4 juin 2018 1 04 /06 /juin /2018 22:47

« Qu'est-ce qu'il ressemble à son père » ou « c'est le portrait craché de sa mère ! » Ah, ces fameuses phrases de la maternité, ou de la petite enfance. A chaque fois que je les entends, je reste dubitatif : pour moi, les nouveaux-nés ressemblent toujours à l'image que je me fais des extra-terrestres. Ca changera peut-être le jour où ça sera le mien.

Bref, petite introduction pour vous parler des sosies. Car, apparemment, nous aurions tous des sosies sur terre. Si vous avez des frères et sœurs, c'est déjà un peu le cas (« c'est vrai qu'il y a un air de famille » me dit-on souvent par rapport à mes sœurs). Si vous avez une jumelle ou un jumeau, c'est un peu de la triche. Mais là où ça devient cocasse, c'est quand on vous trouve de la ressemblance avec quelqu'un qui n'est pas de votre famille. Mieux, quelqu'un de célèbre ! J'avoue que je ne vois pas toujours le lien, mais bon, petit florilège entendu dans ma vie.

 

Stromaé. Entendu environ 30 fois. Ressemblance selon moi : 33%.

C'est le personnage à qui j'ai souvent été comparé. Pourquoi ? Non, je ne chante pas (je hurle diraient les témoins). Non, ce n'est pas par rapport à ma thèse sur le Rwanda. Je crois que notre allure élancée, et l'époque de mes cheveux courts justifient le lien.

Ca fait plaisir ? : oui ! J'adore le chanteur, j'adore le personnage !

Les sosies (de Jésus à Rabiot)

Raphael. Entendu une fois. Ressemblance selon moi : 1,4%.

Pourquoi 1,4% ? Car je pense que c'était le taux d'alcoolémie de la demoiselle ayant annoncé cette ressemblance. Qui lui paraissant évidente en plus ! Selon moi, y'a rien !

Ca fait plaisir ? C'est toujours mieux que Garou.

Les sosies (de Jésus à Rabiot)

Marc-Olivier Fogiel. Entendu une fois. Ressemblance selon moi : 5%.

Cela date d'il y a quelques années maintenant. C'était une photo postée sur le blog de ma cousine. Un commentaire apparaît : « mais qu'est qu'il ressemble à Marc-Olivier Fogiel ton cousin ! ».

Ca fait plaisir ? Euh, non, pas vraiment ! [petit rire de hyène]

Les sosies (de Jésus à Rabiot)

Jésus. Entendu une quinzaine de fois. Ressemblance selon moi : ne me prononce pas! (j'veux éviter les embrouilles avec son daron, s'il existe !).

La première fois c'était lors d'une détection de football. La seconde fois c'était en boite de nuit. Puis à plusieurs reprises. La dernière fois, c'était il y a quelques jours. Les cheveux un peu longs, une petite barbiche : bref, l'image du prophète. Je le vois plutôt arabe moi, mais bon...

Ca fait plaisir ? C'est toujours mieux que Judas.

Les sosies (de Jésus à Rabiot)

Rabiot. Entendu chaque semaine depuis 5 mois. Ressemblance selon moi : 25%.

C'est mon sosie du moment. En tout cas selon mes coéquipiers au football : ça fait plusieurs mois qu'ils m'appellent ainsi ! J'ai les cheveux plutôt longs (en tout cas les plus longs depuis au moins 25 ans), et je joue au football. Ca nous fait deux points communs. Certes, nous n'avons pas le même niveau, ni le même salaire. Mais il paraît qu'on a tous les deux la grosse tête (hum....). A noter qu'une élève de mon lycée m'appelle aussi comme ça depuis trois mois.

Ca fait plaisir ? : C'est toujours mieux que Valbuena.

Les sosies (de Jésus à Rabiot)

Richard Ramirez. Entendu deux fois cette année. Ressemblance selon moi : 40%.

C'est peut-être la première fois que je me suis vraiment dit : ah ouais, y'a un truc là. Chanceux que je suis Richard Ramirez a fait une honnête carrière de... tueur en série ! 11 viols et 14 meurtres aux Etats-Unis, sataniste sur les bords (il se dit influencé par les chansons d'ACDC....). Bref, un sacré personnage !

Ca fait plaisir ? : Euh.... c'est une vraie question ?

Les sosies (de Jésus à Rabiot)

Signalons qu'autour de moi, j'ai un copain qui ressemble à Ted Mosby (surtout les cheveux), un autre à Arthur (enfin, seulement aux Philippines)... bref, je crois qu'on en a tous ! 

Partager cet article
Repost0
28 mai 2018 1 28 /05 /mai /2018 11:53

Ce serait vous mentir de dire que Cayenne m'attire. C'est loin (3 bonnes heures de route), il pleut souvent (en tout cas à chaque fois que j'y vais), il y a des bouchons, des centres commerciaux, du monde... bref, c'est une grande ville ! Enfin à l'échelle de la Guyane ! (l'agglo fait 130 000 habitants). Néanmoins, c'est aussi là qu'ont lieu mes formations de prof, et il y a l'aéroport... Du coup, mes visites sont plus nombreuses que prévu, et ça me permet de découvrir les alentours (et la route est sympa avec ses ponts en fer, comme ici à Saut Sabbat). Petit tour d'horizon.

Cayenne : lac Pali, habitation Loyola et le bagne des Annamites

Déjà, le centre-ville de Cayenne. Bon, pas extraordinaire, loin de là. Mais il y a un front de mer, assez rocailleux. Un peu plus loin, le fort Cépérou, construit en 1652, par les Français. L'objectif étant de se défendre contre nos meilleurs ennemis, les Anglais. Il ne reste pas grand chose, et le point de vue sur la ville pourrait être sympa, sans la présence des fils électriques...

Quoi d'autre ? La place des Palmistes, la cathédrale Saint-Sauveur, des maisons créoles.... mais je ne sais pas, il manque un truc à cette ville pour la rendre charmante.

Cayenne : lac Pali, habitation Loyola et le bagne des Annamites
Cayenne : lac Pali, habitation Loyola et le bagne des Annamites
Cayenne : lac Pali, habitation Loyola et le bagne des Annamites

Heureusement, il y a Remire ! Remire, c'est la banlieue chic de Cayenne, le Neuilly local, peuplé d'une belle brochette de métropolitains. Et à Remire, il y a de belles randonnées, comme le sentier du Rorota. Nous sommes en pleine nature, alors que nous n'avons pas quitté la ville. Une jolie vue sur le littoral, que j'espère voir un jour avec un peu de soleil.

Cayenne : lac Pali, habitation Loyola et le bagne des Annamites

Un peu plus loin, l'habitation Loyola, une ancienne immense exploitation coloniale. Bon, il faut imaginer le lieu à l'époque, parce qu'aujourd'hui il reste simplement les traces !

