30 avril 2020 4 30 /04 /avril /2020 09:22

Quel est le sport tilquois ? Quelle est aujourd’hui la spécialité du village ? En y réfléchissant un peu, je me dis que Tilques fait partie du groupement de Saint-Omer rural en matière de football, et ainsi ma formation à l’ESSOR est assez symbolique. Avec des copains, nous avons aussi développé le FC Tilques, en mode football loisir. Ainsi, sans forcément nous en rendre compte, nous prenions la relève des footballeurs de la J.S.T., la Jeunesse Sportive de Tilques, créée en 1937. La plus vieille photo que je connais a été prise pendant la seconde guerre mondiale, en 1942. Est-ce le match pour les prisonniers de guerre datant de cette année-là dont je vous ai déjà parlé ? Peut-être. On y remarque le maillot violet frappé du sigle J.S.T., ainsi que Gaston Bonnet dans l’équipe (oui, le même qui a donné son nom au stade de Saint-Omer).

Dussaussoy Roland, Legrand Jean-Jacques, Tilques, la mémoire et l’histoire par les photos, 1999, p. 80.

Dussaussoy Roland, Legrand Jean-Jacques, Tilques, la mémoire et l’histoire par les photos, 1999, p. 80.

De gauche à droite, en haut : Roger Grébret (dirigeant), André Hermel, René Devos, Alfred Foulon, Emile Taine, Gaston Bonnet, Charles Roussel. En bas : Eugène Butin, Jean Evrard, Paul Macrel, Robert Demaretz, Gaston Auxenfants (capitaine).

 

Au niveau des surnoms, la source de cette photo me parle des « canotiers ». J’ai aussi vu à plusieurs reprises le terme de « carottiers ». Où se dispute ce match ? Au départ je pensais au centre du village mais je ne suis pas sûr que ce soit à Tilques. Imaginez, à l’époque, le fait d’aller à l’extérieur : pas de bus ou de voiture ! Toute l’équipe enfourche son vélo et 20 kilomètres plus loin vous allez parfois disputer votre match ! On comprend mieux l’avantage de jouer à domicile à cette époque !

A noter que le capitaine, Gaston Auxenfants, devait, comme beaucoup de jeunes hommes à Tilques, partir au S.T.O. pendant la guerre… mais il jouait au football avec le club et il s’est cassé le pied. Plâtré, il échappe ainsi à l’Allemagne ![1]

 

La J.S.T. s’arrête aux lendemains de la seconde guerre mondiale (la dernière photo en ma possession date de 1948), puis est refondée vingt ans plus tard, à priori en 1969. C’est l’idée de Gaston Auxenfants, devenu président, qui monte une équipe avec ses deux fils Philippe et Jean-Luc pour base. Le maillot est rouge et noir, sur le modèle de Nice. Deux équipes existent : les cadets et les seniors. Ceux-ci ne sont pas toujours au complet et il faut que des jeunes viennent les renforcer régulièrement.

Le maillot de Didier Helleboid

Le maillot de Didier Helleboid

  Football, sports sanglants et jeux bizarres de ducasse

De gauche à droite, en haut : Philippe Auxenfants (cap.), Joseph Sciacaluga, Manuel Wanwinck, Gilles Bayard, Hervé Beauchamp, Michel Fardoux, René Barrère.

En bas : Michel Leroy, Daniel Toupiole, Didier Helleboid, René Mesmacre, X (Houlle), Joël Dive.

 

Le terrain se trouve au croisement de la rue de la Croix et de la rue du Château. Aujourd’hui c’est une pâture. A l’époque c’est…. aussi une pâture ! En début de saison, « tous les ans on allait avec la faucheuse, puis le rouleau et enfin une machine à carottes qu’on utilisait pour marquer le terrain avec de la chaux »[2]. « Sur le terrain, il fallait enlever toutes les bouses de vache avant le début du match car Legrand laissait là ses bêtes le reste de la semaine »[3]. Pour Francis Doyer, qui vient souvent faire l’arbitre, « un seul club avait ce fonctionnement-là ! ». Et pour cause, imaginez un vestiaire dans les locaux de la MJC, à… 1 kilomètre du terrain ! « Pas de douche, un bac d’eau dehors, on se lavait avec les gouttières qui arrivaient »[4]. Quelques entraînements pendant les vacances et c’est tout (les joueurs travaillent ou sont en étude). L’équipe monte toutefois rapidement en troisième division, et rencontre alors des clubs comme Blendecques, Esquerdes, Hallines, Dohem, Quiestède, Roquetoire, Saint-Martin-au-Laert ou Watten. Le village vient voir ses enfants, et doit pour cela payer l’entrée ! « Il y avait une ambiance particulière, on ne jouait pas pour gagner ou pour monter de division, on jouait pour se retrouver le dimanche »[5]. C’est cette bonne ambiance qui reste dans les récits, et certains regardent encore parfois leur ancien maillot avec un petit pincement au cœur.

Après le match, on se retrouve chez Sailly pour une 3ème mi-temps qui restait toujours saine. Le club reste confronté à des problèmes d’effectifs (les fermiers sont très occupés, les jeunes partent à l’armée et/ou en étude) et une fusion a alors lieu avec Moringhem en 1972. Elle dure jusqu’en 1976 avant la fondation de l’ESSOR en 1977.

 

Un autre sport voit aussi son équipe se développer, c’est le ping-pong ! Cela se passe au début de la décennie 1990, via le foyer rural (créé en 1981). Pendant trois ans les pongistes tilquois vont affronter les joueurs d’Eperlecques, de Quercamps, de Blendecques, de Wizernes ou encore de Saint-Martin-au-Laërt. Parmi eux : Jean-Jacques Leblond, Arnaud Devos, Frédéric Huyart, Anthony Delattre (peut être aussi Frédéric Fournier). Ils sont encadrés par Claude Revel et Jean-Jacques Legrand. L’expérience ne s’inscrit toutefois pas dans la durée en raison des effectifs (il fallait être 3 minimum pour une équipe) et des problèmes logistiques (trouver des voitures à chaque match !).

 

Pas dans la durée non plus mais j’ai des bons souvenirs : les 10 kilomètres de Tilques (ou du château de Tilques) ! Le projet est monté par Xavier Dassonneville (Association Défi Frangins Aventure) et semble dater de 1991 (9ème édition en avril 1999). 3 tours du village, une animation devant l’école, des courses pour les enfants (notamment un 1,5 kilomètres il me semble). L’événement amène du monde dans le village (272 participants en 2000, pour ce qui semble être la dernière édition).

18 avril 1999

18 avril 1999

Le village voit aussi la création d’un tournoi de pétanque. Un groupe se met en place au sein du foyer rural au milieu de la décennie 1990 (Jean-Paul Lambert en est le responsable en 1996), le tournoi se déroulant mi-août. Un tournoi de tennis a également lieu à cette époque.

 

Il existe aussi, via le foyer rural, du tir à la carabine, à l’arc et au javelot. Là, par contre, c’est une vraie tradition. En effet, la Société des Francs-Tireurs de Tilques est apparue en 1892, et elle participe et organise de nombreux rassemblements de tirs. Les carabiniers tilquois semblent plutôt doués. Cette société semble prendre la suite du tir aux pigeons… vivants ! Nous sommes en 1887, et on annonce que le dimanche 28 août un grand tir aux pigeons aura lieu chez Cappe. Le journal local a une opinion tranchée sur le sujet : « il ne manquera pas d’amateurs pour le massacre des innocentes petites bêtes »[6]. La pratique est interdite en France en… 1976 ! Sans surprise, les jours suivants, le même monsieur Cappe annonce qu’il fait de la poule aux pigeons dans son cabaret !

Dans la même thématique, il y a un autre sport… enfin, c’est pas vraiment un sport… euh, bon, à vous de décider ! Les combats de coqs ! Ainsi, le 18 mai 1914, on annonce la tenue de combats au café de l’abattoir à Saint-Omer « contre la Société de Longuenesse et les carottiers de Tilques ». Décidément, le surnom de carottiers est utilisé dans tous les domaines ! J’ai retrouvé le gallodrome tilquois : un concours de combat de coqs est organisé dans le village, à l’estaminet Cappe-Dubois, le 15 mars 1908[7].

 

Dans l’ensemble le sport tilquois tourne beaucoup autour des animaux. Un autre « sport » concerne les chevaux, avec des concours hippiques. Tilques se fait un nom dans ce domaine au tournant du XXème siècle, avec le « Haras d’Ecou » : Henri Lelièvre, dresseur-entraîneur, vous propose dressage et entrainage [sic !] de chevaux. Plusieurs fois des Tilquois participent (et gagnent) des concours de pouliche et autres chevaux, surtout les familles… Legrand et Taffin de Tilques. Oui, l’équitation est un sport de famille aisée !

Le mémorial artésien, 27 décembre 1891

Le mémorial artésien, 27 décembre 1891

Pour les autres jeux, je les retrouve notamment les jours de ducasse. C’est quoi la ducasse ? (car tous les lecteurs ne sont pas du nord de la France) C’est la fête du village. A l’origine elle avait lieu en octobre (période monarchique). Après 1870 (j’ignore quelle année exactement), c’est devenu une fête en juillet, autour du 14 : un symbole républicain ! Ainsi, voici une description de la fête du 14 juillet 1912 : « rares étaient les maisons de la route nationale et des différents quartiers qui n’eurent pas arboré les couleurs nationales (…) la fête s’est continuée dans le marais comme cela a lieu tous les trois ans. A 3 heures ½ des bateaux magnifiquement décorés et pavoisés venaient chercher au rivage communal M. le maire et le conseil municipal ainsi que les nombreux curieux qui, attirés par le charme d’une promenade en bateau, escomptaient bien trouver au bord de l’eau un peu d’ombre et de fraîcheur. MM. Mièze Frédéric et Planquette Charles, conseillers municipaux du marais (…). Les joutes organisées ont commencé aussitôt. Jamais elles ne furent plus intéressantes, huit passes successives eurent lieu (…). D’autres jeux et le mariage flamand, scène burlesque qui amuse toujours, terminèrent la fête (…) qui se clôtura par un bal champêtre chez M. Dubont-Castier »[8].

Ah, le bal du village ! Un grand classique. Là où je suis un peu plus perdu c’est cette histoire de « mariage flamand », un jeu qui existe à l’époque (j’en trouve la mention entre 1890 et 1912) et dont on a perdu la trace (si vous avez l’info ça m’intéresse, même Google ne connaît pas !). Pour les joutes c’est quelque chose qui a existé il n’y a pas si longtemps (et que je voudrais bien revoir !). Il semble que les habitants du village soient des spécialistes dans ce domaine puisqu’ils participent à un tournoi dans le Haut Pont le 24 juillet 1895, ou organisent un match aller-retour en juin-juillet 1896 contre Salperwick[9]. Une association tilquoise encadre cette pratique : la société du sport nautique.

Le mémorial artésien, 17 juin 1895

Le mémorial artésien, 17 juin 1895

Ce document est intéressant car il évoque d’autres jeux. Ainsi les courses à l’escute ; ce dernier est un bateau du marais audomarois, des barques individuelles (ou pour deux personnes), pas forcément très stables, sur 5 mètres de long. J’observe aussi parfois des « courses en périssoires », ancêtres du canoë, que l’on retrouve sur le tableau de Caillebote (oui, l’art a aussi sa place dans cet article !).

Gustave Caillebote, Les périssoires, huile sur toile, 155 x 108 cm, 1895, Musée des Beaux-Arts de Rennes.

Gustave Caillebote, Les périssoires, huile sur toile, 155 x 108 cm, 1895, Musée des Beaux-Arts de Rennes.

Pour « la lutte norvégienne », voici une description contemporaine trouvée : « elle se pratique avec des coiffures spéciales. Les lutteurs se placent dos à dos. Les coiffures sont attachées avec une corde. Sur un signal, les deux lutteurs tirent chacun en avant jusqu’à ce que l’un deux soit amené sur le dos »[10]. En plus des joutes, je retrouve en juillet 1893 « le dentiste comique ». Là encore, c’est un mystère ! (peut-être un simple divertissement)

 

En remontant un peu plus loin, j’ai retrouvé les jeux du 28 août 1859 à l’occasion de la paix ! Quelle paix ? C’est la fin de la campagne d’Italie, la France est intervenue pour repousser les Autrichiens (la grande phase de l’unité italienne). Pour fêter ça, plusieurs jeux sont organisés à Tilques, tels que la course au cochon, le mât de cocagne et le jeu d’oie. Après ces divertissements il y a un grand bal champêtre. Pour la course au cochon et le jeu d’oie, je mise sur des sortes de tiercé, avec peut-être le gagnant qui remporte la bête (ma sœur a gagné un lapin un jour de ducasse de cette façon). Pour le mât de cocagne, vertical ou horizontal, l’objectif est d’aller récupérer des objets.

