9 mars 2013 6 09 /03 /mars /2013 07:09

James CS

Il est rare que je me lance dans un portrait. Je crois bien que c'est le premier (les mauvaises langues diront que je ne fais que des portraits de ma personne, et ils n'ont pas tort!). Mais c'est également rare de rencontrer des personnes comme James. Pensez, ce type a décidé de marcher jusque Istanbul depuis son Kent natal.


Tout d'abord je rappelle pour les non-fidèles que j'ai hébergé ce marcheur grâce à Couchsurfing, site où l'on peut dormir gratuitement chez l'habitant, et qui fonctionne grâce à un système de référence (positive, neutre, négative). Après avoir profité de nombreux appartements au cours de mon précédent voyage, je me devais de rendre la pareille. Et James est arrivé, sans se presser. Il est parti il y a 9 jours et souhaite rejoindre Istanbul pour le mois de juillet/août. Oui, James est un peu fou. Comme tous les voyageurs souhaitant accomplir un rêve. Et il y croit. Il le sait. Il va le faire. Peu importe l'état de ses jambes dans quelques semaines, tout se jouera dans la tête.


James était pourtant quelqu'un que l'on pouvait qualifier de « normal ». Une enfance dans un petit village du Kent, 3 frères, et un départ pour l'université, à Newcastle. Bon, il y avait quelques éléments précurseurs. Ce grand-père, cet exemple, dont il trimbale encore l'appareil photo et qui avait quelque peu voyagé en Europe au moment de la guerre, avec sa grand-mère. Et surtout ce périple de 5 mois au Népal, alors qu'il n'avait que 19 ans. Ça, ça n'est pas donné à tout le monde.


James a suivi un cursus de bio-médical. Licence, Master, Doctorat. Après deux années à « disséquer des animaux » il se demande ce qu'il fait là et décide d'arrêter. Un problème familial l'oblige à revenir chez lui, dans son village natal. Il se retrouve alors professeur d'école primaire, poste qu'il a occupé jusqu'à l'été dernier.


James a passé 30 ans. L'âge où on fait le point. Sur sa jeunesse. Sur le futur qui arrive on ne peut plus vite. Sur la vie en général. Il a toujours rêvé d'Istanbul. Il s'est dit que c'était le bon moment. Il avait envie d'aventure, d'une dernière aventure avant de se poser.


James est un romantique. Pour lui, le charme de ce voyage réside dans la marche. Le fait d'imaginer ses pas qui, un à un, vont lui permettre de rejoindre la seconde Rome. Il n'imagine même pas le stop, encore moins le train. Il veut découvrir les paysages petit à petit, maison par maison, champ par champ. Et au-delà, se découvrir petit à petit, kilomètre par kilomètre, et enfin trouver qui il est et ce qu'il fait là, sur cette bonne vieille terre.


James a une magnifique histoire. Une histoire d'amour. Comme tous les romantiques, comme tous les voyageurs... Une fille qu'il a rencontrée alors qu'il avait 16 ans. Il a grandi avec elle. Et à 20 ans ils se sont séparés. Comme souvent. Les deux voulaient étudier, l'université, la distance... Pas grave se sont-ils dit, si à 30 ans on n'est toujours pas marié, on se rappelle. Et elle l'a rappelé. Et les voici à nouveau ensemble.

 

 

Recevoir un Couchsurfer, c'est un peu comme recevoir de la drogue, pour le junkie de voyage que je suis. Et pourtant je ne compte pas y retoucher. Je pense que je suis presque guéri. J'ai adoré l'écouter, j'ai adoré son idée. Et pourtant ça ne m'a pas traversé l'esprit : partir. Non, décidément, le précédent voyage a fonctionné comme une overdose. Et maintenant que j'essaie de me réadapter à la vie « normale », ce serait con de craquer ! Surtout qu'il y a beaucoup plus à perdre aujourd'hui qu'à l'époque.


Avec James j'ai beaucoup discuté. De voyage, mais pas seulement. De la vie, beaucoup. Des objectifs que l'on se fixe, de la pression que l'on se met. Et puis nous y sommes arrivés, à la conclusion.


Whatever works.

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