16 avril 2015 4 16 /04 /avril /2015 10:12

Dimanche c'était Fassika, c'est à dire la Pâques orthodoxe. Je ne suis pas spécialement croyant, mais je ne suis pas spécialement athée non plus. Je me laisse donc facilement entraîner par mon hôte vers une église locale. Je sors la chemise pour l'occasion.

Forcément, nous sommes les deux seuls « farengis » [blancs], et on nous regarde avec des yeux de merlans frits. Je rentre dans l'église, et vient vers moi un homme qui est chargé de nous placer. Les filles et les garçons sont séparés, premier gros changement ! Étant blanc, j'ai le droit à une place VIP que je n'avais pas demandée : quatrième rang ! Bon, je ne me plains pas non plus, ça va me permettre de mieux observer le fonctionnement.

 

Tout d'abord, le pasteur est sur une immense estrade. Il y a un écart vraiment impressionnant, il surplombe la foule. Derrière lui une immense croix rouge. Pour l'Occidental que je suis, ça fait bizarre. Et je suis loin d'être au bout de mes surprises.

Une église africaine : la folie

Le pasteur ne fait pas la messe comme chez nous. Non, il ne parle pas dans un vieux micro où l'on comprend la moitié. Lui, il crie. Il hurle même, à de nombreuses reprises. Alléluia ! Et toutes les personnes autour de même d'hurler vers lui, les mains tendues « Alléluia ! ». Si je n'ai pas entendu Alléluia 200 fois, je ne l'ai pas entendu. Il me donne l'impression d'un homme politique en plein meeting, il harangue la foule qui le lui rend bien.

Mais il n'y a pas qu'Alléluia ! Les gens hurlent constamment. Ils crient leur amour pour Dieu, pour Jésus. « AMEN ! AMEN ! ». Ils le font seuls, ou en groupe. Je ne sais plus où donner de la tête tellement les choses étranges s'enchaînent autour de moi. Un type est à genoux devant moi, et prie d'une drôle de façon. La musique commence, les chants sont puissants, les gens se mettent à danser. Le type à côté de moi se croit à un concert de Johnny. Regardez-les...

Au fur et à mesure que le temps passe, la chaleur monte, les esprits sont échauffés. Des gens se jettent à terre et crient. Certains tremblent, semblent possédés. J'ai l'impression d'être dans un asile de fous, et en même temps je suis impressionné par une telle croyance.

Au milieu de la cérémonie, cinq groupes de jeunes s'installent devant nous, pour chanter. Ce sera le moment le plus extraordinaire de cette messe.

Une église africaine : la folie
Une église africaine : la folie

Au début, tout est normal. Ils chantent avec calme, bougent de gauche à droite.

Et puis regardez moi cette vidéo hallucinante, légendaire, incroyable (je n'ai pas les mots pour la décrire). Cette fois, c'est une véritable folie. Les gens sautent, crient, hurlent. J'ai l'impression d'être dans une soirée délurée, en plein milieu d'un pogo dans un stade de foot. Pourtant, la croix est encore là, et c'est autour d'un autel que ces jeunes dansent.

Non, mais franchement, admettez que c'est fou ! Je vous avoue, j'ai été transporté. Je n'ai jamais ressenti une telle ambiance, une telle ferveur. C'était mieux que tous les concerts, tous les matchs de foot. Le bruit était hallucinant, ce mélange de chaleur, de ferveur, de croyance, de générations, est indescriptible.

Et puis je suis redescendu, petit à petit. Les minutes ont défilé, plus lentement. Les prêches se sont succédé. Autour de moi, les gens restaient « perchés », hurlaient toujours avec autant de ferveur. Moi, personnellement, après 3 heures de messe, ça me faisait moins sourire. J'étais fatigué. J'étais plutôt inquiet, je me demandais s'il existe une limite entre une secte et une religion.

La messe aura duré 4 heures. A la fin, on m'a fait rencontrer le pasteur, qui pratique à ce moment-là une sorte d'exorcisme.... La femme est en pleurs, elle tremble, et lui hurle à ses côtés. Mais qu'est-ce que je fais là ! La femme du premier ministre passe devant moi, le prêtre veut que je revienne dans l'après-midi pour discuter avec lui. Hum... 
Une expérience folle, un moment dont je me souviendrai jusqu'à mes derniers jours.

Et puis il y a eu le repas de Pâques. Bonjour la viande ! Pensez, cela faisait 55 jours que les croyants n'en mangeaient pas. Alors aujourd'hui, c'était le grand carnage.

