2 juin 2017 5 02 /06 /juin /2017 06:34

En descendant les Annapurnas, je n'ai qu'une idée en tête : acheter mon ticket d'avion pour rentrer. J'ai un peu le mal du pays, je pense à la maison, à mon doux lit, à la douche... le contexte de la randonnée joue forcément : fatigue physique et mentale se rencontrent. Je m'imagine même chez moi dans deux jours.

Je monte dans le bus, qui me ramène a Pokhara. Au fond, mes Espagnols, pour la 15ème fois de ce trek: Je leur balance 2-3 phrases. Une fille est assise derrière moi. Elle a le sourire de ces personnes ouvertes à la discussion. Un beau sourire.

Je lance la conversation. Sans arrière-pensées, c'est ce que j'ai fait tout au long de ce trek ! Elle rit. Chouette. Après 1h30, un torticolis se dessine, combiné à une amitié (?) Je l'invite à manger dès notre retour à Pokhara. Nous grimperons ensemble le peace monument le lendemain. Nous découvrons le lieu, mais beaucoup moins que nous-même.

Je regarde les tickets d'avion. Elle part pour le parc de Chitwan, dans le sud du pays. Elle me donne le numéro du bus, l'heure du départ. J'y suis. 

Peu importe son nom, ou sa nationalité. C'est ce qu'elle représente : l'espoir.

Espoir et désespoir

De retour à Katmandou. Son sourire me hante. J'étais redevenu "nous". Je suis maintenant "je". Ecourter l'histoire, pour ne pas en souffrir. Une journée ensemble, ici, correspond à une semaine ou un mois en temps normal. 5 jours, c'était déjà trop. C'était dangereux. Je le ressens maintenant. Il me restera quelques photos, quelques bribes de souvenirs de nos conversations. Un baiser. De la tendresse. I'm too old for this shit.

Peu importe aujourd'hui son nom, ou sa nationalité. C'est ce qu'elle représente : une forme de désespoir.

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1 juin 2017 4 01 /06 /juin /2017 05:34

Sauraha, sud du Népal ; la frontière indienne n'est plus très loin : c'est ici que s'arrête le bus, après 5 heures de route chaotique. Ici, à savoir un parking au milieu des champs. A Sauraha, les habitants ne sont pas cons. Bien sûr, on pourrait laisser les touristes dans le centre-ville, à 3 kilomètres de là. Mais il faut bien admettre que ce parking en plein champ est très pratique pour les chauffeurs de taxi.... business is business !

Sauraha est la "ville" du parc national de Chitwan, la 3ème (et dernière) grosse attraction du pays. J'utilise les guillemets, car la "ville" est une simple rue, composée d'hôtels, de restaurants et de magasins de souvenirs. 1 kilomètre d'un côté; et c'est le parc ; 1 kilomètre de l'autre, et c'est les champs. Et, sur cette rue, transitent les calèches et... les éléphants !

Par 3 fois je vais être en contact étroit avec les pachydermes. Et ma sensation sera toujours très différente : il y aura l'instant baignade, l'instant biberon et l'instant nature.

9h20, à l'endroit où les éléphants doivent venir se baigner. L'"attraction" débute à 10h, mais nous sommes en avance. Ca tombe bien, les éléphants aussi. Nous les avons rien que pour nous. Les mahouts, leurs chauffeurs, mais aussi dresseurs, sont là. Ils sont 2 au départ, et très différents. La premier est plutôt jeune, comme son éléphant apparemment. Il sourit. Il laisse l'éléphant vaquer à ses occupations. Avec la main, il va le rechercher. L'éléphant obéit aisément. Le second mahout est un peu plus âgé, ses méthodes également, tout comme son éléphant. Lui ne fonctionne pas à la main, ou au bâton, mais avec une pique en acier. L'éléphant semble pourtant obéir moins bien.

Le complexe de l'éléphant

Un groupe de touristes arrive, des Asiatiques. Des grands "oh" et "ah" à la bouche. Ils prennent des photos, beaucoup de photos. Ils veulent voir l'éléphant faire ses tours, les jets d'eau avec la trompe, les roulés-boulés. La pique en acier est encore là, elle m'obsède. Elle disparaît à l'instant où un groupe d'Européens arrive, remplacée par un simple bâton en bois. L'éléphant obéit encore moins, quand l'autre a l'air de continuer à s'amuser.

Ils seront nombreux, les groupes, à nous rejoindre. Beaucoup veulent LEUR photo avec l'éléphant. Une dizaine de pachydermes est arrivée. La plupart fonce dans l'eau, sans nécessité d'être guidé, heureux de se rafraîchir (il fait 38 degrés). Ils vont suivre dans difficulté les commandements des mahouts, excepté celui que j'ai évoqué. Plusieurs ont des piques en acier, mais ne les utilisent pas. A un moment, je vois un mahout mettre un gros coup de bâton sur le tête de son animal. Le mahout me voit, nos regards se croisent...il fait la moue, puis me sourit.

Dans quelle mesure, nous, les touristes, participons au bon ou au mauvais comportement des locaux sur la faune du coin ? C'est une question qui m'est de plus en plus importante, ma conscience écologique peut-être. Si nous n'étions pas là, où seraient les éléphants ? Leur sort serait-il meilleur ?

Direction la garderie des éléphants. Ici sont amenés les mamans et leur jeune éléphanteau. Ceux-ci feraient fondre n'importe quel tyran. Courts sur pattes, ils gambadent à toute vitesse pour plus de nourriture. Ils tètent leur mère.  Le lieu a l'air agréable. Malgré tout, les chaînes au pied des adultes attirent souvent mon regard.

Le complexe de l'éléphant

Un musée existe, et il est indispensable. On y explique le sort des éléphants avant les touristes, leur quasi-disparition. Ainsi, apparemment, le fait que je sois là entraîne les locaux à conserver leur faune. Le traitement des animaux s'est grandement amélioré au cours des dernières années et, si ce n'est pas encore parfait, c'est sur une bonne voie. Dans ces conditions, il ne faut pas que je me sente complexé ou coupable d'être ici. Car, sans moi, sans le touriste que je représente, cet éléphant ne serait peut-être même pas né. Et ça serait sacrément con ! Regardez comme ils sont cools.