Cayenne : lac Pali, habitation Loyola et le bagne des Annamites
Cayenne : lac Pali, habitation Loyola et le bagne des Annamites

Là où Cayenne me plait vraiment, c'est.... quand je m'éloigne ! Direction Roura ! Une petite église surplombe le fleuve, donnant à la commune un certain charme. Surtout, c'est le lieu de départ pour la crique Gabrielle, que nous remontons en pirogue. Le retour se fait en canoë après un passage par le lac Pali, seulement accessible en saison des pluies. Génial. Des palmiers sortent de l'eau, la faune et la flore sont partout autour de nous. Je me régale (et je remercie Justine au passage).

Cayenne : lac Pali, habitation Loyola et le bagne des Annamites
Cayenne : lac Pali, habitation Loyola et le bagne des Annamites

Enfin, le bouquet final pour le prof d'histoire que je suis : le bagne des Annamites. Officiellement appelé camp crique anguille, le lieu tire son surnom des 1500 prisonniers envoyés ici, originaires d'Indochine ! Il faut déjà imaginer la traversée des océans pour ces prisonniers politiques, détenus principalement parce qu'ils se sont révoltés contre la colonisation française : sur un bateau-prison, la Martinière, où ils sont plus de 500 entassés. Ils arrivent finalement à l'autre bout du monde, dans un bagne tardif, ouvert en 1930, et qui n'aura pas une longue vie (il ferme en 1945). L'objectif était de développer la région, de construire des pistes etc. Le lieu est aujourd'hui plaisant, on s'y retrouve après une petite heure de marche à travers la forêt. La végétation a déjà repris ses droits, et il reste surtout les cellules des prisonniers (2m²!) et... les WC. Qui donnent envie.

Cayenne : lac Pali, habitation Loyola et le bagne des Annamites
Cayenne : lac Pali, habitation Loyola et le bagne des Annamites

La bagne était donc peuplé des condamnés Indochinois, surveillés par... des tirailleurs sénégalais ! La France des colonies, dans toute sa splendeur [sic!].

Cayenne : lac Pali, habitation Loyola et le bagne des Annamites

Allez, je termine avec un autre pont en fer, à Sinnamary. Promis, je vous emmène prochainement à la découverte de chez moi, SLM.

Cayenne : lac Pali, habitation Loyola et le bagne des Annamites
Partager cet article
Repost0
22 mai 2018 2 22 /05 /mai /2018 23:37

Quand nous arrivons à l'aérodrome de Saint-Laurent, nous comprenons vite que le vol sera différent des autres : nous sommes pesés avec les bagages, il n'y a pas un seul contrôle de sécurité, et le ticket semble fait manuellement ! 15 personnes dans l'avion, nous ne sommes pas trop gênés non plus par les hôtesses, absentes. Et le pilote est juste devant nous. Nous ? Ce sont mes deux colocs Lise et Tim, ainsi que ma gueule (quoi ma gueule ? Qu'est-ce qu'elle a ma gueule?)

L'envol est très sympa (l'aérodrome est situé quasiment au centre de la ville) et permet de voir la maison du ciel, entre autres ! Le vol dure 50 minutes, le temps d'observer quelques sites d'orpaillage... et beaucoup d'arbres !

Maripasoula-Taluen : chez les Amérindiens Wayana
Maripasoula-Taluen : chez les Amérindiens Wayana
Maripasoula-Taluen : chez les Amérindiens Wayana

Maripasoula ! La commune la plus étendue de France ! (Arles est la plus étendue en métropole... mais Maripasoula fait 50 fois Arles ! 18 360 km²!). Et seulement 10 000 habitants ! Autant vous dire que l'on n'est pas bousculé en ville ! Nous sommes descendus plein sud, au niveau du parc amazonien. Sans surprise, nous nous retrouvons donc rapidement en forêt sur nos beaux vélos ! 12 kilomètres de montée et de descente (surtout des descentes pour Lise). L'objectif est d'aller découvrir un ancien gros fromager. Non, aucun rapport avec le Gouda. Le fromager est l'arbre majestueux de l'Amazonie, avec des contreforts incroyables. Justement, nous nous retrouvons devant... et on se sent d'un coup si petit !

Maripasoula-Taluen : chez les Amérindiens Wayana
Maripasoula-Taluen : chez les Amérindiens Wayana

Le reste de l'arbre ? Il est tombé ! Les trois grands fromagers de la région sont tombés en l'espace de deux ans, et cela laissait craindre de grandes catastrophes selon certaines croyances locales. Sur la route, nous croisons un serpent, bien mort, et.... un jaguarondi, bien vivant ! Le félin surgit du bas-côté alors que je passe à vélo et traverse la route devant Tim ! Noir, de la taille d'un chien, mais plus allongé, avec une queue touffue. Et sacrément rapide ! Moi qui étais un peu maudit concernant les animaux, ils me font enfin l'honneur de sortir quand je passe !

Maripasoula-Taluen : chez les Amérindiens Wayana

La ville est quelque peu animée grâce au festival du livre. Le soir, direction un festival avec notamment Rickman, dont la chanson « Je suis un Boni » tourne pas mal ici. C'est un festival à la guyanaise, avec un espace-temps déréglé. Un peu comme quand mon père a besoin de moi pour travailler « cinq minutes ». Ainsi, le maire commence son discours avec une heure de retard. Rickman arrive... « dans cinq minutes, top chrono ». Une heure et dix minutes plus tard, le voilà ! Le public est placé sur un terrain de basket – pardon, le public est placé autour du terrain de basket. Et seulement quand la chanson les fait sauter ils se ruent à l'intérieur du terrain. Le chanson se termine ? Tout le monde s'écarte du devant de la scène et reste à 10 mètres. Etonnant. Les derniers chanteurs, prévus pour 3h, chantent encore à 7 heures. Je les entends, au loin, depuis mon hamac !

Maripasoula-Taluen : chez les Amérindiens Wayana

Le lendemain, direction le Sud. Oui, c'est encore possible, mais seulement en pirogue (il y a une piste remontant vers Papaïchton, et c'est tout). Là, nous nous enfonçons clairement en pays amérindien. Tellement que nous allons franchir la zone d'accès réglementé. C'est un Amérindien qui nous y emmène, nous nous sentons un peu moins coupables de ne pas avoir demandé l'autorisation préfectorale !

Les Wayana vivent des deux côtés du fleuve. Pourtant, d'un côté, c'est le Surinam, de l'autre, la France. Enfin, sur une carte, dans mes cahiers. Ici, la frontière est une ligne imaginaire, servant simplement à différencier le taux de taxation. Pour le reste, tout le monde se côtoie, sans douane et sans papier. Nous allons chercher de l'essence chez « les Chinois » du Surinam. Puis nous remontons le cours du Maroni (officiellement Lawa ici), passons devant Elae, croisons des maisons très très trèèèèèès isolées (2 heures de pirogue pour aller à la maison de santé, ça commence à faire isolé) avant d'arriver à Taluen, également appelé Twenké. Le trajet est fantastique.