Mât de cocagne, MUCEM, 1990.39.19

Mât de cocagne, MUCEM, 1990.39.19

Plus récemment, dans mes ducasses, ça partait aussi un peu dans tous les sens (en plus des manèges et autres des forains) : tournoi de football, balade en calèche, vélos fleuris (petite pensée à Alexandre dans mon fossé avec son vélo), concours de déguisements pour enfants, course de sacs, baby-foot humain, combat du sumo, rodéo mécanique, ventriglisse ou encore le tiercé à poneys (où j’ai rassemblé deux photos de mon père, la première où il passe en tête, la seconde où il va tomber !). Le soir de la danse country, danse traditionnelle, du karaoké, un orchestre pour danser, la retransmission des matchs (en année de Coupe du monde ou d’Euro) et bien sûr le feu d’artifice !

  Football, sports sanglants et jeux bizarres de ducasse

J’ai aussi connu les intervillages comme celui organisé à Tilques dans la pâture de Philippe Dassonneville au tournant de la décennie 1990. J’ai retrouvé des traces vidéos d’un autre, le 26 juillet 1992, à Bonningues les Ardres. Il rassemble le village local vs. Tilques vs. Nordausques vs. Tournehem. J’y vois notamment un jeu où on doit attraper des truites, un relais enfant mélangeant course avec une roue de vélo et montée à la corde, un tir à la corde entre les hommes forts… on m’a d’ailleurs raconté que les hommes du village s’entraînaient au tir à la corde en face d’un… petit tracteur des Wavrant ![11] Le dernier jeu, le plus spectaculaire, était une traversée de piscine où il faut éviter les tirs de l’équipe adverse. J’ignore qui a gagné mais ce n’était pas le plus important ! D’ailleurs mes jeux préférés restent ceux quand il y a de l’eau ! Je termine donc avec une bataille de polochon au-dessus d’une piscine lors de la ducasse 1996 !

 


[1] Interview Colette Lemaire-Auxenfants, 29 avril 2020.

[2] Interview Didier Helleboid, 28 avril 2020.

[3] Interview Philippe Dassonneville, 26 avril 2020.

[4] Interview Philippe Dassonneville, 26 avril 2020.

[5] Interview Didier Helleboid, 28 avril 2020.

[6] Le mémorial artésien, 28 août 1887

[7] Le mémorial artésien, 23 février 1908.

[8] Le mémorial artésien, 20 juillet 1912.

[9] Le mémorial artésien, respectivement 15 juillet 1895 et 14 juillet 1896.

[10] PETROV Raïko, L’ABC de la lutte, FILA, 2003.

[11] Interview Philippe Dassonneville, 26 avril 2020.

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26 avril 2020 7 26 /04 /avril /2020 16:51

Je vous ai déjà dit que j’ai été pompier ? Oh, seulement deux fois, alors que des proches avaient déclenché des incendies : la première fois chez moi, à Tilques, alors que mes sœurs avaient mis le feu à la friteuse ; la seconde en Guyane, quand mon petit voisin avait fait de même à... une carcasse de voiture ! A une autre époque,  j’aurais donc pu être un pompier de Tilques…

 

Des pompiers à Tilques ? Je ne connaissais pas cette information il y a 10 ans. Mais en 2013, devant l’école communale, s’est construit un petit hommage aux soldats du feu : le local d’exposition de la pompe à bras. A l’intérieur, une pompe à incendie restaurée et une photo des soldats du feu datant de 1933.

Les Sapeurs-Pompiers en 1933

Les Sapeurs-Pompiers en 1933

En haut, de gauche à droite : Albert Delozière, Abel Duvivier, Désiré Delozière, Abel Deufour.

3ème rang : Henri Portenart, André Loingeville, Alix Delannoy, Jules Dubout, Omer Sailly, Gaston Bertin, Omer Delannoy, Pierre Sailly.

2ème Rang : Léon Delaunay, Eugène Chaput, Adrien Loisel, Gaston Cappe, Adrien Helleboid, Léon Huyard, André Lahaye, Julien Dubout.

1er Rang, en bas : Jules Mièze, Victor Dalenne, Victor Lefebvre, Joseph Sailly, Lieutenant Benoit Regnier, Sous-Lieutenant Edouard Cappe, Auguste Lurette, Casimir Lefebvre.

 

Un document m’y raconte une petite histoire : un corps de sapeurs-pompiers communaux est créé en 1902, sous la conduite d’un lieutenant. « Elle comptait en outre un sous-lieutenant, deux sergents, quatre caporaux, un tambour et 2 clairons ».

Voilà mon information de base. Direction les archives du village. J’y retrouve la fondation : ils sont 48 volontaires qui s’engagent pour 5 ans. Leur drapeau est… béni dans l’église de Tilques le 9 novembre ! Ils manœuvrent et font des exercices une fois par mois. Une histoire de famille à sa tête, puisque le 1er lieutenant est Ovide Dassonneville, tandis que son sous-lieutenant est… Eugène Dassonneville ! Oui, mon brasseur !

Je retrouve aussi la trace d’une intervention : les 24 et 25 septembre 1946, avec la ferme Grébert qui est en feu. 25 pompiers sont mobilisés pour éteindre l’incendie. Il y a aussi dans le dossier une « médaille d’honneur des sapeurs-pompiers » décernée à Gabriel Viniacourt en 1946 (je ne sais pas trop ce que ça fait là !)[1].

Au feu ! Les pompiers tilquois

Là je peux m’arrêter en me disant « c’était sympa ces infos ! ». Ou alors je vais chercher un peu plus… direction les archives de la presse locale ! Le mémorial artésien est disponible à la bibliothèque de Saint-Omer (et en ligne) et il couvre une partie de cette période. Peut-être vais-je y trouver d’autres interventions des pompiers tilquois…

Bingo ! Ainsi je retrouve plusieurs incendies qui touchent des meules de foin, mais aussi les étables d’Isère Flament le 15 juillet 1902, le 14 février 1903 la ferme Stopin, le 16 mars 1904 l’écurie d’Amand et Louis Beauchamp, en avril 1904 chez Pouchain-Roere, le 17 juillet 1905 la ferme de Marie Pruvost, le 15 novembre 1905 la grange appartenant à M. Beauchamp… oui, sacré rythme ! 6 incendies en trois ans et demi, on comprend mieux la création du corps des pompiers, qui ne chôment pas. Ils n’interviennent d’ailleurs pas que dans le village : je les vois aussi à Saint-Momelin pour l’incendie d’un double hangar au cours de l’été 1906. Retour à Tilques en 1911, un feu détruit la ferme de M. Caffray, agriculteur[2]. Comme on peut le remarquer, nous sommes à une époque où les agriculteurs forment la majorité de la population. Et l’incendie est LA phobie : c’est perdre le bâtiment, les récoltes, les bêtes…

 

Ça y est, j’ai terminé. Ou alors… et si la compagnie ne datait pas de 1902 ? Et c’est là peut-être la clé du bon historien : déconstruire ce que l’on pense savoir, et chercher d’autres sources. Et c’est ainsi que l’histoire des pompiers tilquois va reculer de 35 ans !

 

Commençons cette histoire en 1834, le 6 octobre pour être précis. A cette date, il n’y a pas encore de pompiers ou de pompes à Tilques. Et un très grand incendie ravage quatre maisons du village en ce jour de ducasse. Je vous mets le récit complet car il est intéressant.

Le mémorial artésien, 9 octobre 1834

Le mémorial artésien, 9 octobre 1834

Un article mi-accusateur mi-paternaliste, rejetant presque la faute de cet incendie sur les habitants et leur demandant clairement de mettre en place eux-aussi, comme à St-Martin, une compagnie de pompiers ! Le feu de Tilques semble émouvoir jusqu’en haut-lieu, car le ministre du commerce accorde un secours de 365 francs et le roi lui-même, Louis-Philippe, accorde sur ses fonds particuliers une somme de 200 francs.

Une souscription est mise en place dans les villages alentours en faveur des incendiés de la commune (355 francs à Saint-Martin-au-Laërt, 82 francs à Salperwick, etc).

Le mémorial artésien, 16 novembre 1834

Le mémorial artésien, 16 novembre 1834

Il s’en suit trois décennies d’incendies où la population ne peut pas faire grand-chose. Le 15 février 1841 la maison de Pierre Delattre, cabaretier, est totalement détruite. On signale en 1850 et 1851 deux incendies de maison. En 1857, des enfants jouaient avec des allumettes et mettent le feu à la maison occupée par une veuve route de Serques.

Histoire un peu plus bizarre le 16 décembre 1858 avec l’incendie d’une petite maison, habitée par une veuve et sa fille. L’ensemble est totalement pris par les flammes. Or, la maison était assurée depuis peu, à une valeur de 600 francs, quand le propriétaire l’avait achetée 400 francs. Quelques jours plus tard, la justice débarque et le propriétaire est embarqué, soupçonné d’avoir lui-même mis le feu à la maison ![3] En 1859, pas de soupçon car c’est la foudre qui tombe sur une grange et la consume.

Une petite évolution arrive au cours de l’été 1863, alors qu’un incendie détruit complètement la ferme Alfred Bouvard, le meunier du village : s’il n’y a pas de pompe, il semble que l’usine Legrand amène de l’eau[4].

C’est au cours de l’été 1867 que j’observe pour la première fois l’action des pompiers tilquois. Et… ce n’est pas pour un incendie dans le village mais chez nos voisins de Salperwick ! Leur intervention serait d’ailleurs passée inaperçue si le maire de cette commune n’avait pas pris lui-même la plume pour remercier nos pompiers d’être venus.

Le mémorial artésien, 29 juin 1867

Le mémorial artésien, 29 juin 1867

« La première fois qu’ils se sont trouvés au feu ». Ainsi, la compagnie des pompiers de Tilques a dû être fondée en 1866 ou 1867. Son premier lieutenant est dénommé l’année suivante, c’est un… Bédague ! Je retrouve nos soldats du feu dans d’autres villages, comme à Serques ou à Saint-Momelin, en intervention en 1868, 1875 et 1890. A Tilques, le 4 juillet 1885, un incendie détruit totalement la maison des époux Petit, cantonnier aux chemins de fer quand le 7 mars 1888, les récoltes, les instruments de culture et les bâtiments d’hébergeage de la ferme occupée par Charles Lurette, sur la route nationale, sont détruits.

 

Néanmoins, il existe peut-être un petit problème technique révélé par l’incendie du cabaret de Désiré Grébert sur la place de Tilques le 26 mai 1887 : « on nous dit que Tilques ne possède pas de pompe à elle ». Des pompiers sans pompe ? Est-ce donc possible ? C’est que « la pompe fournie par l’usine de M. Legrand, fabricant de sucre, a été d’une très grande utilité ». Alors il existe bien une pompe pour lutter contre les incendies dans le village mais elle appartient à une structure privée, la distillerie Legrand. Tiens, mais qui est le maire en cette année 1887 ? Adolphe Legrand…

 

Est-ce suffisant pour protéger son plus grand bien ? Non. Car l’incendie le plus impressionnant date sans doute du 24 avril 1890 où, dans la nuit, la distillerie Legrand part en fumée. On parle tout de même d’un bâtiment sur 3 étages, de 80 mètres de long sur 46 mètres de large, « de la meunerie où se trouvaient entassés dans d’immenses greniers, plus de 600 000 kilos de grains de toutes sortes : maïs, blé, fèves, avoine, etc., les flammes ont pénétré dans les germoirs de la distillerie. En quelques minutes, le bâtiment plein de liquides inflammables et de matières des plus combustibles, est devenu un brasier ardent duquel il était impossible et dangereux d’approcher. (…) que pouvaient les efforts de l’homme et les jets des pompes contre ces flammes d’huile, de graisse et d’alcool, d’alcool surtout ? Trois grands réservoirs placés à 10 mètres du sol projetaient au loin des flammes bleuâtres. C’était un spectacle grandiose »[5]. Pas sûr que le propriétaire trouva ça grandiose ! Face au feu les pompiers de Tilques, de St-Martin, de Salperwick, la pompe de l’usine Belin, deux pompes et les pompiers de Saint-Omer. Les dégâts sont énormes (mais l’usine est assurée). L’incendie est observé depuis la tour Saint-Bertin où le veilleur de nuit averti la police.