Le complexe de l'éléphant
Le complexe de l'éléphant
Le complexe de l'éléphant
Le complexe de l'éléphant
Le complexe de l'éléphant
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31 mai 2017 3 31 /05 /mai /2017 11:23

Traverser des forêts, des vallées, des glaciers. Grimper, mètre après mètre, marche après marche. Redescendre. Remonter. Recommencer, 100 fois. Longer un cours d'eau, l'admirer, emprunter un pont népalais, et le quitter. Enchaîner les auberges, se ressourcer, boire du thé, discuter. Une douche chaude. S'éprouver. Courbaturé. Et puis...

L'Annapurna I devant moi. 8091 mètres. A gauche l'Annapurna sud. 7219 mètres. Derrière, la vallée, avec de gauche à droite Annapurna II et III (7937 et 7555 mètres) et le Machapuchare, la montagne sacrée des Népalais, "seulement" 6993 mètres.

Le camp de base de l'Annapurna
Le camp de base de l'Annapurna
Le camp de base de l'Annapurna

Parfois on me demande "c'est quoi ce que t'a préféré ?" Question impossible quand tu as voyagé plusieurs mois ! Mais, cette fois, j'aurai forcément à l'esprit ce moment, cette découverte, ce soleil qui apparaît alors que je pose mon pied au camp de base, situé à plus de 4 100 mètres.

 

Petit retour en arrière, afin d'être à peu près chronologique. Le quatrième jour de marche, je m'arrête à Chomrong (2 050 mètres), où j'arrive avant midi. Cette matinée fut agréable, plus que les précédentes (peut-être parce qu'il y avait moins d'escaliers). Nous avons traversé une longue vallée, des cultures en terrasses, une forêt et la vue se dégage parfois, nous laissant deviner l'Annapurna Sud depuis l'hôtel. Bon, faut être très attentif aux mouvements des nuages pour réussir à prendre une photo un minimum correct. Mon guide tente de me rassurer "on verra mieux demain". Phrase qu'il a utilisé chaque jour depuis le départ. Bon. J'ai donc pas mal de temps pour apprendre les chiffres népalais sur un calendrier (je reconnais les 0, 2 et 3, le reste est plus original !).

Le camp de base de l'Annapurna
Le camp de base de l'Annapurna
Le camp de base de l'Annapurna
Le camp de base de l'Annapurna

5ème nuit. Nous arrivons à Himalaya, à 2 900 mètres. Le nom fait plaisir, l'altitude aussi : c'est la grande remontée ! Ram avait annoncé un arrêt deux étapes plus bas, à Bamboo, mais j'ai envie d'en faire plus. Les jambes commencent à tirer sur les derniers escaliers (y'en a des dizaines de milliers sur ce trek !!). Le soleil est souvent là le matin, et il drache sacrément l'après-midi (mais je suis toujours arrivé avant). De ce fait, la vue est encore bouchée... "Demain" qu'il me dit... J'espère, car ce sera la grand jour !
Après des Canadiens à moitié biélorusse et roumain (!) la veille, je rencontre dans le refuge des Françaises, une Algérienne, un Allemand et des Néerlandais (avec deux Espagnols qui seront mes mascottes du trek : je vais les croiser tous les jours pendant une semaine à partir de ce jour !). Les refuges sont des lieux plein de vie. Les trekkeurs y partagent leur expérience, leur fatigue, leur joie, et aussi un peu de nourriture. C'est LE gros repas de la journée pour beaucoup, et il ne faut pas se tromper lorsque l'on commande. Après une période de riz, je finis par me laisser attirer par les pommes-frites, avec énorme dose de fromage et oeuf au-dessus. Ca peut paraître banal en France, quand vous lisez ces lignes, mais je vous assure que c'est juste incroyable quand tu es en plein milieu d'un trek au Népal !

Le camp de base de l'Annapurna
Le camp de base de l'Annapurna

6ème jour. D-Day. Je me réveille à 5h30, et ça ne me fait plus rien. Le rythme est là (le fait de se coucher à 20h aide beaucoup). Je n'ai qu'une hâte : partir ! Et grimper les 1 200 mètres supplémentaires pour arriver au camp de base. C'est une journée sportive, l'oxygène s'amenuise peu à peu, mais sans que je ressente la gène. Je sors mon poncho pour la première fois, et je peste un peu contre la météo. A ce rythme-là, je ne vais rien voir des Annapurnas malgré ma semaine de trek ! Je pense au karma, je me dis que ça va me revenir d'une façon ou d'une autre. Je marche, tête baissée, mètre après mètre, espérant deviner des sommets. Difficile. Alors mon regard se pose sur les glaciers que nous traversons, et je me dis que j'ai tout de même de la chance d'être ici. 4 130 mètres, l'ABC. J'y suis. Et le soleil arrive avec moi. La vue se dégage. Je pose mes affaires et je continue la marche. Je grimpe. Je veux voir, tout, plus. Je suis comme l'aveugle qui retrouve la vue, et qui ne souhaite qu'une chose : ne plus fermer les yeux. L'appareil photo dans les mains, petit pull sur les épaules, et les Annapurnas tout autour de moi. Grandiose.
Je me sens grand, car à plus de 4 000 mètres. Mais je me sens encore plus petit, car il y a encore plus de 4 000 mètres devant moi. Je me sens vivant. Je me sens libre. J'ai l'impression de voler.

Le camp de base de l'Annapurna
Le camp de base de l'Annapurna
Le camp de base de l'Annapurna
Le camp de base de l'Annapurna
Le camp de base de l'Annapurna
Le camp de base de l'Annapurna
Le camp de base de l'Annapurna

7ème nuit. Sinuwa, 2350 mètres. A peine en haut que l'on doit déjà repartir ! La descente est rapide et pas très technique. Nous débutons sous le soleil matinal, après un lever de soleil sur Annapurna sud et 1. Nous arrivons à 13h45, après un repas à Bamboo. C'est entre ce refuge et Sinawa que l'on prend la sauce, pour la première fois. Je remercie mon poncho, tandis que mon guide fait un peu la tête. Il est fatigué, et même si je voudrais bien continuer un peu plus, nous décidons de nous arrêter. Chez moi, l'excitation grandit au fur et à mesure de la descente. Je veux revenir le plus vite possible, et demain serait parfait ! 