Maripasoula-Taluen : chez les Amérindiens Wayana
Maripasoula-Taluen : chez les Amérindiens Wayana
Maripasoula-Taluen : chez les Amérindiens Wayana

C'est isolé comment ? Au titre du numérique, le village n'a pas encore sa page wikipedia (ça veut dire quelque chose aujourd'hui). Le raccordement électrique a été fait en 2014. Pas de réel magasin. Le village est seulement ravitaillé par les pirogues. Une poste. Une maison de santé. Le carbet municipal, au centre du village, assez majestueux. Le lieu est paisible. Nous sommes dimanche, les Amérindiens sont réunis, écoutent des musiques religieuses ou se baignent.

Maripasoula-Taluen : chez les Amérindiens Wayana
Maripasoula-Taluen : chez les Amérindiens Wayana
Maripasoula-Taluen : chez les Amérindiens Wayana

Tiens, un atèle ! Décidément, je suis chanceux ce week-end ! L'animal joue avec ses pieds, puis se remet en route.

Maripasoula-Taluen : chez les Amérindiens Wayana
Maripasoula-Taluen : chez les Amérindiens Wayana

Un terrain de foot au loin. Ca me rassure un peu, j'aurai au moins un sujet de conversation possible avec les habitants. C'est que la vie ici a l'air un peu différente de celle sur le littoral (et de la métropole). Nous repartons vite, l'objectif est de rentrer avant la nuit. Le ciel se couvre, une pluie monumentale tombe sur la pirogue, sans que notre pilote ne bouge. Caché sous mon poncho, j'écoute le bruit du moteur, l'eau qui m'entoure, et j'essaie de m'imaginer vivre ici.... hum, pas sûr ! Je suis bien à Saint-Laurent, d'ailleurs je pense re-signer pour une année de plus ! 

Partager cet article
Repost0
22 mai 2018 2 22 /05 /mai /2018 11:13

J'étais impatient. Se retrouver dans un tribunal, en pleine audience, une première pour moi. Je crois même que j'étais plus excité que les élèves ! Eux, adolescents, blasés avant d'avoir vécu. Moi, devant les colonnades, à lire la devise de la République.

La justice est un milieu que je connais un peu : j'ai des bons amis qui y travaillent, j'ai fait un cours sur le sujet en éducation civique, et j'ai regardé quelques films américains.... OBJECTION votre honneur ! Ceci n'est pas un argument valable ! Objection retenue, tant le système judiciaire américain est différent du nôtre (à choisir je garde le nôtre!)

Me voici donc à Saint-Laurent, dans une chambre détachée d'un tribunal de grande instance, accompagnée de la classe dont je suis le professeur principal. C'est la suite d'un projet justice, que je coordonne avec l'assistante sociale et la prof de français. Le clou du spectacle aura lieu dans un mois : les élèves organiseront eux-même leur audience, à l'intérieur du tribunal, et vont jouer un procès !

 

Aujourd'hui, c'est la réalité. Et la réalité est parfois... surprenante ! Ce sont des affaires pénales. La présidente entre à la sonnerie, nous nous levons. A sa gauche, la greffière, chargée de noter tout ce qui se dit ou se passe pendant le procès. A sa droite, le procureur de la République, chargé de représenter les citoyens, et qui a le rôle du méchant. Devant, au centre, une barre, pour l'instant vide. Et, un peu derrière, des avocats. Une traductrice est également présente. Nous sommes derrière de petites barrières, dans le public. Un public composé de ma classe et.... des prévenus ! J'avoue que je surveille un peu les mecs chelous assis à côté des jeunes filles de la classe, histoire d'éviter les échanges de numéros de téléphone ! On appelle d'ailleurs la première affaire !

Une dame est accusée par sa fille de l'avoir obligée à ingurgiter un remède traditionnel créole. La fille a refusé. Du coup, la dame l'a menacée avec un grand couteau. La fille est présente avec son père, elle donne sa version. La mère est ensuite appelée à la barre, elle se défend.... plutôt mal ! « Je n'aurais peut-être pas dû prendre un couteau, j'aurai mieux fait de prendre une ceinture ». [sic!] La juge la reprend, et lui affirme que ce n'était pas une meilleure idée. « Je suis stricte avec mes enfants ». La juge : « il y a une marge entre être stricte et être dangereuse pour son enfant ». Elle était alcoolisée au moment des faits « tout le monde consomme un peu d'alcool ». Je fais non de la tête, la juge semble d'accord avec moi. Les avocats prennent ensuite la parole. L'avocat de la victime demande 2 500€ de dommages et intérêts, ainsi qu'une obligation de se faire soigner pour ses problèmes d'alcool. Le procureur rejoint cette option. L'avocat de l'accusée, lui, nous fait le show. Il y a du public, il prend à parti les élèves, joue avec eux pour sa défense. Il explique que lui aussi était contraint dans sa jeunesse de boire des remèdes traditionnels. Le geste du couteau ? Pour impressionner, pas pour menacer. Son réquisitoire est impressionnant, aux dires des élèves. La juge, elle, reste de marbre : l'accusée est déclarée coupable et est sanctionnée selon les vœux de la victime.

 

Une nouvelle sonnerie retentit. La séance est suspendue. Les élèves ont l'air d'apprécier, moi aussi ! La juge vient s'asseoir avec nous, explique les raisons de son jugement, répond aux questions des élèves (et aux miennes!).

Puis s'enchaînent trois conduites en état d'ivresse, dont une récidive : un homme travaillant pour les militaires (hum...) a perdu son permis et est arrêté un mois plus tard, alors qu'il n'a pas encore été jugé, et à nouveau ivre. Sa raison : « vous savez, les femmes... ». Une juge devant lui, l'argument ne fait, étonnamment, pas mouche ! Résultat, son permis est annulé et sa voiture confisquée ! Mes élèves sont limite tristes pour lui !

 

Puis vient la dernière affaire de notre matinée. La traductrice doit d'abord prêté serment. Disons Monsieur X, âgé de 45 ans environ, et Madame Y, sa tante, 65 ans environ. Les deux sont accusés de violence avec armes, le premier ayant frappé avec une machette la seconde, tandis que la seconde a frappé le premier en réunion, à coup de manche à balai.

L'histoire est un peu floue : Madame Y voulait emmener l'un de ses frères à l'hôpital, en raison de sa consommation de stupéfiants. Monsieur X a refusé, pour protéger son oncle. Il travaille avec une machette, et à la suite d'une montée dans les tours, il frappe sa tante. Celle-ci décide de revenir un peu plus tard, avec du renfort. C'est là que Monsieur X est frappé. Voulait-il aller chercher un fusil, comme le dit sa tante ? On l'ignore. La juge : « pourquoi vous ne vouliez pas que votre oncle parte avec votre tante ? » Monsieur X : « Parce que c'est une sorcière, c'est la sorcière du village, tout le monde le sait ! ». Mes élèves se payent un léger fou rire. Il évoque à plusieurs reprises la magie, il parle de Satan, a un discours religieux. La juge a du mal à recadrer. Ah, les histoires de famille !

Les deux sont finalement condamnés à du sursis, avec interdiction de porter des armes.

