2 août 2018 4 02 /08 /août /2018 11:16

Ils prennent un raccourci, forcément, c'est des nains. Le premier prend une pelle. Le deuxième prend une pioche. Que prend le troisième ?

C'est avec cette blague/devinette que je commence ma description de Potosi (blague que Sophie a endurée dans cette ville). Altitude, 4070 mètres (!!). Car tout dans cette ville nous ramène à la mine d'argent qui la surplombe : le Cerro Rico (littéralement la « colline riche »), située à 4782 mètres d'altitude, exploitée depuis le XVIème siècle. Le filon d'argent est tellement immense qu'il créé la ville de Potosi, qui devient en quelques décennies la ville la plus peuplée d'Amérique du Sud. On estime alors à cette période que Potosi fournit la moitié de l'argent mondial !! La mine est surexploitée et aujourd'hui il ne reste pas grand chose. Néanmoins les mineurs locaux continuent d'aller explorer les galeries (il y a plus de 600 entrées) malgré les risques d'effondrement d'une colline devenue gruyère.

Potosi, c'est trois nains qui vont à la mine
Potosi, c'est trois nains qui vont à la mine

C'est trois nains qui vont à la mine. Ils prennent un raccourci, forcément, c'est des nains. Le premier prend une pelle. Le deuxième prend une pioche. Que prend le troisième ? 

 

Nous nous sommes posé la question : faut-il aller visiter la mine ? Car des agences de tourisme, des locaux, proposent des visites. Nous pourrions aussi y aller par nos propres moyens. C'est un peu le truc à la mode là-bas. Néanmoins j'avoue que le concept me gêne : allez « voir » des gens qui travaillent dans une mine, c'est tout de même étrange. Imaginez, des gens viennent vous voir au travail tous les jours, prennent des photos de vous, sourient en vous regardant, et repartent (en postant la moitié sur les réseaux sociaux, forcément). Bizarre, non ? C'est un des dilemmes lorsque l'on voyage : ne fabriquons-nous pas un zoo humain ? Certains répondent que l'argent dépensé là-bas aide les mineurs, et que ceux-ci sont contents de nous voir. Hum. Petit passage du prof d'histoire : lors de l'Exposition Universelle de 1931 à Paris, des Africains, des Amérindiens etc. sont envoyés en France, et ils jouent « au bon sauvage », dans ce qui ressemble un peu à un zoo humain. L'argument des organisateurs est le suivant : ces gens-là sont très contents d'être à Paris et de divertir la population. Même principe donc : ils sont contents, mais est-ce vraiment sain ? Je reste dubitatif. [attention, ce n'est que mon avis, je ne suis pas sûr que ce soit le bon !]

 

C'est trois nains qui vont à la mine. Ils prennent un raccourci, forcément, c'est des nains. Le premier prend une pelle. Le deuxième prend une pioche. Que prend le troisième ?

 

Néanmoins nous faisons tout de même une visite à Potosi, celle de la Casa de la Moneda. Cette maison de la monnaie servait à créer les pièces de monnaie espagnole. Le bâtiment est impressionnant et nous nous sommes surpris à être très intéressés par ce processus de création. Cela en dit long sur l'importance de Potosi à l'époque. Ce lieu a servi à créer les pièces de monnaie bolivienne. Aujourd'hui ? Non, les pièces sont fabriquées au Canada et les billets... en France ! [le lieu aurait servi d'inspiration à une série bien connue : la Casa de Papel ; enfin, c'est ce qu'ils disent là-bas !]

Potosi, c'est trois nains qui vont à la mine
Potosi, c'est trois nains qui vont à la mine

C'est trois nains qui vont à la mine. Ils prennent un raccourci, forcément, c'est des nains. Le premier prend une pelle. Le deuxième prend une pioche. Que prend le troisième ?

 

La ville est magnifique. Parc, architecture, sculpture. Le tout classé Unesco, mais Unesco sur la liste patrimoine mondial en péril : les opérations minières mettent en danger ce legs de l'histoire. Autre chose un peu embêtante pour la ville : la pollution. Potosi, avec ses rues en pente et ses vieux bus, a une odeur de périphérique parisien (pour notre balade on choisissait du coup toujours les routes où les véhicules descendaient !). Enfin, et là c'était encore plus embêtant pour nous : nous avons tous les deux souffert du mal des montagnes. Pourtant, ce n'est pas la première fois que je passe les 4 000 mètres d'altitude (coucou le Népal). Mais, cette fois, c'est peut-être allé trop vite. Mal de tête, nausée, difficulté pour dormir... clairement nous n'étions pas bien. Le lendemain nous sommes redescendus de quelques centaines de mètres et c'est passé (ça n'est pas revenu du voyage, et pourtant nous sommes montés bien plus haut). Mais c'est à prendre en compte si vous faites le même parcours que nous !

 

C'est trois nains qui vont à la mine. Ils prennent un raccourci, forcément, c'est des nains. Le premier prend une pelle. Le deuxième prend une pioche. Que prend le troisième ?

Potosi, c'est trois nains qui vont à la mine
Potosi, c'est trois nains qui vont à la mine
Potosi, c'est trois nains qui vont à la mine

En repartant, sur ces routes magnifiques, sculptées de montagne, la mine est encore visible à plusieurs dizaines de kilomètres. Mais nous regardons déjà devant nous : le salar d'Uyuni arrive.

C'est trois nains qui vont à la mine. Ils prennent un raccourci, forcément, c'est des nains. Le premier prend une pelle. Le deuxième prend une pioche. Que prend le troisième ? Alors, Sophie ?

Potosi, c'est trois nains qui vont à la mine
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31 juillet 2018 2 31 /07 /juillet /2018 23:40

Belem-Santa Cruz, par Sao Paulo. Je peux voir, depuis l'avion, ses 12 millions d'habitants, et ça fait très peur !

Santa Cruz, Sucre : les premières saveurs boliviennes

Par contre, Santa Cruz de la Sierra, Bolivie, c'est déjà plus à taille humaine : 1,5 million d'habitants pour celle qui est le cœur économique du pays. Et soyons honnêtes, jamais je n'avais entendu parler de cette ville ! Je survole pourtant des immenses exploitations agricoles, des grandes maisons avec piscine... on ne croit pas arriver dans un pays en développement. Je retrouve mi hermana Sophie dans l'aéroport et c'est parti pour un road-trip en famille !

Santa Cruz est notre première ville bolivienne. Altitude 416 mètres (on est encore dans le bassin amazonien). Tout est nouveau : la langue (espagnole), la nourriture, les faciès. Le froid aussi, que j'avais un peu oublié en Guyane, et ma sœur à Marseille. Nous découvrons aussi un petit centre-ville mignon, avec une architecture coloniale (et un plan de la ville assez incroyable : des cercles et des damiers).

Santa Cruz, Sucre : les premières saveurs boliviennes

C'est le début des cireurs de chaussures sur les places, des marchés bondés, où l'on mange pour 3 sous des repas préparés dans des marmites aussi grandes que celle de Panoramix, et.... Sophie se fait chier dessus par un pigeon. Et ça, c'est toujours marrant.

Santa Cruz, Sucre : les premières saveurs boliviennes
Santa Cruz, Sucre : les premières saveurs boliviennes
Santa Cruz, Sucre : les premières saveurs boliviennes

Nous visitons le musée de la guerre du Chaco. Un musée militaire, avec un militaire qui nous fait la visite, sympa... A l'écouter, la Bolivie a gagné la guerre. Pourtant, ça semble un peu moins évident à lire les récits ! Déjà, la quart des engagés est mort, ce qui en fait le conflit le plus sanglant de l'Amérique Latine. De plus, la grande partie du territoire du Chaco est gagné par le Paraguay... (comme quoi, les miliaires ne sont pas toujours de grands historiens !).

D'ailleurs l'histoire militaire de la Bolivie n'est qu'une succession de défaites, la plus désastreuse est contre le Chili : la Bolivie perd de manière définitive (?) son accès à l'océan lors de la « guerre du Pacifique ». Je mets un point d'interrogation sur le définitif, car si le conflit a eu lieu entre 1879 et 1883, Evo Morales, l'actuel président bolivien, a soumis le cas à la Cour Internationale de Justice en 2015 ! Preuve s'il en est que cette défaite leur est restée en travers de la gorge !