Sur la route, je croise les porteurs des Annapurnas. Au départ, ce sont les ânes que mon guide surnomme "les camions des montagnes". Mais, ici, à cette altitude, même les ânes ne viennent pas. Alors ce sont des hommes qui les remplacent. 15 kilos sur le dos. 20. Peut-être 25. Ils ont un panier sur le dos, et ils portent principalement l'ensemble avec... le front. Un bandeau est accroché au panier, et il va jusqu'à leur tête. Je les vois parfois avec une bouteille de gaz. Celle-ci doit servir à nourrir les touristes, ou à leur faire prendre une douche chaude. Je plains les jeunes. Pour les plus vieux, les plus courbés, je n'ai pas les mots. Ils sont employés par les magasins et s'en vont donc livrer les hôtels. Et je comprends mieux pourquoi plus c'est haut, plus c'est cher, que ce soit pour la nourriture ou pour les douches. 

Il n'y a pas vraiment de retraite au Népal. Pas de sécu. Si mon guide tombe et ne peut plus travailler, c'est tant pis pour lui. Je présume que c'est pareil pour les porteurs. 

Les résultats des élections tombent peu à peu. Aujourd'hui, 55 sièges pour le parti du Congrès, 54 sièges pour les communistes. 8 pour les Maoistes. Une déroute. Hier soir, au refuge, le patron était content, car son cousin a gagné un siège. Du coup il a rincé mon guide (et les autres) avec un alcool local. Ceci explique pourquoi mon guide ne peut pas aller plus loin aujourd'hui. Pas grave. J'admire les sommets, une dernière fois.

Le camp de base de l'Annapurna
Le camp de base de l'Annapurna
Le camp de base de l'Annapurna
Le camp de base de l'Annapurna
Le camp de base de l'Annapurna
Le camp de base de l'Annapurna

Journée 8. Pour la première fois depuis quelques temps, nous faisons une journée entièrement sous le soleil. Je profite des derniers instants. Je félicite mes pieds, mes genoux et l'ensemble de mon corps. Pas de douleur, pas de grande difficulté, et un parcours bouclé en huit jours au lieu des 10 prévus. Arrivé à Siwai, nous prenons un bus, direction Pokhara. La boucle est bouclée.
Deux moments bizarres toutefois. Le premier, c'est un type que je croise dans des escaliers. Il me voit, me sourit, et me demande de quel pays je viens. Jusqu'ici, c'est à peu près normal. Je lui dis "France", ce à quoi il me répond à toute vitesse "Jean-Pierre Papin, Jean-Michel Jarre", avant de partir tout aussi vite. Drôle de personnage tout de même, semblant arriver tout droit de 1991.
Le deuxième, ce fut avec Ram, mon guide tout au long de ce trek. 8 jours au lieu de 10, je me dis que je vais peut-être récupérer quelques roupies, ou qu'au moins il pourra me payer une nuit d'hôtel à Pokhara. Enfin, je ne compte pas insister non plus, je ne suis pas à côté de mes sous, vous me connaissez. Et là, grand moment de gêne, puisqu'il me demande... un peu plus d'argent. Le fameux pourboire. Je lui dis que pour moi, lui laisser les 40 euros que je lui ai versé en trop, ça me semble être un bon pourboire, mais il insiste. #gêne.

Le camp de base de l'Annapurna
Le camp de base de l'Annapurna
Le camp de base de l'Annapurna

Qu'importe. Ce trek de l'ABC, de l'Annapurna Base Camp fut génial. C'est sans hésitation LA chose à faire au Népal. Qu'importe le trek (Manaslou, Langtang, le camp de base de l'Everest), même si l'ABC présente de nombreux avantages : facile à organiser, facile à faire physiquement, plutôt rapide (il y a aussi des treks de 3 semaines) et pas si cher.
Justement, côté finance, voici les totaux de ce trek (chiffres approximatifs)
- 180 euros pour le guide
- 35,50 euros pour les permis (plus le ticket d'entrée Poon Hill)
- 30 euros pour les chaussures
- 15 euros de transports (bus + taxi, aller-retour)
- 1,50 euro pour la crème solaire (indispensable, même après deux mois d'Inde)
- 27 euros pour les logements
- 21 euros de boissons (thé, coca ; pour l'eau j'avais des pastilles)
- 93,50 euros de nourriture
- 15 euros autres
= 418,50€.
Clairement la chose la plus chère de ce voyage, mais si on réfléchit qualité-prix...
De plus, si vous êtes au moins deux, je vous conseillerais de ne pas prendre de guide : la route est plutôt claire, et à moins d'être vraiment stupide, il n'est pas possible de se perdre. Seul, c'est plus gênant. Et un vrai avantage : vous allez discuter avec un Népalais pendant plusieurs jours, essayer de le comprendre, le questionner sur la culture du pays, l'histoire, la nourriture, les montagnes... et ça, ça n'a pas de prix.

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29 mai 2017 1 29 /05 /mai /2017 07:18

Tadapani, 2630 mètres. Les montagnes jouent à cache-cache, bien aidées par les nuages. L'orage résonne. Départ 7 heures ce matin, et arrivée à ... 11h15. Pour mon guide, je ne marche pas, je vole. Pas grand chose à faire dans ces contrées après le repas et la sieste. J'ai fini un livre, je n'en ai pas d'autres sous la main. Ca joue aux cartes à côté. Du thé. Je prendrais bien un chocolat. Manger, boire. Regarder le paysage, déceler l'un des sommets de l'Annapurna qui se découvre lentement, presque sensuellement, pour recacher aussitôt ses jolies formes. Il y a du wifi dans ce refuge, recharger sa batterie coûte 100 roupies (1 euro), une douche chaude 150. Le prix d'un Snickers. Hum. Je commence à sentir...

