j'ai beaucoup de respect pour les Le Pen, d'ailleurs, la prochaine fois, je vote FN. Depuis 30 ans, c'est la droite, c'est la gauche, et ils font tous des conneries. Alors je ne vois pas comment le FN peut faire pire qu'eux ». J'ai des arguments - guerre civile, politique raciste qui nous ramène aux heures sombres de l'histoire, débâcle économique, renfermement sur soi... - mais je n'ai pas le temps de les développer. Il revient sur les Mélanésiens. Il a eu peur il y a quinze ans, lorsque le référendum devait se tenir, « peur de se retrouver comme les pieds-noirs ». Sans rien, quitter son pays, son île et se retrouver en métropole en attendant l’aumône des autorités. Alors il a choisi de quitter son île, après 40 ans passés sur place. Et il était de ce fait assis à côté de moi.


J'ai parfois peur de notre avenir politique.

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