 

Ainsi, nous pouvons observer l’histoire des pompiers de Tilques, longue d’un siècle. Elle prend fin avec la dissolution de la section en 1967, à une époque où elle ne compte plus que 6 hommes, et où aucun volontaire ne souhaite alors remplacer le lieutenant Sailly, atteint par la limite d’âge[6]. Les coûts devenaient trop importants pour remplacer le matériel et confiance était donnée aux pompiers de Saint-Omer pour arriver très vite.

 

A noter qu’il y a aussi à Tilques une garde nationale ! Cette invention de la Révolution, qui va durer au niveau national jusqu’en 1870-71, est une milice de citoyens qui fait un peu la police. Ainsi, en 1831 :

Le mémorial artésien, 25 août 1831

Le mémorial artésien, 25 août 1831

C’est la seule fois où je l’observe, j’ignore si elle a existé dans la durée.

 

Enfin, qui dit pompiers dit aussi… bal des pompiers ! Ainsi le 28 septembre 1913 est organisée « la fête de corps » des pompiers de Tilques, avec le bal à 9 heures du soir chez M. Lefebvre-Devin, place de Tilques ![7] En septembre 1904 c’était un banquet chez Sailly-Mièze dont je vous retranscris ici le récit, à peine grandiloquent.

Le mémorial artésien, 29 septembre 1904

Le mémorial artésien, 29 septembre 1904

Mais est-ce qu’ils vendaient déjà leur calendrier ?


[1] Mairie de Tilques, Archives, Série H2, Dossier Sapeurs-Pompiers Communaux.

[2] Le mémorial artésien, 19 août 1911.

[3] Le mémorial artésien, 18 et 22 décembre 1858.

[4] Le mémorial artésien, 18 juillet 1863.

[5] Le mémorial artésien, 25 avril 1890.

[6] Mairie de Tilques, délibération du 8 septembre 1967.

[7] Le mémorial artésien, 28 septembre 1913.

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20 avril 2020 1 20 /04 /avril /2020 12:10

On dit souvent qu’il existait trois personnes essentielles dans la vie d’un village : le maire, le curé, l’instituteur. Vous allez voir que les trois sont parfois reliés ! Et, comme souvent à Tilques, c’est une belle histoire de famille !

 

J’ai décidé de commencer mes recherches à la fin de la période napoléonienne, avec Pierre Lurette, membre de l’université et adjoint à la mairie en 1812, qui est aussi l’instituteur entre 1814 et 1821. Il passe donc de l’Empire de Napoléon à la monarchie de Louis XVIII, dans une période très mouvementée de l’histoire de France. J’ai assez peu d’informations sur cette période à Tilques, je sais toutefois qu’il est remplacé par… son cousin, Auguste Caron ! A priori il prend sa fonction sous Charles X, en 1827, et il est recensé instituteur entre 1831 et 1862 ! Autant vous dire qu’il a dû en voir grandir des Tilquois, surtout vu les conditions de travail : en 1847 il est à la tête d’une « école de 102 élèves des deux sexes, dont quarante sont instruits gratuitement »[1]. Nous sommes alors au milieu du XIXème siècle, sous la monarchie de Louis-Philippe, et les conditions de travail sont un peu différentes d’aujourd’hui !

 

Son successeur, Augustin Leullieux, est sans aucun doute LE personnage important de ce chapitre. Il est instituteur suppléant en 1862, le suppléant d’Auguste Caron donc, et il se marie avec… Marie Caron. A nouveau, ça reste en famille : Augustin Leullieux est le beau-fils de son prédécesseur (ils travaillent ensemble l’année du mariage).

Augustin Leullieux débute sa carrière sous l’Empire de Napoléon III, et la finit sous la IIIème République. Entre-temps, il a connu la défaite française face à la Prusse en 1870, la perte de l’Alsace-Lorraine, la mise en place d’une République dominée par… les monarchistes, puis son enracinement. Son rôle d’instituteur est essentiel, c’est le pilier de la politique des députés radicaux : alors que l’école n’est pas gratuite, ni obligatoire au début de sa carrière elle le devient avec la mise en place des lois Ferry : gratuité de l’enseignement primaire par la loi du 16 juin 1881, enseignement obligatoire et laïcité de l’enseignement le 28 mars 1882.

Augustin Leullieux s’installe aussi dans une nouvelle école… un don à la commune fait par les filles de Maximilien Legrand le 2 octobre 1874. Comme on le remarque, Adolphe Legrand est le maire à ce moment-là, et ce n’est pas qu’une école : c’est aussi la mairie.

Tilques, ses instituteurs.trices

Augustin Leullieux reste longtemps : plus de 30 ans ! Il voit passer de nombreux adjoints et suppléants. Ainsi, en l’espace de trois ans (1883-86) : M. Cordier part en 1883 pour Boulogne, M. Fournier arrive de la même ville et le remplace, M. Cressent arrive de Saint-Pol à l’automne, quand M. Pouchain part à Loos, M. Fermentel part en 1884 pour Carvin quand M. Gouble arrive du même endroit ; ce même M. Gouble part deux ans plus tard pour Thiembronne, remplacé par M. Delevaque, en provenance de Givenchy-en-Gohelle. C’est que l’instituteur adjoint ou suppléant est un travailleur précaire, déplacé au gré des envies d’une académie où le réseau est déjà très important.

En 1891, Augustin Leullieux est toujours recensé instituteur, avec Arthur Lefebvre en adjoint. Le 23 février 1893, alors qu’Alexandre Ribot préside le Conseil des Ministres, on dit de lui qu’il est en congé (pré-retraite ? il a 50 ans), et en février 1894 il devient instituteur honoraire.

Chose sans doute assez rare pour l’époque, on bénéficie d’une photo de classe ! A noter les quelques enfants qui ont la main dans la veste, pose très napoléonienne !

Dussaussoy Roland, Legrand Jean-Jacques, Tilques, la mémoire et l’histoire par les photos, 1999, p. 65.

Dussaussoy Roland, Legrand Jean-Jacques, Tilques, la mémoire et l’histoire par les photos, 1999, p. 65.

L’installation dans la nouvelle école-mairie a dû donner des idées à Augustin Leullieux, puisqu’il est ensuite le maire du village (en 1900 et de 1902 à 1912).

 

En 1886, dans la presse, on précise quelque chose à son propos : il est à la tête de l’école publique laïque de Tilques. Pourquoi le préciser ? C’est qu’à la même époque il y a une école privée, tenue par… des religieuses !

Je situe leur arrivée au milieu du XIXème siècle, car elles ne sont pas présentes en 1846 et je les trouve sur le recensement de 1851 : Ortense Bocquet et Constantine Lehercke sont religieuses-institutrices rue des Processions. Lors des recensements suivants on parle toujours du chemin T, l’actuelle impasse T, où se situe leur école mais aussi leur domicile. Plusieurs se succèdent à un rythme rapide : Célestine Lepine est présente entre 1856 et 1861, Appoline Varlet en 1861, Augustine Dormart entre 1871 et 1876, Léontine Maniez entre 1872 et 1876, Joséphine Lemaire et Elise Dumont en 1881.

On précise parfois que ce sont des religieuses de la Sainte Famille, une congrégation féminine enseignante créée en 1816 dans l’Aveyron et qui reçoit l’approbation pontificale en 1875.

La plus connue à Tilques est Madame Sœur Bellet, Madeleine de son prénom, qui est institutrice privée entre 1890 et 1921. Léonie Rousselle est son adjointe en 1906. Je n’en trouve plus la trace en 1926.

L’école des sœurs en 1907.  Dussaussoy Roland, Legrand Jean-Jacques, Tilques, la mémoire et l’histoire par les photos, 1999, p. 64.

L’école des sœurs en 1907. Dussaussoy Roland, Legrand Jean-Jacques, Tilques, la mémoire et l’histoire par les photos, 1999, p. 64.

Quelque chose frappe sur cette photo : on ne voit quasiment que des filles. Est-ce que les sœurs ne sont que des institutrices pour les filles ? En fait non, car je dispose d’une autre photo, datant de 1915, où on observe la présence de garçons. Pour se rendre dans l’école, on passe alors par l’ancien chemin Larivière.

L’école des Sœurs en 1915.  Dussaussoy Roland, Legrand Jean-Jacques, Tilques, la mémoire et l’histoire par les photos, 1999, p. 66.

L’école des Sœurs en 1915. Dussaussoy Roland, Legrand Jean-Jacques, Tilques, la mémoire et l’histoire par les photos, 1999, p. 66.

Dans l’école publique, Augustin Leullieux est remplacé en 1893 par Edouard Dauthuille, en provenance de Magnicourt-en-Comté. Ce n’est pas un jeune, puisqu’il est le doyen d’âge des instituteurs du canton en 1899. Il est encore présent en 1906 (et doit partir à la retraite autour de cette date). Avec lui, je retrouve M. Deneux en tant que titulaire-adjoint : il arrive de la fosse n°1 de Bruay en octobre 1894 (c’est la date de la rentrée, l’année scolaire finit au 14 juillet… à croire que c’est calqué sur les moissons !) en remplacement de M. Lefebvre parti à Rollez-Verchocq. Mr Dauthuille est accompagné de M. Capet entre 1895 et 1904 (il arrive de Calais, devient titulaire en 1899 et part pour Bellebrune), et d’Hector Seigre en 1906.

En 1897, petite information intéressante : « le musée scolaire de l’école de garçons a reçu les dons suivants : […] les matières premières servant à la fabrication du savon des Princes du Congo, […] des échantillons de cacaos, sucre et vanille, entrant dans la fabrication de leurs chocolats »[2]. Intéressant car l’idée d’un musée scolaire est plutôt sympa, et que cela confirme donc qu’il existe une école de garçons. Et qui dit école de garçons dit école de filles…

Bibliothèque d’Agglomération du Pays de Saint-Omer, 40 Fi 2423.

Bibliothèque d’Agglomération du Pays de Saint-Omer, 40 Fi 2423.

L’image ci-dessus est datée de 1907. L’école des filles (« le gîte » comme on l’appelle encore parfois aujourd’hui) est toute récente : c’est Agénor Taffin de Tilques qui vend ce terrain du Brunevert à la mairie pour la construction d’une école de filles début 1906[3].

Jusque-là, je n’ai pas trouvé d’institutrice publique (aucune sur le recensement de 1906). A l’automne 1910, je vois Melle Bouchez et l’année suivante Mme Leclercq. Les deux restent une année (la seconde part pour Blendecques). Ce sont les arrivées de leurs remplaçantes, Berthe Cavry en 1911 et, en provenance de Seninghem, de Marie Grare en 1912, qui vont donner au village leurs « vraies » institutrices, de celles qui durent et qui marquent une génération complète. La première est encore là en 1921, la seconde est présente en 1932 ! Elle côtoie en 1926 Henriette Février et en 1932 Melle Grege. Celle-ci est toujours là en 1945, et on se souvient qu’elle arrivait de Moulle avec un grand vélo !

L’école des filles en 1932. A gauche Mme Grare, à droite Melle Grege.  Dussaussoy Roland, Legrand Jean-Jacques, Tilques, la mémoire et l’histoire par les photos, 1999, p. 63.

L’école des filles en 1932. A gauche Mme Grare, à droite Melle Grege. Dussaussoy Roland, Legrand Jean-Jacques, Tilques, la mémoire et l’histoire par les photos, 1999, p. 63.

Dans le même temps, quelques mètres plus loin, les garçons rencontrent Aristide Pette, qui sera présent entre 1911 et 1926 (il est le directeur à cette date). Avec lui M. Bernard, instituteur adjoint au printemps 1912 en provenance de Lens, Léon Huyart en 1913, puis Paul Souillez. En 1931, c’est Gustave Défossez qui est recensé comme l’instituteur.

Le bâtiment n’a pas tant changé que ça : des volets habillent les fenêtres, quelques arbres et plantes supplémentaires, une cour fermée bien sûr et, tout en haut du bâtiment, peut-être une cloche ?

Dussaussoy Roland, Legrand Jean-Jacques, Tilques, la mémoire et l’histoire par les photos, 1999, p. 16.

Dussaussoy Roland, Legrand Jean-Jacques, Tilques, la mémoire et l’histoire par les photos, 1999, p. 16.

