14 mai 2012 1 14 /05 /mai /2012 08:59

Ca y est, j’y suis. Pas dans le bon avion mais qu’importe. La décision a été prise rapidement, peut-être trop. L’Australie ne me verra pas, l’inverse un peu plus encore. Kuala Lumpur-Bruxelles, la fin du voyage.

La fatigue du voyage est difficile à décrire, tant elle arrive soudainement. Physique, mentale. Une chape de plomb sur les deux épaules, des courbatures dans les jambes, la fatigue de l’esprit… Ne suis-je donc pas un grand voyageur ? L’ai-je été ?

 

De multiples raisons m’ont poussé à revenir, à stopper, à déserter. J’étais fatigué, pas de doute là-dessus. J’étais blasé surtout. Une île déserte, une mer bleue azur, le désert australien ou l’opéra de Sydney ne me faisaient plus vibrer. On m’aurait proposé l’île de Pâques, le grand Canyon ou le Taj Mahal que j’aurais décliné. La lune, à la rigueur. Car il me faudra du temps pour réapprécier à sa juste valeur un paysage de la Terre.

Pendant plus de 7 mois j’ai eu la chance d’en voir plus que beaucoup dans une vie. J’ai reçu des merveilles de la nature plein la tête. Des églises orthodoxes aux steppes mongoles, de la grande muraille aux premières pentes de l’Himalaya, la planète Pandora et les lacs multicolores, les pandas ou les éléphants, Angkor ou les Laotiens, et toutes les vues sous-marines. Et je n’ai pas eu le temps de tout digérer. J’ai mangé 7 mois d’extraordinaire et tout d’un coup, cette fantastique nourriture de l’esprit m’est apparue ordinaire. Plus le même goût.

Alors s’arrêter avant l’Australie c’est éviter de se rendre malade. J’ai déjà eu le droit à des plats de grandes saveurs et à de nombreux desserts, à quoi bon se forcer ? Le risque serait d’y aller et de regretter, de ne pas apprécier à leur juste valeur les paysages de l’île-continent.

 

Bien sûr il y a d’autres raisons. Plus professionnelles. En passant le quart de siècle je me suis rappelé mes envies de thèse, d’un doctorat, d’une carrière. Carriériste ? Et si, finalement, je le découvrais ?

Non, revenons à ce qui ne me fit pas douter. Ce qui m’assura chaque jour de la justesse de ma décision. Elle.

 

J’avais donc deux choix. L’Australie, avec un boulot minable, seul, avec tout à recommencer.  Seul ? Merde. Plus de 6 mois avec ce petit bout de femme et voilà qu’elle m’abandonne donc, me laissant seul face à mes doutes et craintes d’une vie sans saveur, sans but.

Durant cette nuit du 31 mars, tellement malade que le sommeil battit en retraite, je l’observais. Dieu qu’elle est belle ! Physiquement je vous le conçois. Mais si vous la connaissiez ! Le cœur sur la main, prête à aider la veuve et l’orphelin, à leur venir en aide alors qu’ils n’en demandent rien. Pleine de rêves, pleine de vie, elle respire le bonheur. Elle me le fit vivre à nouveau, pendant plusieurs mois. Voir le bonheur s’en aller ? Jamais ! Et puis je reste un romantique. Un vrai Barney Stinson qui, au fond, recherche prioritairement l’amour. Et si on me proposait simplement de l’eau fraîche pour le rencontrer je n’hésiterais pas une seconde. Je sais ce que c’est d’être aimé et d’aimer en retour. La plus belle des choses. Ma principale raison de vivre. Et je me fous que l'on me croie niais ou que l'on se moque de ces écrits car trop personnels ou romantiques. Et je me fous de l’Australie, de l’Amérique du Sud et du monde entier. Pour tous les paysages de la terre je n’échangerais pas une minute de ce bonheur si simple, rempli de sentiment profond, sincère. Rempli de sentiment d’amour.

Ce 1er avril, sans blaguer, j’achetai mon billet de retour. Un billet d’entrée vers le paradis. Car je n’ai rien dit, pour le plaisir de la surprise. Est-ce que j’ai regretté ? Jamais. J’ai compté les jours qui me rapprochaient de mon village, de ma famille, de mes amis. Car eux aussi m’ont manqué nom d’une pipe ! Et de les retrouver un à un fut mon Australie à moi.

 

Aujourd’hui, au moment d’écrire ces quelques lignes, je me rapproche à la vitesse d’un Boeing 737 de Munich. Sydney arrivera un jour. Mais pas maintenant. Je n’étais pas prêt. Je n’étais plus prêt. J’en avais fini.

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