Il faut donc attendre ma troisième soirée pour que je reprenne l'écriture. Le temps de comprendre; tout doucement, ce que sera ce trek de 10 jours. De la marche, de l'attente, du froid, quelques privations matérielles et culinaires. Si ça ce n'est pas l'idée qu'on se fait du paradis !

Derrière moi le camion des montagnes passe, une clochette au cou. Ce sont des ânes; ce sont eux qui amènent la victuaille jusque dans ces hauteurs. Pas de route à moins de 3 heures. L'électricité est arrivée en 2000, au moment où les hôtels ont commencé à fleurir et les touristes à arriver : ils étaient 40 000 au milieu des années 1990, pendant la guerre civile, à découvrir le parc de l'Annapurna. Le chiffre est monté à 140 000 en 2014. 2015, année du tremblement de terre, c'est redescendu à 90 000, alors pourtant que le région n'était pas touchée... un choc pour les professionnels.

J'ai donc choisi le trek du camp de base de l'Annapurna. Le nom, mythique, m'a filé le sourire pendant plusieurs jours; alors que je me préparais. Car oui, ce n'est pas la rando du coin que je fais; et je n'étais pas équipé : je me balade avec mes sandales depuis 3 mois ! Je passe donc une journée à Pokhara (aucun rapport avec Matt) à chercher des chaussures de randonnée taille 45 (ce qui est loin d'être la pointure moyenne des Népalais !) La ville est ultra-touristique, avec un très beau lac en son centre. Pour rejoindre ce lieu, j'ai emprunté une de ces "routes de l'extrême" que l'on voit parfois sur une chaîne de la TNT, à flanc de montagne, pas toujours goudronnée, et remplie de camions ! Le paysage est joli mais le périple se révèle fatiguant. 

Les premières pentes de l'Annapurna

Pour le choix du trek, c'est la facilité que je prends. L'ABC trek - pour Annapurna Base Camp - c'est la base : il n'est pas trop dur, il n'y a pas de neige, et il est plutôt fréquenté, donc il y a des refuges tout le long du parcours. Mon sac est allégé (environ 8 kilos je pense), avec le strict nécessaire (+ des plaquettes de désinfection de l'eau). Je prends un guide, Ram, qui va m'accompagner pendant les 10 jours prévus. J'espère que ça va bien se passer. Il est guide depuis 2000. Petit, avec des lunettes, je pense qu'il souffre d'un important strabisme, ce qui gêne sa vue. Il me semble également qu'il a un problème à la main gauche, mais je ne lui pose pas la question ; je lui en pose suffisamment sur tous les autres sujets. Ainsi, lors que les élections débutent, il me donne son point de vue politique : "tous les mêmes ! Ils veulent le pouvoir, et c'est tout." Lui, dit-il en riant, son parti politique, c'est celui du dahl bat (le plat national népalais, composé de riz et de plusieurs types de sauces, notamment avec des lentilles). Au niveau de la société, il évoque l'évolution récente; notamment le rapport entre les sexes : "les filles vont parler aux garçons".... "elles fument"... il a l'air un peu dépité. Internet est en cause, c'est lui qu'il cible pour la mode du shopping et des jeunes qui recherchent certaines marques de vêtements. Conservateur mon Ram ? Peut-être. En tout cas il souffre en ce premier jour de la chaleur, et de ma prétendue vitesse.

Les premières pentes de l'Annapurna
Les premières pentes de l'Annapurna

Réveil à 6h30 pour la deuxième journée. En effet, nous ne sommes pas "embêtés" par le soleil (c'est le terme de Ram), et pour cause : c'est très couvert. Pas grave, car c'est une journée escalier qui s'annonce : plus de 3 000 ! (et je pense qu'il y en avait beaucoup plus). La différence avec le pic d'Adam que j'ai escaladé au Sri Lanka, c'est que je n'avais pas mon sac sur le dos ! Pendant la journée, Ram m'annonce qu'un groupe de Maoistes a fait exploser une bombe à Pokhara, et qu'une deuxième a été désamorcée. Pas de victime à déplorer, mais un vrai message : nous ne voulons pas de ces élections. J'imagine un peu la tête de mes parents s'ils apprenaient la nouvelle.... Je dors dans un refuge froid et désert, avec de la nourriture assez chère.

Les premières pentes de l'Annapurna

Le troisième jour, c'est un réveil à ... 5h30.... ça ne va décidément pas dans le bon sens ! Direction Poon Hill, pour voir le lever du soleil sur les sommets... que dalle ! Une purée de pois ! Pourtant, à 5h; cela avait l'air dégagé et ... à 7h, ça a l'air dégagé aussi ! Une question de chance. Je suis un peu déçu; attendant tellement de ce trek. Je me console en me disant qu'il me reste une semaine pour voir des sommets, quand d'autres ne font qu'un trek de 3 jours.... et Poon Hill était "leur" sommet.

La journée est plutôt bonne. Je partage une bonne partie de ma marche avec deux Italiennes, tandis que Ram a un autre guide avec qui discuter. Nous pouvons voir assez rapidement le Dhaulagiri (8167 mètres), dont je n'avais jamais entendu parler. Le chemin est le plus agréable depuis le départ, au milieu de collines boisées (Ram utilise le terme de "jungle"), une rivière par ci, par là.

16h. Je n'ai plus rien à faire. Bon. Douche ou Snickers ?

Les premières pentes de l'Annapurna
Les premières pentes de l'Annapurna
Les premières pentes de l'Annapurna
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27 mai 2017 6 27 /05 /mai /2017 11:03

Le lendemain de mon arrivée, je m'attaque à la vallée de Katmandou, le lieu culturel et historique du pays. C'est en bus que je rejoins le temple de Pashupatinath. Le ticket d'entrée est de 1 000 roupies népalaises (environ 10 euros), et je me retrouve face à un temple... où je n'ai pas le droit d'entrer ! C'est réservé aux Hindous (et mes deux mois de stage intensif temples hindous en Inde ne sont pas suffisants pour me faire passer !). Au passage les Népalais sont à 90% hindous, alors que je les pensais bouddhistes ! Dans les faits, les deux religions sont fortement mélangées et s'influencent mutuellement (Bouddha n'est finalement que le Luther/Calvin de l'hindouisme !). Pas grave, je vais voir ce qui se cache derrière... et je me retrouve à Varanasi ! Encore !