Au tournant de la guerre, le directeur est Mr Merlier. Il est déjà présent en 1936, certains Tilquois ont encore aujourd’hui les souvenirs intacts : « j’écrivais de la main gauche, alors il fallait que je montre mes doigts et paf, un coup de règle ! »[4]. Anecdote amusante, on dit de lui qu’il était « très bien » avec la directrice de l’école des filles, Mme Belval ! Elle aussi est déjà présente en 1936.

L’école des filles en 1938-39, avec Mme Belval.  Dussaussoy Roland, Legrand Jean-Jacques, Tilques, la mémoire et l’histoire par les photos, 1999, p. 66.

L’école des filles en 1938-39, avec Mme Belval. Dussaussoy Roland, Legrand Jean-Jacques, Tilques, la mémoire et l’histoire par les photos, 1999, p. 66.

Un autre instituteur présent dans les années 1940 c’est Paul Barrère. Il est fait prisonnier et passe plusieurs années en stalag. Apparemment il a été poussé vers la sortie au début des années 1950. Il côtoie quelques années Monsieur et Madame Gariniaux, arrivés en 1950.

Dussaussoy Roland, Legrand Jean-Jacques, Tilques, la mémoire et l’histoire par les photos, 1999, p. 67.

Dussaussoy Roland, Legrand Jean-Jacques, Tilques, la mémoire et l’histoire par les photos, 1999, p. 67.

Ainsi, Monsieur Gariniaux est le directeur de l’école des garçons, Paul Barrère est son adjoint, quand Madame Gariniaux est la directrice de l’école des filles, avec Régina Obaton-Baude en suppléante en octobre 1952. Cette dernière s’occupe des filles du primaires et du CP mixte : « on était suppléant 5 ans, après on avait la chance d’être titulaire. Moi je n’ai fait qu’une école. Un adjoint de monsieur Hannotel, M. Balligant a fait 17 postes avant de le devenir »[5]. Madame Obaton habite dans le gîte de nombreuses années (ci-dessous une photo de 1957).

Dussaussoy Roland, Legrand Jean-Jacques, Tilques, la mémoire et l’histoire par les photos, 1999, p. 67.

Dussaussoy Roland, Legrand Jean-Jacques, Tilques, la mémoire et l’histoire par les photos, 1999, p. 67.

Après le départ à la retraite de Monsieur Gariniaux (vers 1964-5), c’est l’arrivée de Monsieur Sauvage, et, rapidement de Monsieur Ricard (un an), puis de Monsieur Hanotel (vers 1970) que l’on voit paraître avec une 4L charleston. Chez les filles, Madame Gariniaux prend sa retraite en 1967, alors qu’une classe est supprimée. Madame Obaton récupère alors ses classes (un niveau d’âge fait ainsi toute sa scolarité avec elle ![6]). Au milieu de la décennie 1970, avec la chute des effectifs, une seconde classe est supprimée (c’est la fin du baby-boom !). Madame Obaton reprend la section enfantine et le CP (ce sera encore ses niveaux en 1984, lors de son départ en retraite) quand Monsieur Hanotel prend les deux autres classes en mélangeant les filles et les garçons : c’est le début de la gémination.

 

La gémination. Voilà un mot que j’ai appris pendant cette recherche : c’est le fait de mélanger les filles et les garçons à l’école. Pour moi, cela me semble logique. Pour la génération de mes parents c’était tout nouveau… puisque ce sont eux qui ont connu ce changement !

Pourtant, en 1862, il y avait environ 25% d’écoles mixtes lorsque c’était la seule solution pour scolariser les filles. Officiellement, la cour de récréation était… non-mixte, avec une claire-voie pour séparer les enfants ! En 1886 il est précisé que la mixité s’applique en-dessous de 35 élèves. Pourquoi ne pas géminer ? L’objectif est d’éviter les trop nombreux échanges entre filles et garçons, éduqués très différemment au XIXème siècle, mais aussi d’éviter tout risque de « promiscuité entre instituteurs et élèves filles, particulièrement lors des récréations »[7]. Hum.

Pour Tilques une disposition particulière existe, elle date de 1874 : « la famille Legrand a fait don de l’école à condition qu’il n’y ait pas de gémination » [8]. Et cette disposition est encore bien en tête dans les années 1950, alors… qu’André Legrand est le maire de la commune ! La construction de l’école des filles en 1906, 100 mètres plus loin, facilite grandement cette non-gémination.

Pour les élèves, la situation paraît normale, et « quand on avait des contacts c’était l’évènement ! »[9]. En 1972, l’école est encore non-géminée.

Il faut attendre 1965 au niveau national pour que la mixité devienne le « régime normal de l’enseignement primaire » pour les écoles nouvellement construites, et 1976 pour tous les degrés d’éducation (loi Haby). A Tilques, il faut une délibération de la municipalité pour passer outre les vœux de la famille Legrand !

 

Concernant mes professeurs, j’ai débuté en primaire avec Mme Guillemant-Bonnet en maternelle (arrivée en 1988, part à la retraite en 2011), puis Mme Baudelle-Mametz ma grande section (elle arrive en 1990 et part en 1999). Pour mon CP-CE1-CE2 c’est avec Mme Blanquart-Bruge. Elle arrive en 1985, en remplacement de Melle Delton (restée une seule année), et s’occupe de la petite section jusqu’au… CE1 (Mme Hanotel vient l’aider en plus de gérer la cantine) ! C’est qu’il n’y a que deux classes à ce moment-là.  Avec la construction du lotissement les inscriptions décuplent et deux nouvelles classes s’ouvriront. Mme Bruge part du village en 2005. J’ai terminé ma période scolaire tilquoise avec Mr Hanotel en CM1-CM2, en 1998. Il partira à la retraite l’année suivante.

Tilques, ses instituteurs.trices

Enfin, pour les années 2000 :

- je retrouve Mme Hennon au CP à partir de 2002, puis Mme Bellivier à partir de 2012 jusqu’en 2017 (qui récupère CP-CE1-CE2 après la perte de la 4ème classe), remplacé par Mr Hébert (de grande section à CE1). Quant à Mme Hennon elle récupère les maternelles après le départ de Mme Guillemant jusqu’en 2014, c’est aujourd’hui Mme Duisant.

- Mme Bodart reprend les CE1-CE2 en 2005 avant Mme Carpentier (2008-2009) puis Mme Rufin-Severac (2011-2015).

- Pour les « plus grands », après Mr Hanotel ça bouge rapidement : Mme Helleboid-Jumelle le remplace une année puis Mme Castelain avant l’arrivée de Mme Martelle (présente au moins de 2002 et 2007), puis Mme Forget (2009-10), Mme Jeu (2010-11), Sophie Ghys (2011-2016), Mme Jeunot et Sylvia Damie (depuis 2017, en charge des CE2 au CM2).

Ça défile ! (on est loin des 30 ans d’Augustin Leullieux !) Mais il n’y a pas à dire, ils continuent de marquer le village !

 

[1] Le Mémorial artésien, 2 janvier 1847.

[2] Le Mémorial artésien, 20 juillet 1897.

[3] Le mémorial artésien, 9 avril 1906.

[4] Interview Daniel Bouton, 28 février 2020.

[5] Interview Régina Obaton, 17 avril 2020.

[6] Interview Chantal Bédague, 20 avril 2020.

[7] VERDET Anne, Quand l’école séparait les filles et les garçons à la récré, Theconversation.com, 4 octobre 2016.

[8] Interview Régina Obaton, 17 avril 2020.

[9] Interview Chantal Bédague, 20 avril 2020.

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10 avril 2020 5 10 /04 /avril /2020 22:55

Clairement j'aurais aimé être avec toi. Mais que veux-tu, la vie n'est pas toujours bien faite. Alors ce film géorgien que j'ai regardé hier, sur lequel nous aurions dû faire un débriefe intense de la situation en Abkhazie ou sur le principe d'un film où le premier dialogue a lieu à la 20ème minute et le second à la 53ème, je l'ai fait avec moi-même. Je suis sûr que l'histoire de Tilques t'aurait passionné. Bon, allez, va pour intéressé au moins. Tu m'aurais encouragé, souriant à chacune de mes petites découvertes, écoutant d'un air parfois distrait une histoire villageoise du 18ème siècle. Ah, et pour les apéros Skype/Messenger/Jitsi, tu aurais été à mes côtés, et on aurait ensuite analysé les réactions du chacun sur ce confinement (« elle n'a pas l'air de très bien le vivre », « hum, compliqué avec les enfants pour eux », « ce mec ne change pas »...).

 

Oui, mais voilà : je ne t'ai pas encore trouvé. Ou alors je t'ai vu passer, et je t'ai manqué. Pire encore, j'ai discuté avec toi, et je ne t'ai pas retenu. Pire du pire du pire : je suis sorti avec toi, et je t'ai largué. Bien fait ! Non, j'opte pour la première option. Alors cette lettre te fera rire, dans quelques mois. Un an. Deux ans ? Plus ?! Non, je n'irais pas plus loin !

 

Je tiens d'abord à te signaler que je n'ai pas croisé de filles entre 15 et 45 ans depuis bientôt 4 semaines, ce qui joue sur mon inspiration du soir. Et je viens de regarder une histoire d'amour sur un écran d'ordinateur, ce qui m'a rappelé que c'est au moins possible à la télé. Pour moi ? Hum, 2020, c'est mon année ! Je le répète, tel un slogan, pour m'auto-persuader et me rassurer, un peu (beaucoup ? Passionnément ? À la folie?). Et puis le confinement est arrivé, alors que j'allais te rencontrer à coup sûr et me voilà sur le bouton pause. Ça pourrait être pire, d'autres sont en cette période sur le bouton arrêt. Alors tu ne liras pas de plaintes. Juste un espoir. Je t'attends tu sais. Non, je te cherche. J'essaie des choses à l'encontre de mes principes, à contre-courant de mes idéaux. Je me dis que j'idéalise trop. On me dit que j'idéalise trop. Non, je ne t'idéalise pas. Je sais que tu seras comme je t'aimerai. On sera heureux tu sais, j'ai plein d'idées, d'envies, et tout sera naturel, facile. Ok, je t'idéalise. Mais je crois encore à la passion, je ne veux pas me résoudre à vivre sans Elle. Se poser, pour aimer. C'est la base. L'étincelle. Les papillons dans le ventre. Embrasse-moi. Trouve-moi.

N'aie pas peur

N'aie pas peur

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9 avril 2020 4 09 /04 /avril /2020 09:53

Les cabarets 

Non, n’imaginez pas le Moulin Rouge et ses danseuses. Les cabarets, ce sont les cafés jusqu’en 1914, on retrouve ensuite le terme d’estaminets. Y en avait-il beaucoup à Tilques ? On passe de 4 en 1836 à 15 cabarets pour les 813 habitants de la commune en 1936 ! Tilques serait-il un village de soiffards ?! « Ils revenaient de travailler, ils allaient tous là-bas. Après la route était bien mesurée ! Il allait comme ça (titubant) d’un côté à l’autre, c'était beau à voir »[1].

En observant une carte de la production et de la consommation d’alcool en 1936, on peut voir deux « points chauds » : la route nationale et ce qui est alors appelé « la place » (aujourd’hui en face de la mairie).

L’alcool à Tilques en 1936.  (en rouge les distilleries, en bleu les brasseurs, en vert les cabarets)
L’alcool à Tilques en 1936.  (en rouge les distilleries, en bleu les brasseurs, en vert les cabarets)

L’alcool à Tilques en 1936. (en rouge les distilleries, en bleu les brasseurs, en vert les cabarets)

Impressionnant ! Pourtant, en 1944, ils ne sont que trois à se déclarer propriétaires d’estaminets : Beauchamp, Veuve Lefebvre-Devin et Omer Sailly[2]. L’époque est particulière, elle ne reflète en rien la situation dix ans plus tôt.

 

Les cabaretier.ère.s en 1936[3] :

 

Sur la place, le cœur du village, l’institution Sailly. Une histoire de plus d’un siècle, avec Maximilien qui se déclare cabaretier entre 1846 et 1872. Son fils, Elie, reprend le flambeau en 1876, puis devient officiellement boulanger : c’est sa femme Delphine Mièze qui est la cabaretière entre 1891 et 1911. Mais ne nous y trompons pas : on se donne toujours rendez-vous « Chez Sailly », ou Sailly-Mièze, pour la ducasse ou les repas de francs-tireurs, comme il est bien précisé dans le journal local en 1904. 