 

Avec le recul, on peut bien dire que c'est assez peu pour une telle ville ; mais comme je te l'ai déjà dit, Santa Cruz est la première bolivienne, et c'est pour ça qu'elle garde pour nous ce petit charme.

 

Les bus Cama sont le must bolivien (peut-être même sud-américain) : nous sommes quasiment allongés, beaucoup de place, et c'est ainsi que nous voyageons de nuit, en réussissant à dormir une bonne partie des 12 heures que dure le trajet jusque Sucre !

Santa Cruz, Sucre : les premières saveurs boliviennes

Sucre. Altitude 2780 mètres. Un petit peu froid, surtout la douche pour Sophie (moi, y'avait de l'eau chaude !). Le nom de la ville n'a aucun rapport avec ce que tu vas mettre dans ton café, encore moins avec le personnage de Prison Break. Non, Sucre était un maréchal (nous voilà), originaire de l'actuel Venezuela, et qui s'est battu pour l'indépendance du continent sud-américain, dont la Bolivie, Bolivie tirant son nom de Simon Bolivar, lui aussi héros de l'indépendance, lui aussi originaire de l'actuel Venezuela, mais qui doit s'être un peu mieux battu que Sucre, car il a laissé son nom au pays, et non pas à une ville ! Le maréchal Sucre a tout de même été élu président de la Bolivie à vie ! Mais ça ne lui plaisait pas beaucoup, alors il a décidé de devenir président de la Colombie. Mauvais choix, il est assassiné quelques mois plus tard ! Simon Bolivar, lui, a été président du Venezuela, puis de la Bolivie, puis du Pérou, puis de la grande Colombie ! Bref, nous sommes dans une ville historique de par sa toponymie, dans un pays qui l'est tout autant. [statue de Sucre puis image de Bolivar dans les rues de la ville]

Santa Cruz, Sucre : les premières saveurs boliviennes
Santa Cruz, Sucre : les premières saveurs boliviennes

Sucre la blanche. Oui, ça paraît logique (quoique le sucre brun n'est pas mauvais). Sucre c'est un centre-ville magnifique, classé UNESCO, où l'on peut se faufiler à travers les colonnes, lézarder sur des petites places ou dans les nombreux parcs et jardins et apercevoir des bâtiments à l'architecture baroque tels que les Espagnols savaient les faire. C'est bien simple : on pourrait se croire en Andalousie.

Santa Cruz, Sucre : les premières saveurs boliviennes
Santa Cruz, Sucre : les premières saveurs boliviennes
Santa Cruz, Sucre : les premières saveurs boliviennes
Santa Cruz, Sucre : les premières saveurs boliviennes

Des hauteurs du mirador, une vue sur la ville. L'une des perles de la colonisation espagnole devant nous. Ses rues étroites, à la circulation importante (on verra bien pire plus tard). Ses chiens, qui se baladent tous vêtus d'un habit contre le froid nocturne. Un football s'organise, foutue entorse de l'orteil qui m'empêche de participer !

Santa Cruz, Sucre : les premières saveurs boliviennes
Santa Cruz, Sucre : les premières saveurs boliviennes
Santa Cruz, Sucre : les premières saveurs boliviennes

Mais notre coin préféré restera le marché, où la journée a débuté. Manger et boire pour un euro, c'est toujours acceptable (même quand on est radin, mais je ne parle pas de moi bien sûr). Surtout, que de fruits ! Un double jus de fraise, des kiwis, ananas, papaye, raisin, pomme, banane, et tellement d'inconnus ! Régal ! On aurait bien mangé là le midi, mais c'est qu'il y a une demi-finale de coupe du monde qui nous attend ! (et on a besoin d'une télé !) On se retrouve alors avec des lasagnes au quinoa qui valent leur pesant d'or (ou pesant de bronze si vous êtes un belge). On est en finale putain ! Encore !

Santa Cruz, Sucre : les premières saveurs boliviennes
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29 juillet 2018 7 29 /07 /juillet /2018 15:12

Une gare fluviale. Drôle d'endroit pour regarder un quart de finale de Coupe du Monde ! J'ai faim, j'ai envie de pisser, je pue sans doute un peu, mais je tiendrai ! (et j'espère que mes voisins aussi !). Après la victoire, devant un public brésilien très indifférent à ma joie, je découvre la capitale du Para, ancienne région de caoutchouc, plutôt tournée vers les mines aujourd'hui. Un résumé du Brésil ? Peut-être. Car les hauts-immeubles côtoient littéralement les minuscules maisons, les grosses voitures individuelles se mélangent aux vieux bus bondés crachant du noir, et les hommes d'affaire passent, indifférents, devant les nécessiteux. Un résumé du monde en fait.

Belem tristesse

Je trouve avec difficulté une banque et un hôtel (heureusement que les Brésiliens sont très sympas et m'amènent directement au lieu dit, avec un œil sur leur montre quand même, il y a tout de même Brésil-Belgique dans une heure, et pas question pour eux de le rater !). Justement, je prévois de regarder le match avec eux. La première mi-temps dans un restaurant. Je suis le seul client, avec sept serveurs et le patron. Ils sont tous assis à côté de moi. Ca crie. On y croit fort ! On va se venger de 2014 et de cette raclée monumentale face à l'Allemagne. But. Belge. Ca s'apitoie. Mi-temps. Je change d'auberge, et m'installe au milieu d'une grande place. Cette fois, je côtoie les vendeurs de noix de coco. La ville est déserte. Plus d'un million d'habitants, il est 16h, je suis en plein centre, et je vois moins de voitures qu'à Tilques un dimanche soir pluvieux. Religion football. Deuxième but belge. Dépités, mes vendeurs de cocos. Réduction du score ! Un cri traverse la ville. J'entends des feux d'artifice au loin. Et puis plus rien. C'est fini. C'est calme. C'est silencieux, une ville d'un million et demi d'habitants, un soir d'élimination. Je déambule dès lors dans une ville triste, où chacun rentre chez soi, un maillot de Neymar sur le dos, regard posé sur le trottoir, en pestant contre la moitié du monde. A la télévision les commentateurs deviennent fous et demanderaient l'exécution publique des joueurs, du sélectionneur, du président de la fédération et de la reine belge, s'ils le pouvaient (enfin, c'est ce que je comprends, mais c'est mon portugais de trois jours!).

 

Le lendemain, c'est parti à la découverte de la « cité des manguiers », première colonie européenne sur l'Amazone. Derrière ce programme alléchant se cache un centre-ville historique délabré... Dommage, l'architecture coloniale est encore partout, et il y aurait quelque chose à faire pour rendre la ville agréable aux visiteurs. Là, les mauvaises odeurs remplissent mes narines et les fissures et bâtiments abandonnés remplissent mon paysage. Au niveau des oreilles, on m'interpelle : « psssst ». Une prostituée qui m'appelle et me fait un signe. Glauque.

Belem tristesse

Je fuis vers le marché, très animé, odorant et bruyant. Seul le fort me permet d'apprendre deux-trois choses sur la ville.

Belem tristesse
Belem tristesse
Belem tristesse
Belem tristesse

Mais il y a toujours un côté romantique à ces balades urbaines. Déambuler dans une ville inconnue, qu'on ne reverra plus, et essayer d'en saisir un petit morceau : une façade qui sort du lot, un regard qui s'échange avec un habitant, un arbre en fleurs. Et quand je pars, je ne peux m'empêcher d'avoir un peu de nostalgie. Ce n'était que quelques jours, quelques heures, et pourtant Belem m'aura laissé un vrai souvenir, que je pourrais me remémorer à l'avenir. C'est ça les voyages, des journées qui s'incrustent au plus profond de vous au détriment de ces journées de routine, dont on ne se souviendra plus. C'est ça qui me motive à partir, à chaque fois. Qu'importent les moments de solitude, les angoisses des départs, la tristesse de l'éloignement. J'ai l'impression de vivre pleinement quand j'y suis. Et c'est ça qui compte.