 

Après 3 bonnes heures d'audience, nous quittons les lieux. Tout le monde semble content, et les discussions continuent sur les affaires. J'ai beaucoup appris au cours de cette audience. Le rôle du procureur par exemple, l'absence des avocats dans toutes les affaires à l'exception de la première. De ce fait, les procès et leur trame changent du tout au tout. La juge, à l'autorité incontestée. Je conseille à tout le monde, car l'accès des tribunaux aux libre ! En plus, vous aurez quelques histoires croustillantes pour votre prochain repas de famille !

Ma première au tribunal : remède créole, sorcière et coup de machette
Partager cet article
Repost0
16 mai 2018 3 16 /05 /mai /2018 01:21

La sonnerie retentit. Les élèves quittent ma classe. Quatre restent, trois filles et un garçon. Ils veulent me parler. Je suis leur professeur principal, et je soupçonne de nouvelles tensions dans la classe. Je suis derrière mon bureau, je m'active à ranger mes affaires. Ils mettent plus de temps que d'habitude à commencer leur propos.

Elle : « On vient vous voir à cause de la vidéo ».

Moi : « La vidéo ? »

Elle : « Vous savez, la vidéo. »

Moi : « Quelle vidéo ? »

Elle : « La vidéo de Madame N. »

Moi : « La vidéo de Madame N. ? »

Elle : « Les photos aussi »

Moi : « De quoi vous me parlez ? »

Ils se regardent et sourient. Ils n'osent pas. « Allez, ne tournez pas autour du pot, qu'est-ce qui se passe ? ».

Elle : « Bon. Les vidéos pornos de Madame N. »

Moi : « ... » [regard interloqué, plusieurs pensées me traversent alors l'esprit : putain, un élève a pris une vidéo de Madame N. sous son bureau ! Qu'est-ce qu'ils sont bêtes parfois!]

Elle : « Il y a des photos et des vidéos qui circulent ».

 

Je mets du temps à comprendre. Les élèves m'expliquent peu à peu. Ma collègue a tourné une vidéo porno, vidéo qui existe aujourd'hui sur un site. En tout cas, les élèves y ont eu accès. Qu'importe, les élèves ne sont pas là pour ça : ils viennent me voir car ils veulent faire une lettre d'excuse.

Moi : « Pourquoi ? »

Elle : « Parce que nous n'avons pas eu un bon comportement. Certains se sont moqués dans la classe ».

Je les encourage dans leur démarche. Je compte faire un point sur le comportement de la classe dès le lendemain.

Elle : « et il y a aussi ceux qui se moquent dans la cour ». Lui : « il y en a qui lui disent merci Jacquie, merci Michel »

 

Au fond de moi, j'explose de rire. Mais je suis leur professeur principal. Je garde un visage neutre. J'écris les informations que je reçois, pour me donner une contenance. Je clos cette conversation.

 

Ma collègue, ma collègue timide, qui a l'air très fragile, ma collègue a tourné dans un film porno. Bon, c'est son droit. Mais il y a les conséquences. Je souhaite lui parler de la conversation que j'ai eue. Mais, le lendemain, elle est annoncée absente. Je vais voir la direction. On aborde la situation. Elle est mise à l'arrêt deux semaines, « le temps que ça se tasse ».

Le temps que ça se tasse. Imaginez vous, 16 ans, votre prof a tourné un film porno. Clairement, ça ne se tasse pas vite ! Je fais une heure de cours d'éducation civique. Au menu : la vie privée, les vidéos et les photos que l'on poste sur Internet, les conséquences de celles-ci, mais aussi le sujet de fond. Nous parlons porno, nous parlons respect de l'autre, nous parlons corps de la femme. J'ai séparé ma classe en deux, les garçons d'un côté, les filles de l'autre. Les réactions divergent. Les garçons sont beaucoup plus bloqués, considèrent qu'elle ne peut pas revenir faire cours, pensent que le fait qu'elle soit une femme ne joue pas dans leur réaction. Les filles me semblent plus matures (oui, comme souvent), elles seraient prêtes à retravailler avec Madame N., elles l'encourageraient d'ailleurs à revenir. Surtout, elles considèrent que le fait d'être une femme joue contre elle.

« Quelle aurait été votre réaction si ça avait été moi ? »

Les garçons comprennent enfin. Oui, ça aurait été différent, selon eux. La grande injustice de l'inégalité des sexes face au sexe, déjà au lycée.

 

Ca, c'est fait. La pression est retombée dans la classe. Je croise mes collègues. Personne ne connaît la situation. Tous les élèves sont au courant, ont vu des extraits de vidéos, et le personnel enseignant vaque à ses occupations quotidiennes. J'informe deux collègues proches de Madame N. Ils sont sur le cul (ceci n'est pas un jeu de mot). L'un d'eux appelle la principale intéressée. Je l'imagine au fond du trou (ceci n'est pas un jeu de mot). En vérité, elle va très bien ! Elle nous a invités à son anniversaire. Et je la vois en grande forme. Elle assume pleinement sa situation : « oui, j'étais actrice porno ! ». Elle nous raconte l'envers du décor, les salaires (de 250 à 400€ pour une vidéo), évoque ses différents films. Un job alimentaire, couplée d'une réelle curiosité. Elle appréciait des acteurs, elle appréciait des réalisateurs. Elle en parle comme moi je vous parlerais de mon boulot de journaliste pendant mes études !

 

Depuis, elle est officiellement écartée du lycée « pour sa propre sécurité ». Elle a reçu des menaces. Surtout, le lycée a reçu une quantité d'appels de parents d'élèves « ma fille a pour prof une actrice porno, c'est inadmissible !! ». Ambiance particulière, sujet très compliqué : peut-elle encore enseigner ? Selon moi, c'est oui. Au final, le porno n'est pas interdit, et le fait de faire des vidéos est du ressort de sa vie privée. Elle n'en fait pas la publicité en classe. Surtout, ses compétences n'ont pas changé en trois semaines. Elle était la même professeure. Seul le regard des élèves a changé vis-à-vis d'elle. Faut-il dès lors la punir ?

 

Je sais, la Guyane, c'est des histoires parfois folles. Entre la crise de baclou et l'accident de mon élève, je pensais avoir assez d'annecdotes professionnelles à vous raconter à mon retour. Là, c'est le bouquet final. Le feu d'artifesse. Oui, ceci est un mauvais jeu de mot.

Partager cet article
Repost0
13 mai 2018 7 13 /05 /mai /2018 14:09

C'est peu à peu la fin du voyage. Reste le plus sexy, ce pour quoi je suis ici : la Montagne Pelée et Saint-Pierre. Oui, c'est ça qui m'a convaincu pour la Martinique. L'avantage de la Guyane, c'est que nous sommes à deux heures des Caraïbes, et le choix dans les îles existe. Si j'ai opté pour la Martinique, c'est pour l'histoire que je vais vous conter.