Dans la vallée de Katmandou
Dans la vallée de Katmandou
Dans la vallée de Katmandou
Dans la vallée de Katmandou

Le temple de Pashupatinath est l'un des plus sacrés du pays, et de l'hindouisme. La rivière Bagmati va se jeter dans le Gange, et c'est donc ici que les Népalais veulent effectuer leur dernier voyage. Ainsi, devant moi, c'est une nouvelle fois un crématorium à ciel ouvert.

Dans la vallée de Katmandou
Dans la vallée de Katmandou

L'endroit me plaît surtout pour toutes les stupas planqués au sein d'un petit bois en contrefort de la rivière. Alors que je me désaltère devant cette vue, je vois passer une vingtaine de policiers. Ils s'arrêtent et se précipitent derrière un bâtiment. Ressortent une dizaine de jeunes, entourés par leurs nouveaux gardes... c'est ça de fumer des substances prohibées ! Deux choses par rapport à cette histoire. La première, c'est que Katmandou était avec Goa le lieu des hippies jusqu'à la fin des années 1970, avec une politique très libertaire vis-a-vis des drogues (c'était en vente libre !). Les choses sont donc différentes aujourd'hui. Deuxième chose, c'est la présence des policiers et des militaires, importante tout au long de mon séjour. Cela s'explique par le contexte historique et actuel, qui m'était méconnu : le pays a connu une guerre civile jusque 2006-2007, et les élections ont lieu dans 3 jours ! Les premières depuis 20 ans ! J'imaginais le Népal comme un pays super tranquille, et j'apprends que la guerre civile a fait au bas mot 13 000 morts, que le premier ministre issu du parti maoiste est interdit de séjour dans l'UE et aux USA (car considéré comme un terroriste) et que le roi agissait en dictateur jusqu'à l'abolition de la monarchie en 2008 (à noter un repas en 2001 où toute une partie de la famille royale a été abattue, coucou game of Thrones). Bref, ils ont l'air un peu tendu !

Dans la vallée de Katmandou
Dans la vallée de Katmandou
Dans la vallée de Katmandou

A Bodnath, quelques kilomètres plus loin, c'est un immense stupa blanc qui est l'attraction. C'est un lieu de pèlerinage pour les bouddhistes, notamment tibétains (il y a d'ailleurs énormément de restaurants et magasins de souvenirs tibétains). Il faut tourner dans le sens des aiguilles d'une montre pour la découvrir. A noter qu'elle a été entièrement reconstruire après le tremblement de terre. Ce qui n'est pas vraiment le cas de Patan...

Dans la vallée de Katmandou
Dans la vallée de Katmandou
Dans la vallée de Katmandou
Dans la vallée de Katmandou

Durban Square, son attraction principale, est un immense chantier. Difficile dans ces conditions de s'extasier devant les monuments. Je décèle bien une inspiration chinoise-bouddhiste dans l'architecture, mais malheureusement souvent cachée par des bâches et échafaudages. Les 1 000 roupies d'entrée sont sans doute trop élevées aujourd'hui (à voir dans un an, et puis cet argent sert à la reconstruction...).

Les Népalais que je rencontre sont très sympas, quoique arnaqueurs avec les touristes (il faut diviser les prix des taxis par 2). Leur visage est différent des Indiens, et je vois aussi comme ça que j'ai passé une frontière : c'est un mélange des traits indiens, chinois et tibétains. Il en va de même pour l'architecture ou la nourriture : le riz lentille (dahl) indien est l'une des spécialités, avec les momos tibétains (qui sont en fait des dumplings chinois). Au niveau des vêtements c'est une vraie transformation, fini les saris ! Je vois des filles porter des vêtements à l'occidentale, et.... que vois-je.... des genoux !! La mentalité a donc bien évolué depuis l'Inde !

A noter que j'ai esquivé Bhaktapur, l'autre lieu culturel de la vallée de Katmandou, car le lieu serait autant en chantier que Patan.

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22 mai 2017 1 22 /05 /mai /2017 01:22

Deux mois à remercier les douches froides. Et, ce soir, je remercie la douche chaude.

Varanasi-Katmandou. On m'annonce 14 heures de trajet, mais je suis maintenant toujours dubitatif concernant les durées annoncées par les Indiens. Il n'y a pas de train, ni de bus couchette. Bon, va pour le bus normal... merde y'a la clim ! Et je n'ai pas le choix ! Pour la première fois du voyage, je me retrouve quasiment avec autant de blancs que de locaux dans un bus. Un Tchèque est assis à côté de moi, deux Autrichiens un peu plus loin derrière me donnent des tuyaux trek au Népal, un Irlandais bien sympa au fond (ils sont toujours sympas ces Irlandais !). Le trajet jusqu'à la frontière est plutôt rapide. Le poste frontière Sonauli (Inde)-Bhairava (Népal), c'est une autre histoire. Le tampon de sortie du territoire indien est fait très rapidement. A peine sorti du bureau que le chauffeur m'envoie échanger mes roupies indiennes contre des roupies népalaises (ce n'est pas possible au Népal). Pas le temps d'avoir 15 secondes pour réfléchir, on me prend quasiment l'argent des mains, paf, pouf, me voilà avec des roupies népalaises ! Merde, je voulais me payer un dernier thé avant de partir ! Bon, le taux se révèle à peu près correct. Tous les étrangers ont le droit au même traitement puis direction le poste népalais. Là, c'est l'administration dans toute sa caricature. Il faut une photo, et 40 dollars. Ca a l'air si simple... Problème, les dollars doivent être propres, non chiffonnés, et dater d'après 2003 ! C'est à dire que si tu donnes 20 dollars de 2002, c'est comme si tu donnais 0 (ce n'est pas le seul endroit où c'est comme ça, les Birmans ayant la réputation d'être les champions du monde dans ce domaine). Pas de souci pour moi, j'ai été prévoyant à Varanasi. Mais je dois venir en aide à un couple hongro-allemand (j'avais 20 "vrais" dollars en rab, je me retrouve avec leurs 20 "faux" dollars), tandis que deux Hongrois luttent longtemps. Je croise à ce poste un Omanais qui arrive de son pays... à vélo, Je me dis que ça doit être génial... et puis je découvre les routes népalaises, qui vont me casser le dos. Le mot route est d'ailleurs inapproprié, puisque ce sont des cailloux posés de façon aléatoire à distance plus ou moins grande les uns des autres. Nous arrivons à Katmandou à 5h30 (donc avec 3h30 de retard sur la promesse indienne), et.... mais j'ai froid ! Drôle de sensation après 2 moins indiens !