Belem tristesse
Belem tristesse
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27 juillet 2018 5 27 /07 /juillet /2018 04:57

Il y a des fleuves mythiques. Le Danube en Europe. Le Mékong et le Gange en Asie. Le Nil en Afrique. Le Mississippi en Amérique du Nord. Et, au-dessus du lot, il y a l'Amazone. Pensez : son débit est de 200 000m3 par seconde, soit l'équivalent des six fleuves qui le suivent dans la puissance des débits ! Quasiment 7 000 kilomètres de long, et une surface qui représente une fois et demi l'Union Européenne ! A lui seul, l'Amazone déverse quasiment 20% de l'eau douce des océans du monde. Un monstre, dont les sédiments remontent jusqu'au plateau des Guyane, donnant à l'Océan Atlantique sa couleur marron et son sol vaseux que l'on aime tant [sic!].

 

Pour le traverser pas de pont (et pour cause, il faudrait un pont de plusieurs dizaines de kilomètres!). Seulement l'avion je croyais. D'ailleurs j'avais un vol... Mais Surinam Airways a encore frappé, puisque la compagnie, en quasi faillite, n'assure plus ses vols entre Cayenne et Bélem. Mais, très intelligemment, elle vend encore les tickets.... Bref, ça m'embête un peu, car je prends un avion à Bélem pour Sao Paulo pour ensuite rejoindre ma sœur en Bolivie. Là, on m'offre la solution d'aller prendre un vol à Paramaribo. Mais je ne veux pas tenter le diable : je boycotte désormais tout ce qui touche de près ou de loin au Surinam ! Reste un autre plan, conseillé par des collègues : « prends le bus jusqu'à Macapa, et après il y a un bateau ». Et c'est ainsi que mes deux heures d'avion se transforment en trois jours de road trip ! Heureusement que j'ai du temps (ah, les grandes vacances des profs).

La traversée de l'Amazone

Je pars donc de bon matin (6h) de Saint Laurent du Maroni, en bus. 20€ et quatre heures plus tard, je suis à Cayenne. A Cayenne, taxi collectif (minibus), 30 € et trois heures plus tard je suis à Saint-Georges. J'ai traversé la Guyane du nord au sud et, après manger, je traverse le fleuve Oyapock en pirogue pour me retrouver au Brésil. Je fais tamponner mon passeport et je vais à la gare routière pour choper un bus. Ils partent à 18h, je suis là à 15h30, serein. Pas de ticket avant demain. Bon, heureusement je suis large... Le lendemain midi, 40€ de dépensés pour douze heures de bonheur ! Je traverse l'Amapa, la région la plus au nord du Brésil. Au début la route est goudronnée... au début ! Puis c'est une piste, avec des ponts... que j'appelle pont par politesse, mais j'hésiterais à y passer en vélo (alors avec un gros bus c'est flippant!). La piste est boueuse, et des bus ont dû faire demi tour la semaine dernière, parce que bloqués dans la boue... Bon, j'ai un peu de chance, ça passe ! Les paysages sont... amazoniens : des arbres ! Et très peu d'habitations, hormis des villages amérindiens ça et là. Ce désert vert ressemble à ma Guyane.

 

Il est minuit, et me voici sur l'Equateur ! La vile de Macapa, capitale de l'Amapa, a cette particularité d'être traversée par la ligne imaginaire. Chose amusante, ils ont mis la ligne médiane du terrain de foot sur l'Equateur, ce qui fait que vous jouez au foot dans l'hémisphère nord ou dans l'hémisphère sud selon votre camp !

Une nuit d'hôtel et direction le port de Macapa situé à Santana (aucun rapport avec le chanteur). Vingt minutes plus tard je suis devant mon dernier transport, qui doit m'emmener à Bélem : un gros bateau. J'ignorais la chose, mais les bateaux partent à 10h, et il est... 9h45. Parfait ! 40€ et 24 heures de voyage !

 

Ohhhhhhh mon bateau-eau-eau. 3 étages, 500 personnes ! Je suis tout en bas. Pas de cabine, juste des crochets partout... car tout le monde dort... dans son hamac ! Ah, le Brésil ! Ca c'est sympa. J'aime pourtant beaucoup mon matelas, mais voir 500 hamacs alignés sur les 3 ponts, c'est assez incroyable. Que de couleurs ! Il n'y a pas beaucoup de place, de ce fait on est vite collé à son voisin-e. Comme je suis intelligent, j'ai oublié mes cordes, mes mousquetons... heureusement j'ai le hamac, qui se retrouve de ce fait très haut, le plus haut du pont ! (et les Brésiliens qui sourient en voyant ma situation...). Ce n'est pas un mauvais calcul en fait, car, du coup, personne ne me touche !

La traversée de l'Amazone
La traversée de l'Amazone

Sur le bateau la vie s'organise : possibilité de se restaurer pour pas cher (il y a un petit bar qui tourne sacrément) et... bon, pas grand chose d'autre ! Les moteurs font un boucan d'enfer et font vibrer l'arrière du pont (à éviter pour poser son hamac), les portes des toilettes et des douches s'ouvrent et se referment, et un grand brouhaha contraste avec la nature que nous traversons. Car, je traverse l'Amazone nom de Dieu ! Le monstre, et ses affluents. Des arbres à perte de vue, quelques maisons ça et là... et.... mais... que font-ils ? Ils jettent les poubelles dans l'eau.. !!!? Je m'énerve un peu tout seul quand je vois mes congénères du bateau jeter des sacs plastiques dans l'eau. Je suis prêt à aller les voir... quand j'observe les habitants du fleuve se précipiter sur ces fameux sacs plastiques. Etrange. J'imagine alors les habitants spécialisés dans le commerce et le recyclage de détritus... je n'y suis pas du tout ! Ce sont en vérité des vêtements, de la nourriture etc. que les habitants du bateau envoient aux habitants du fleuve. Un beau geste donc... Mais il n'empêche, le style me laisse un peu dubitatif : je me vois mal lancer les habits sur les pauvres, « tiens, attrape ça, et dépêche toi car un autre pauvre arrive dans son kayak ! », surtout avec les grands sourires d'un public accoudé au ponton, trois bières dans les mains.... Les enfants prennent part à ce "jeu", et rient de lancer leur plastique, qui font un énorme "plouf" dans l'Amazone. Gênant, vraiment.

La traversée de l'Amazone
La traversée de l'Amazone

Apparemment j'ai une tête de Français. Mon voisin me parle directement dans la langue de Molière, et m'explique qu'il veut pratiquer. Un Brésilien de 35-40 ans, un peu boiteux (il marche avec une canne), avec son fils de 7-8 ans. Pas forcément le plus riche du bateau (c'est le seul qui essaie de vendre des petits bijoux sur le pont), fan de natation (il m'en parle longuement), et il adore aussi la France, à tel pont qu'ils supportent les Bleus pendant la Coupe du monde ! « Et le Brésil ?! » « Non, pas le Brésil ! ». Sacrilège ! Un Brésilien qui ne supporte pas le Brésil ! Si je fais l'annonce sur le bateau, je pense bien qu'on le jettera par dessus bord ! « Chut » me fait-il du doigt. Pas fou quand même ! Je croise également un Sénégalais qui me parle de colonisation (hum...) et un duo français de Kourou que je vois de loin et je dis « ils sont Français » (on a bien des têtes de Français!).

La traversée de l'Amazone
La traversée de l'Amazone
La traversée de l'Amazone

Cette traversée est vraiment agréable et je ne regrette pas mon avion. Grand soleil, c'est paisible (apparemment ça remue plus à l'automne), je me pose sur le toit et.... mais qu'est-ce que c'est que ça encore ? Encore ? Non, mais je rêve : un dauphin ! Je l'ignorais, mais il y a des dauphins dans l'Amazone ! Sympas, ils viennent me saluer en plus !

Bref, un périple plein de surprises. Nous arrivons par voie maritime à Bélem, tels des migrants portugais du XVIIIème siècle. La ville est impressionnante. Et j'ai deux jours pour m'y balader. Mais pas maintenant, car il est 11h20, France-Uruguay a commencé il y a 20 minutes !