 

Saint-Pierre. La petite perle coloniale, réduite en cendres le 8 mai 1902, trois jours après la commune voisine du Prêcheur. Imaginez la situation : les journaux disent que vous ne craignez rien, que la situation au Prêcheur était exceptionnelle, et que la Montagne Pelée, que dis-je, le volcan Pelée, n'est pas dangereux pour la ville. D'ailleurs, le gouverneur de Martinique veut montrer l'exemple, il vient avec sa femme à Saint-Pierre : le message est clair, il ne faut pas paniquer. Qu'importent les rugissements. Qu'importent les tremblements.

La Martinique en road trip (3/3) : Saint-Pierre et la Montagne Pelée

8 mai 1902. En l'espace de deux minutes, les 30 000 habitants de Saint-Pierre sont morts. La ville est devenue poussière : le grand théâtre (construit sur le modèle bordelais), le marché, la cathédrale... Deux survivants, dont l'histoire folle d'un prisonnier enfermé au cachot pour une bagarre en état d'ébriété la veille. Puisqu'on vous dit que l'alcool est bon pour la santé ! (ce type finira par travailler pour un cirque américain, « l'homme qui a survécu à l'éruption d'un volcan, regardez ces blessures ! »). Il reste aussi les richesses, que les habitants des communes voisines viennent piller les jours et semaines suivantes, quitte à couper un doigt ou une oreille (ah, l'accumulation des richesses sensée amener au bonheur...).

Il reste aujourd'hui des ruines où l'on ressent un je ne sais quoi, des musées un peu vieillissants où l'on retrouve les photos d'avant, et les photos d'après. Saisissant. Il y a des objets, la nourriture, encore figés au 8 mai 1902, devant moi, tels quels. Une ville s'est évaporée, la petite Paris a disparu.

Et la Montagne Pelée est apparue, au fond, verdoyante, charmante, à qui l'on croit pouvoir se fier. J'aime ce lieu. La ville d'aujourd'hui ? Passable. Qu'importe.

La Martinique en road trip (3/3) : Saint-Pierre et la Montagne Pelée
La Martinique en road trip (3/3) : Saint-Pierre et la Montagne Pelée
La Martinique en road trip (3/3) : Saint-Pierre et la Montagne Pelée

Ce coup de cœur est suivi d'un coucher de soleil merveilleux sur ce même lieu.

La Martinique en road trip (3/3) : Saint-Pierre et la Montagne Pelée
La Martinique en road trip (3/3) : Saint-Pierre et la Montagne Pelée
La Martinique en road trip (3/3) : Saint-Pierre et la Montagne Pelée

Le lendemain, je me lance à l'assaut du coupable. Je n'ai pas mes chaussures de randonnée, simplement des chaussures de ville. Bon. Je n'ai pas de K-Way. Bon. Je n'ai pas de pull. Bon. Il faut bien l'admettre, ce ne sont pas les conditions idéales. Bon. On y va ?!

L'ascension est plutôt facile. La vue sur Saint-Pierre est dégagée. Peu à peu la végétation disparaît, et le paysage me ramène dans les volcans d'Auvergne. Le vent se lève. Arrivé au sommet, vers 1 300 mètres d'altitude, une petite pluie fine, et un brouillard. J'entame un tour, espérant voir l'autre côté de l'île. La vue se dégage... 3 secondes ! Je confirme, on voit loin. Je confirme aussi, il fait froid ! La pluie tombe maintenant en abondance, avec un vent à décorner les bœufs ! Bon Dieu, je me les gèle ! La végétation est parfois incroyable, des palmiers avec de la mousse, des fleurs roses... mais comment ça pousse ici ?! Quelques passages sont assez techniques et je ne fais pas trop le malin avec mes chaussures ! Ca glisse ! Je me perds à moitié en raison du brouillard, avant de redescendre vers le chaleur du littoral. Quelle bouffée d'oxygène là-haut ! N'est-ce pas là ironique, alors que ce volcan a tué de son gaz ?

La Martinique en road trip (3/3) : Saint-Pierre et la Montagne Pelée
La Martinique en road trip (3/3) : Saint-Pierre et la Montagne Pelée
La Martinique en road trip (3/3) : Saint-Pierre et la Montagne Pelée

Je découvre ensuite un aspect méconnu de la Martinique : son histoire précoloniale ! Direction Vivé et son site archéologique, ouvert au public ce week-end. Les Amérindiens avaient découvert l'Amérique bien avant les Européens, au cours de grandes migrations (ils sont originaires d'Asie, ont traversé le détroit de Bering et ont descendu toute l'Amérique). Les Kali'na et les Arawak, présents encore aujourd'hui en Guyane, ont ainsi habité en Martinique. Ils ont été décimés par les maladies et les guerres. Le site archéologique évoque lui les Amérindiens Saladoïdes, précédant les peuples déjà cités. Des trous, des bouts de vases, des os humains... si vous êtes fans d'archéologie, c'est pour vous ! Moi, je sais pourquoi j'ai bien fait de ne pas faire archéologie ! (tu vois trois briques et tu dois imaginer la maison). Le musée à Fort de France est par contre génial !

La Martinique en road trip (3/3) : Saint-Pierre et la Montagne Pelée

D'ailleurs la capitale économique, politique et culturelle de l'île, à défaut de touristique, vaut le coup d'oeil. Quelques églises, une grande place de palmiers, et, sans surprise, un fort ! Je ne suis resté que quelques heures, mais l'ambiance y était agréable. La statue la plus intéressante : celle de l'impératrice Joséphine, femme de Napoléon, que l'on accuse régulièrement d'avoir contribué au rétablissement de l'esclavage (originaire de Martinique, sa famille était composée de planteurs...). Du coup, des Martiniquais.... l'ont guillotinée ! Sa statue a donc perdu sa tête, et le personnage fait débat dans l'île !

La Martinique en road trip (3/3) : Saint-Pierre et la Montagne Pelée
La Martinique en road trip (3/3) : Saint-Pierre et la Montagne Pelée
La Martinique en road trip (3/3) : Saint-Pierre et la Montagne Pelée

Je finis mes vacances en mode repos-hamac-plage à Tartane, entre les crabes. Couchsurfing m'héberge désormais et la vie est douce. J'aurai effectué un beau petit tour de l'île et je comprends désormais pourquoi tant de personnes me l'ont recommandée. Y vivre est peut-être différent, j'ai par exemple entendu plusieurs discours sur les rapports entre Créoles et Blancs (la question des Békés, descendants des colons, revient souvent ; on reste dans une histoire postcoloniale, et tout n'est pas réglé). Personnellement j'ai trouvé les Martiniquais très sympas, souriants, aimables, assez loin de l'image parfois véhiculée. Mon véhicule d'ailleurs, je le ramène à l'aéroport. A l'intérieur, ça sent le chacal, et il y a 10 kilos de sable. Bizarrement, je dois payer son nettoyage (« ah oui, quand même » m'a dit la femme de l'agence en ouvrant la portière).

Allez, repartons travailler, le prochain voyage arrive très vite !

