25 février 2012 6 25 /02 /février /2012 06:54

P1090313.JPGLe Lonely Planet. Le guide du voyageur. Enfin le guide DES voyageurs. Et c’est là le problème. Le guide est tellement répandu, surtout celui ci-dessus, que le voyage en Asie du Sud-Est ressemble de plus en plus à un voyage organisé. Non pas le voyage organisé que l’on imagine : un groupe de retraités dans un bus qui va de ville en ville, non pas pour danser la samba mais pour voir tout ce que le pays peut offrir, dans un temps limité. Non, le voyage organisé Lonely Planet, c'est une multitude de jeunes gens qui se retrouvent aux mêmes endroits au même moment, suivant les conseils de leur guide préféré. Je n’évoque pas les hôtels que le Lonely Planet fait figurer –surabondés, avec des prix réévalués depuis que le nom figure dans le guide-. Je n’évoque pas les restaurants, qui affichent parfois l’inscription Lonely Planet en plus grand que le menu. Non, je parle tout simplement des villes et surtout des villages.

 

Lorsque le Lonely Planet évoque un village perdu au fin fond du Laos, son charme, sa tranquillité… c’en est fini pour lui ! Et pour cause, à peine l’édition parue, une ruée de voyageurs à la recherche d’un magnifique coin perdu vont se ruer sur le lieu. Des hôtels vont se construire en nombre - vive le ciment - et les petits magasins pour habitués se transformer en magasins à touristes. Bilan : le charme et la tranquillité ont disparu, les touristes sont arrivés, les prix ont augmenté. Nous en avons eu la fâcheuse expérience avec Sapa, soit disant un endroit magnifique pour rencontrer les minorités du Nord du Vietnam. Bilan : un touriste pour un habitant. Et surtout, les populations issues des minorités sont devenues tellement habituées aux touristes qu’elles agissent différemment. Très souvent de vieilles femmes s’accrochaient à mon bras pour essayer de me vendre un bracelet, un vêtement ou une boîte « issue de leur minorité ». Touristifié. Maladie répandue.

 

Ce qui était une idée de génie au départ est devenue une plaie, un danger. Les restaurants ou les hôtels donneraient père et mère pour figurer dans le guide mythique. Au contraire, ceux qui n’y figurent pas, ou qui n’y figurent plus, voient leur nombre de visiteurs diminuer, sans avoir pourtant changé quoi que ce soit. Ici, au Laos, je suis dans un hôtel qui affiche 70-80 000 kips sur le Lonely Planet. Nous payons 100 000 kips. Nous avons vu en Chine un restaurant qui affichait sur sa devanture : « nous ne sommes pas dans le Lonely Planet mais nous faisons également de la bonne nourriture ! ». Nous avons rigolé et sommes entrés.

Avant-hier nous voulions voir un coucher de soleil « renommé » pour le Lonely Planet. Résultat ? Ca !

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Romantique n’est-ce pas ?

Le gros problème du Lonely Planet, surtout celui qui figure sur la photo, c’est son nombre d’exemplaires. Nous avons vu une voyageur sur deux se balader avec ce guide. Certains lui ont donné un surnom : « le banana-pancake Lonely Planet ». Car, dans l’ensemble des villes et villages cités par le guide nous retrouvons des crêpes à la banane, spécialement pour les touristes.

 

L’augmentation, ou plutôt l’explosion du tourisme me fait un peu peur. Peur de voir changer les lieux cités dans ces guides, peur surtout que la mentalité des locaux n'évolue, qu’ils ne voient dans l’Occidental qu’un portefeuille sur pattes. J’ai souvent l’impression que c’est déjà le cas.

De temps en temps j’ai bien envie de foutre le guide dans une poubelle, et de voyager un peu au hasard. Au risque de manquer les plus beaux monuments, les plus belles villes. Au risque de rencontrer des locaux peu habitués aux Occidentaux. Avec la chance de faire plus de découvertes, de s’immiscer pleinement dans la culture et dans le pays. Avec le risque de la barrière de la langue, qui gêne après quelques heures, quelques jours.

 

Tout ça, c’est sans doute un peu d’égoïsme. Nous voudrions souvent être seuls dans un coin paradisiaque. Etre les seuls Occidentaux dans un village isolé, à discuter avec une minorité. Mais le paradis il faut savoir le partager.

 

Partager. Voyager. Et créer mon propre guide. Un peu ce blog. Beaucoup pour vous.

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commentaires

I
Ton article m'a beaucoup amusée ! Car tu te comportes en bon touriste, tout comme moi, la première à fustiger ces satanés touristes, à les éviter comme la peste ... Alors que j'en fait partie.
A regretter ces voyages "routards" qui font que des lieux autrefois réservés aux backpapers devient l'attraction d'un tourisme qui se veut plus responsable mais qui, au final, est comme les autres.
On adore découvrir ces lieux isolés, incroyables, et en bon touriste on aimerait que le onde entier soit ainsi... Sauf là où on vit, bien sûr ;-)
C'est l'ambiguïté de ce nouveau tourisme, "authentique". On aime dire que nous sommes des voyageurs, mais n reste des bons gros touristes, juste différents de nos parents !
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