1 juillet 2012 7 01 /07 /juillet /2012 14:22

On le croyait mort, disparu à tout jamais dans les cendres de la seconde guerre mondiale. Et pourtant il renaît, doucement mais sûrement. Le patriotisme, à ne pas confondre avec nationalisme, est loin d’être un mouvement politique. Les Allemands, vis-à-vis de leurs partis politiques, sont attentifs à toutes poussées patriotiques ou nationalistes. L’interdiction du parti d’extrême-droite NPD revient souvent sur la table, 75% des Allemands soutenant cette idée. Les groupuscules néo-nazis, qui font couler beaucoup d’encre, sont au centre de la répression policière. Fermer les frontières, stigmatiser une religion ou une population d’origine… ça n’arrive pas, et ça n’arrivera pas de sitôt dans un pays qui a appris de son histoire.

 Cependant, il existe un patriotisme assumé : le football. Depuis qu’on a arrêté de faire la guerre, le sport est devenu le bras armé (sic !) du patriotisme. Si bien que chaque victoire est célébrée par l’opinion. Une victoire en coupe du monde correspond à peu près à un Austerlitz pour les Français, ou un Sadowa pour les Allemands. Et chaque défaite entraine la baisse du moral de la population, Waterloo étant devenu une expression courante pour symboliser une déroute sportive.

 Les Allemands m’ont étonné. Pour l'hymne d'abord, debout, dans le Biergarten, tous ensemble et en choeur. Pour avoir suivi les matchs de la France dans les cafés audomarois, je peux vous assurer que la fierté de l'hymne n'est pas chez nous (et encore moins chez nos joueurs !). Les drapeaux ensuite, présents     au-devant des maisons, flottant sur les voitures, accrochés aux rétroviseurs. Quand on sait la place que les drapeaux tenaient lors de la période nazie, on ne peut s’empêcher d’être surpris. Surtout que d’ordinaire, exception faite des bâtiments officiels, il est très difficile de voir un drapeau allemand flotter quelque part, surtout dans la capitale de la Bavière !Drapeau-Allemagne-voiture.JPG

Le drapeau bavarois lui, est une habitude. On le voit un peu partout, sur des maisons, des stickers ou même la serviette que l’on me donne gentiment au restaurant. A défaut de nationalisme, les Allemands avaient plutôt tendance à un régionalisme affiché, surtout dans le Sud. Les partis politiques sont propres à la Bavière, et on n’oublie pas d’affirmer ici les avantages qu’offre la région. En matière d’économie, avec un chômage à 3,6%, et des entreprises comme BMW, Adidas ou Allianz, la Bavière fait figure d’exemple dans toute l’Europe. Alors les habitants s’en glorifient un peu. C’est bon enfant, on rigole un peu des gens de l’Est, plus par taquinerie qu’autre chose.

Concernant la nation, la fierté d’être Allemand et le sentiment patriote, cela avait quasiment disparu. Mais depuis quelques années il y a une résurgence. Les drapeaux lors du football sont récents, ils datent de 2006. Avant c’était plutôt mal vu. Les médias ont aussi tendance à vanter régulièrement les résultats économiques du pays, surtout en comparaison d’une Europe à la croissance en berne. Quelques remarques sur les Grecs ont beaucoup ému à Athènes, lorsque les médias germanophones suggéraient à ceux-ci de vendre leurs îles pour régler le problème de leur dette. Et la position de Merkel, défendant en priorité la situation économique de son pays, veut peut-être dire quelque chose.

 Des générations d’Allemands se sont succédées, traînant avec eux un sentiment de culpabilité. Une culpabilité d’Etat qui, j’ai l’impression, a tendance à disparaître. C’est plutôt bien, il ne faut pas que les Allemands paient pendant des siècles pour quelque chose à laquelle eux n’ont pas participé. Et lorsque les Grecs rappellent que ceux-ci n’ont pas payé les dettes de guerre, il y a bientôt 70 ans, ça me laisse un peu incrédule. Mais il ne faudrait pas non plus que les Allemands reprennent un coup de sentiment de supériorité grâce à leur économie. Surtout quand le foot et l’économie se côtoient, comme lors du récent Allemagne-Grèce, on a vu fleurir quelques titres du genre : Bild Grèce

-          Le BZ affichant la tête de Merkel à la place des 11 joueurs de l’équipe

-          Le Bild : Bye, Bye les Grecs ! Aujourd’hui on ne pourra pas vous sauver !

-          Le Tagespiel : L’Allemagne sort la Grèce de l’Euro

-          Le Frankfurter Rundschau : c’est une victoire de l’ère moderne sur l’ère antique

Des titres parfois ambigus, qui démontrent un élan de patriotisme comme on n’en avait plus vu depuis longtemps au pays de Goethe. A surveiller.

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