31 janvier 2009 6 31 /01 /janvier /2009 13:05

sylvain.jpgD'un côté, un homme que nous appellerons Sylvain. Pourquoi Sylvain ? Parce qu'il a une étrange ressemblance physique avec ce personnage de Caméra Café. Et pas seulement. Mon Sylvain m'enseigne la Grande-Bretagne entre 1815 et 1914. La première fois que je l'ai eu, j'étais en tête à tête avec lui. 30 minutes de cours personnel, l'occasion pour moi d'être en confiance et de ne pas avoir peur de réagir. Pour lui aussi, apparemment, ce fut positif. En effet, mardi, cours devant un amphi d'une centaine d'étudiants. Mon Sylvain a déjà un look particulier. Il met encore un maillot de corps, blanc, celui que ma mère m'obligeait à mettre jusqu'à mon dixième anniversaire. Sa chemise me fait plutôt penser à ma grand-mère, les coloris et les carreaux me rappellent les assiettes de soupes que je posé sur cette fameuse nappe. Cheveux châtain, bien rasé, je vois en lui l'éternel jeune homme. Les lunettes posés sur le nez, il a la tête du premier de la classe, doué mais persécuté par ses petits camarades. Oh, il tente une blague historique, qui se solde par un bide. Dommage, c'était bien essayé. Il essai d'être un bon professeur, on le sait tous. Il est gentil, très consciencieux, travailleur : cela se voit au premier coup d'oeil. Mais il n'est pas fait pour enseigner...
Les mains tremblent, telle des feuilles sous les coups de vent du Nord. Elles attrapent un stylo, jouent avec. Puis passent dans les poches. Je comprends ce qu'il ressent : "où mettre mes mains ?" Il n'arrête pas de se dandiner, comme si une araignée escaladait constamment sa jambe. La voie est monotone, assez faible, si bien que beaucoup ont déjà décroché dans les dix premières minutes. Il n'est pas sûr de lui, regarde ses notes toutes les cinq secondes. Cela ne l'empêche pas d'hésiter dans ce laps de temps, euh..., puis il replonge dans ses papiers.

albert.jpgDe l'autre côté, celui que j'appellerai Albert. Pourquoi Albert ? Parce qu'il me fait penser à Einstein, passant la langue. Habillé en blanc et noir, son profil est déconcertant. Les cheveux blancs ébouriffés, les grosses lunettes noirs sur le nez et un regard en forme de sourire. Le contraste d'autant plus saisissants qu'il n'a pas de note. Il interpelle les élèves, pose des questions sur leur vie, sort quelques petites blagues, pratique l'autodérision à merveille. Il ressemblent au prof parfait. Il change de ton aussi bien que De Gaulle, si bien qu'il te réveille dès que tu te perds quelques secondes dans tes pensées.
La première fois que je l'ai vu, il faisait déjà très British. Nous étions tous dans son cours de Grande-Bretagne et révolution américaine, à regarder l'artiste. Il me questionne d'entrée sur la France, et me demande "vous ne regrettez pas trop pour Marie-Antoinette ?" Sourires.

Albert me fait rêver. Comme très peu de prof savent le faire. Je peux les nommer : Monsieur Hanotel, Monsieur Paris, Monsieur Carlier. En voila trois qui parlait avec passion de leur matière, qui la vivait au lieu de l'enseigner. Parfois je les écoutais raconter leur histoire et regrettais que le cours passe aussi vite et qu'ils doivent s'arrêter.

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