22 septembre 2011 4 22 /09 /septembre /2011 07:50

La nuit reprend ses droits sur Moscou. L'atmosphère est au depart. Le quai est étrangement animé malgré l'heure tardive. 13 wagons, dont le mien, le numéro 3. Des familles entières s'entassent, emportant avec elles des dizaines de bagages. J'ai l'impression de voir défiler des tortues, avec la maison sur leurs épaules.

 

Je partage mon terrier avec 5 autochtones qui tentent vite de débuter la conversation. Ils comprennent rapidement que "moi parle pas russe". Ils sourient. J'ai l'impression qu'ils sont contents, mais je ne peux en être sûr. La barrière de la langue ne les empêche pas de constamment m'interroger. J'explique, ou tout au moins j'essaie de le faire, avec de temps en temps du succès. Langage des signes franco-russe, nouvelle langue dans ma carte de visite.

 

Je pars donc de Moscou pour 32 heures de train vers Ekaterinbourg, de l'autre côté de l'Oural. L'Europe, de l'Atlantique à l'Oural (rendons au Général ce qui lui appartient). Pour la première fois du voyage, je ressens une certaine appréhension. Moscou, c'était l'Europe. Après ce train, c'est l'Asie. C'est des plaines inexplorées. C'est la fuite en avant, avec une autre culture, une autre population, peut-être une autre vie.

39 euros pour cette première partie du transsibérien. Ne cherchez pas, vous ne trouverez pas moins cher que sur le site officiel de la compagnie russe (RZB.ru, mais il faut constamment traduire car ils n'ont pas de version anglaise).

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Y a-t-il au moins un occidental avec qui je vais pouvoir discuter ? C'est là ma plus grande question, teintée de l'espoir de quelques conversations avec la bouche, et non plus avec mes mains.

Non pas 1, non pas 2, 3, 4 mais 5 ! Et tous... Francais !

 

Oui, le transsibérien semble être un rêve de Gaulois. Un groupe de 3. Le couple fait un voyage d'un an en Asie, voire plus, voire l'Australie. Leur pote a saisi l'occasion pour faire le transsibérien. Nantais et Rennais.

Un groupe de 2, étudiants à... Lille. En voyage jusque Noël, espèrent aller jusque Singapour par... le même trajet que moi. On risque de se recroiser.

 

Comment mange-t-on dans le transsibérien ?

Avec des réserves précedemment achetées. La nourriture reste peu chère pour un occidental. A chaque arrêt, nous avons aussi le droit à une foule de petites marchandes, avec leurs fruits, leurs oeufs ou autres... (l'appellation "autres" regroupe l'ensemble des nourritures dont le nom, l'apparence ou le goût restent indéterminés). Les Russes de mon terrier m'offrent également pas mal de nourriture, pain, viande, sucreries. La fourmi est prêteuse.

 

Comment se lave-t-on dans le transsibérien ?

Tel un chat. Au robinet. Et encore, difficile d'utilisation (système russe). Pour les personnes qui font 7 jours d'affilée, cela doit étre odorant sur les dernières heures. La pause à Ekaterinbourg sera salutaire de ce côté là.

 

Que fait-on dans la transsibérien ?

On parle, on se fait de nouveaux amis, on discute. Ca lit. Ca boit aussi pas mal, surtout nos amis russes. On tue le temps. On regarde par la fenétre l'immense paysage. On dort. Pas très bien, le lit fait un petit 1m80, ce qui peut gêner les plus grands d'entre-nous (pas d'inquiétude Lucas). On réfléchit. On écrit.

 

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La nuit était déja tombée. Nous étions dans une petite gare dont le nom me restera inconnu. Au loin, une lumiére intense brisait l'obscurité de la nuit. Celle-ci mettait en évidence une épaisse fumée qui devait sortir d'une locomotive à l'arrêt. Je ne sais pas pourquoi, mais cette scène me rappelait Tintin et le Lotus Bleu. Peu à peu la locomotive du transsibérien s'en va, laissant le serpent sans sa tête. A côté, un train de marchandises fait hurler la nuit. Lentement, un petit crissement se rapproche, la lumière heurte mon visage. Je m'écarte légèrement pour mieux observer notre nouvelle locomotive prendre le wagon de tête. Le geste du conducteur est précis, mécanique. Le transsibérien peut repartir. Je remonte dans mon wagon, le sourire aux lèvres.

Je vis l'un de mes rêves.

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commentaires

C


Il existe également une douche pour 200 roubles dans le transsibérien



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il est toujours délicieux de vivre ses rêves. profite !


celui-là me fait moins rêver que tes prochains trajets qui vont parfois correspondre à certains de mes rêves ! je m'y prépare psychologiquement ;)



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