Une église africaine : la folie
Une église africaine : la folie

Appétissant, n'est-ce pas ? (oui, je reste végétarien, encore plus après avoir vu tout cela!)

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14 avril 2015 2 14 /04 /avril /2015 14:03

Débarrassé de mon costume, je peux enfin arpenter les rues d'Addis Abeba en toute sérénité. Petit bermuda, polo, appareil photo sous le bras, me voici dans les habits du touriste, les yeux levés, la démarche lente, l'esprit observateur. Fini le bus, je me décide à marcher vers les entrailles de la ville.

« La gare » et mercato market, dans les entrailles de la ville
« La gare » et mercato market, dans les entrailles de la ville

Je voulais voir l’Éthiopie, la vraie. Et je me retrouve avec un petit air français. « La gare » est l'une des attractions de la ville. C'est aussi l'un des seuls mots que je connais dans la langue locale, étant donné qu'ils ont choisi le vocabulaire de Molière. Je me retrouve donc devant le chemin de fer djibouto-éthiopien, construit au tout début du siècle par les Français, soucieux de pouvoir commercer avec le cœur de la Corne Africaine, eux qui étaient installés à Djibouti. C'est le seul chemin de fer construit dans le pays. Malheureusement pour moi, je ne pourrai pas l'emprunter lors de mon prochain voyage prévu dans le nord du pays, la liaison ayant pris fin il y a quelques années. On annonce ça et là que des travaux vont bientôt être entrepris (l’Éthiopie est un pays enclavé, beaucoup de ses marchandises arrivent ou partent du port de Djibouti).

« La gare » et mercato market, dans les entrailles de la ville

Juste devant la gare, le lion de Judah, l'un des symboles du pays, que l'on retrouve sur chaque pièce de monnaie. Il a été volé par les Italiens pendant la période d'occupation du pays, avant d'être rendu en 1960. Il symbolise la royaute.

« La gare » et mercato market, dans les entrailles de la ville
« La gare » et mercato market, dans les entrailles de la ville

Du côté de l'histoire, il y a également ce drôle de monument avec une étoile rouge, et ses hommes tenant des armes et un drapeau. Je me dis que ça fait assez communiste comme représentation. Pas loupé, c'est le mémorial de l'amitié cubano-éthiopienne. Sur la Churchill Road, bravo !

 

Je grimpe tout doucement vers le cœur de la ville. Le soleil est à son zénith, il est agréable de se balader (le soir même, j'observe sans grande surprise les coups de soleil sur mes bras et mon visage). Je surplombe enfin la ville, j'observe le mélange des mosquées et des églises orthodoxes.

« La gare » et mercato market, dans les entrailles de la ville
« La gare » et mercato market, dans les entrailles de la ville

La circulation est dense, mais ce n'est rien en comparaison de la semaine. L'air est suintant, je me faufile entre les gaz d'échappement et la crasse au sol.

« La gare » et mercato market, dans les entrailles de la ville

J'y suis enfin. Le cœur de la ville, ses entrailles, Mercato Market. C'est le plus grand marché ouvert de la Corne de l'Afrique (et même d'Afrique selon Wikipedia !). 13 000 personnes y travailleraient (chiffre officiel, mais à mon avis les organisateurs en ont un tout autre !). Les rues s'enchaînent à n'en plus finir, les commerçants crient et t'appellent « you you you ! ». On y trouve toutes sortes de produits, de l'alimentation à la ferraille, des jouets en plastique à un âne vivant. C'est un mélange d'odeurs comme on n'en fait nulle part ailleurs en ville, les épices et la viande, la chaleur et... la nausée ! Les étalages sont très nombreux mais on y vend aussi à même le sol. Les prix sont ridiculement bas pour un Occidental comme moi. Après plusieurs dizaines de minutes sur place, je confirme la rumeur : je suis bel et bien perdu au milieu de ce bazar ! Je prends des petites routes, puis des petites ruelles, puis plus de chemin du tout. J'ai l'impression d'entrer chez les gens, de me faufiler entre les murs. La foule est oppressante, et mieux vaut ne pas être agoraphobe. Je descends en direction des immeubles que je connais, là-bas, tout au loin. Les enfants me frappent dans les mains, les adultes me donnent l'accolade. J'ai encore une fois l'impression d'être en campagne pour les municipales, à arpenter le marché et à parler de la météo. Une grande route, un carrefour et un rond-point plus loin, voici mon chemin.