La traversée de l'Amazone
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2 juillet 2018 1 02 /07 /juillet /2018 20:04

Les deux pays frontaliers de la Guyane sont le Surinam et le Brésil. Le premier ne fait pas rêver grand monde, il faut le reconnaître. Le Brésil, par contre, a un mythe qui lui est associé. C'est festif, c'est football, c'est les plages de Rio et le carnaval. Bon rien de tout ça pour moi aujourd'hui (mais ça va venir, je lance d'ailleurs un appel pour le carnaval de Rio en février 2019, je veux en être si quelqu'un est motivé!). Direction Saint-Georges de l'Oyapock, tout à l'Est de la Guyane (je vis à la frontière ouest). 5 bonnes heures de route, en sortant de surveillance de bac : une ligne droite quasiment jusqu'à Kourou et puis la route de l'Est que je découvre. On m'en avait dit le plus grand bien, mais je reste dubitatif : en Guyane, si tu regardes à gauche, tu as des arbres. Par contre, si tu regardes à droite, tu as.... des arbres aussi. Hum.

 

Nous nous arrêtons à Régina. Pourquoi Régina ? Déjà le nom me fait un peu rire, ça me fait penser à la « chanteuse » Régine (je sais, j'ai une culture musicale à faire pâlir tous les fans de RDL). Et c'est l'occasion de découvrir l'Approuague, un des gros fleuves de Guyane. L'auberge, magnifiquement située, surplombe le cours d'eau. Régina en soi n'offre qu'une vue sur le fleuve, et pas grand chose d'autre.

Saut Maripa et la route de l'Est : un avant-goût de Brésil
Saut Maripa et la route de l'Est : un avant-goût de Brésil
Saut Maripa et la route de l'Est : un avant-goût de Brésil

Qu'importe, ce n'est qu'une étape vers Saint-Georges. A peine arrivés que les piroguiers nous accostent et souhaitent à tout prix (enfin, surtout le leur !) nous emmener de l'autre côté du fleuve Oyapock. Car, de l'autre côté, c'est le Brésil.

Saut Maripa et la route de l'Est : un avant-goût de Brésil

Enfin, Saint-Georges c'est déjà un peu le Brésil. Nous entendons du portugais, des drapeaux brésiliens flottent ça et là (comme dans beaucoup de villes de Guyane en cette période de liesse footballistique). Mais nous ne sommes pas venus pour nous arrêter à la frontière ! Nous passons sous le pont inauguré il y a quelques mois (il est ouvert... aux heures de bureau !) et rejoignons Oiapoque, la grande sœur de Saint-Georges. A peine arrivés sur le dégrade que nous voyons les Brésiliens assis sur le côté, devant Belgique-Tunisie ! Des drapeaux brésiliens flottent littéralement partout, où que nous regardions. Ah, qu'est-ce que j'aimerais regarder un match du Brésil ici !

 

A part ça.... bon, il faut être honnête, Oiapoque, hormis pour le fait d'avoir mis mes pieds au Brésil pour la première fois, ne restera pas dans ma mémoire. Il y a beaucoup de petits magasins, les gens parlent portugais et mangent apparemment pas mal de viande. Mais pas de vrai centre-ville comme chez nous, pas un petit coin à prendre en photo en disant « tiens, c'est joli ça ! ». Non, vraiment, vous pouvez oublier. Do Brasil !

Saut Maripa et la route de l'Est : un avant-goût de Brésil
Saut Maripa et la route de l'Est : un avant-goût de Brésil
Saut Maripa et la route de l'Est : un avant-goût de Brésil

Quelques minutes de pirogue supplémentaire nous amènent à Saut Maripa. Les « sauts » en Guyane sont ce qu'on appellent en métropole des rapides (des pierres, un débit important, parfois des chutes d'eau, selon la saison). Nous sommes déposés en bas du Saut, et nous remontons celui-ci en suivant un ancien chemin de fer perdu dans les arbres. Mon côté aventurier aime ce genre de petit lieu (surtout depuis que je suis en Guyane, région de France où il n'y a pas un seul train!). Nous nous retrouvons face au Saut, vraiment joli mais qui doit être plus impressionnant en saison sèche.

Saut Maripa et la route de l'Est : un avant-goût de Brésil
Saut Maripa et la route de l'Est : un avant-goût de Brésil
Saut Maripa et la route de l'Est : un avant-goût de Brésil
Saut Maripa et la route de l'Est : un avant-goût de Brésil

Chose étrange, dans ce coin paumé, des débuts de construction pour ce qui a peut-être servi de décors à un film sur Jean Galmot. Les fondations sont là, et c'est tout. Aujourd'hui, on pourrait très bien y faire un film d'horreur ! J'ai d'ailleurs le scénario : perdu, au milieu de la forêt amazonienne, bloqué par les rapides, un groupe de jeunes gens décide de passer la nuit dans ces bâtiments étranges. Mais, oh horreur !, ils disparaissent peu à peu, attaqués par une forme étrange. Forcément, comme dans tous les films d'horreur, ils se sépareraient en petits groupes, histoire de bien mourir tous. Sauf bien sûr le beau héros du film, qui sauve sa future femme (les laids ont une espérance de vie plus limitée dans les films d'horreurs). Ah, au passage, je n'aime pas les films d'horreur !

Saut Maripa et la route de l'Est : un avant-goût de Brésil

Ce petit goût de Brésil est choupinet, mais j'en veux plus ! Ca tombe bien, j'y fonce dans deux jours !

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25 juin 2018 1 25 /06 /juin /2018 04:41

« Alors, tu leur enseignes nos ancêtres les Gaulois ? ». Non, toujours pas. Nos ancêtres les Gaulois c'est une phrase qui n'existe plus en histoire depuis au moins ma génération, voire celle de nos parents. D'ailleurs, les Gaulois ne sont pas au programme du collège et du lycée !

Néanmoins, il y a un point intéressant dans cette question un peu méprisante que l'on me pose parfois : je suis en Guyane, est-ce que le programme est adapté ?

 

La réponse est oui ! Nous avons en histoire-géographie des adaptations DROM (départements et régions d'Outre-Mer). Ce n'est pas un changement à 100% du programme, mais il y a des évolutions.

Ainsi en histoire. Le programme de seconde est le suivant : Citoyenneté et démocratie à Athènes, Citoyenneté et Empire à Rome, Société et Culture de l'Europe médiévale. Jusque là, il n'y a pas d'adaptation possible. Néanmoins les sujets être citoyen et vivre dans une démocratie nous concernent tous. Je suis plus dubitatif sur le cours de l'Europe médiévale (mais je n'ai jamais aimé l'époque médiévale), j'ai d'ailleurs fait ce cours de manière express (le côté importance de la religion s'intègre plutôt bien à la Guyane...).

Chapitre 4 : L'élargissement du monde ! Là, c'est la découverte par les Européens de nouveaux territoires. J'ai adapté mon cours : comment les Amérindiens ont reçu les Européens, comment sont-ils vus par ceux-ci. J'ai travaillé sur les Amérindiens Kali'Na et Arawak de Guadeloupe, à savoir des groupes d'Amérindiens vivant aujourd'hui en Guyane (et dont j'avais parfois des membres en classe). Puis un point est fait sur les Aztèques.

Chapitre 5 : Les hommes de la Renaissance. Là ce n'était pas évident de raccrocher cette période à la Guyane. J'ai tout de même fait une partie sur la production sucrière dans le bassin caribéen (en mode période de progrès techniques).

Chapitre 6, le gros paquet : la Révolution française. Le chapitre est dense de base, mais j'ai pu facilement insérer une sous-partie : les conséquences de la Révolution pour la Guyane. L'abolition de l'esclavage puis son rétablissement, les révoltes, l'invasion portugaise par le Brésil etc. Clairement un cours intéressant à faire, et très parlant pour les élèves.

Le dernier chapitre d'histoire concerne les libertés et nations en Europe au XIXème siècle. Là, il faudrait faire un nouveau point sur l'abolition de l'esclavage en Guyane.

 

Pour renforcer le côté histoire locale, j'ai proposé à mes élèves deux choses cette année, de manière facultative. La première : réaliser leur arbre généalogique. C'est une note bonus, un travail à faire pendant les vacances. Et beaucoup ont joué le jeu, (re-)découvrant ainsi leurs origines variées (d'Haïti au Surinam, en passant par les groupes bushinengués du fleuve, et la métropole). Autre projet : faire un petit exposé écrit sur leur groupe de population. Ainsi les Djuka, Paramaka, l'immigration haïtienne etc. C'était dans les deux cas très bénéfique pour eux, mais surtout pour moi : j'ai appris beaucoup de choses !

