16 juin 2013 7 16 /06 /juin /2013 09:31

Il était difficile pour moi de ne pas commencer ma série d'articles sur le Rwanda par un petit point historique. Pour deux raisons. Tout d'abord, le pays est un cas très spécial, connu mondialement pour le génocide de 1994. Il y a seulement 19 ans. Et puis l'histoire de ce pays fut également les deux sujets de mes mémoires de Master. Je ne prétends pas être un spécialiste de grand chose, mais l'histoire récente du Rwanda est un peu mon dada.

Tutsi/Hutu. Au départ, avant la colonisation allemande, au XIXème siècle, ce sont deux clans. Plutôt économiques d'ailleurs. Les Hutu sont des agriculteurs, les Tutsi sont des éleveurs. Il est possible pour un Hutu de devenir Tutsi, et vice-versa. Ces deux clans ont la même langue et les mêmes coutumes. Ce n'est pas deux ethnies. Au départ...
Car ensuite vient le temps de la colonisation allemande, puis belge. Nous sommes dans une époque où l'anthropologie européenne aime beaucoup classer les peuples selon des théories ethniques. Avec au-dessus de toutes les ethnies le blanc. Ici, au Rwanda, on mesura les nez, les cous, les visages, et on en déduisit que les Tutsi étaient l'ethnie supérieure. Ca tombe plutôt bien, le roi du pays était Tutsi !
Pendant plusieurs décennies, les colons belges vont donc diriger le pays avec l'aide d'une petite minorité Tutsi (environ 15% de la population). Ils mettent même des cartes d'identité où l'ethnie est la première ligne.
Au moment de la décolonisation, les Tutsi sont imprégnés par des idées socialistes en vogue dans la région (Tanzanie). Les colons belges vont alors totalement changer leur mode de gouvernance, et donner le pouvoir à la majorité Hutu.

Pendant des décennies, on a enseigné aux deux clans qu'ils étaient deux ethnies. Les Tutsi, gouvernant le pays pendant la colonisation, ont adopté une attitude très fière, à la limite du racisme, vis-à-vis de la majorité Hutu. Cela vaut principalement pour une petite élite proche du pouvoir. Le reste de la population étant plus mélangé et n'hésitant pas à effectuer des mariages entre les deux clans.
Après la décolonisation, le pouvoir en place, des Hutu du Nord du pays, joua de ces divisions ethniques. Au cours de la décennie 1960 des massacres de Tutsi eurent lieu, ce qui donna un grand mouvement d'émigration vers les pays voisins, notamment l'Ouganda.

Le président Habyarimana est arrivé au pouvoir par un coup d'Etat. Les choses s'améliorent quelque peu pour les Tutsi, moins pris à parti. Mais la crise économique engendrée par la chute des cours du café à la fin de la décennie 1980 entraîne un nouveau raidissement vis-à-vis de la communauté Tutsi. Dans le même temps, une armée rebelle, menée par un certain Paul Kagamé, entre en conflit avec le gouvernement, et tente d'envahir le pays depuis l'Ouganda. Entre 1990 et 1994, c'est une guerre civile, ponctuée par de nombreux massacres de Tutsi, considérés parfois comme des ennemis intérieurs.

Le reste de l'histoire est connu. Le 6 avril 1994, l'avion transportant le président Habyarimana est abattu au-dessus de Kigali. Par qui ? Éternelle question sans réponse. La suite est macabre. Un génocide, préparé depuis plusieurs mois, est lancé. Les Tutsi (et des modérés Hutu) sont systématiquement abattus. Les génocidaires ont des listes, des maisons, des noms. La radio lance des appels au meurtre. Elle signale qui se cache où. On tue à la machette. Un voisin tue son voisin. On s'entre-tue dans la même famille. Des baptisés tuent leur propre prêtre.

En l'espace de trois mois, ce sont 800 000 personnes qui perdent la vie, à 97% des Tutsi.

Comment ? Pourquoi ? Comment un voisin peut tuer son propre voisin ? La haine entretenue depuis des décennies. La peur que ce soit les Tutsi qui commencent, comme la radio et les journaux le répétaient depuis plusieurs mois. La peur, aussi, d'être pris pour un Hutu modéré et ainsi d'être abattu. Parfois on trouve même des Hutu tuant des Tutsi et en protégeant d'autres.
Pourquoi la Communauté Internationale n'a-t-elle rien fait ? Les médias s'étaient habitués à cette Afrique où les guerres civiles régnaient dans la décennie 1990. Le conflit semblait être toujours le même. L'année précédente les Américains avaient perdu une dizaine de soldats en Somalie. L'opinion publique s'était indignée : pourquoi perdre nos hommes dans un pays lointain, sans intérêt stratégique ? Le Rwanda était un pays lointain, sans intérêt stratégique. L'ONU, surtout, a complètement failli à sa mission, réduisant même son contingent de 5000 hommes à 270 hommes en plein milieu du génocide. La France, alliée du régime Habyarimana, est restée aveugle face à la radicalisation d'une partie du pays. La France entraînait les soldats rwandais, ces mêmes-soldats qui ont participé au génocide...
Memorial-Center-Kigali--3-.JPGJe suis allé au mémorial de Kigali. Après Auschwitz et le mémorial de Phnom Penh, c'était ma troisième rencontre avec un génocide. Le mémorial est très éducatif, et ne joue que très rarement sur le sentimental, ou sur l'horreur. Le Cambodge était autrement plus difficile. J'ai été plusieurs fois étonné des discours, comme ceux signalant le rôle positif de la colonisation belge (en matière d'éducation ou de santé), ou encore sur l'attentat contre l'avion présidentiel, où le commentateur déclare « qu'on ne saura peut-être jamais qui a abattu l'avion ». Le rôle (trouble) de la France est signalé plusieurs fois, mais sans en rajouter.
Memorial-Center-Kigali--1-.JPGMemorial-Center-Kigali--2-.JPGVoilà pour cette petite introduction rwandaise, qui, je pense, est importante pour mieux cerner le pays actuel. Je ne peux pas être complet en un article, loin de là. Je peux toujours vous envoyer mes mémoires de Master si vous souhaitez en savoir un peu plus. 

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