14 janvier 2013 1 14 /01 /janvier /2013 13:50

Monsieur le maire,

 

 

Je me permets de vous écrire à la suite de votre opinion concernant le mariage pour tous parue le mardi 8 janvier dans mon édition locale de la Voix du Nord.

Les propos qui sont rapportés par la rédaction étaient « Je trouve qu'il y a des sujets beaucoup plus graves. On passionne des gens sur ce sujet qui ne concerne que peu de monde. Personnellement je n'y suis pas favorable car j'ai une certaine vision de la famille, avec un papa et une maman. Je comprends le besoin d'être reconnu de ces personnes, mais le PACS existe pour ça. Si la loi passe, je procéderai au mariage, car je représente la loi et il faut l'appliquer. En ce qui concerne l'adoption, le sujet est bien plus délicat et je suis encore plus réservé. »

 

Voyez-vous, Monsieur le maire, je ne suis pas d'accord avec votre argumentation. Non pas que je vous refuse le droit d'être opposé à cette loi, chacun est libre d'avoir un avis sur ce sujet de société, comme sur les autres. Cependant, vous êtes le premier magistrat de notre commune, et à ce titre représentez l'ensemble de ses habitants. C'est pour cela que j'ai pris la plume, afin de vous témoigner de mon opinion, celle d'un de vos concitoyens, opposée à la vôtre.

 

Oui Monsieur le maire, il y a des sujets beaucoup plus graves que le mariage pour tous. Les guerres, les gens qui meurent de faim dans le monde, les gens qui dorment dans les rues de France et de Navarre... Mais ne faut-il répondre qu'à ces problèmes, sans se préoccuper des autres ? Oui, monsieur le maire, le chômage est un sujet très important. Mais n'y-a-t-il pas 20 ministres et 18 ministres-délégués ? On leur dit assez souvent qu'ils ne font pas grand chose, alors va-t-on se plaindre si un ministère se consacre en partie à cette question ? Cela ne va pas empêcher les autres questions d'être traitées ! Si on réfléchit comme cela, ne risque-t-on pas de ne plus faire grand chose ?

 

Non, Monsieur le maire, ce sujet ne concerne pas que peu de monde. On estime qu'au moins 1% de la population française est homosexuelle (estimation basse). Ce qui nous donne plus de 500 000 personnes. Ne devons-nous pas nous soucier de ces 500 000 personnes ? Est-ce que ce n'est pas assez ? Quel est le nombre minimum de personnes concernées par un problème pour que nous commencions à nous y intéresser ? A titre d'exemple, et je sais qu'il vous tiendra à cœur, selon le recensement agricole de 2010, il y avait en France 600 000 chefs d'exploitation et co-exploitants agricoles. Ne doit-on pas passionner les gens sur leurs problèmes, ou ceux-ci ne concernent-ils que trop peu de monde ?

 

Non, Monsieur le maire, le PACS n'est pas suffisant. Savez-vous qu'en matière de succession et d'héritage par exemple, la situation est fort complexe pour un couple pacsé. Ainsi, contrairement au conjoint survivant, le concubin pacsé n'est pas héritier de son partenaire. En présence d'enfants, qu'ils soient issus ou non du couple concerné, on ne peut léguer à son partenaire que la quotité disponible, qui varie selon le nombre d'enfants : un tiers du patrimoine avec deux enfants, un quart avec trois enfants ou plus. N'est-ce pas là une injustice flagrante pour ces couples ?

 

Monsieur le maire, je connais des personnes ayant été élevées par deux papas, ou deux mamans. J'ai beaucoup lu sur le sujet, j'ai regardé ce qui se fait en Belgique, aux Pays-Bas, en Espagne et dans les 8 autres pays ayant déjà franchi le pas. J'ai recherché les analyses des scientifiques, des psychiatres ou autres psychologues. Et je n'ai pas trouvé une seule étude qui corrobore les craintes d'une grande partie de la population concernant le sort des enfants. Non, leurs enfants ne sont pas plus malheureux. Non, ils ne sont pas plus perdus que les autres au moment de l'adolescence. Et figurez-vous que non, ils ne sont pas forcément homosexuels. Personnellement, vous avez le droit d'être opposé à la réforme. Mais je voulais vous faire savoir qu'une partie de vos concitoyens, que vous représentez, se déclare en faveur de la loi.