Un village de soiffards : distilleries, brasseries et cabarets (2/2)

Le petit-fils Omer Sailly prend ensuite en main l’institution. Lui alterne les métiers dans les recensements : on le retrouve le plus souvent épicier (1926-1931) mais il est aussi… coiffeur en 1921 ! C’est sa femme Germaine Devos qui est officiellement la cabaretière entre 1921 et 1936. Cette institution se poursuivra jusqu’au début des années 1980, certains au village se souviennent du théâtre ou encore de la cantine faite pour les enfants du marais.

La place de Tilques vers 1950 : l’épicerie Sailly au premier plan, sur la gauche.  Dussaussoy Roland, Legrand Jean-Jacques, Tilques, la mémoire et l’histoire par les photos, 1999, p. 1

La place de Tilques vers 1950 : l’épicerie Sailly au premier plan, sur la gauche. Dussaussoy Roland, Legrand Jean-Jacques, Tilques, la mémoire et l’histoire par les photos, 1999, p. 1

La place du village au début du XXème siècle.  Dussaussoy Roland, Legrand Jean-Jacques, Tilques, la mémoire et l’histoire par les photos, 1999, p. 1.

La place du village au début du XXème siècle. Dussaussoy Roland, Legrand Jean-Jacques, Tilques, la mémoire et l’histoire par les photos, 1999, p. 1.

Cette carte postale est intéressante car elle est éditée par Sailly lui-même, ce qui prouve son importance. Son cabaret-épicerie est pourtant tout au fond, sur la droite, on visualise en fait beaucoup mieux le cabaret Beauchamp.

 

Alfred Beauchamp fait une demande d’ouverture de débits de boisson à la mairie en 1905. Il est alors cultivateur et ouvre son débit rue de la place, n°21. Il est également marchand de charbon et c’est sa femme Louise, née Baillart/Bayart, qui est officiellement la cabaretière en 1906, puis entre 1931 et 1936 (ils sont absents de la place sur les recensements de 1921 et 1926). En 1944, on évoque Marinette Beauchamp.

Alfred Beauchamp, Louise Baillart et leurs huit enfants (vers 1920).

Alfred Beauchamp, Louise Baillart et leurs huit enfants (vers 1920).

La famille Beauchamp ce n’est pas qu’Alfred, puisqu’en 1913, c’est Auguste Beauchamp, son frère, cabaretier, qui fait la même demande d’ouverture de débits de boisson[4]. Il existe pourtant déjà en 1911 sur la place à quelques mètres de là (n°22), avec Adèle Dusautois.

Auguste Beauchamp et Adèle Dusautois, non datée

Auguste Beauchamp et Adèle Dusautois, non datée

Enfin, le troisième cabaret historique de la place est celui de « Man Laure », officiellement Laure Lefebvre-Devin, femme de Léon Lefebvre. Il existe dès 1906 et continuera longtemps après la guerre 39-45. C’est le lieu où « tout le monde allait après la messe »[5].

Dussaussoy Roland, Legrand Jean-Jacques, Tilques, la mémoire et l’histoire par les photos, 1999, p. 6.

Dussaussoy Roland, Legrand Jean-Jacques, Tilques, la mémoire et l’histoire par les photos, 1999, p. 6.

A quelques mètres de là un autre cabaret existe en 1931 et 1936, il est tenu par Marthe Becques, femme de Alfred Dalenne. [actuelle maison Debrouck]

 

Rue de l’église, Maria Bonnet, épicière, faisait aussi estaminet. C’est aussi l’un des cabarets historiques du village puisqu’il est transmis sur trois générations : Maria l’obtient de sa mère, Amelina Dassonneville, mariée à Charles Bonnet, elle-même cabaretière en 1906 et 1911 au même endroit. Et ce cabaret sera transmis à sa fille, Nelly Grébert, dont le nom est resté pour désigner ce lieu.

« Chez Nelly »  Dussaussoy Roland, Legrand Jean-Jacques, Tilques, la mémoire et l’histoire par les photos, 1999, p. 75.

« Chez Nelly » Dussaussoy Roland, Legrand Jean-Jacques, Tilques, la mémoire et l’histoire par les photos, 1999, p. 75.

Le deuxième grand lieu de consommation d’alcool se situe sur la Nationale. Lieu de passage en plus d’être très habitée, « la grande route » comme elle est parfois appelée regroupe 4 cabarets en 1936. Le premier en venant de Saint-Omer est celui de Félicie Helleboid, femme de Victor Lefebvre. Il est situé sur la maison de Gisèle Bayard et existe entre 1911 et 1936. Officiellement, sur la devanture, c’est pourtant « menuiserie, charpente et charronnage » !

« Chez Lefebvre-Helleboid ».  Dussaussoy Roland, Legrand Jean-Jacques, Tilques, la mémoire et l’histoire par les photos, 1999, p. 4.

« Chez Lefebvre-Helleboid ». Dussaussoy Roland, Legrand Jean-Jacques, Tilques, la mémoire et l’histoire par les photos, 1999, p. 4.

Quelques mètres plus loin sur la droite, juste avant le « garage Auxenfants », se situe Chez Soinne. C’est Blanche Roussel, femme d’Elie Soinne, qui est recensée comme cabaretière entre 1921 et 1936.

 

Du même côté de la route, dans l’actuelle boulangerie, c’est Morel qui vous accueille dès 1906 ! Dans les faits c’est plutôt la femme de Félix, Sidonie Bièque, qui gère le cabaret.

 

Enfin, le plus connu, Chez Cappe ! On se situe aujourd’hui en face de la boulangerie (maison Delafollye), et c’est un des établissements les plus anciens du village : on peut s’y désaltérer dès 1881. Marie Dubois, femme d’Edouard Cappe, est recensée cabaretière entre 1906 et 1936. Le lieu est assez grand pour accueillir le grand bal des pompiers en 1908[6]. Il possède le cabaret le St-Arnould en 1878.

Le Mémorial Artésien

Le Mémorial Artésien

Revenons quelques mètres en arrière et tournons à droite, direction le château : une rue que je connais assez bien : la Rue de Zutpré ! C’est au croisement de la rue de l’Epinette que Julia Decalf, femme de François Leleu, est établie. En 1931, ouvrier agricole, il fait une demande à la mairie pour ouvrir un estaminet. Il est alors le locataire d’Eugène Dassonneville… brasseur ! A mon avis il n’allait pas loin pour chercher les boissons ! Je pense que ce café est aussi assez historique, puisqu’il semble être à la suite du café de Félicie Cappe-Régnier (Régnier travaillant pour Dassonneville). Le café est repris ensuite par Madeleine Vercoutre-Mahieu après la seconde guerre mondiale.

Aglaé Merlier, veuve Dercy. Là, j’avoue que je ne sais pas exactement où il se situe dans la rue (peut-être au croisement de la route de la Chapelle). Le cabaret existe dès 1926.

 

Direction la route de Serques maintenant, avec le lieu-dit la Bourse trouée. Deux établissements s’y trouvent. Le premier est en fait à côté de l’actuelle chapelle (croisement Route de Serques et Rue de la Croix, où la maison a brûlé récemment). Julia Dumaine, femme de Victor Brachet, est recensée cabaretière entre 1911 et 1936.

 

Un peu plus loin, juste avant le virage Hannotel, c’est l’établissement Fallet. Il est tenu par Florence Dusautois, femme d’Henri Fallet, entre 1904 et 1936 (repris par Loingeville ensuite).

 

Enfin, terminons avec le marais ! Du côté de la barque Broucke nous avons Henriette Dubois, femme d’Edmond Leulliette. Le café existe en 1931 mais à la Pontoise. A priori on se situe du côté du Grand Large, mais je ne sais pas replacer l’endroit exact.

 

Du côté du Lansbergue c’est plus facile car les établissements ont perduré après 1936, c’est le cas de celui de Julienne Lamotte, femme de Lionel Stopin, qui existe déjà en 1931. Il est situé juste après le camping, sur la droite (avec le petit moulin dans l’eau).

 

Pour le dernier, il vous faudra tourner à droite avant le pont de la Guillotine, direction le « café Pauline », de son vrai nom Apolline Canieux, femme d’Adolphe Mièze. Il est situé au bout du chemin.

 

Comme on le remarque ce sont souvent les femmes qui sont officiellement les cabaretières, les hommes ayant d’autres activités. Il n’empêche que le nom des cabarets reste plutôt associé au mari dans les récits des anciens du village : on va chez Sailly, chez Cappe, chez Beauchamp. Les exceptions existent toutefois (Man Laure, café Pauline et Chez Nelly).

 

Allez, je termine avec une liste de tous les cabaretiers.e.s trouvée dans les recensements précédents.

 

1931 Bourse trouée : n°4 Alixe Portenart, femme d’Alfred Boudry. Existe en 1921-1926.

Rue de Zutpré : n°3 Félicie Cappe, femme d’Arthur Régnier. Existe en 1921-1926.

1926 Place : n°17 Laure Delvallée, veuve ? Existe en 1921.

1921 La Nationale : n°11-n°12-n°13 Argentine Frénoy, femme de Jules Thomas. Existe en 1906-1911.

Rue de Zutpré : n°9 Marie Dumont, femme de Florentin.

La Pontoise : n°4 Elise Davion, femme d’Auguste.

Le Hebben (?!) : n°6 Marie Dubout, femme de Clovis. En 1906-1911, Estelle Castier, femme du même Clovis. Clovis Dubout, cabaretier au marais de Tilques en 1904

1911 La Nationale : n°9-10 Louise Leroy, femme d’Alfred Leclercq. Existe en 1891-1906.

n°33-36 Juliette Haudrechy, femme de Louis Beauchamp. Louis Beauchamp, cabaretier en 1904 (LMA). Le troisième frère ! Existe en 1906.

n°37-40-37 Estelle Bigourd, femme de Désiré Gauchez. Existe en 1891-1906.

n°44-47-45 Angèle Bigourd, femme d’Etienne Loisel. Existe en 1891-1906

Place : n°10 Georgina Bugnon, femme d’Alfred Goetgheluck

Rue de Zutpré n°2 Elise Boudry, femme d’Arthur Beauchamp (oncle des 3 frères)

n°9-15 Marie Debout, femme de Florentin/Eugène Dumont. Existe en 1906.

Châteaux et usines n°4 Maria Lecucq femme d’Abel Caron

1906 La Nationale : n°2 Marie Beauchamp, femme de Nestor Haudrechy

Place : n°10 Marie Viniacourt, femme de Pierre-Joseph Lenglet

n°19-18 Odile Fichaux, femme de Jules Dassonneville, existe en 1891.

n°25 Josse Cailliau

Rue de Zutpré n°3 Léonie Helleboid, femme de Félix Dusautoir

N°13 Marie Flament, femme de Léon Lefait

Châteaux : n°11 Maria Dufour, femme d’Ovide Regnier.

1891 La Nationale : n°2 Hortense Leblanc, femme d’Honoré Duval. Duval, cabaretier en 1893

n°7 Elise Wattez, femme de Clovis Decotte

n°23 Arthemise Sailly, femme d’Oscar

n°33 Marie Hoquette, femme d’Augustin Bauduin

n°50 Maria Planquette, femme de Bertin Cappe

Bourse Trouée : n°16 Marie Caffray, femme d’Augustin Mièze

Place : n°25 Célina Roëre, femme de Marcellin Pouchain. Madame Pouchain, cabaretière en 1889-99

Chemin de Zutpré : n°3 Clara Mailliart, femme d’Alfred Pelletier

n°19 Charlotte Houlliez, femme de Jules Lecucq

Usines, château : n°4 Félicie Regnier, femme d’Adolphe Dubuis

n°5 Marie Viniacourt, femme de Pierre-Joseph Lenglet. Joseph Lenglet, cabaretier en 1889

La Pontoise n°8 Stopin

Le Hebin n°1 Félicie Bultel, femme de Alphonse Velge

La Barque Broucke n°12 Léocade Stopin

1836

Casimir Savary, Ambroise Vercoutre, Pierre Delmetz, Achille Wallart.

 

Et dans le Mémorial Artésien :

Estaminet occupé par Viniacourt sur la grande route en 1908 (à l’intersection du vieux chemin d’Ardres (?)).

Estaminet dans le marais occupé par Irénée Wavrans début 1905.