« La gare » et mercato market, dans les entrailles de la ville
« La gare » et mercato market, dans les entrailles de la ville
« La gare » et mercato market, dans les entrailles de la ville
« La gare » et mercato market, dans les entrailles de la ville
« La gare » et mercato market, dans les entrailles de la ville

Mercato Market, c'est un peu le must to do. C'est Addis Abeba, comme le grand bazar peut être Istanbul ou les Halles Paris. C'est le lieu d'échanges par excellence, de produits, de saveurs, d'odeurs, et d'idées. C'est un résumé de l'Afrique, c'est un résumé d'Addis. On aime ou on déteste, mais ça ne laisse pas indifférent.

Je vous laisse, il y a la messe de Pâques...

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13 avril 2015 1 13 /04 /avril /2015 09:30

Direction aujourd'hui l'Addis-Abeba Stadium, 35 000 places, pour l'affiche du championnat éthiopien : Saint-George SA, 2ème, reçoit Sidama Coffee, 1er !

Oui, coup de chance ! Je passe devant le stade, je vois la queue et des gens dans les tribunes. C'était déjà le cas la semaine dernière mais j'avais mon PC sur moi et un emploi du temps chargé. Cette fois, je me balade en ville et je suis libre ! 25 birr l'entrée, soit un peu plus d'un euro.... oui, ce n'est pas le même prix au Parc !

Je rentre dans un stade un peu vieillot (construit en 1940!), plutôt grand tout de même, avec une piste d'athlétisme qui sépare les tribunes des spectateurs. Ça reste un pays d'athlétisme, les portraits des grands coureurs trônant à l'extérieur du stade. Je m'installe tranquillement, surveillant la météo (car les tribunes sont loin d'être couvertes). Un cordon de policiers est placé devant nous. A mon avis, le stade est loin d'être réglementaire, les chaises devant moi se décollant... Il a tout de même hébergé trois Coupes d'Afrique des Nations, et accueille les matchs des trois équipes d'Addis.

Un week-end de football en Éthiopie

Saint-George est donc l'équipe qui joue à domicile aujourd'hui. C'est l'équipe la plus connue en Éthiopie. Le club a été fondé à Addis-Abeba en 1936 par des Grecs (il s'appelle à l'époque Kedus Giorgis, ce qui fait beaucoup plus grec !) et il servirait la lutte contre l'invasion fasciste italienne (c'est du moins ce qui se dit ici). Il compte 26 titres de champion (dont dix sur les quinze dernières années) ! Saint-George, loin de toute religiosité, est le nom d'une bière locale.


Oui, le championnat éthiopien a cette particularité d'avoir des noms d'équipes assez bizarres ! Ainsi l'adversaire du jour est Sidama Coffee. Mais il y a également parmi les quatorze équipes qui composent l'Ethio Premier Standing « Ethiopian Coffee » ou « Deshen Beer ». On a également le droit à « Commercial Bank » en mode gros argent, « Mugher Cement » en mode on bétonne derrière, ou encore « Defense Force », en mode marche militaire. Le championnat a été créé en 1947 (avec trois équipes!).

Bref, toujours est-il que les équipes font leur apparition sur la pelouse.

Un week-end de football en Éthiopie

En sang et or, Saint-George. Un kop local est dans la tribune opposée à moi. Tant pis pour l'ambiance, mais ça sera pratique pour les photos et vidéos. Les supporters sautent, chantent. De mon côté, je suis dans le « parcage » adverse.

Un week-end de football en Éthiopie

Le pelouse est moyenne (enfin, elle est fantastique par rapport au FC Tilques), mais ça n'explique pas le déchet observé en première période. Ça joue beaucoup avec des longs ballons, et les actions sont peu nombreuses. Je m'occupe en observant que même en Éthiopie l'arbitre est une cible : contact entre deux joueurs, absence de coup de sifflet, et bronca qui s'en suit !

Heureusement, la deuxième mi-temps est toute autre. Saint-George touche la barre à la suite d'une erreur du portier adverse (mais l'arbitre siffle pour je ne sais quelle obscure raison). Pas grave, puisque les locaux poussent, appuyés par un public toujours présent. Ils sont logiquement récompensés à la soixantième minute par l'ouverture du score. Mieux, le n°9, l'homme du match, s'en va récupérer un ballon de derrière les fagots sur le côté gauche, crochète un défenseur et s'en va fusiller le gardien d'un missile sous la barre. Le kop exulte, le match semble plié.