 

En géographie c'est plus facile. Que ce soit le développement durable, Nourrir les Hommes, L'eau, ou les espaces exposés aux risques majeurs, il est plutôt facile de trouver des exemples locaux. Ainsi, pour le dernier cité, j'ai réalisé une étude de cas sur un glissement de terrain mortel à Cayenne dans les années 2000. Le plus dur pour moi c'est de trouver l'exemple, et surtout de la documentation intéressante. Mais dans l'ensemble ça se fait bien. Le chapitre Les Mondes arctiques n'était pas facile à raccrocher à la Guyane (va parler de la neige dans un territoire où il fait 25°C minimum !), j'ai donc insisté sur les populations autochtones de la zone, avec des questions qui existent en Guyane.

 

En première, c'est à peu près la même chose. Les guerres mondiales ? Facile, je fais une étude de cas sur le conflit en Guyane (qui va se battre, quelles sont les conséquences sur l'approvisionnement etc.). La troisième République ? J'insiste sur l'affaire Dreyfus, qui était prisonnier ici. J'avoue que c'est plus compliqué pour parler du capitalisme et de la révolution industrielle...

Colonisation et décolonisation, c'est l'évidence : la colonisation de la Guyane, puis sa décolonisation. Attention, ça ne veut pas dire que je ne fais que la Guyane. Mais je pars de l'exemple local (et j'essaierais de faire la même chose si j'étais en métropole).

 

Pour la géographie c'était à nouveau très facile. Les territoires du quotidien, j'ai travaillé sur la ville et la construction du nouvel hôpital (on est même allé le visiter). La région à aménager, valoriser les milieux : le parc amazonien de Guyane. L'Union Européenne ? Comment existe-t-elle en Guyane ? Les exemples sont nombreux (coucou la base spatiale!).

 

Pour adapter le programme, j'ai suivi deux formations (non-obligatoires) : histoire de Guyane, géographie de Guyane. Ca m'a permis d'obtenir les bases, et surtout des documents intéressants. Il y a aussi des manuels spéciaux « Antilles-Guyane », où j'ai trouvé de bonnes choses.

 

Enseigner en Guyane, c'est aussi faire avec des élèves dont la langue maternelle n'est pas toujours le français : on m'a déjà soufflé le chiffre de 80% des élèves ne parlant pas français à la maison. Forcément, ça change beaucoup de choses pour la compréhension, ou la variété du vocabulaire : c'est plus pauvre, et il y a des concepts inconnus. Mais c'est aussi d'une richesse folle (les élèves sont souvent trilingues au lycée, et ils apprennent en plus l'anglais + une autre langue mondiale (espagnole, portugais, néerlandais)). Ca m'oblige toutefois à faire plus attention aux mots que je choisis dans mes études de cas et surtout lors des évaluations. Résultat : je simplifie au maximum.

Là où ce fut dur aussi au départ : c'était les prénoms ! Dans la prononciation : essayez Wanaïtha, Chorguella, Shazney, Shunuwanuh, Eyschila... et surtout essayez de les retenir ! (déjà que je ne suis pas très bon de base).

 

Néanmoins, j'évite de me plaindre : je suis au lycée, je n'ai que des élèves assez sérieux, et je ne dois pas faire de discipline. La situation est très différente et beaucoup plus difficile au collège (et je n'imagine même pas à l'école primaire, rien que pour la langue!). Et puis l'histoire, comme la géographie, ont plutôt globalement tendance à intéresser les élèves (je ne dirais pas la même chose pour les maths!). Forcément, dans ces conditions, c'est plus facile !

 

Enfin, je signale que nous travaillons sans manuel, ce qui signifie que tous les exercices ou études de cas doivent être créés... par moi-même ! Bien sûr je m'inspire parfois des manuels, mais il faut forcément que je travaille en avance (pas possible d'arriver dans ma classe en touriste et de dire : « prenez les manuels, faites les questions 1 à 8 page 47-48 », et ainsi être tranquille une heure !). Et c'est ce qui explique pourquoi j'ai eu l'impression d'énormément travailler cette année. Il m'est arrivé, souvent, de terminer mes cours à 1 heure du matin, et de me réveiller à 6h30 pour aller bosser. J'avais 3 niveaux (1ère ES, STMG + Seconde), donc trois cours à préparer, pour 18 heures devant les élèves. Je n'avais rien de prêt, tout était à faire. C'est clairement un boulot de dingue. Ca sera sans aucun doute plus facile et tranquille les prochaines années (j'ai maintenant une bonne partie des cours qui est faite). Encore faut-il que j'aie les mêmes classes ! (et que le programme ne change pas.... oups, réforme du lycée l'année prochaine!).

Mais, en vérité, c'est un aspect du travail qui me plait énormément : j'ai appris toute l'année de nouvelles choses en créant mes cours. C'était un peu mon revenu intellectuel. Quant à mon revenu financier... je l'aborde dans le dernier article de ce triptyque monsieur le professeur.

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20 juin 2018 3 20 /06 /juin /2018 22:16

C'est ma première semaine. Je me balade sur le marché... et je ne reconnais pas grand chose ! C'est là aussi un des grands changements de ce déménagement en Amérique du Sud : la bouffe n'est plus tout à fait la même ! Ainsi, en une photo !

Nourriture de Guyane

Qu'est-ce diable que tout cela ?! Sur la droite, c'est plutôt facile, même si la couleur amène le doute : ce sont des bananes rouges, également appelées bacoves rouges. Certains ici les préfèrent aux bananes ordinaires, j'avoue que je n'ai pas trouvé un grand changement dans le goût.

Au centre, une pomme-cannelle. Le nom est trompeur, car ça ne ressemble pas vraiment à une pomme, et ça n'a pas le goût de la pomme, ni le goût de la cannelle ! C'est un fruit très très (très) sucré, avec des pépins.

En bas, mon fruit préféré ici : la ramboutan ! C'était la grosse saison jusque avril, ça a un peu disparu depuis, à mon grand regret. Il faut enlever cette grosse peau rouge, et à l'intérieur vous avez quelque chose qui ressemble au litchi. Sauf que c'est 100 fois meilleur que le litchi ! Sucré, frais, riche en eau... à ne pas manquer quand vous venez me voir !

 

Le jus de droite est un jus de maracuja, fruit un peu plus connu et que je ne vous explique pas. Malheureusement, les Guyanais ont tendance a rajouté 100 grammes de sucre pour 20 cl de jus, et même si j'aime le sucre.... Le jus de gauche est un jus de papaye. Pas mal de monde ici mange de la papaye verte en salade, j'avoue que je la préfère à maturité.

Mon jardin, lui, est un champ d'ananas ! Je me balade avec une machette, je coupe, je découpe et c'est parti pour le dessert ! Le goût est différent de la métropole, plus sucré, moins piquant.

Nourriture de Guyane

Parmi les autres fruits locaux, le Pitaya (le fruit du dragon), magnifique à l'extérieur et à l'intérieur, la pomme rosa, la prune ce cithère (beaucoup de jus sont faits ici, j'avoue que je ne suis pas fan), l'abricot-pays, le chadec (une sorte de pamplemousse) etc... Mon fruit le plus consommé étant... la banane, notamment les petites, plus savoureuse qu'en métropole. Il y a également des bananes pesées (également appelées bananes vertes), que l'on mange salées (et qui sont savoureuses).

Nourriture de Guyane

Après les fruits, voici les légumes un peu originaux (je ne vous fait pas 10 lignes sur les concombres ou les aubergines !). Le gombo notamment, assez gluant [mais appétissant] quand on le découpe et à la bouche, auquel je me suis attaché sans trop savoir pourquoi (le goût est sympa mais sans plus). Le giraumon par contre, une sorte de potiron, est fameux !

Nourriture de Guyane

Côté féculent, j'avoue être resté fidèle à mes pâtes, malgré la présence importante du kwak et du manioc, nourriture de base pour une grande partie de la population. Le kwak ressemble d'aspect à de la semoule, sauf qu'il est plus dur en bouche (photo plus bas). Le manioc n'est pas facile à cuisinier (et vaut mieux bien le faire, car il y a un risque d'empoisonnement !). Il y a aussi les patates douces, de couleur orange, plus sucrées, qui se font assez bien en gratin notamment.