Désiré Grébert, cabaretier en 1887

Estaminet de l’Epinette en 1886

Bigourd-Stopin cabaretier en 1869-1883 sur la route nationale

Leclercq cabaretier en 1883

Jules Delmetz, cabaretier en 1883

Dagmez cabaretier en 1879

Deldicque cabaretier en 1879

Viniacourt, cabaretier au Coûtre en 1874

Dercy cabaretier sur la grand route en 1874

Dassonneville cabaretier sur la place en 1870

Louis Dassonneville, cabaretier en 1853

Pierre Delattre, cabaretier en 1841

 

[1] Interview Daniel Bouton, 28 février 2020.

[2] Archives départementales du Pas-de-Calais, Dainville, 4Z 670, Correspondance 39-45.

[3] Archives départementales du Pas-de-Calais, Dainville, M 4399, Recensement de population, Tilques : 1936.

[4]    Mairie de Tilques, Archives, Série F4, Ouverture de débits de boisson.

[5] Interview Daniel Bouton, 28 février 2020.

[6] Le mémorial artésien, 21 septembre 1908.

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6 avril 2020 1 06 /04 /avril /2020 17:49

Ah, les lieux de sociabilisation ! Je suis sûr qu’aujourd’hui certains paieraient assez cher pour retrouver leurs ami.e.s dans des cafés ou autres boîtes de nuit (peut-être pas 135€ non plus !). Dans ce nouvel épisode de l’histoire de Tilques, me voici à fréquenter les bars, appelés à l’époque estaminets et surtout cabarets, mais aussi les distilleries et les brasseries. Vous allez voir que le village est une plaque tournante pour l’alcool dans l’Audomarois.

 

Les distillateurs

 

Deux épopées, très différentes.

 

La première est celle de la famille Legrand. Ils vont fabriquer de l’alcool pendant plus d’un siècle : de 1831 avec Maximilien, jusqu’à la seconde guerre mondiale. Maximilien s’installe dans la commune peu après la défaite finale de Napoléon et le retour de la monarchie. Absent de Tilques en 1820, on l'y recense en 1831 : il est officiellement distillateur. Il décède 5 ans plus tard, marchand-fabricant de sucre, alors que ses deux enfants, Maximilien fils et Adolphe sont respectivement marchand en gros et distillateur. Ce mélange va perdurer pendant cent ans.

Il faut comprendre que la culture de la betterave sucrière n’en est qu’à ses débuts puisque la première extraction industrielle de sucre date de 1811, à une époque où la France napoléonienne est coupée de ses colonies par le blocus britannique. Faute de canne à sucre, la culture de la betterave est encouragée, et le Nord de la France sera l’un des cœurs de production du « sucre indigène » (en opposition au « sucre exotique »). La famille Legrand est pionnière dans son domaine.

Les deux fils prennent la relève jusqu’au décès précoce d’Adolphe (distillateur en 1836, décède en 1845). Maximilien fils fabrique alors du sucre et distille de l’alcool de 1836 à 1870 (on évoque du genièvre en 1846 !). La famille dispose aussi de nombreuses terres (elle vend pour 70 hectares de blé, avoine et escourgeon en 1871). Les usines grossissent, « deux établissements considérables » selon la presse en 1868, devenant rapidement le plus gros employeur du village. C’est le neveu de Maximilien, Adolphe (oui, le fils d’Adolphe, car ils ne se fatiguaient pas à trouver des prénoms !) qui poursuit l’œuvre de son oncle : la fabrique de sucre existe toujours de 1872 à 1887. Quant à la distillerie, elle devient le cœur de métier familial : je retrouve sa mention de 1872 à 1905, avec Adolphe fils et… petit-fils (trois générations avec le même prénom !). Nous bénéficions d’une description de l’usine à la suite d’un grand incendie en 1890 : « D’un côté est la fabrique de sucre qui, depuis un certain temps, ne fonctionne pas ; de l’autre la distillerie composée d’un immense bâtiment à trois étages, d’une longueur de 80 mètres sur 46 mètres de large. Ce bâtiment industriel, parfaitement outillé, renfermant tous les agencements que nécessite une distillerie importante, est isolé de tous les autres. (…) Dans la meunerie (…) se trouvaient entassés dans d’immenses greniers, plus de 600 000 kilos de grains de toutes sortes : maïs, blé, fèves, avoine, etc. »[1]. Les pertes sont estimées à 230 000 francs de l’époque [aux alentours d’un million d’euros aujourd’hui]. Cet incendie n’est pas le seul incident auquel est confrontée l’entreprise Legrand, puisque des accidents, parfois mortels, ont lieu à plusieurs reprises (ce qui nous rappellent les difficiles conditions des ouvriers à l’époque).

Après la première guerre mondiale les informations sont plus rares : Adolphe Legrand petit-fils habite à Saint-Omer en 1906 et est chef fabricant de lingerie. Il est à nouveau industriel à Tilques en 1921 et 1926, avec l’héritier Jacques. En 1936, Adolphe est simplement cultivateur (avec beaucoup d’employés néanmoins). La distillerie se serait arrêtée au début de la seconde guerre mondiale (conjugué au décès d’Adolphe petit-fils en 1941)[2].

 

Nous bénéficions de deux photographies de cette distillerie, avec des bâtiments aux fonctions complémentaires : la genièvrerie et la malterie.

La genièvrerie Legrand

La genièvrerie Legrand

La malterie Legrand.  Dussaussoy Roland, Legrand Jean-Jacques, Tilques, la mémoire et l’histoire par les photos, 1999, p. 15.

La malterie Legrand. Dussaussoy Roland, Legrand Jean-Jacques, Tilques, la mémoire et l’histoire par les photos, 1999, p. 15.

L’autre histoire concerne la famille la plus « historique » du village, puisqu’ils en ont même le nom (en plus d’en avoir donné le blason) : c’est Agénor Taffin de Tilques. C’est un exemple typique d’une aristocratie qui essaie de retrouver une place importante dans la société, devenue républicaine. Cela passe souvent par des mariages avec la bourgeoisie d’affaires ; c’est aussi le cas, comme ici, d’une prise de risque et d’investissement industriel. Il est officiellement distillateur entre 1895 et 1911. Auparavant je le retrouve propriétaire en 1881 puis rentier en 1886. Un investissement tardif devant le succès de l’usine Legrand ? Ce n’est pas impossible. Déjà, en 1891, un distillateur Alfred Vallez habite à côté d’Agénor (je présume que c’est son employé en chef). Son fils est également distillateur en 1906. Je pense qu’une sucrerie pouvait aussi coexister. Toujours est-il que l’histoire de cette distillerie est beaucoup plus brève, environ une quinzaine d’années. L’ensemble est-il stoppé à la suite de la première guerre mondiale ? Agénor est officiellement propriétaire en 1921 (et il n’habite plus à Tilques en 1926). A noter dans les documents ci-dessous la demande pour obtenir une dérogation à la loi de 1906 sur le repos hebdomadaire pendant la durée de la fabrication de l’alcool !

Agénor puis la distillerie Taffin (au fond, la cheminée derrière le château). Dussaussoy Roland, Legrand Jean-Jacques, Tilques, la mémoire et l’histoire par les photos, 1999, p. 17.
Agénor puis la distillerie Taffin (au fond, la cheminée derrière le château). Dussaussoy Roland, Legrand Jean-Jacques, Tilques, la mémoire et l’histoire par les photos, 1999, p. 17.
Agénor puis la distillerie Taffin (au fond, la cheminée derrière le château). Dussaussoy Roland, Legrand Jean-Jacques, Tilques, la mémoire et l’histoire par les photos, 1999, p. 17.

Agénor puis la distillerie Taffin (au fond, la cheminée derrière le château). Dussaussoy Roland, Legrand Jean-Jacques, Tilques, la mémoire et l’histoire par les photos, 1999, p. 17.

Les brasseurs

 

A l’heure où les micro-brasseries pullulent, revenons sur une époque où « ils faisaient tous de la bière »[3]. Tous ? Peut-être pas. Mais clairement plus qu’aujourd’hui : j’ai recensé cinq grandes brasseries.

 

 

La plus connue aujourd’hui est celle qui est restée le moins longtemps au village : en 1914, la brasserie St Arnould est la possession d’Alfred Henry, brasseur à Tilques[4]. Ses publicités sont très nombreuses dans Le mémorial artésien au début du XXème siècle. D’après les informations à ma disposition, Alfred Henry aurait repris la brasserie à Auguste Lambin, brasseur en 1886 et 1891 à la même adresse, au croisement de la rue de Zutpré et de la route nationale. Officiellement négociant en spiritueux en 1898, Alfred Henry devient brasseur puis marchand brasseur entre 1906 et 1911 quand son fils Guislain est brasseur.

C’est l’ancêtre de l’actuelle… brasserie de Saint-Omer ! Oui, la même qui fait la Goudale et Secret des Moines. Auparavant St Arnould est un cabaret sur la route nationale détenu par Cappe[5]. A priori les Henry déménagent après la première guerre mondiale (je trouve le père à St-Omer en 1921, son fils en 1920 et lui en 1946 sont ensuite en Algérie, à Oran !).

  Un village de soiffards : distilleries, brasseries et cabarets (1/2)

Les quatre autres brasseurs sont des Tilquois pur jus, avec des noms qui restent encore aujourd’hui largement associés au village : en septembre 1940 on retrouve des brasseries chez Annocque, Bédague, Dassonneville et Regnier[6].

 

La brasserie Bédague semble être fondée par Elie Bédague (1839-1901, marié à une Bayard) : il est recensé brasseur entre 1886 et 95. Son fils, Arthur, révolutionne un peu l’entreprise familiale : « il est l’un des premiers à mettre la bière en bouteille à la place des fûts »[7].  Il est recensé brasseur sans discontinuité de 1897 à 1936, avec son fils Maurice en 1931 et 1936. La bière était notamment amenée dans les estaminets que possédait la famille Bédague à ce moment-là, une petite dizaine, par exemple sur la place de Saint-Omer. Le décès d’Arthur en 1940 conjugué à la captivité de Maurice pendant la seconde guerre mondiale mettent un terme à l’aventure familiale. Maurice semble avoir essayé de continuer le brassage en rentrant d’Allemagne mais « c’était trop compliqué pour tout remettre en état ».

A noter que ce n’est pas l’actuelle maison Bédague, mais celle juste à côté.

Chose intéressante, la brasserie Bédague de Roquetoire vient de la même famille (ils brassent jusque dans les années 1960, puis deviennent négociants).

 

La brasserie Dassonneville est apparemment la plus ancienne : Ferdinand Dassonneville et son fils Louis sont déjà brasseurs rue de Zutpré en 1846 et 1851 ! On évoque la brasserie en 1862 puis Ferdinand se déclare à nouveau marchand-brasseur en 1870. Je ne vois plus cette mention de brasseur ensuite, il faut attendre Eugène en 1906 pour la retrouver. Celui-ci est le brasseur en chef jusque 1931, accompagné par son fils dès 1926, jusqu’en 1936. Là encore il semble que la seconde guerre mondiale ait stoppé net la production. Bernard Dassonneville aurait tenté de reprendre le flambeau, sans succès (à confirmer auprès de la famille Dassonneville). Certains dans le village ont encore des souvenirs de cette époque : « Dassonneville, il faisait de la bonne bière, on a encore livré de l'orge pour grand-père Marcel. Il aimait bien picoler ! »[8].

 

Une autre brasserie est celle de Benoit Regnier. Elle est située… dans l’actuelle maison Bédague ! A priori ce sont ses parents qui mettent en place la brasserie : Chérie Sailly est la brasseuse en 1906, c’est la seconde femme d’Eugène Regnier (décédé en 1905). Benoit est ensuite brasseur entre 1911 et 1936, celle-ci est reprise par sa femme Gabrielle Dubuis (1940).

 

Enfin la brasserie Désiré Annocque, à priori la plus petite et la moins historique des quatre : elle est évoquée entre 1921 et 1940. Elle serait située en face de l’actuelle boucherie (ferme Leullieux).

 

Comme nous pouvons le remarquer, la seconde guerre mondiale met fin à l’aventure de la bière dans le village.

La brasserie Bédague pendant la seconde guerre mondiale.  Dussaussoy Roland, Legrand Jean-Jacques, Tilques, la mémoire et l’histoire par les photos, 1999, p. 10.

La brasserie Bédague pendant la seconde guerre mondiale. Dussaussoy Roland, Legrand Jean-Jacques, Tilques, la mémoire et l’histoire par les photos, 1999, p. 10.

