19 octobre 2009 1 19 /10 /octobre /2009 10:19

Onze ans plus tard, j'ai pu sentir une très nette évolution chez toi : Candide.Candide-et-la-guerre.jpg

 

Dans ce conte philosophique tu m'as d'abord fait voyager. Tu as compris que quiconque reste dans son château ne connaît pas le monde et que la théorie de Pangloss ne tient que dans un lieu comme celui-ci. Alors Candide parcoure l'Allemagne, le Portugal, rencontre les Bulgares, les Turcs ou les Péruviens. Rien ne l'arrête, pas même les frontières ou les distances.
Peu à peu sa pensée évolue. Le tremblement de terre lui fait comprendre très vite que tout ne va pas bien dans le meilleur des mondes. Au fur et à mesure des épisodes, il constate que la religion n'est pas le remède de tous les maux. Il découvre l'El Dorado mais il ne reste pas, trop préoccupé par son coeur et cette belle Cunégonde. Finalement, il l'a retrouvera à la fin, laide, et il n'aura même plus l'envie de l'épouser.

Candide devient riche, mais plus il est riche et plus il est malheureux. J'avoue apprécier cette vision des choses. Tu m'expliques enfin cher François Marie que l'important c'est de cultiver son jardin. J'étais déjà en désaccord avec toi lors de ma première lecture et je le suis un peu plus encore aujourd'hui.

En effet, si Candide peut maintenant cultiver son jardin, c'est qu'il a énormément voyagé précédemment cette décision. Je le conçois ainsi : seul la découverte du monde lui a permis de découvrir quelle était la meilleur situation possible, quelle était SA meilleure situation. Alors si ta morale est belle, elle ne peut se concevoir à mon humble avis qu'après une série d'aventure qui auront permis à Candide de trouver sa voie. Et je crains que certains de tes lecteurs n'est lu ta morale sans prendre en compte l'histoire qui précède, comme je l'avais fait lors de ma première lecture.

Cependant, dans ce livre, tu as réalisé quelques attaques remarquées sur la religion, sur les intellectuels, sur la société, sur l'Etat. Je t'ai reconnu peu à peu comme l'homme éclairé, qui allait éclairer les autres sous le doux nom de Lumière. Surtout j'ai adoré ta vision de la guerre, avec l'épisode des arabes et des bulgares :
" Rien n'était si beau, si leste, si brillant, si bien ordonné que les deux armées. Les trompettes, les fifres, les hautbois, les tambours, les canons, formaient une harmonie telle qu'il n'y eut jamais en enfer. Les canons renversèrent d'abord à peu près six milles hommes de chaque côté; ensuite la mousqueterie ôta du meilleur des mondes environ neuf à dix milles coquins qui en infectaient la surface. La baïonnette fut aussi la raison suffisante de la mort de quelques milliers d'hommes (...) Candide, qui tremblait comme un philosophe, se cacha du mieux qu'il put pendant cette boucherie héroïque. (...) Il passa pardessus des tas de morts et de mourants, et gagna d'abord un village voisin; il était en cendres : c'était un village abare que les Bulgares avaient brûlé, selon les lois du droit public. Ici des vieillards criblés de coups qui regardaient mourir leurs femmes égorgées, qui tenaient leurs enfants à leurs mamelles sanglantes; là des filles, éventrées après avoir assouvi les besoins naturels de quelques héros (...). Candide fuit au plus vite dans un autre village: il appartenait à des Bulgares, et les héros abares l'avaient traité de même."

Enfin, et pour la route, une petite critique pour les médecins que je respecte beaucoup : "il fut attaqué par une maladie légère (...) Cependant à force de médecine et de saignées, la maladie de Candide devint sérieuse".

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