La Martinique en road trip (3/3) : Saint-Pierre et la Montagne Pelée
La Martinique en road trip (3/3) : Saint-Pierre et la Montagne Pelée
La Martinique en road trip (3/3) : Saint-Pierre et la Montagne Pelée
La Martinique en road trip (3/3) : Saint-Pierre et la Montagne Pelée
Partager cet article
Repost0
7 mai 2018 1 07 /05 /mai /2018 17:43

Le François. Le Robert. Y'a pas à dire, ils ont des noms très français ces villages ! J'suis chafouin. Je commence à souffrir du manque de sociabilité. J'hésite sur mes lieux de sommeil : en face du large ? J'opte le plus souvent pour les hauteurs, recherchant la fraîcheur (et la tranquillité). Ma voiture-hôtel reprend la route, avec le Robert au petit matin. L'odeur des sargasses me prend le nez. Qu'est-ce que c'est ? Ce sont des algues, issues, apparemment, de la pollution. Au large, j'avais l'impression de voir des nappes de pétrole. Je sais, ça fait déjà rêver ! Sur le sable, quand elles entrent en décomposition, elles dégagent une odeur très forte que je sens parfois à plusieurs centaines de mètres, sur les hauteurs. Ca fait encore plus rêver ! L'Est de la Martinique est particulièrement touché. Cela fait maintenant plusieurs années, et les locaux accusent souvent... les Brésiliens ! Selon eux, les Brésiliens rejettent beaucoup de produits dans l'Amazone, créant un bouillon propice au développement de ces algues. Avec le jeu des courants, elles arrivent ensuite dans les Caraïbes. L'Etat essaie de venir en aide (notamment pour les pêcheurs), mais cela risque d'être très compliqué si les touristes commencer à boycotter l'Est pour cette raison.

La Martinique en road trip (2/3) : l'Est et le Nord, terres de caractère
La Martinique en road trip (2/3) : l'Est et le Nord, terres de caractère

Je reprends la route vers la presqu'ile de la Caravelle. Essence ok. Faim ok. Pipi ok. Il faut que je me lave. Je rêve d'une douche. Je prends un hôtel ? Pas encore. Je découvre Tartane et sa baie, où j'effectue une baignade agréable. Le lieu est vraiment magnifique, et comme les Martiniquais sont repartis travailler après ce long week-end de Pâques... c'est calme !

La Martinique en road trip (2/3) : l'Est et le Nord, terres de caractère

J'opte ensuite pour une randonnée dans la réserve naturelle de la Caravelle, 3h30 d'un coup de cœur ! Les paysages sont variés, avec des falaises découpées par les vagues de l'Atlantique, et de petites baies ensablées. La vue depuis le phare est fabuleuse. Un régal.

La Martinique en road trip (2/3) : l'Est et le Nord, terres de caractère
La Martinique en road trip (2/3) : l'Est et le Nord, terres de caractère
La Martinique en road trip (2/3) : l'Est et le Nord, terres de caractère
La Martinique en road trip (2/3) : l'Est et le Nord, terres de caractère

Sur mon trajet je croise Selva (ma première Selva d'ailleurs), une Suissesse avec qui je partage la fin de mon trajet, avant de découvrir.... une douche publique ! Alleluia ! Je sens bon, je n'ai plus de dreadlocks... c'est à ça que ressemble le bonheur ! Bilan : douche ok, sociabilité ok. [parfois, j'imagine ma vie comme dans les Sims, avec des marqueurs propreté, nourriture, sommeil, sociabilité etc... et quand le niveau est trop faible, je suis grognon!] Je dépose ma camarade à Trinité (elle repart en stop vers le Sud pour regagner son bateau, avec lequel elle a traversé l'Atlantique...). Et j''enchaîne avec une journée hamac à Tartane, la vérité sur l'affaire Harry Québert pour me tenir compagnie.

Le lendemain, direction le Nord Est, avec l'Anse Azérot. Hein ? Non, Azérot. C'est le retour des Sargasses, puis direction Sainte-Marie (si tu savais), petite ville en gros travaux (les bâtiments en ont clairement besoin!). En face, l'îlet Marie, que l'on peut simplement rejoindre à pied par un banc de sable entre janvier et avril. Deux rochers (deux mamelons qu'ils disent, mais je suis trop innocent pour les voir) pour une vue incroyable. L'endroit est assez touristique, mais vaut clairement le détour.

La Martinique en road trip (2/3) : l'Est et le Nord, terres de caractère
La Martinique en road trip (2/3) : l'Est et le Nord, terres de caractère

Le Nord-Est est moins développé, certaines villes font d'ailleurs un peu dévastées, je ne sais pas pourquoi. Le Lorrain ne m'a ainsi pas vraiment attiré (tout comme La Lorraine en France d'ailleurs...), tandis que le Marigot avec son « pain de sucre » local était plutôt agréable. Je me perds un peu dans l'intérieur, au milieu des bananeraies (le fruit est protégé par un sac plastique, ce qui fait un étrange mélange vert-jaune-bleu dans le paysage).

La Martinique en road trip (2/3) : l'Est et le Nord, terres de caractère
La Martinique en road trip (2/3) : l'Est et le Nord, terres de caractère

J'arrive à Basse-Pointe, où je vois la Dominique en face. J'ai hésité pour Sainte-Lucie, et c'est pareil ici (mais à quoi bon n'y faire qu'une journée, je reviendrais plus frustré qu'autre chose). Basse-Pointe est délabrée, avec une église en ruine (le mauvais temps + de l'amiante!), et un centre-ville très étrange. Je continue ma remontée, vers Macoubou. Là, c'est le début des plages sauvages, avec des falaises et des pics. Et, à n'y rien comprendre, c'est désert ! Personne dans le village, personne sur la plage. Le cimetière surplombe l'océan. En bas des falaises, il reste les fondations de certaines maisons, abandonnées à cause de l'érosion. Ambiance fin du monde !

La Martinique en road trip (2/3) : l'Est et le Nord, terres de caractère

Je prends ensuite la direction de Grand Rivière, par une route encastrée dans les falaises. Là, c'est une impression de jungle laotienne, avec du vert partout, des ponts style rivière Kwai, et je ne serais pas surpris de croiser un Vietcong qui traîne. Le Nord est superbe et déserté des touristes. La route de Grand Rivière est un cul de sac, laissant à la ville une atmosphère de pêcheurs au fin fond de la Bretagne (avec 15°C de plus). Le vent, les bateaux, les falaises.

La Martinique en road trip (2/3) : l'Est et le Nord, terres de caractère
La Martinique en road trip (2/3) : l'Est et le Nord, terres de caractère

De l'autre côté de l'île, dans le Nord-Ouest, la situation est similaire : l'Anse Céron (si, Céron, lieu calme, avec du sable noir) et surtout l'Anse Couleuvre (que je n'ai pas avalée), avec une route qui annonce la couleur : c'est vert, c'est grand, et c'est sacrément tortueux ! Arrivé là-bas ; une ancienne rhumerie m'accueille (enfin les ruines, car la végétation a déjà bien repris le dessus) avant de trouver la plage bien planquée. La vue sur la Dominique est très dégagée aujourd'hui, et cette île rocheuse donne envie.