Plus anciennement, j’ai retrouvé la trace d’autres brasseurs : en 1881 veuve Augustine Mièze sur la nationale (n°15), Eugène Grébert sur la place (n°28), Eugène Caffray rue de Henneboque (n°23) (il est né à Tilques mais est considéré Anglais ! Son grand-père est un militaire né à Dublin), Aimé Devalkenaère (né à Steenbecque) chemin de Zutpré (n°3) ou Angeline Dassonneville, évoquée comme ancienne marchande-brasseuse en 1882.

Et à qui vendaient-ils leur bière ? Aux estaminets de la commune !

 

Les cabarets (à suivre !)

 


[1] Le mémorial artésien, 25 avril 1890.

[2] Interview Max Legrand, 5 avril 2020.

[3] Interview Daniel Bouton, 28 février 2020.

[4] Le mémorial artésien, 3 juin 1914.

[5] Le mémorial artésien, 26 mars 1879.

[6] Archives départementales du Pas-de-Calais, Dainville, 4Z 670, Correspondance 39-45.

[7] Interview Patrick Bédague, 2 avril 2020.

[8] Interview Daniel Bouton, 28 février 2020.

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1 avril 2020 3 01 /04 /avril /2020 22:49

- « Je suis attachiante ». Cherchez pas, on lit seulement chiante.

- « Je cherche un homme, un vrai ». C'est quoi un faux exactement ?

- Faire une bouche en cul de poule sur la photo de profil. Non, vraiment, il faut arrêter maintenant.

- « les gars, l'ortographe est important ». D'accord, mais faut commencer avec toi alors !

- Etre en photo avec son ex. Ou en photo avec deux jolies copines. Ou en photo avec 3 chats. Bref, une photo de profil sur un site de rencontre, c'est tout seul ! Ou alors avec ta copine que tu trouves moche (mais elle est en couple, alors elle t'emmerde !)

- « J'ai mon petit caractère ». Je lis « j'ai un sale caractère ».

- Etre en photo avec 15 haltères. Puis en photo à la salle de gym. Puis une photo en faisant des abdos. Désolé, Davina, ce n'est pas un concours de culturisme.

- « je cherche un mec qui aime faire les magasins et acheter ». Si, je vous promets, c'est une vraie citation de profil (où la fille avait sa photo en... robe de mariée  ! Là, ce n'est plus du message subliminal!).

- « je suis une connasse ». Bon, si tu le dis toi même.

- une photo où je peux deviner, à travers ton sous-vêtement, la forme de ton pénis. Sorry, dude.

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30 mars 2020 1 30 /03 /mars /2020 12:57

Les faits divers ce n’est pas trop ma came, clairement. Mais leur analyse dans la presse révèle un peu de l’époque. Pour mon histoire tilquoise je bénéficie d’une pépite : le journal Le Mémorial Artésien, dont le tirage est disponible de 1830 à 1914. Plutôt d’ascendance républicaine pour la période 1870-1914, il m’a permis d’apprendre beaucoup de choses sur mon village. Et notamment de son histoire judiciaire. Clairement, ça part dans tous les sens ! Ainsi, le 24 mai 1886, madame B., ménagère, est prise en flagrant délit de vente de pièces de beurre auxquelles il manquait quelques grammes… procès-verbal ! Complètement différente est l’audience du 9 mars 1887, où Louis Régnier est condamné à 16 jours de prison pour avoir donné plusieurs coups de pied dans le ventre de monsieur Flamend au sein de l’usine Legrand. Il avait auparavant voulu l’attaquer avec… une fourche[1].

J’ai surtout les informations de 1889 à 1914. 26 ans, où les habitants de Tilques sont appelés à la barre ou sanctionnés de contraventions. Le journal les énumère, peu importe la gravité. Au total, 86 affaires ! Oui, les Tilquois sont condamnés plus de 3 fois par an en moyenne !

Petit récapitulatif par catégorie :

 

Contraventions

Délits

 

Chien

Véhicule

Pêche

Estaminet

Vol

Insulte

Violence

Crime

Autre

Total

6

15

9

9

9

7

14

2

15

86

 

Là, vous vous demandez sans doute : « qu’est-ce que c’est que cette catégorie de chiens ?! » Allez je vous réponds directement ! Car ça prêterait à sourire aujourd’hui si ces affaires étaient notées dans la presse : ce sont les chiens sans collier ! 5 fois des ménagères Tilquoises prennent des contraventions (19 mars 1899, 15 avril 1899, 10 novembre 1899, 23 janvier 1900, 24 juin 1901). Là où ça devient cocasse, c’est la situation des époux Lefebvre-Limousin qui reçoivent une contravention le 18 janvier 1910 pour s’être fait traîner dans une voiture attelée de chiens ! La pratique était officiellement interdite, mais elle subsistait beaucoup dans le Nord. J’ai même dans mes archives une carte postale de Lille qui évoque ce sujet.

Tilques, un village de criminels !

En parlant de véhicules, je compte 15 contraventions sur cette thématique. Beaucoup ? Imaginez un peu aujourd’hui si la presse relatait tous les P.V. ! A l’époque ce sont essentiellement pour des défauts d’éclairage sur des véhicules (bien souvent des bicyclettes) : 19 octobre 1898, 29 novembre 1899, 28 janvier 1900, 14 décembre 1900, 27 février 1901, 3 novembre 1905, 9 août 1912, 30 mars 1914. Je pense que c’est la même chose pour la période précédente, même si le nom est presque romantique « contravention à la police du roulage » (27 septembre 1895,10 décembre 1895). Certains cumulent : le 2 juin 1899 contravention de roulage pour abandon de voiture et défaut de plaque. D’autres se retrouvent même au tribunal, ainsi le 16 octobre 1912, Charles Planquette, 55 ans, cultivateur, est condamné à 25 francs et 5 francs d’amende pour refus de s’arrêter et défaut d’éclairage[2]. Sur la même thématique toujours, le 12 mai 1899, contravention pour défaut de plaque à son véhicule ; pour abandon de véhicule le 1 avril 1898 et le 5 août 1899.

 

Autre chose, le marais de Tilques est, encore aujourd’hui, le paradis des pêcheurs (des pech’eux ! [prononcé Pékeu pour les non-Ch’tis]). Et certains avaient parfois des pratiques illicites. Ainsi P.V. pour délit de pêche le 23 avril 1901, pour pêche à l’aide d’un engin prohibé le 21 octobre 1895. La plupart se retrouvent même au tribunal correctionnel ! Pour délit de pêche : Denis Grenier, cultivateur de 53 ans, condamné à 5 francs d’amende, Augustin Planquette, pêcheur de 32 ans, condamné à 16 francs d’amende, Georges Mièze, cultivateur de 16 ans, 5 francs d’amende, René Planquette (sacrée famille !) domestique de 26 ans, 10 francs d’amende. Léon Becques, 26 ans, reçoit 10 francs d’amende pour pêche à l’aide d’engins prohibés quand Maria Mahieu, elle, écope d’un franc d’amende pour pêche à la houppe la nuit[3]. Mais notre champion est Monsieur D. qui pêchait avec un filet de 43 mètres de longueur (!!!) et qui avait déjà capturé un certain nombre de percots et de roches. P.V. est dressé le 14 mars 1896.

 

Ce qui revient également souvent sont les contraventions pour fermeture tardive des cabarets (c’est-à-dire des bars !) : 31 mai 1898, 11 août 1898 (n’a également pas pu présenter aux gendarmes le registre où sont inscrits les noms des logeurs), 31 mars 1899, 2 juin 1899, 30 mai 1901, 30 novembre 1905, 20 décembre 1905, 3 juin 1912. Une cabaretière est également sanctionnée le 6 juillet 1898 pour avoir servi à boire à un individu déjà en état d’ivresse !

 

Avec ces quatre types de contraventions (chiens, véhicules, pêche et estaminets), nous en sommes déjà à 39 affaires de traitées sur les 86. Autant qu’on ne pourrait plus lire aujourd’hui dans la presse. Par contre, pour la suite…

 

Les voleurs

Neuf situations jugées par le tribunal correctionnel de Saint-Omer, avec d’abord Céline S., ménagère de 70 ans, condamnée à 3 ans de prison en application de la loi Béranger, pour détournement d’objets saisis[4]. Oui, ça ne rigole pas, qu’importe le sexe ou l’âge ! Augustine D., ménagère de 40 ans, condamnée à 15 jours de prison le 4 juin 1890 ; Joseph Courbot, journalier, condamné à 25 francs d’amende pour complicité de vol de récoltes le 6 novembre 1891 ; Eugène Caffray, journalier de 38 ans, 9 jours de prison le 28 février 1895 ; Denis Corvais, manouvrier de 40 ans, condamné le 24 novembre 1897 à 4 mois de prison.

Puis viennent les récidivistes : Denis Gervais journalier de 46 ans, condamné le 11 novembre 1903 à 15 jours de prison, et à nouveau le 4 janvier 1905 à 6 jours de plus ; Charles Scotté, ouvrier-vidangeur de 20 ans, condamné le 2 mars 1911 à 4 mois de prison (vol de vêtements) puis le 12 août 1911 à 3 mois de prison (vol dans un estaminet).

 

Les insultants

Apparemment les Tilquois n’ont pas toujours leur langue dans leur poche, surtout contre les autorités. Félicie Carpentier, femme Chaput, ménagère de 53 ans, condamnée à 16 francs d’amende pour outrage à agent. P.V. contre un journalier qui insulte M. Fribourg, directeur de distillerie. Célina Roere, contravention pour avoir insulté le maire ! Hyacinthe Chaput, manouvrier de 30 ans, 6 jours de prison et 5 francs d’amende pour outrage à agent. E.L. cultivateur de 32 ans, 15 francs d’amendes pour « outrages à des employés des contributions indirectes » (c’est-à-dire le percepteur !)[5]. Pour les deux derniers, ça va plus loin : Léon Canieux, cultivateur de 61 ans, condamné à 50 francs d’amende pour menaces de mort sous condition le 27 décembre 1911 ; quand à F. et N., ils prennent une contravention pour ivresse, bris d’objets de cabarets et insultes au garde (19 août 1913).

 

Les violences

S’ils n’ont pas la langue dans leur poche, les Tilquois ont aussi le sang chaud. Nous n’avons que très rarement les raisons d’une bagarre, quoique les lieux soient souvent les mêmes : les cabarets ! La plus belle histoire est sans aucun doute la première : le 5 avril 1896, « un procès-verbal a été dressé par la police au sujet d’une rixe qui s’est produite entre deux campagnardes de Tilques dans un estaminet du Marché aux poissons. Le motif de cette rixe est, parait-il, la jalousie. Une de ces dames aurait été abandonnée par son amoureux qui accorderait ses faveurs à l’autre. Ce duel, qui avait lieu à coups de parapluie, avait amassé devant l’estaminet un rassemblement assez conséquent »[6]. Pour le reste, les explications sont souvent absentes, seules sont rapportées les amendes, toujours pour coups, d’une valeur de 16 francs : à Léon V, 43 ans, journalier ; pour Félix D., 27 ans, bourrelier (à la suite d’une bagarre ayant pour trait le général Boulanger) ; à Marcellin P., 62 ans, cabaretier ; pour Eugène Vanhove, 21 ans, marchand de chiffons[7]. Les peines évoluent ensuite, selon la gravité des gestes : H. G. cultivatrice, et J. V., cultivateur, 5 francs d’amende chacun (avec application de la loi Bérenger) ; Hyacinthe Chaput, 27 ans, journalier, 6 jours de prison et deux amendes de 5 francs pour coups et blessures, ivresse. En parlant de Chaput, une bagarre entre les frères Désiré et Henri, journalier, où Désiré utilise un piquet en bois pour frapper son frère, lui vaut 25 francs d’amende. Et dans la série j’utilise un objet contondant, Gaston Gastalle, cultivateur de 42 ans dans le marais, reçoit deux coups de couteau au visage et à la main ; son agresseur, P. C., cultivateur de 46 ans, est condamné à un mois de prison avec sursis et 100 francs d’amende ; H. S., briquetier, PV en raison d’un coup de bâton à Léon Cagneux, cultivateur (et un autre P.V. pour insultes envers la fille Cagneux). René Becque, batelier, condamné à 25 francs pour un coup de poing dans la figure de Marie Planquart, cabaretière à Houlle ; Victor Flan, journalier, 8 jours de prisons avec sursis et 30 francs d’amende.[8]

Alphonse Ducrocq, journalier, reste le grand perdant du jour, puisqu’il est condamné deux fois la même année pour coups et blessures volontaires, puis coups volontaires et bris de clôture : 2 fois 15 jours de prison[9].