Enfin, ça, c'était l'idée. Le problème, c'est qu'à force de gri-gri et de contres manqués, Sidama Coffee réduit le score sur un vieux coup-franc contré par le mur. L'ambiance est beaucoup moins sereine. Des spectateurs appellent le coup de sifflet final, mais il reste encore dix minutes ! Heureusement pour eux, Sidama ne joue pas très bien ses cartouches offensives, et peut remercier la barre d'avoir sauvé son portier à la suite du tête « Thiago Silva vs Chelsea » du n°9.

Score final : 2-1. Saint George revient à égalité de points avec son adversaire du jour, et prend même la tête du championnat grâce à une différence de buts positive. A 8 matchs de la fin du championnat, c'est peut-être le tournant de la saison.

Personnellement, je n'ai pas trouvé le niveau fou fou. Physiquement c'est solide (coucou Willy Sagnol!), mais techniquement il y avait beaucoup de déchets. Si le gardien du Sidama m'avait plutôt impressionné en première période, il a enchaîné les boulettes en seconde. Bref, tout ça m'a donné envie de reprendre une licence...

Un week-end de football en Éthiopie

...chose que j'ai fait immédiatement à mon retour à l'appartement ! Des gamins du bloc jouent à des deux contre deux. Je mets les chaussures, et je m'invite à leur compétition. Je me rappelle de ces Polonais contre qui j'ai joué à Tilques il y a une dizaine d'années, et le souvenir que j'en ai encore aujourd'hui. Alors j'en profite pour faire ma petite spéciale retourné acrobatique et tant pis si sur le terrain, il y a des trous, des pierres et des morceaux de tripes (true story!). Je deviens en une action l'idole des jeunes, qui se prosternent à mes pieds (true story x 2!). Le reste des matchs, ils ont essayé de faire des retournés !

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11 avril 2015 6 11 /04 /avril /2015 15:22

Je ne sais pas comment sont éduqués les enfants d'aujourd'hui, les jeux auxquels ils jouent ou les programmes qu'ils regardent. Je sais que personnellement, dans la petite collection de cassettes vidéos que nous possédions à la maison, il y avait les fameux Walt Disney. Blanche-Neige, Cendrillon, Le roi lion furent nos classiques. Je peux dire sans trop me tromper qu'ils sont les classiques de l'ensemble de ma génération. Une sorte de patrimoine mondial (ou tout du moins occidental).

 

C'est mignon. C'est vrai, qui ne trouve pas mignon Simplet et son savon, ou Timon et Pumba ? J'ai beaucoup ri devant les Disney, j'ai beaucoup stressé, et j'ai même peut-être pleuré quand la mère de Bambi meurt (ou le père de Simba?). Surtout, j'ai fabriqué un mythe, celui de la grande histoire d'amour, du prince charmant et de la princesse qui se retrouvent malgré toutes les embûches semées en chemin par les jaloux et les méchants.

 

Saloperie de Walt Disney. Oui, ces histoires d'amours éternelles (ils se marièrent et eurent beaucoup d'enfants...) m'ont fait rêver. Et elles correspondaient, lors de mon enfance, à ce que je voyais autour de moi. Mes grands-parents se sont mariés jeunes et sont restés ensemble toute leur vie. C'était pareil pour mes arrières-grands-parents. Pour mes parents c'était aussi le cas. J'ai donc fabriqué ce modèle. Pour moi, le couple devait durer toute une vie.

 

Walt Disney je t'accuse. Car peu à peu, autour de moi, j'ai vu que les histoires d'amour, les histoires d'amour, les histoires d'A... finissent mal, en général. Déjà chez mes oncles côté paternel il y a eu un taux de séparation de 3 sur 3. Sacré ratio ! Et puis j'ai vu la rupture chez des voisins, chez les parents d'ami(e)s.

Surtout, j'ai grandi. Et j'ai vu ma génération à l’œuvre. Ce n'était pas beau à voir ! Un beau carnage ! Les histoires d'amour fleurissaient au printemps, et fanaient l'automne suivant. Aux amourettes succédaient d'autres amourettes. A la croyance d'un grand amour succédait la puissance du grand chagrin. J'ai moi-même expérimenté la chose à trois reprises.