La partie Nord de l'île m'a beaucoup plu : elle dégage plus de caractère, plus d'authenticité.

La Martinique en road trip (2/3) : l'Est et le Nord, terres de caractère
La Martinique en road trip (2/3) : l'Est et le Nord, terres de caractère

Mais mon coup de coeur reste quand même la Montagne Pelée... (à suivre)

Partager cet article
Repost0
25 avril 2018 3 25 /04 /avril /2018 01:30

Après les quelques péripéties du voyage à Trinidad et Tobago, je joue cette fois le plat du pied-sécurité : la Martinique ! Pas de visa pour me bloquer, pas d'escale pour me dérouter, pas d'autres monnaies pour m'assécher... j'ai presque peur de m'ennuyer ! Deux heures de vol depuis Cayenne, et me voici à l'aéroport à proximité de Fort de France, où une dame m'attend avec mon prénom et mon nom : c'est pour ma location de voiture ! (ils font ça bien!). Une Kia Picanto, la Mercedes du pauvre (à 20€ par jour je ne pouvais même pas m'attendre à une Logan !).

Il est déjà tard, et je n'ai pas réservé d'hôtel : le plan est de dormir dans la voiture. Avec mon bon mètre quatre vingt cinq, c'est joueur ! Je prend la direction du Sud, aux Trois-Ilets et la pointe du bout. Là, c'est directement le rejet ! Il y a beaucoup de monde, et c'est ambiance casino et club un peu chic. Hum... j'avais un peu peur d'une Martinique très touristique, et ça ne s'arrange pas ! Je me trouve un parking sur des hauteurs, à proximité d'une forêt, et je commence ma nuit, en position fœtus.

 

Mais, il est déjà 6h ! La clarté me réveille, et je suis surpris d'avoir si bien dormi ! Le test est validé, j'ai donc réservé mon hôtel particulier en même temps que la caisse ! Le seul souci de la nuit : j'ai respiré. Oui, drôle d'idée ! Et j'ai une condensation très importante qui m'oblige déjà à utiliser mon unique serviette pour enlever tout ça !

Pas grave, car je prends la route : les Anses sont à moi.

La Martinique en road trip (1/3) : on dirait le Sud
La Martinique en road trip (1/3) : on dirait le Sud
La Martinique en road trip (1/3) : on dirait le Sud

Une Anse, c'est une petite baie. Il y a l'Anse Mitan, l'Anse à l'Ane, l'Anse Dufour et ma petite préférée de la matinée : l'Anse Noire ! Un nom d'épisode de Tintin ! (elle tient son nom de la couleur du sable).

 

Je continue mon périple plein sud, avec la grande anse (très touristique, avec beaucoup de bateaux) et les Anses d'Arlet (où je débarque en pleine cérémonie à l'église, qui donne sur la plage, un grand classique de l'île, avec les cimetières surplombant les baies). Petite Anse est plus calme, avec deux caps autour (un peu le Wissant local quoi!).

La Martinique en road trip (1/3) : on dirait le Sud
La Martinique en road trip (1/3) : on dirait le Sud

Mais, qu'est-ce qu'il fait là ce caillou ?!

La Martinique en road trip (1/3) : on dirait le Sud

Le Diamant, l'une des grandes fiertés de l'île (au loin, vous avez l'île de Sainte-Lucie!). Un rocher à l'histoire mouvementée (les Anglais l'ont occupé pendant les guerres napoléoniennes). Côté histoire justement, je découvre la maison du bagnard. Selon la légende Médart Aribot aurait sculpté un colonel, propriétaire d'une distillerie, et aurait été envoyé au bagne pour ça ! Toujours est-il qu'il a vécu à Saint-Laurent du Maroni avant de choisir la vie d'ermite dans sa maison très Hansel et Gretel. A quelques centaines de mètres un mémorial de l'esclavage et de ses morts, style île de Pâques, vraiment beau.

La Martinique en road trip (1/3) : on dirait le Sud
La Martinique en road trip (1/3) : on dirait le Sud
La Martinique en road trip (1/3) : on dirait le Sud

Après l'Anse Cafard (que j'ai apprécié malgré le nom) et la ville du Diamant, me voici à trimbaler des autostoppeurs ! La fille est un peu flippante (elle a une voix de robot) tandis que le mec ne parle pas (c'était peur-être un robot aussi). Je passe devant la distillerie des Trois Rivière, qui me rappelle l'histoire de l'île : une colonie française, et un esclavage important pour produire du sucre, l'or blanc au XVIIIème siècle.

La Martinique en road trip (1/3) : on dirait le Sud

Sainte Luce ne m'a pas marqué plus que ça, hormis une petite zone à mangrove où je me délecte d'un cocktail (la ville semble bétonnée et sans grand intérêt). Je quitte le littoral pour quelques heures, vers l'intérieur : de la verdure, de la canne à sucre, et la campagne, vallonnée, avec des vaches et... un nouvel autostoppeur ! Local lui aussi, et très marrant ! (il n'arrête pas de m'appeler « mon frère », alors que mes parents ont son âge, je doute donc un peu de la filiation...). A Rivière Pilote je fais demi tour, et je pars vers le Marin en fin de journée, lieu un peu glauque (genre petit port malfamé, avec des maisons abandonnées et des propositions de me droguer).

Je finis la journée à Sainte-Anne où je rencontre un groupe de 4 voyageurs solo (ils étaient tous seuls, et voyagent désormais ensemble!).

La Martinique en road trip (1/3) : on dirait le Sud
La Martinique en road trip (1/3) : on dirait le Sud

Au réveil, j'ai le Smile (aucun rapport avec la boite de nuit lilloise). La baie de Saint-Anne m'interpelle, avec un cimetière original et un bateau en plein milieu de la plage, couché ici depuis la tempête Maria.

La Martinique en road trip (1/3) : on dirait le Sud
La Martinique en road trip (1/3) : on dirait le Sud
La Martinique en road trip (1/3) : on dirait le Sud

Aujourd'hui c'est Pâques, et qui dit Pâques dit beaucoup de Martiniquais en balade, à la plage. D'ailleurs, je m'aperçois que beaucoup d'entre eux ont campé sur place, et viennent là avec les glacières... mais aussi les sonos ! Ah, les salauds ! Ils me bousillent mes moments ! Du gros son le matin, c'est pas mon kif' ! Fonds Moustique, l'Anse Meunier, et la grande Anse des Salines. J'y retrouve mes 4 acolytes de la vieille, mais il y a trop de monde à mon goût. A l'Anse Michel, c'est les sonos avec... des gros générateurs qui tournent ! Bon Dieu ! Je déguerpis !

 

Je finis à Pointe Marie, l'Anse Baleine et Morne Sulpice, où j'ai une belle vue sur le sud (c'est situé à côté du Pérou, oui, les noms sont bien sympas!).