25 Avril 2015. Magnitude de 7,9 sur l'échelle de Richter. Près de 9 000 morts, 20 000 blessés. Le Népal a souffert il y a deux ans d'un des plus forts tremblements de terre enregistrés sur son territoire. Je débarque dans Katmandou sans trop savoir ce qu'il en est, en me disant que 2 ans doivent être bien suffisants pour reconstruire.... naïf que je suis (ou ignorant). Le quartier de Durbar Square est le coeur historique de la ville. Et voilà son état actuel.

Katmandou la meurtrie
Katmandou la meurtrie
Katmandou la meurtrie
Katmandou la meurtrie

Je pensais voir les cicatrices du tremblement de terre, j'en vois les blessures, encore vives. Alors que j'observe tout ça, un chien surgit d'une maison, en coursant un autre. Sans raison, il dévie sa course... et vient me mordre la cuisse ! La surprise est telle que je réagis seulement d'un "aïe !" tandis que le canidé reprend sa route sous l'oeil médusé des locaux. C'est dans ces moments là qu'on se remercie d'avoir fait le vaccin anti-rage ! La morsure est superficielle, mais c'est mentalement qu'il y a le plus d'effets : je fais dès lors un détour et prépare ma défense à chaque fois que je croise une bête !

Katmandou est très vivante, et j'ai parfois l'impression que c'est plus densément peuplé que l'Inde.

Katmandou la meurtrie
Katmandou la meurtrie

Une partie des Népalais porte des masques, à la manière des Chinois. Pourquoi ? Même cause, mêmes effets : Katmandou est l'une des villes les plus polluées au monde. La faute à l'effet cuvette, puisque la ville est cernée de collines, pas vraiment visibles d'ailleurs, en raison d'un smog. La circulation est bien sûr la raison principale (énormément de motos, fini les tuks-tuks), tandis que la poussière, en partie due à la déconstruction/reconstruction post tremblement de terre, est omniprésente.

C'est vendeur, hein ?!

Katmandou la meurtrie
Katmandou la meurtrie

Il n'empêche, l'architecture locale, même endommagée, vaut le coup d'oeil. 

Katmandou la meurtrie
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Katmandou la meurtrie
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19 mai 2017 5 19 /05 /mai /2017 21:39

Liste d'attente. Je ne sais pas trop à quoi cela correspond, mais je valide. Pour la première fois, je prends mon ticket de train dans la catégorie sleeper, où une banquette est sensée m'être attribuée. Manque de chance pour moi, la liste d'attente ne bougera pas, et je me retrouve... sans siège. Il est 21h à Agra, et le train doit arriver à 8h à Varanasi... Pas très content, limite bougon, je décide de chercher un autre wagon où je pourrais, au moins, me trouver une place assise, quand... le train démarre ! Ni une, ni deux, je saute dans le premier wagon devant moi, le plus bondé.... c'est même difficile de tenir debout ! Je maudis ciel et terre, je repense à mon premier wagon avec nostalgie. Les Indiens se demandent ce que je fous là, avec mon gros sac sur les pieds. Le train ralentit. Je saute en dehors et je repars à l'assaut de mon premier wagon, que je ne retrouve pas. Mais, cette fois, avec de la chance, j'ai une place assise ! Au prix d'une couchette, mais qu'importe ! Et, sur les coups de 2-3 heures du matin, une famille m'ayant pris en pitié m'offre une couchette alors qu'elle s'apprête à descendre. Le train arrivera à Varanasi avec 6 heures de retard. J'ai faim. J'ai soif. Je suis sale. Bref, je suis prêt pour cette ville que l'on m'a plusieurs fois contée comme l'enfer indien, à tel point que j'ai vraiment hésité a venir.

Mon hôtel est dans le coin le plus touristique de la ville, qui est interdit aux voitures (et c'est quand même bien sympa pour le piéton que je suis !). Qu'est-ce qui se cache à Varanasi (ou Bénares, son autre nom) ? Le fleuve sacré, long de 2 510 kilomètres : le Gange.

Varanasi, le dernier voyage

Je longe le cours d'eau à plusieurs reprises au cours de mon séjour (c'est la seule vraie chose à faire ici). Je m'assois notamment près d'un temple plus connu que les autres, le Ghat de Manikarnika, d'où une fumée semble s'échapper. Je reste là plus d'une heure, en essayant de comprendre. Il y a des piles de bois, sur la rive, et dans les bateaux accostés. Ca s'agite. Un corps apparaît sur un brancard, porté par 4 Indiens. Il est déposé sur la pile de bois. Après plusieurs soins, un religieux débute une cérémonie. Il a de la paille ou du foin dans la main, et ça fume. Essaie-t-il de débarrasser cet homme de ses péchés ? C'est la purification du corps. Il remue sa main, une flamme apparaît, et il glisse l'ensemble dans la pile de bois. Le corps s'enflamme.

A Varanasi, il y a deux crématoriums à ciel ouvert. Les cérémonies s'enchaînent, et je peux compter jusqu'à 9 bûchers en même temps. Après plusieurs dizaines de minutes, l'homme est devenu cendre et poussière. Le groupe revient, un vase à la main. Il verse l'eau du Gange pour éteindre les braises. Il jette le vase, et tout le monde s'en va.
Autour, des vaches sont occupées à manger les fleurs de la cérémonie, des boeufs se défient, et il y en a même qui tentent de copuler. Des chiens aboient. Une musique retentit. Une nouvelle cérémonie débute. Le décor est saisissant et représente magnifiquement l'Inde : des traditions ancestrales mélangées à un bordel sacré...