 

Nous n'étions sans doute pas prêts à cela. Pas formés. Nous avons été éduqués avec un autre modèle. Le couple était l'un des repères que nous avions. Or, celui-ci n'existe pas. Plus. Pas toujours en tout cas. J'ai de la chance, j'ai un groupe d'amis audomarois-lillois où nous sommes une quinzaine, et seul un est en couple. C'est peut-être la chance que nous avons : le célibat devient normal. Je n'irai pas jusqu'à dire « la norme », mais c'est quelque chose que nous comprenons entre nous. Notre génération s'est habituée à être surprise par des ruptures inattendues. « Quoi, ils se sont séparés ? Mais ils avaient l'air si heureux... ». Et c'est là que le bat blesse. Oui, certains ont l'air heureux, vus de l'extérieur. Mais à l'intérieur du couple, les choses sont différentes. Si mes grands-parents faisaient partie de ma génération, auraient-ils duré ? Seraient-ils restés ensemble 50 années ? J'en doute. Ils faisaient partie d'une autre génération, celle où on restait ensemble, envers et contre tout. Car ça ne se faisait pas de divorcer. Encore moins dans les villages. Étaient-ils plus heureux que nous ? Je laisse cette question sans réponse.

Ça ne les empêchera pas aujourd'hui de vous interroger : « alors quand nous ramènes-tu une jolie blonde/brune ? ». Car si c'est devenu normal d'être célibataire à 27 ans pour ceux de ma génération, ça l'est beaucoup moins pour celle de mes grands-parents, voire de mes parents. Et si vous n'avez jamais eu l'opportunité de ramener quelqu'un dans votre famille, on risque de se poser des questions... « il ne serait pas d'la jaquette tout de même ?? ».

 

Ce syndrome Disney m'a pris un peu par surprise. Je croyais que je serai différent. Que mon histoire, elle, tiendrait le coup. Las. Disney je te hais. Alors récemment, quand j'ai vu Blanche-Neige et ses 7 nains, et ce con de prince charmant, je n'ai pu m'empêcher de regarder avec un air désabusé. Oui, il l'embrasse, elle se réveille et ils s'aiment. Mais la suite du film est la suivante : Blanche-Neige et le prince ne peuvent plus s'encadrer après trois ans de vie commune, elle s’ennuie profondément et préfère son collègue de boulot qui « lui, au moins, la fait rire ». Le prince de son côté à des vues sur cette jolie blonde rencontrée à un bal, il a même gardé sa chaussure en souvenir...

 

[mais on y arrivera, un jour].

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9 avril 2015 4 09 /04 /avril /2015 11:44

Les préliminaires c'est bien gentil, mais il est temps d'entrer véritablement dans le vif du sujet ! Allez, je vous emmène dans cette drôle de ville, et dans ma drôle de vie. Addis Abeba, c'est avant tout pour moi ma colocation couchsurfing. Vous me connaissez, je n'aime pas payer pour un hôtel, préférant dormir gratuitement. C'est ce que je fais encore une fois ici, avec l'aide de ce merveilleux site qu'est Couchsurfing. La chanceuse s'appelle Valérie, une Allemande de 24 ans. Elle travaille dans une ONG (elle passe notamment son temps à nourrir des vers de terre... oui, chacun ses passions!). Elle n'est pas la seule dans ma coloc...

Addis Abeba, les premiers pas

Logiquement il n'y a que deux chambres. Mais nous sommes cinq depuis mon arrivée ! A gauche, Yayé, un Éthiopien très sympa, qui travaille sur le même projet que Valérie. Il est celui qui connaît tout, et pour cause, c'est un local. Je peux lui poser des questions sur les prochaines élections ou la situation de l’Érythrée, ou sur le bus que je dois prendre pour aller à l'ambassade, il répond toujours présent ! Mitja est le plus à droite. Allemand lui aussi, il est le colocataire officiel de Valérie. Il est arrivé au début du mois de mars. Enfin, partiellement caché, Daniel, le dernier Allemand, qui lui habite normalement au milieu du pays. Il travaille sur un projet de ruches pour le GIZ (équivalent de l'alliance française) et connaît le pays comme sa poche puisque cela fait des années qu'il est là.

Les conditions de vie sont plutôt convenables. Attention, on est loin des standards occidentaux : pas de frigo, pas d'eau chaude, et régulièrement des coupures d'électricité ou d'eau ! Du coup la bougie est souvent notre amie. Pas d'internet non plus (faut pas déconner!).