Côté viande, il y a les grands classiques (poulet, bœuf, chèvre, porc...), avec quelques spécificités de cuisson : ainsi le poulet boucané (fumé au barbecue), cuit avec des épices, vaut le détour (j'ai notamment un petit restaurant haïtien pas très loin de la maison qui est la meilleure adresse de la ville). La région est également spécialisée dans le buffle ! (y'a un gros producteur à Mana)

Il y a aussi la viande de bois. La chasse est très importante pour une partie des locaux, notamment sur le fleuve. Elle est tellement culturelle qu'il n'y a pas de permis de chasse en Guyane : je peux débarquer demain dans une armurerie et acheter mon fusil. Les Amérindiens et les Bushinengués semblent être les grands chasseurs, avec quelques métropolitains pratiquant l'activité plutôt pour la détente. C'est de la viande de bois car les animaux sont dans la forêt (avec 90% de forêt en Guyane, c'est pas vraiment une surprise!) : au menu cochon-bois, agouti, tatou (oui, c'est un animal très chelou !), pac, cabiaï....

Nourriture de Guyane

Le poisson est très important à Saint-Laurent du Maroni, ville fluviale. Le marché au poisson est l'occasion pour beaucoup d'aller chercher les belles pièces. L'acoupa, l'aïmara, le jamais-goûté (d'après la rumeur il est appelé ainsi car les Européens arrivant ici n'avaient... jamais goûté ce poisson !). Ces poissons peuvent être mangés boucanés (fumés donc), et c'est ma cuisson préférée.

 

Enfin, je termine avec les... palmiers. Car il n'y a pas que les noix de coco que l'on peut manger ! Ainsi le parépou et le wassai. Le parépou ressemble un peu à la châtaigne. Le wassai (également appelé açai au Brésil) ne ressemble à rien que je connaisse : ce sont des petites boules noires donnant un jus violet, au goût.... particulier (bref, je n'aime pas!). Le wassai est très à la mode.

Wassai-kwak !
Wassai-kwak !

Wassai-kwak !

Cette petite présentation est loin d'être complète, je n'évoque que la nourriture avec laquelle je me suis retrouvé en contact cette année (il y a par exemple pas mal de pâtisseries créoles que je ne connais pas, aussi les mollusques, crabes et autres fruits de mer...). J'ai eu un peu de mal à m'adapter à la nourriture locale au départ. Ainsi, je me suis retrouvé à manger de la malbouffe (des gros burgers etc.) alors que j'avais exclu la viande de mon alimentation en métropole. Depuis plusieurs mois les choses se sont améliorées, même si j'avoue que les champignons frais, les courgettes ou les fraises me manquent un peu (8€ les 500 grammes de champignons frais, 9,50€ la barquette de fraises.... oui, tout arrive de métropole). Surtout, on a redécouvert un appareil à raclette.... Miam !

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18 juin 2018 1 18 /06 /juin /2018 16:05

Les tables alignées, les chaises, moi, derrière mon bureau. L'épreuve de philosophie a débuté : le bonheur peut-il être durable ? Hum, ça me donnerait presque envie d'écrire un pavé. La première épreuve du baccalauréat de terminale. Et je suis de l'autre côté, je « surveille » (assez faiblement, car tricher le jour du bac fait encore très peur aux élèves, un DS normal pourquoi pas, mais là, il y a une sorte de solennité que les élèves doivent ressentir, c'est le bac bon dieu, faut pas déconner !!).

 

Mon année se termine ainsi : les surveillances et la correction des copies d'histoire-géographie des Terminales S. Une année au lycée. En Guyane. Qu'est-ce que ça change par rapport à mes trois mois au collège dans Ch'Nord ? Tout, ou presque. Les enfants et les jeunes ados sont devenus des vieux ados et des jeunes adultes. Ils sont grands, parfois autant que moi, et ils parlent avec l'assurance que nous avions à leur âge : on savait tout, alors qu'on ne savait rien, et on pouvait le dire très fort. Qu'est-ce que ça a changé pour moi ? Beaucoup de choses, dans mes pratiques, dans ma façon d'enseigner. J'ai appris de mon expérience passée.

 

Ainsi, j'ai passé mes deux premières semaines de l'année à « faire le nazi ». Concrètement, je suis un chien à chaque cours, je ne laisse rien passer, je vais au devant des élèves dès qu'ils ouvrent la bouche pour parler à leur voisin. L'objectif : que la vis soit bien serrée afin de pouvoir la desserrer toute l'année (l'inverse étant très difficile). Ca passe aussi par l'apparence physique (je n'ai pas quitté mon pantalon de costume et mes chemines de l'année) et par le respect de ma parole : ce que je promets, je donne.

Suis-je un père fouettard ? Je ne crois pas. Je n'ai pas donné une seule heure de retenue à titre personnel cette année (j'ai appris de l'année dernière et des conversations que j'ai eues sur le sujet avec d'autres enseignants plutôt réfractaires à la notion de punir). Mon système de sanction est le suivant : un avertissement oral à la personne concernée, puis le fameux « deuxième avertissement » avec le prénom. Bizarrement, ce deuxième avertissement fait peur, les élèves se demandant souvent ce qui se passe ensuite. Très rarement cette année, j'ai dû aller voir un élève, m'approcher de lui, et lui susurrer tendrement, « c'est mon dernier avertissement aujourd'hui », avec beaucoup de bienveillance (mot très à la mode dans l'éducation nationale de nos jours). J'évite d'afficher l'élève devant ses camarades, tout en faisant bien passer mon mécontentement. Plus exceptionnellement, j'ai dû sanctionner. Fini les mots dans le carnet qui ne servent à rien, je suis passé à l'exercice à faire à la maison. Ca ennuie vraiment l'élève, surtout avec la menace ajoutée (tu ne me rends pas ton exercice, qui est facile et rapide, c'est 3 heures de retenue pour me faire toute une feuille d'exercices). C'est arrivé 3 ou 4 fois dans l'année, et les élèves m'ont ramené leur exercice le cours suivant. Surtout, je n'ai pas eu de récidive.

Parfois c'est l'ensemble de la classe qui est bruyante (au hasard le vendredi après-midi à 15h30). Là, un bon vieux « vous me mettez tous vos carnets sur la table » permet de reposer tout le monde.

J'insiste beaucoup sur ce côté « gérer une classe », car il est essentiel pour pouvoir faire cours. Mais l'inverse est tout aussi vrai : il faut des cours avec du rythme, du rythme, du rythme pour garder les élèves attentifs et motivés.


Comment se passent mes cours ? Très concrètement je les fais entrer dans la classe en étant positionné dehors, à la porte, et en les saluant. L'idée : je marque « mon territoire », ici vous entrez dans ma maison, et vous devrez respecter mes règles.

Je commence chaque cours par un « fil rouge », une petite interrogation - deux questions très faciles si tu as relu ton cours – pour les mettre directement au travail. Clairement c'est ma meilleure idée de l'année : les élèves rentrent en lisant leur cahier, et apprennent ainsi régulièrement leurs leçons. Ils rendent leur copie en les faisant passer devant (pas besoin que je passe à travers la classe). Le lendemain, je leur rends leur feuille, qu'ils réutilisent, et ce pendant tout le chapitre (sinon on perd du temps à prendre une feuille à chaque fois). Ils sont les grands gagnants : les points s'accumulent vite (ça contrebalance les DS). Moi je corrige ces questions en quinze minutes par classe, et souvent en classe d'ailleurs. En début d'année je leur donne les questions que je vais poser le lendemain, ça permet d'embarquer tout le monde dans le jeu, même les mauvais élèves. Certains diront que ce sont des points gratuits (ils n'ont sans doute pas tort), moi je réponds que cette expérience a donné d'excellents résultats : je n'ai qu'une seule élève décrocheuse en histoire (à savoir à moins de 6 de moyenne), pour cinq classes. Cela m'a donc permis d'avoir tous les élèves à peu près motivés cette année. Et cela me permet d'avoir le calme dès la première minute du cours.

Après une mini-correction (qui rappelle à nouveau le cours précédent), j'enchaîne avec le point que je veux traiter aujourd'hui. Souvent je fais écrire le titre de la sous-partie, et j'interroge les élèves sur ce qu'ils connaissent déjà. Je leur distribue ensuite un petit corpus de documents avec quelques questions : c'est la mise en activité. 15 à 20 minutes en moyenne. Parfois seul, parfois en duo avec leur voisin de table, plus rarement en petit groupe. Je note à chaque fois quelqu'un au moment de la correction. Je ramasse plus rarement l'ensemble des exercices (une fois par trimestre en moyenne). L'idée, c'est de travailler la méthode. J'essaie d'aller les voir tous, de les aider à répondre aux questions (« tu reformules, puis tu justifies avec les documents », phrase que j'ai dû prononcer mille fois cette année).