Varanasi, le dernier voyage
Varanasi, le dernier voyage

A Varanasi, il faut faire une croisière sur le Gange. J'opte pour celle de fin de journée, quand le soleil est assez descendu, afin de voir les cérémonies depuis le bateau. Le fleuve est moins sale que ce que j'attendais, même si j'ai côtoyé le corps flottant d'un chien. La ville était 417ème au classement des villes les plus propres d'Inde en 2014, elle est classée 32ème aujourd'hui (ça rassure pas vraiment sur les autres !) De ce fait, je n'ai pas vu ou senti l'apocalypse à Varanasi. J'ai même apprécié ce lieu, malgré la propension des locaux à vouloir me faire prendre toutes sortes de drogues. Si la culture hindoue vous intéresse, c'est le lieu à visiter en Inde, celui du dernier voyage pour les Indiens. C'est d'ailleurs la ville qui accueille le plus grand nombre de pèlerins du pays. Des cérémonies religieuses ont lieu le soir sur les rives du fleuve, avec une grande audience. Je ne m'y sens pas vraiment à ma place. Je quitte cet endroit. Je quitte ce pays. Au revoir, Inde. Et merci.

Varanasi, le dernier voyage
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10 mai 2017 3 10 /05 /mai /2017 02:47

Sardar Market Cirdikot. Clock Tower, Jaipur. Devant moi, des étals à n'en plus finir, des motos se frayant un chemin, et des milliers d'Indiens, vendant, achetant, négociant, ou se baladant. Il y a un homme avec un bonnet (alors qu'il doit encore faire 38 degrés à 17 heures !). Il y a les saris, orange et vert, rose et vert, jaune et rouge, seulement du rose, du noir ça et là. Il y a les bijoux, sur les poignets, sur les chevilles, au niveau du nez. Il y a une multitude de couleurs. Il y a des sourires. Il y a des cris. Il y a les enfants. Il y a bien 1 000 visages. Et, pourtant, aucun ne sera dans mon appareil photo.

 

C'est un débat que j'ai avec moi-même à chacun de mes voyages : dois-je prendre en photo les gens ? Pas seulement en toile de fond d'une photo de monuments ou de paysages, je veux dire que la personne soit le sujet de la photo ? D'un côté, il y a cette envie de capturer ces traits, et, de l'autre, la volonté de ne pas interférer dans l'espace privé. 

Je ne pense pourtant pas que les Indiens aient des problèmes avec le fait de les prendre en photo. C'est en Afrique que ça gênait le plus (même en toile de fond d'un paysage urbain). Ici, je l'ai déjà écrit, la jeune génération indienne (et pas que) est fan de selfie ; et on se prendrait même en photo avec un cendrier. Néanmoins, ma ligne de conduite reste la même, pas de photo des gens que je croise dans la rue. Plusieurs raisons.

La première, c'est que je refuse moi-même toutes les sollicitations de photo ou autre "selfie" de la part des Indiens. Je suis assez strict sur ce sujet, je me vois mal dans ces conditions demander des photos aux locaux.

La seconde, c'est l'impossibilité de prendre une photo naturelle, de l'instant, s'il on s'en tient aux règles : il faut d'abord demander avant de prendre une photo de quelqu'un. Demander a posteriori me semble déjà franchir la porte d'une maison et demander si l'on peut entrer...

La troisième raison, la plus importante aujourd'hui selon moi, c'est le fait de partager cette photo. Car si je prends la photo et qu'elle reste dans mon appareil, cela ne pose pas vraiment de problème. Mais, si après avoir demandé et pris la photo de quelqu'un, je la partage (en petit comité ou, pire encore, sur la toile), cela pose la question de la vie privée. J'ai beau avoir demandé avant de prendre la photo, je n'ai pas demandé "je peux te montrer au monde entier, tu as une tête qui est bien sympathique ?". C'est quelque chose qu'on ne ferait peut-être même pas avec nos amis (taguer sur Facebook sans demander est de moins en moins la mode). Alors, parce que c'est un Indien qui vit à l'autre bout du monde, on s'autoriserait à la faire ?

Dans ces conditions, je m'abstiens donc, et c'est pour ça que les gens, les Indiens, les Sri Lankais, ne semblent pas vraiment exister en tant que tels dans mes photos. Mais ils restent dans mon cerveau ; et c'est peut-être la seule chose que je garde exclusivement pour moi dans mes voyages : les visages.

 

Attention, ce débat est loin d'être clos, Je rencontre beaucoup de voyageurs pour qui la population est le plus beau des sujets. Je comprends d'ailleurs cet attrait, mais je ne suis pas toujours d'accord avec les règles déontologiques utilisées (je sors les grands mots, mais j'ai quand même donné un cours d'éducation civique sur un sujet similaire !). Photos volées et partagées font trop souvent partie des mauvais comportements, me semble-t-il.

J'opte donc pour les photos de dos, ou de 3/4, au plus de profil. 

La vraie différence, c'est quand je passe du temps avec quelqu'un. Apres 15-20 minutes, à discuter, à rigoler, et si le visage m'est sympathique, je n'hésite plus à demander une photo. Ce n'est plus l'étranger, la barrière est ouverte : j'ai passé le seuil de sa maison, après avoir été invité.

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9 mai 2017 2 09 /05 /mai /2017 01:36

Il y a eu la Tour Eiffel. Les Pyramides. Big Ben. La tour de Pise. La Statue de la liberté, La Grande Muraille. Les temples d'Angkor. Le Taj Mahal s'ajoute à ma liste des monuments construits par l'homme qui, rien que par le nom, font apparaître une image. J'avais l'impression de déjà connaître le Taj Mahal avant de le voir, pour de vrai. Ce n'était pas le cas des forts ou palais du Rajasthan, de Mysore, ce n'était pas le cas des ruines d'Hampi. La sensation est de ce fait différente : la surprise n'est pas là ; et j'ai l'impression d'entrer dans une image, celle qui était accrochée au mur de ma chambre à Rennes. La photo avait été prise par mon ex-copine finlandaise, et elle a trôné devant moi pendant un an, avant de rejoindre le grenier, où elle doit toujours être posée quelque part. C'est cette photo qui trotte dans mon esprit alors que j'entre dans l'enceinte du palais. Les guides de voyage conseillent de venir aux premières heures de l'aurore ou en fin de journée. J'ai fait exactement l'inverse, puisque je suis la à midi ! La cagnard est là, et je me dis que les Indiens doivent l'être un peu moins. Pas manqué, je suis loin d'être bousculé, et le contre-jour n'existe pas. Et me voici dans ma photo.