La Martinique en road trip (1/3) : on dirait le Sud
La Martinique en road trip (1/3) : on dirait le Sud

Je termine néanmoins par mon coin préféré du Sud : Crève-Coeur. C'est un ancien volcan, une altitude de 200 mètres environ, facilement accessible (la rando dure 20 minutes) et il permet d'avoir une vue à 360° sur toute la pointe sud de l'île. Un régal.

La Martinique en road trip (1/3) : on dirait le Sud

A suivre...

Partager cet article
Repost0
23 avril 2018 1 23 /04 /avril /2018 05:43

C'est une insulte. Prononcée au collège la plupart du temps. Elle a tendance à disparaître au lycée. Mais elle garde toujours cette connotation négative. Et il faut bien le reconnaître, je suis un intello.

 

Ca n'a pas toujours été le cas. Au collège, l'intello de ma classe, c'était plutôt Jean-Louis. Déjà, rien que le prénom. Les lunettes sur le nez. Des cheveux roux. Pas forcément le plus beau garçon du collège, et des résultats et une attitude toujours impeccable. Trop pour certains. « Espèce d'intello ! ».

Moi, j'étais plutôt feignant, plutôt football. C'est resté. Sauf que depuis, je suis passé du côté obscur de la force intellectuelle. Regardez : j'écoute pour mon plaisir de la musique classique, j'aime les opéras, je peux parler 20 minutes du Caravage et des tableaux de George de la Tour, j'aime les films qui gagnent les palmes d'or et tous ceux nommés aux césars. Pire, je peux débattre deux heures du bonheur et Rousseau trône sur ma table de chevet. Diantre ! [oui, c'est une expression d'intello]

 

Etre prof n'arrange rien. Je suis entouré de gens comme ça, de gens comme moi. Ca avait déjà commencé à la fac, et le doctorat est clairement le diplôme de l'intello. Depuis, les gens me regardent parfois comme une bête de foire en apprenant mon diplôme. Je les entends penser : "ça ressemble donc à ça, un docteur...", tout en scrutant chacune de mes paroles, espérant y trouver quelques propos d'un génie. Et c'est là le problème : être intello n'aide pas toujours dans la vie, au contraire !

Mettrez-moi avec une prise et deux fils électriques dans les mains, et vous aurez l'intello bloqué. Que faire ? Quoi foire ? Changer une roue de voiture ? Je ne suis même pas certain que je sache encore le faire. Alors regarder sous le capot.... Pensez, j'ai changé une chambre à air de vélo cet été et j'étais aussi fier que le jour de mon doctorat. C'est que l'intello n'est pas toujours très bricoleu ! Et certains pensent que l'on se croit supérieur... mais c'est plutôt l'inverse ! L'intello souffre, depuis son collège, d'un sentiment d'infériorité ! Et pour cause, il intellectualise tout. Regardez ce blog ! Quand j'écris sur l'amour, il me faut 3 pages pour comprendre si j'apprécie une fille ou non. Celui qui n'est pas intello est déjà allé la voir, l'a embrassée, s'est marié avec elle, a fait deux enfants, avant que je me décide à bouger ! Mon humour s'est dégradé et je ris de moins en moins facilement aux blagues, comme aux comédies. Je n'ose plus mettre de survêtement pour sortir. Et je me justifie presque d'être un supporter de foot acharné.

 

Heureusement, il y a ça. Je crois que le foot m'a sauvé, et qu'il continue à le faire. Là, je me sens à ma place, et un peu plus normal. Quoi que... je pense toujours sur le terrain à mon placement et au replacement de mon équipe, à quand lancer le pressing et à la tactique qui nous fera gagner le match.... Diantre ! Je suis l'intello du terrain de foot !

Partager cet article
Repost0
21 avril 2018 6 21 /04 /avril /2018 23:14

Il est 17h. Vendredi. Fatigue. Pluie. La motivation n'est pas vraiment là. Mais je me suis engagé.

Nous prenons la route, direction Awala. Nous sommes 4. Je retrouve Guillaume, mon acolyte des chutes Voltaire, tout juste revenu de Rio avec une coiffure jaune poussin (drôle de pari collectif !). Les filles devant, nous coincés à l'arrière de la veille Twingo couleur caca d'oie, une épée en mousse sur mes genoux, et une vieille bouée ronde à mes côtés. Le road trip peut commencer.

Awala. Il ne pleut plus. La lune, quasiment pleine, fait des apparitions. Le vent souffle, éloignant les moustiques faisant la légende du lieu. Nous marchons vers la plage, attirés que nous sommes par le bruit des vagues. Le sable. Les palmiers. L'océan Atlantique.

 

Notre première marche ne donne rien. Enfin, pas tout à fait, car c'est là où je commence à lui parler. Limpide. Evident. Marrant. Voyageuse. Célibataire... Nous sommes éloignés du groupe. Nous longeons cette plage magnifique, bercés par le bruit des vagues. Le ciel se dégage, et la lune rayonne sur les palmiers. Romantisme bonsoir.

Ils sont partis se baigner. Nous aussi. 23h. Guyane. L'eau est douce. Elle nage près de moi. « Le bateau ! ». Là, une pirgoue ancrée. A l'abordage ! Nous voici six pirates sur le petit rafiot. Endroit parfait. Petit vent. Fraîcheur. Nouveau plongeon. Puis nouvelle ballade. Nous nous découvrons. Oh, des traces ! Mais elles ne sont plus là. Dommage.

 

Il est temps de pique-niquer. Pain, sardine, thon, macédoine et mangue. Rire. Je ne connais pas vraiment 4 des 5 personnes autour de moi, et c'est pourtant naturel de me retrouver là, à minuit, sur cette plage.

Et là, l'extraordinaire surgit de l'eau. Une tortue verte. Bonsoir, toi que nous attendions. Elle remonte la plage, lentement, à la force des nageoires, se traînant. Elle s'enfonce ensuite puis se met à creuser.

Awala est un haut lieu de la ponte des tortues. En ce moment, elles sont présentes chaque nuit. Nous nous rapprochons, lentement, à la lumière de la lune. Elle creuse, sans s'arrêter. Le mouvement des nageoires est précis, et ce trou m'impressionne. Pourquoi diable en faire autant ? Un œuf. Deux. Trois... c'est parti. Je vois le cycle de la vie. Emotion garantie.

 

L'animal souffre, se contracte, tandis que les œufs continuent de tomber. Sous la lourde carapace nous entendons le souffle de l'effort. 40. 50. 60. J'en ai compté 92 (!!!!!!!!!). Elle rebouche ensuite le trou, avec l'énergie de l'instinct maternel que je n'aurai jamais, et qui force le respect.

Je plane. Je vole. Ce moment était parfait. Je prends les filles dans mes bras. Nous regardons la tortue repartir. A elle le grand large.

 

Nous nous posons sur la plage. Nous nous endormons, un immense sourire sur chaque visage. Nous nous enlaçons. Tendresse. Rien ne pourra gâcher cette nuit, pas même les moustiques, pas même la marée qui nous surprend. 

J'en veux encore.

Partager cet article
Repost0

Plus De Blogs