 

Les crimes

Là, nous avons deux histoires plus graves.

Le 31 décembre 1911 René Vigniacourt est tué avec un fusil par son frère Elie à Longuenesse. Les deux sont nés à Tilques mais n’habitent plus dans la commune. Elie bénéficie finalement d’un non-lieu (un peu à la surprise générale, notamment de la presse !)[10].

La seconde affaire est traitée la cour d’assises du Pas-de-Calais, Henri Broussart, 21 ans, journalier, est accusé d’avoir tué Narcisse Renaux, 68 ans, journalier, dans la soirée du 16 octobre 1903. Les deux hommes sortaient ensemble du cabaret de la veuve Caillaux-Dufour. Le corps de Renaux est repêché dans un fossé le lendemain, sa paie a disparu. Les témoins s’accordent à dire que les deux hommes n’étaient pas ivres en sortant du cabaret, contrairement à la déposition de Broussart. « Broussart a la réputation d’être paresseux et ivrogne » dit le journal. Son discours est changeant. Il n’a rien fait, puis il regrette. Verdict négatif sur la question du meurtre, il prend néanmoins 6 ans de prison pour le vol[11]. (jugement assez bizarre ! cher payé pour un vol !).

 

Reste les histoires amusantes, les enfants, et les inclassables.

Histoire amusante

E. Anthine, vidangeur, prend une contravention le 3 février 1911 pour « travaillait encore à 8h40 du matin dans la rue Jacqueline Robins » à Saint-Omer. Oui, prendre une amende pour travailler !

Auguste Leclercq, haleur de bateau, prend une amende le 2 juillet 1910 pour avoir laissé ses chevaux sur une route fréquentée alors qu’ « il était assis (…) en train de boire une choppe dans un estaminet ».

 

Les enfants

Pour la fête nationale, le 14 juillet 1899, une contravention est dressée à deux jeunes pour… outrage public à la pudeur. Hum.

En parlant des jeunes, un écolier prend un P.V le 30 avril 1904 pour avoir cassé deux godets isolateurs fixés aux poteaux électriques quand Charles S. est de ceux qui, le 20 mai 1905, ont violé des sépultures à Serques.

 

Autres

Ce sont des inclassables, quand je n’ai pas d’explications précises, ainsi les P.V. pour « voies de fait » : Monsieur D. le 9 décembre 1898 sur les nommées Elise Courtin, sa sœur Clémence et Octavie Lefort, toutes trois ménagères ; des cabaretiers le 8 mars 1899 sur la nommée Joséphine Bugnon, ménagère ; une cabaretière sur la nommée Marie Baudry, femme Dercy, ménagère, le 26 juin 1899. Est-ce des insultes ? Des pressions ? Mystère.

Il y a aussi les uniques condamnations dans une thématique, dont je ne pouvais pas faire une catégorie : Alphonse Stopin, batelier, condamné à un mois de prison pour avoir tiré un coup de fusil pour faire peur aux employés des ponts et chaussées ; Henri Maerle, journalier, 500 francs d’amende pour colportage de tabac ; Marcelin Pouchain et Célina Roera Pouchain, 60 et 53 ans, cabaretiers, 16 francs d’amende chacun pour violation de domicile avec violences ; PV pour ivresse dressé à un journalier ; Alfred Vasseur, sans domicile fixe né à Tilques, envoyé en prison à la suite d’un abus de confiance.

J’ai aussi « l’arrestation d’un incendiaire » : Eugène Dusautoir, cultivateur, voit une de ses meules de foin partir en fumée du côté de la bourse trouée. Il soupçonne un de ses anciens employés qu’il avait renvoyé, employé qui l’a menacé. Or, Rodolphe Coulon a laissé une empreinte de pas à côté de la meule… « il s’était enivré ce jour-là »… il est écroué.[12]

 

Enfin, je rappelle que la justice peut toucher tout le monde. Ainsi, le 10 mars 1899, Adolphe Legrand, distillateur de 26 ans, fils de l’ancien maire, est présenté au tribunal correctionnel le 8 mars 1899 en raison du versement de « substances à détruire le poisson ». Pas d’information sur le jugement de cet écocide !

 

Bon, si je vous fais cette liste, ce n’est pas tant pour le plaisir du fait divers que pour permettre de relativiser le présent. Car, souvent, j’entends des anciens dire « on voyait pas tout ça, avant ». Quand ils parlent de tout ça, ils veulent dire les crimes, les agressions, les vols ou la violence, surreprésentés dans les médias. Et bien, preuve en est, ça a toujours existé.

D’ailleurs le taux d’homicides n’a jamais été aussi faible qu’à notre époque (c’est important de le rappeler).

 
Tilques, un village de criminels !

Et, honnêtement, beaucoup de ces affaires se déroulent autour des cabarets. Coïncidence ? Je ne crois pas ! D'ailleurs, je vous ai dit que Tilques est un village de soiffards ? (à suivre !)

 

[1] Le mémorial artésien, 12 mars 1887.

[2] Le mémorial artésien, 18 octobre 1912.

[3] Le mémorial artésien, 17 juin 1892, 29 juin 1894, 21 juin 1895, 14 août 1896, 13 juin 1913.

[4] Le mémorial artésien, 19 juin 1896.

[5] Le mémorial artésien, 10 avril 1891, 7 mai 1898, 10 novembre 1900, 18 décembre 1901, 5 août 1908.

[6] Le mémorial artésien, 6 avril 1896.

[7] Le mémorial artésien, respectivement 25 janvier 1889, 16 septembre 1889, 12 décembre 1890, 28 avril 1893.

[8] Le mémorial artésien, respectivement 8 novembre 1895, 29 juillet 1898, 23 septembre 1901, 14 août 1903, 11 juin 1905, 3 mars 1905, 5 décembre 1913.

[9] Le mémorial artésien, 7 avril 1911, 24 novembre 1911.

[10] Le mémorial artésien, 5 janvier 1912.

[11] Le mémorial artésien, 6 janvier 1904.

[12] Le mémorial artésien, respectivement 29 septembre 1890, 26 novembre 1897, 29 avril 1899, 25 juillet 1902, 8 mai 1911, 22 novembre 1905.

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23 mars 2020 1 23 /03 /mars /2020 16:53

77% des Français.e.s avaient un smartphone en 2019. Je suis donc, un peu, anormal (ceci n'est pas un scoop). Pire, j'ai un téléphone à clapet. C'est officiel, je suis bloqué en 2002 !

Et parfois, c'est chiant...

  • J'étais incapable de recevoir les confirmations et les changements de programme au Pérou. Du coup, j'ai attendu 45 minutes après un bus qui m'avait oublié.

  • Je ne peux pas écouter de la musique.

  • je ne pouvais pas payer mon parking à Tel Aviv (seulement possible avec une application)

  • j'ai une mémoire de 110 sms. Oui, 110. Alors quand je reçois 3 sms pour me dire « ok », « ça marche », « à tte », ça m'en prend une trop grande partie. Sérieusement, les gars, écrivez tout dans un seul SMS !

  • j'étais incapable de rentrer d'Amérique du Sud (car ma banque m'envoyait un code sur mon téléphone, qui n'est pas un smartphone, et qui n'avait pas de réseau).

  • je ne peux pas installer Tinder.

  • je ne suis pas sur les conversations What's App (des potes ou de la famille).

  • Je n'ai pas de GPS. Du coup, je suis souvent en retard.

  • je ne peux pas lire les smileys.

  • Quand un de vos sms est trop long, il se transforme en MMS, également appelé « contenu non disponible » sur mon téléphone. Téléphone qui ne reçoit donc pas les photos.

 

Mais... il y a un Top 10 des trucs sympas quand tu n'as pas de smartphone !

  • Tinder fonctionne sur ordinateur (si, si, jvous jure!)

  • je ne suis pas sur les conversations What's App (des potes ou de la famille)

  • quand je suis dans un transport je lis un livre ou le journal. Ou je regarde les gens. Et coucou toi ! Mais, mais ! Regarde moi plutôt que de regarder ton smartphone !

  • Je ne reçois pas des photos WTF et des vidéos drolilol.

  • Je peux demander innocemment à quelqu'un « mais, ça ne te dérange pas toi que ton smartphone soit fait avec du cobalt provenant de République Démocratique du Congo, où des enfants meurent dans des mines ? ». Ça fonctionne aussi avec les petits Chinois dans les usines.

  • je ne peux pas lire les smileys. Du coup, j'imagine que c'est des cœurs.

  • J'aime avoir les accusés de réception.

  • Je n'entends pas mon téléphone faire un Bip toutes les deux minutes à cause d'une saloperie de notification disant que J-C a commenté la photo de mariage que j'ai eu le malheur de commenter il y a trois jours, et qui a eu 123 commentaires depuis. Ça fonctionne aussi avec la notification Messenger d'une conversation aux 312 nouveaux messages non lus.

  • Quand je suis en retard, je dis que c'est parce que je n'ai pas de GPS.

  • Je me sens libre.

 

Le bouton en bas à droite met le téléphone en silencieux. Et oui !

Le bouton en bas à droite met le téléphone en silencieux. Et oui !

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20 mars 2020 5 20 /03 /mars /2020 09:24

Après Saint-Omer, direction ma ville universitaire en cartes postales. Celles-ci sont un legs familial, et on y trouve beaucoup de cartes datant de la première moitié du XXème siècle. L'occasion de redécouvrir des villes que nous connaissons bien, et qui ont souvent énormément changé.

Arras, à l'ancienne
Arras, à l'ancienne

La première est, et ce n'est pas coutume, en couleur ! Elle représente la rue de Saint-Quentin et les écoles communales en 1940. Difficile de voir les points communs avec aujourd'hui ! Deux bâtiments m'ont aidé, ceux au coin de la rue (qui sont restés les mêmes). Pour le reste, c'est une rue qui a été lourdement bombardée pendant la seconde guerre mondiale et l'ensemble a été reconstruit très différemment. J'ai trois cartes postales identiques, elles sont envoyées en février et mai 1940 par Albert Fenet, mon arrière-grand-père, alors mobilisé en attendant les Allemands. Il sera fait prisonnier quelques mois plus tard et envoyé en Allemagne !

Arras, à l'ancienne
Arras, à l'ancienne

Pour la gare, pas besoin de donner beaucoup d'explications, tant la carte postale est parlante ! La station actuelle est clairement laide d'un point de vue architectural, alors quand on compare à l'ancienne... Le square sur l'image de 1940 est intéressant car très vert... contrairement à la majorité du lieu aujourd'hui.

Arras, à l'ancienne
Arras, à l'ancienne

Quant au monument aux morts sur cette même place, il a forcément vu sa liste de "morts pour la France" s'agrandir. Cette carte vaut aussi le coup d’œil pour les bâtiments derrière, totalement transformés.

Bon, quand on dit Arras, on pense surtout à son beffroi.

Arras, à l'ancienne
Arras, à l'ancienne

Cette fois, pas de différence ! Il faut dire que le beffroi avait pris son lot de bombes en 1914-1918 (il a ensuite été reconstruit à l'identique !), il semble plutôt épargné lors de la seconde guerre mondiale. 

Arras, à l'ancienne
Arras, à l'ancienne
Arras, à l'ancienne

Ces deux cartes datent du début des années 1950. Elles permettent d'observer la place des Héros et la Grand' Place. La vraie différence tient aujourd'hui sur la Grand'Place, avec les voitures qui ont remplacé les chevaux !

Arras, à l'ancienne
Arras, à l'ancienne
Arras, à l'ancienne

Après une vue panoramique que je ne peux pas vraiment comparer (mais si vous habitez dans un appart à ce niveau-là ça m'intéresse !), direction le croisement de chez Rose-Marie, officiellement appelé Rue Désiré Delansorne et la place Adolphe Lenglet. Le palais de justice au premier plan. Encore une fois la place de la voiture questionne dans un Arras qui semble désert sur ces cartes.

Arras, à l'ancienne
Arras, à l'ancienne

Pour l'église Notre-Dame-des-Ardents, dont la carte est non-datée, on peut observer l'apparition d'un petit parking devant le portail et la fin des pavés ! Enfin, le clocher est plus allongé qu'à l'époque (détruit à la suite d'un bombardement ?).

Arras, à l'ancienne
Arras, à l'ancienne

Enfin je termine avec le jardin public d'Arras (appelé comme ça à l'époque), aujourd'hui appelé jardin Minelle. Je n'ai malheureusement pas le même angle sur la photo (mais je suis confiné comme vous, un jour je l'aurai !).

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