Le Taj Mahal

Après les pyramides, voila un nouveau tombeau qui en jette aux vivants. De sorte à devenir immortel ?

Le Taj Mahal
Le Taj Mahal
Le Taj Mahal

Les inscriptions et la blancheur du marbre renvoient la pureté, celle-ci étant amoindrie à l'intérieur par des Indiens on ne peut plus bruyants. Le dedans est austère, et il ne faut pas s'attendre à des merveilles : des pièces blanches et vides, hormis les tombeaux au centre du grand dôme.

Autour du bâtiment principal, une mosquée, un temple et la porte d'entrée, l'ensemble se rejoignant par un haut mur d'enceinte. Au milieu, des petits jardins, fontaines, et autres verdures. Le lieu est agréable.

Le Taj Mahal
Le Taj Mahal
Le Taj Mahal
Le Taj Mahal

La vie à Agra tourne autour du Taj. Certes, il y a bien un beau fort, surtout de l'extérieur, mais c'est à peu près tout.

Le Taj Mahal

Les chauffeurs essaient bien de te vendre le "bébé Taj", mais c'est illusoire : rien n'est comparable au Taj Mahal. Ca sera le plus beau bâtiment de mon voyage indien, ça sera le plus grandiose, le plus "wouah", le plus avec des frissons sur les bras, le plus avec des larmes d'émotion qui te montent au-dessus des narines. Le Taj Mahal, c'est le point où je me dis que j'ai déjà réussi mon voyage.

Le Taj Mahal
Le Taj Mahal
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8 mai 2017 1 08 /05 /mai /2017 01:39

J'ai hésité avant de me rendre à Jaipur. Ce n'est pourtant pas très loin de Jodhpur (6h de train), et c'était sur ma route. Mais plusieurs personnes en avaient une souvenir contrasté, si bien que j'ai failli faire l'impasse. Et quel dommage ça aurait été !

Jaipur est la capitale du Rajasthan. Loin de Jaisalmer et ses 70 000 habitants, Jaipur rassemble 3 millions d'individus.... pas mal pour une ville fondée en 1727. Forcément, l'ambiance est différente ! Oui, la ville est un peu plus sale que les autres, et ça ne sert pas vraiment à grand chose de déambuler comme dans les autres colorées du Rajasthan. Ici, c'est plutôt la technique du Chinois : tu loues un tuk-tuk et tu fais les visites à la suite. Comme je sors de 3 villes découvertes à pied, ça ne m'a pas dérangé !


J'ai commencé par le quartier rose de la ville (aucun lien avec les quartiers rouges d'autres villes). Pourquoi est-ce rose ? Apparemment, la ville a été peinte pour la visite d'un roi anglais, et le rose serait la couleur de bienvenue ! Bon, pour moi, c'est plutôt un rose très saumoné, pas très loin du orange ! Mais c'est vrai que le centre-ville a une belle allure.

Jaipur l'assiégée

Ce bâtiment au premier plan, c'est le Hawa Mahal, le Palais des vents. Construit en 1799, il s'élève sur 5 étages. Bon, ne nous mentons pas, la façade est juste la plus incroyable que j'ai jamais vue !!!

Jaipur l'assiégée
Jaipur l'assiégée

Juste à côté, le Jantar Mantar est un observatoire astronomique. Il est classé au patrimoine mondial de l'Unesco, car il a été construit entre 1727 et 1733 ! Apparemment, les 17 instruments pourraient encore être utilisés aujourd'hui (même si l'humanité a fait quelques découvertes depuis). Donnant l'heure, la position des planètes, cadran équatorial le plus grand du monde... il y en a pour tous ! Dommage que l'audioguide soit compliqué à suivre (et surtout avec une voix criarde a étrangler un chat).

Jaipur l'assiégée
Jaipur l'assiégée

Pour une fois, j'ai esquivé le palais de la ville, car il n'était pas compris dans mon ticket groupé (et ce n'est pas le plus impressionnant). J'ai tout de même croisé le Jal Mahal, au milieu d'un lac. Dommage que le petit détail sur la gauche soit là, avec beaucoup d'amis....

Jaipur l'assiégée

Puis, c'est direction le fort d'Amber. Nous sommes ici à une dizaine de kilomètres de Jaipur, et Amber était la ville principale autrefois. Parmi tous les forts du Rajasthan, s'il faut en choisir un, ce serait lui. Le paysage autour, désert, puis un lac, puis deux autres forts au dessus, rend le lieu magistral. 

Jaipur l'assiégée
Jaipur l'assiégée

Surtout, le fort a ses propres jardins intérieurs, et, du fait de sa taille, on se retrouve souvent seul. Le soleil semble cogner la peinture, et le lieu fait vraiment abandonné en plusieurs endroits.

Jaipur l'assiégée
Jaipur l'assiégée
Jaipur l'assiégée
Jaipur l'assiégée
Jaipur l'assiégée
Jaipur l'assiégée

Vers la sortie, j'ai pris un tunnel qui passe sous le fort, et qui rejoint à l'intérieur d'un mur de fortifications le fort de Jaigarh. Et ce malgré les singes qui me regardaient de travers (et semblaient lorgner mes lunettes de soleil).

Jaipur l'assiégée
Jaipur l'assiégée

A Jaipur, il y a également possibilité de voir le temple des singes ou de faire une balade en éléphant, mais j'ai esquivé. A noter que dans l'internet café d'où j'écris ce récit, j'ai surpris le patron en train de regarder des vidéos pornos. Et je viens de voir dans l'historique de la veille "homme éjaculant dans un porc"..... d'accord, bon, que dire après ça.... Ah, si, je pars vers le Taj Mahal !

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