12 juillet 2012 4 12 /07 /juillet /2012 05:21

Pour comprendre la politique en Allemagne, il faut se souvenir d’une chose : 1933-1945. A partir de là, tout est différent.

Comme la France, l’Allemagne présente deux grands partis « traditionnels », à savoir deux partis qui se sont partagé le pouvoir depuis 1945 : la CDU/CSU (conservateur, droite) et le SPD (social-démocrate, gauche). Entre les deux, vous avez les libéraux (FPD, centre) et les verts.

Les Verts justement, c’est là la première grande différence avec la France. Le parti, créé en 1980, entre au parlement dès 1983 ! (pour les Verts français, il faut attendre 1997). Il a déjà participé à deux gouvernements SPD (sous Schröder, entre 1998 et 2005). En 2009, année des dernières élections au niveau national, ils ont obtenu 10,7% des voix. Soit 68 sièges !

Oui, c’est là une grande différence, le système politique allemand n’est pas favorable aux gros partis. En tout cas, pas dans la même mesure qu’en France (un système mixte à finalité proportionnelle, je ne développe pas, sinon je peux faire l’article dessus). Du coup les Verts obtiennent 10,9% des sièges et sont une force sur laquelle il faut compter. Le parti rassemble les écologistes en général, ainsi que beaucoup de mécontents.

Vous avez justement ici la seconde grande différence avec la France : les mécontents se tournent vers les Verts ou l’extrême-gauche (Die Linke). Et non pas vers l’extrême-droite, comme c’est fréquemment le cas en France. La raison est bien sûr l’histoire du pays. Les partis d’extrême-droite sont marginalisés (le NPD, le plus important, est toujours considéré comme un repaire de néo-nazis, et la chose a TRES mauvaise pub dans le pays, résultat aux dernières élections législatives nationales : 1,5% des votes, 0 député).

Après l’importance des Verts et l’absence d’extrême-droite, je veux évoquer l’extrême-gauche, Die Linke (qui se traduit par « la gauche » (!)). Le parti provient notamment des restes du parti communiste de l’ex-RDA. Ce qui peut expliquer ses chiffres en ex-RDA : 26,4% ! Aux dernières élections de 2009 pour le parlement, sur l’ensemble du pays, 11,9%, quatrième force du pays, 76 députés. A cette époque, alors que le SPD était en déroute, on se demandait jusque où l’extrême-gauche allemande pouvait aller. Apparemment, jusque-là. Depuis le parti a subi plusieurs scandales, une valse des chefs et les résultats aux élections régionales furent catastrophiques (2012 : 16% en Sarre, -5 points, moins de 5% en Rhénanie-Westphalie, exclu de parlement local). La faute à…

Le parti pirate allemand. Le parti qui pompe les électeurs de l’extrême-gauche, et peut-être même des Verts, à un très haut débit. Créé en 2006, ils ont d’abord participé aux élections du Bundestag (parlement) en 2009, réunissant 2% des suffrages. Mais depuis, il monte, il monte… En septembre 2011, 8,9% des voix pour les élections législatives de Berlin, 15 sièges au parlement régional (dans le même temps, Die Linke perdait 4 sièges par rapport à la fois précédente). En mars 2012, en Sarre, 7,4%, entrée au parlement régional (4 sièges). En mai 2012, en Rhénanie-Westphalie, 7,6%, entrée au parlement régional (20 sièges). Les sondages les donnent à 13% pour les prochaines élections législatives, qui auront lieu l’an prochain. Dans le même temps, leur grand frère suédois, l’original, plafonne à 2%.

Comme vous le voyez, au-delà du Rhin, les choses en matière de partis politiques diffèrent. J’avoue apprécier l’absence de l’extrême-droite et les tendances aux coalitions qu’ont les partis allemands. Le système proportionnel le permet, ainsi la CDU et le SPD ont gouverné ensemble entre 2005 et 2009. Une grande entente entre la droite et la gauche que j’ai du mal à imaginer dans l’Hexagone (ci-dessous, l'actuel parlement allemand).

Bundestag-en-2009--parlement-allemand-2009-CDU-SPD-Die-Link.png

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commentaires

P

le parti pirate se considère comme extérieur à l'échiquier politique, néanmoins il faut bien le placer quelque part. Personnellement je le mettrai entre les Verts et die Linke, j'ignore pourquoi
les journaux le classe autre part.

Après concernant l'extrême-gauche en Europe de l'Ouest, il y a peu d'exemple très dangereux, même au cours de l'histoire. Pas mal d'allemand de l'Est reste nostalgique de la période DDR (les plus
vieilles générations), c'est moins le cas pour la période nazi. Après, à une échelle mondiale, est-ce que l'extrême gauche est moins dangereuse que l'extrême-droite ? Je ne le pense pas. Les
européens de l'Est ont un avis tranché sur cette question.
Mais je reste persuadé qu'à l'échelle européenne, l'extrême droite est actuellement plus dangereuse que l'extrême gauche
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M


d'abord, rengaine, en quoi l'extrême gauche est-elle moins dangereuse que l'extrême droite ?

ensuite, pourquoi le parti pirate est généralement représenté entre le SPD et la CDU, voir potentiellement allié à la CDU ?

en tout cas, article très intéressant
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M

Tout dépend de la politique que l'on adopte envers les extrêmes...
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P

c'est plus facile d'avoir de la proportionnelle quand l'extrême droite fait 1,5% et pas 18%
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M

Comme quoi la proportionnelle a ses avantages...
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