Après la correction, c'est le temps de la comparaison avec d'autres exemples, puis de compléter avec des idées sur lesquelles je n'ai pas le temps de travailler. Tout cela se passe au tableau, puisque mon cours n'est qu'un Powerpoint projeté. J'essaie de passer une petite vidéo de temps en temps, d'avoir des images/photos régulièrement, des caricatures, des tableaux etc.

Vient enfin le temps de l'écriture (qui se fait parfois en deux fois, une fois après l'exercice et une fois après avoir développé d'autres idées). Je souligne et mets en rouge les choses importantes (d'où le nom de « fil rouge » pour mon interro du lendemain), et j'essaie d'expliquer les mots un peu plus compliqués.

Et le lendemain.... c'est reparti !

 

Mon travail routinier permet d'habituer les élèves à ma méthode. De temps en temps je casse un peu ce rythme. Ainsi les chapitres d'éducation morale et civique (EMC) permettent de faire beaucoup de débats oraux/débats mouvants, avec une préférence pour les seconds : tous mes élèves sont debout, et choisissent un camp au début du débat (oui ou non par rapport à quelque chose, il peut y avoir des neutres). Puis chaque élève donne un argument, pour essayer de convaincre les neutres et l'autre camp. Si on apprécie l'idée de l'autre (même sans être d'accord avec sa position initiale), on change de camp. L'idée étant pour les élèves de changer régulièrement de camp, prouvant ainsi qu'ils sont à l'écoute des arguments des autres. Ca permet d'avoir des débats dynamiques, avec une réflexion de groupe.

J'ai fait quelques sorties pédagogiques, j'ai projeté deux films, je fais faire des petits exposés. Je ne donne pas de devoir à la maison, pas d'exercice à la maison, et je pense que ça restera mon leitmotiv : re-lisez votre cours, c'est tout ce que je vous demande.

 

Sur les 55 minutes de cours, je dois passer 5 minutes assis (quand je corrige mes fils rouges). Le reste du temps, je circule. J'occupe mon espace. Et je vais au contact des élèves, qui me sollicitent régulièrement.

 

Pour les évaluations, je reste très attentif en début d'année, je circule dans ma classe pendant 50 minutes, des coups d'oeil réguliers dans les trousses et sur les chaises : j'ai grillé trois tricheurs assez vite, je leur ai dit « ceci est notre petit secret, si je te reprends, on règle ça avec le CPE et le proviseur, ainsi que tes parents », je n'ai pas eu de récidive.

A la fin du trimestre ça me fait en moyenne 7 à 9 notes (3-4 évaluations, 3-4 fils rouges, 1 note orale), c'est suffisant et ça laisse le droit à l'erreur, et ça me permet de voir qui est sérieux mais a des difficultés (bonne note de fil rouge, mauvaise note en évaluation), qui n'est pas à fond (note moyenne en fil rouge, bonne note en évaluation) etc.

 

Voilà pour un petit aperçu de la forme des cours (j'aborde le fonds prochainement, surtout que je suis en Guyane, ça change pas mal de choses pour les programmes d'histoire-géographie). C'est loin d'être parfait hein, je débute ! Mais j'ai pu observer une amélioration dans mes rapports avec les élèves par rapport à l'année dernière. Je pense que j'ai obtenu le respect de tous, ce respect étant réciproque. J'ai réussi à faire travailler toutes mes classes, et je crois que certaines ont bien progressé (notamment les secondes).

 

Qu'est-ce que je pourrais encore changer pour améliorer les choses ? (c'est autant une question pour moi que pour vous! Je prends toutes les idées !). Apprendre la langue locale me semble important pour l'année prochaine. Ca me permettra de comprendre quand un ou une élève fait une remarque à voix haute en sranantongo (créole surinamien) ou quand un élève ne comprend pas un mot français de mes documents (oui, là on est dans une spécificité de la Guyane!). Essayer de rester zen toute l'année (je me suis énervé une fois sur un élève cette année, à refaire je réagirais autrement). Essayer de passer un peu plus de vidéos (parce que les élèves aiment beaucoup, mais faut que je trouve des choses intéressantes, c'est plus facile à dire qu'à faire).

 

11h15. Après 3h15 de bonheur [sic!], tous mes élèves sont sortis de l'épreuve de philosophie. Je remercie les STMG pour leur efficacité ! Allez, on se retrouve demain !

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15 juin 2018 5 15 /06 /juin /2018 05:59

C'est l'avantage de la fin des cours, combiné à l'achat d'un vidéoprojecteur : j'enchaîne les films en ce moment, comme à la grande époque. Et voici mon premier réalisateur mexicain, attention les chefs d'oeuvre !

Alejandro González Iñárritu, la filmographie

Amours chiennes (2000) : 17/20.

 

Un tragique accident de la circulation dans la capitale mexicaine met en relation les trois héros de cette histoire bien mouvementée : Octavio, le jeune, Valéria, mannequin célèbre, et El Chivo, vieux révolutionnaire clochardisé, tous trois punis par la fatalité.

 

Trois histoires parallèles, trois histoires d'amour vouées à l'échec : amour d'Octavio pour sa belle-sœur, amour de Valéria pour Daniel, amour d'El Chivo pour sa fille. Et l'unité du film repose sur la présence des chiens ! Ils reflètent les tensions que vivent les personnages ou les mènent à leur perte.

Quelle claque d'Inarritu ! Une histoire de chien, d'amour et de haine. Un régal, bouleversant.

Alejandro González Iñárritu, la filmographie

21 grammes (2003) : 14/20. Avec Sean Penn, Charlotte Gainsbourg, Naomi Watts et Benicio Del Toro.

 

Vivant un mariage sans amour avec Mary (Charlotte Gainsbourg), Paul (Sean Penn), professeur de mathématiques, est en attente d’une greffe de cœur. Mariée et mère de deux petites filles, Christina (Naomi Watts), ex-junkie, mène une existence heureuse et paisible auprès de son mari Michael. À peine sorti de prison où il a trouvé la foi, Jack (Benicio Del Toro), gangster repenti, veut reconstruire son foyer et venir en aide aux jeunes délinquants. Un terrible accident va réunir ces trois personnes et les changer à jamais. Ils vont s'affronter, se haïr et s'aimer.

 

Le titre du film fait référence à la théorie développée par le médecin américain Duncan MacDougall, selon laquelle l'être humain perdrait 21 grammes au moment de sa mort, ceci correspondant au poids de l'âme. Film assez psychologique, et à nouveau un accident qui rassemble les personnages. La trilogie du réalisateur, deuxième épisode !

Alejandro González Iñárritu, la filmographie

Babel (2006) : 16/20. Avec Brad Pitt et Kate Blanchett.

 

Un seul objet, un fusil, bouleverse les destins de personnages qui ne se connaissent pas et ne parlent pas la même langue, sur trois continents différents. Ahmed et Youssef, deux enfants marocains, jouent avec le fusil que leur père vient d'acquérir contre une chèvre. Ils veulent tester la distance de frappe des balles et l'un d'eux vise, tire et touche un bus de touristes. Parmi eux, Susan (Cate Banchett) et Richard (Brad Pitt), un couple à la dérive. Susan est blessée. A des milliers de kilomètres de là, aux États-Unis, Amelia, une nounou mexicaine, veille sur les deux enfants de ce même couple. Ses employeurs ont un empêchement. Amelia, qui avait prévu de retourner au Mexique pour le mariage de son fils, décide de les emmener avec elle. Son neveu, Santiago, vient les chercher. Au Japon, Chieko, une adolescente perturbée par sa surdité, peine à se faire des amis. Ses relations avec son père, Yasujiro, s'en ressentent.

 

7 fois nominé aux Oscars. Bon scénario, film qui va relier tant de personnages, avec au départ, un petit détail. Une nouvelle fois Brad Pitt dans un très bon film. Et fin de la trilogie de l'accident.

