16 mai 2009 6 16 /05 /mai /2009 23:00

Imaginez vous dans une guerre. D'un côté des rebelles, de l'autre un gouvernement. Et vous, au milieu, qui essayait d'obtenir la paix. Si les deux partis n'en veulent pas, que faire ? L'imposer par la force ? Ou partir et laisser se dérouler le troisième génocide du XXème siècle ?
Cette problématique s'est posée à Roméo Dallaire, chef de la mission MINUAR au Rwanda, en 1994. Et plus je retourne la question, moins j'ai la solution.

Que doit faire la communauté internationale lorsqu'il y a une guerre ? En ce moment les exemples sont encore nombreux : Sri Lanka, Soudan ou Tchad. Mais l'ONU reste assez loin de ces conflits. Le "machin" que stigmatisé de Gaulle a retenu la leçon, intervenir au milieu d'un conflit peut avoir un coût humain et médiatique. En Somalie, les Américains se souviennent avoir perdu 19 soldats pour leur opération à Mogadiscio. Pire, l'ONU a perdu au total 154 hommes entre 1992 et 1995. Et au final, le "machin" n'a pas stoppé la guerre.
De ce fait, après la mort des 10 soldats belges en avril 1994, l'ONU réduit à minimum son opération au Rwanda. Et cela aboutit à 800 000 morts dans le génocide. Néanmoins, si les troupes de l'ONU était restait, est-ce-que le génocide aurait pu être empêché ? Et combien de mort supplémentaire pour les soldats onusiens présents sur place ?

Alors que faire ? Une politique de "laissez-faire", laisser des populations s'entretuaient loin de chez nous et réagir simplement lorsque cela touche notre propre sécurité ? Ou alors essayer d'obtenir la paix par les négociations et la force, envoyer nos hommes et risquer d'en perdre dans une grosse opération militaire. Seulement la négociation ? Belle utopie alors que les deux camps ont intérêt à une destruction totale de l'adversaire afin d'obtenir le plus de pouvoir.


Je n'ai toujours pas la solution. Je cherche, encore et encore.


La décision de l'ONU de réduire ses troupes alors que se tramait le génocide rwandais me laisse sans réponse. Il fallait faire autre chose. Empêcher ce génocide. Mais comment ? Laisser les troupes sur place et en perdre 5, 10, 100 fois plus. Facile à dire mais ce n'est pas moi qui a perdu un père, un ami, un fils dans la mission "ONU". Qu'on pu dire les familles belges concernées par la perte de l'un des leurs. "Pourquoi est-il parti là-bas ?" "Il avait tout pour être heureux ici" ."Si nous n'étions pas intervenu, nos soldats seraient encore vivants, à se la couler douce dans une de nos casernes".
C'est facile de dire "on intervient" quand je suis dans mes bureaux de l'ONU à New York. Je ne joue pas ma vie, mais je joue celle de soldats qui venaient pour assurer la paix. Qui n'avaient par pour mandat se participer à la guerre.

Néanmoins je m'imagine encore à l'ONU quand on m'annonce la mort de mes soldats et le début du génocide. Choix cornélien. J'imagine les pleurs des familles belges ayant encore un proche sur place et les pleurs Tutsi. Et je dois décider qui je vais abandonner. Rodrigue, que ferais-tu ?
Comme toujours je subis la pression des gouvernements qui ont des troupes ou des civils sur place. Qui menace de rappeler tous leurs soldats des missions onusiennes si on évacue pas ce théâtre des morts.


Je n'ai toujours pas la solution. Je cherche, encore et encore.


Que peux faire l'ONU pour empêcher un conflit. Intervenir en amont, éviter les tensions. N'est-ce pas là trop d'interventionnisme pour un "machin" sans pouvoir et sans légitimité, hormis celle que les Etats veulent bien lui donner. Comment réagir face à un individu qui se dit représenter son peuple ? Il est au coeur de l'action, il connait mieux que moi les problématiques et ses acteurs. Il me faut alors lui faire confiance. Je ne suis pas le président du monde, je n'en ai pas les pouvoirs. C'est seulement lorsque des faits graves lui sont reprochés que je me dois d'intervenir. C'est ma mission. Rendre justice aux morts. La belle affaire !


4 mars 2009, la cour pénale internationale délivre un mandat d'arrêt contre Omar El-Bachir, le président Soudanais pour crime de guerre et crime contre l'humanité. La belle affaire ! Le 29 mars, ce président est en voyage diplomatique à Doha, pour le sommet de la ligue Arabe. A ce sommet participe le secrétaire générale de l'ONU, Ban Ki-Moon. C'est son 4ème voyage depuis le mandat d'arrêt. Et je rappelle que la cour pénale internationale est direction en affiliations avec les Nations-Unies. La boucle est bouclée.machin.jpg

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