Je tiens aussi à vous remercier pour votre affirmation concernant le fait que vous appliquerez la loi. Beaucoup de vos collègues ayant déclaré le contraire devraient vous prendre comme exemple (notamment votre collègue de la CASO Louis Cainne). Le représentant de l’État doit accepter une loi de l’État. Dans le cas contraire, ça en ferait un hors-la-loi.


Enfin, je vous retranscris ici l'opinion du maire de Wismes, Jean-Luc Hochart : « 
Si on m'oblige à faire ce genre de choses, je rends mon écharpe de maire. Arrêtons de bafouer nos valeurs. Il existe des sujets beaucoup plus urgents à traiter que de penser à quelques individus. Qu'ils aillent vivre dans un autre pays. C'est contraire à ce qu'on nous a appris dans la morale chrétienne ».


Vous pouvez comprendre, Monsieur le maire, cher ami, que lire ce genre d'opinion plusieurs jours consécutifs dans mon journal m'a passablement déplu. L'image qu'elle renvoie est parfois détestable. J'espère que vous comprendrez ainsi mieux ma démarche.

 

En vous remerciant de l'intérêt porté à cette lettre.

 

Respectueusement,

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commentaires

L

Moi je me demande, si la loi passe, combien de mariage homosexuel il y aura dans les petites communes de l'audomarois ???


 


Il faut faire attention, quand un maire dis qu'il ne marira pas de couple homosexuel, ca ne veut pas dire qu'il n'y aura pas de mariage homosexuel dans sa commune. Ca veut juste dire qu'il
trouvera une excuse bidon pour etre absent et  envoyer a sa place un adjoint ou un membre du conseil municipal ...


Ce qui sera amusant sera de voir combien de couple homosexuel sont marie par le maire par rapport aux couples heterosexuels par commune.
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M

Je pense que la VDN avait justement pour objectif d'avoir les avis personnels des maires, sinon il n'y aurait pas vraiment d'intérêt, chaque élu mettrait en avant son devoir de réserve. Le maire
que tu as cité a bien précisé qu'il parlait à titre personnel, à aucun moment il n'a engagé ses ciconcitoyens, prétendant les représenter par cette opinion (ou alors tu n'as pas mis tout
l'extrait dans ton article). D'ailleurs la connait-il cette opinion? On sait très bien qu'aucun maire n'a été élu pour ses positions par rapport au mariage homosexuel, les dernières municipales
datent de 2008, personne ne parlait de ça et ce n'est absolument pas la priorité pour beaucoup de monde.
Tu dis qu'il se transforme en militant mais dans ce cas il faut également condamner les maires ayant développé une argumentation pro-mariage pour tous. Moi j'ai vraiment perçu ce témoignage comme
révélant comme sa propre opinion, n'engageant que lui, opinion qu'il a brièvement développée. Du reste tout ce qu'on lui demande c'est d'appliquer la loi, que ça lui plaise ou non, et c'est bien
là l'essentiel.
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P

Sur la forme, c'est la pure retranscription de la lettre que je lui ai envoyée
Sur le fond, je suis en désaccord avec toi. On l'interroge dans sa fonction de maire, et pas à titre personnel (il n'y a que des maires interrogés). Quant il répond qu'il va appliquer la loi,
j'applaudis. Quant il dit qu'à titre personnel il est plutôt opposé, c'est son choix. Mais s'il ajoute en plus des arguments contre le mariage pour tous, il devient un militant. Et en mon nom,
puisque l'on pose la question au maire. C'est ce qui m'a dérangé, et c'est pourquoi j'ai répondu à ses arguments.
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M

J'ai un peu de mal à comprendre le sens de ton article. Ce maire s'est exprimé à titre personnel et a dit qu'il respecterait et appliquerait la loi malgré son opinion (contrairement à l'autre élu
cité). Où est donc le problème? Ce n'est pas parce qu'il est maire que son opinion doit forcément correspondre celle de ses concitoyens sur tous les sujets, dans la mesure où il applique la loi.
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