Alejandro González Iñárritu, la filmographie

Biutiful (2010) : 16,5/20. Avec Javier Bardem, Maricel Alvarez.

 

Uxbal et les bas-fonds de Barcelone. La maladie, un travail exploitant migrants illégaux chinois et africains, corruption de policiers, et une famille en explosion. Uxbal veut sauver ses enfants, Uxbal veut se sauver, avant de partir.

 

Une bonne claque à l'accent espagnol. La misère des grandes villes (cette scène où Bardem regarde un clochard se faisant marcher dessus par un pigeon), et, surtout, la mort qui approche, rodant dans chaque scène. Film sombre, lugubre, et un peu fantastique par petites touches (les visions d'Uxbal). Javier Bardem est excellent (prix d'interprétation à Cannes), Maricel Alvarez ferait craquer, au sens propre et figuré, la plupart des garçons (quelle folie!).

Alejandro González Iñárritu, la filmographie

Birdman (2014) : 17,5/20. Avec Michael Keaton, Emma Stone, Edward Norton.

 

Riggan Thomson était un acteur mondialement connu pour son rôle de super-héros : Birdman! Mais ce temps-là est révolu, et il espère monter une scène sur Broadway. Sérieuse et dramatique. Le monde du théâtre est contre lui, les journalistes, ses proches... et surtout son passé, qui le hante.

 

Film très centré sur le monde du cinéma et du théâtre, on sent beaucoup de vérités acerbes lancées. L'acteur imprégné par son rôle, à la manière du cygne de Black Swan, est convaincant, tout comme l'interprétation de Michael Keaton. Film très rythmé (Inarritu utilise un seul plan séquence tout au long du film !!!), récompensé par l'oscar du meilleur film.

Alejandro González Iñárritu, la filmographie

The revenant (2015) : 14,5/20. Avec Leonardo Di Caprio et Tom Hardy.

 

Au début du XIXème siècle, un groupe de trappeurs se retrouve attaqué par des Indiens. Ils fuient la zone. Glass, le plus expérimenté d’entre-eux et le seul connaissant le chemin du retour, est alors attaqué par un grizzly. Il survit mais devient un handicap pour le groupe. Seuls 3 trappeurs restent avec lui, le temps qu’il décède. Son fils, conçu avec une indienne, fait partie du groupe. Fitzgerald aussi. Et il est plutôt pressé d’abandonner Glass…

 

Une grande fresque, avec un gros scénario et un bon jeu d’acteurs (notamment Di Caprio). Le côté historique m’intéresse beaucoup (c’est une zone indienne et française à la base, et les francophones jouent un rôle dans le film). Côté réalisme, il y a quelques détails qui clochent un peu (le froid notamment, l’eau gelée, les vêtements qui sèchent comme par miracle, la nourriture etc.).

Nommé 12 fois aux Oscars !

Alejandro González Iñárritu, la filmographie

Le bilan : que des bons films ! C'est assez rare pour être souligné ! Inarritu choisit ses scénarios avec talent, et les surprises jalonnent ses films (j'aime le fait de ne pas savoir où le film m'emmène). Il entre directement sur mon podium d'un classement de plus en plus relevé !

 

Mon classement des réalisateurs (totalement subjectif)

1. Emir Kusturica : 17,08/20 (7 films)

2. David Fincher : 16,28 (9 films)

3. Albert Dupontel : 15,83/20 (6 films)

-. Alejandro González Iñárritu : 15,83 (6 films)

5. Frank Capra : 15,50 (7 films)

6. Billy Wilder : 15,46 (12 films)

7. Charlie Chaplin : 15,29 (7 films)

8. Xavier Dolan : 15,33 (6 films)

9. Clint Eastwood : 15,25 (10 films)

10. Quentin Tarantino : 14,89 (9 films)

11. Stanley Kubrick : 14,82 (11 films)

12. Henri Verneuil : 14,80 (10 films)

11. Les frères Coen : 14,63 (15 films)

14. Sergio Leone : 14,58 (6 films)

15. Jacques Audiard : 14,5/20 (7 films)

16. Howard Hawks : 14,29 (7 films)

17. Alfred Hitchcock : 14,21 (12 films)

18. George Cukor : 13,95 (10 films)

19. Steven Spielberg : 13,90 (15 films)

20. Dany Boon : 13,88 (4 films)

21. Pedro Almodovar : 13,86 (11 films)

22. Stephen Daldry : 13,75 (4 films)

23. Woody Allen : 13,55 (19 films)

24. Tim Burton : 13,25 (12 films)

25. Wes Anderson : 13 (7 films)

26. Sofia Coppola : 12,9 (5 films)

27. Gus Van Sant : 11,5 (11 films)

 

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14 juin 2018 4 14 /06 /juin /2018 13:33

A chaque fois que je mange mes tartines au Nutella c'est la même chose : « ça va, tu n'as pas honte de détruire la forêt ? ». Ou encore : « tu sais que ta tartine tue un orang-outan ?! ». Merci la famille, merci les amis pour vos vœux de bon appétit...

 

Ca m'embête un peu, je dirais même que ça gâche mon plaisir. Car mes six tartines au Nutella chaque après-midi sont devenues un rituel pour mon estomac, tandis que ma conscience m'interpelle régulièrement. Mais, au fait, est-ce bien vrai tout ça ? Est-ce que je tue les orangs-outan ?

 

Les choses sont bien plus compliquées. Premièrement, le Nutella est composé à 50% de.... sucre ! Du bon vieux sucre ! Pour l'huile de palme c'est aux alentours de 20%.

Deuxième, Nutella, de la marque Ferrero achète TOUTE son huile de palme « certifiée durable ». En gros, c'est un label donné aux agriculteurs, surtout malais et indonésiens, s'engageant dans une démarche de développement durable. Les labels ne sont pas toujours parfaits, mais cela montre l'engagement de Ferrero sur le sujet : c'est un gros acheteur (0,3% de la production mondiale) et l'entreprise souhaite montrer l'exemple (enfin, ils veulent surtout éviter les campagnes de boycott, et du coup se donner un côté écolo, business is business). Et c'est ainsi que Ferrero se retrouve en tête du classement WWF 2016 pour son utilisation d'huile de palme durable.

Troisièmement, Ferrero achète son huile de palme en provenance de zones.... où il n'y a pas d'orangs-outans ! Bon Dieu, alors le nutella de ma tartine n'est pas du cerveau d'orangs-outan ! Je retrouve l'appétit d'un coup !

 

Attention, je ne dis pas que tout est parfait, et les choses sont plus compliquées que les quelques lignes ci-dessus, mais évitons de tout caricaturer. Bien sûr je ne t'encourage pas à manger du Nutella du matin au soir (ne serait-ce que pour des raisons de santé!). L'huile de palme et les nouvelles plantations étaient un fléau à la fin du XXème siècle, les gouvernements malais et indonésiens se battent depuis pour mettre de l'ordre (le premier s'engage à garder au minimum 50% de sa superficie couverte par les forêts). Le Nutella est au cœur des discussions, et c'est justement ce qui pousse les entreprises à faire évoluer leur achat. Maintenant, observons avec attention les autres entreprises utilisant l'huile de palme, parfois plus cupides (Nestlé n'est pas très bien classé, Lactalis et surtout les Brioches Pasquier ont des notes catastrophiques...)

Enfin, je tiens à préciser que l'huile de palme est l'huile la plus consommée dans le monde juste devant... l'huile de soja. Boycotter l'huile de palme pour protéger les forêts de Bornéo ? Ca peut paraître une bonne idée, mais vous risqueriez de vous attaquer à l'Amazonie... (et là, c'est le drame).

 

Bref, évitons de trop simplifier.

 

Sinon, je rappelle cinq gestes pour être plus écolo au quotidien :

- éviter de prendre la voiture (la moitié des émissions de CO² d'un Français)

- éviter d'avoir un logement à 25°C (30% des émissions polluantes d'un Français, essentiellement pour le chauffage))

- réduire sa consommation de viande (une vache ça pue, ça pète, ça prend son cul pour une trompette (de méthane))

- éviter de prendre l'avion (là, ça m'arrange moins!)

- partager vos achats (le fameux exemple de la perceuse pour un quartier plutôt que pour une maison).

Le Nutella et l'huile de palme : non, je ne tue pas les orangs-outans
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