Addis Abeba, les premiers pas

Addis Abeba, c'est le retour dans une ville du sud. C'est la circulation infernale, c'est les bus qui roulent vite et où on s'entasse à 20 (pour 15 places). C'est la pollution. Oui, je sais, Paris est polluée. Mais ce n'est pas pareil. A Addis, tu la vois, tu la sens. Tu reviens le soir chez toi avec un kilo de poussière dans le nez. Tu enlèves ça, ton pif est en sang. Un tramway est en cours de construction (coucou la Chine), ça devrait arriver pour cette année (et ça risque de changer un peu les choses!).

Addis Abeba, les premiers pas

Addis c'est aussi le siège de l'Union Africaine. C'est donc une ville de diplomates, de cravates, de sièges sociaux. Et qui est en face de l'Union Africaine ? Coucou, Total !

Addis Abeba, les premiers pas
Addis Abeba, les premiers pas

De ce fait, les inégalités en ville sont vraiment impressionnantes. Sur les deux premiers jours, j'ai vu 100 mendiants (en étant 20 minutes en tout et pour tout dehors). C'est bizarre, il y a quelques semaines on m'a posé la question de savoir où j'avais vu le plus de pauvreté. Et je n'avais pas la réponse, je n'avais jamais été vraiment choqué. Je sais que l'Inde en choque plus d'un, mais moi je n'avais pas d'exemple, même pas au Burundi. Pour ça, Addis Abeba est choquant. Des handicapés, des aveugles, des enfants, une forme sous une couverture dont seule dépasse la main. Certains viennent vers toi, d'autres ne bougent pas, lui ne peut plus. Le nombre d'enfants prêts à cirer tes chaussures pour quelques birrs est pharamineux (Lucas like this). Comme tu es le blanc (le « frengie », l'Occidental, également la même signification que « muzungu » en Afrique de l'Est), tu es riche. Et comme tu es riche, le mendiant vient vers toi. Et comme tu es étudiant, tu te sens mal. Histoire sans fin, et avec peu de solution rapide.

 

Addis Abeba c'est aussi des trucs bizarres. Tout d'abord, je n'ai pas vu un seul cafard (et ça, c'est vraiment bizarre!). Les voitures locales sont très amusantes, on repart dans le passé ! Des Ladas, des Coccinelles de VW (en grand nombre!), des vieilles Peugeot (504) et Renault (Renault 4). J'ai même vu une Kangoo !

Addis Abeba, les premiers pas
Addis Abeba, les premiers pas

Du côté des conditions de vie, les prix sont faibles, les bus coûtent dix centimes en moyenne. Un très bon gros plat coûte deux euros. Mais tu peux manger pour un. Un kilo de bananes coûte cinquante centimes.

Autre point important : les filles sont magnifiques ! Les plus jolies Africaines (d'assez loin), et sans aucun doute l’Éthiopie est dans mon top 3 pays (en compagnie de la Pologne et de la France!).

 

Enfin, le week-end dernier je suis allé voir Lucy. Non, aucun rapport avec Scarlett Johansson ! Je veux bien sûr parler du fossile datant d'environ 3,2 millions d'années, longtemps considéré comme l'espèce à l'origine de la lignée humaine ! Bon, Lucy peut paraître dans un sale état, mais pour une femme de 3,2 millions d'années, elle reste plutôt bien conservée ! Découverte en 1974 à Hadar, elle est aujourd'hui entreposée au musée national d’Éthiopie.

Addis Abeba, les premiers pas
Addis Abeba, les premiers pas

Demain c'est Pâques (orthodoxe), du coup c'est férié, du coup pas d'internet avant lundi ! Mais je vous raconte ça très vite. Au plaisir

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8 avril 2015 3 08 /04 /avril /2015 09:52

Avant de parler de l’Éthiopie, il faut d'abord localiser le pays, car pour plusieurs d'entre-vous, c'est l'Afrique. Et l'Afrique c'est un espèce de truc uniforme, assez loin, et plutôt dangereux. Non, Ebola n'est pas en Éthiopie, et pour cause : je suis dans la Corne de l'Afrique.

L’Éthiopie, c'est différent

Oui, le pays est sacrément bien entouré : la Somalie à l'Est, l’Érythrée au Nord, le Sud-Soudan à l'Ouest.... ça fait rêver ! Le Yémen n'est pas très loin non plus ! Bon, de ce fait, la carte du ministère des affaires étrangères est la suivante : ne pas se rendre aux frontières !

L’Éthiopie, c'est d'abord l'alphasyllabaire éthiopien. Derrière ce nom barbare se cache un alphabet barbare, le ge'ez. Ainsi Éthiopie s'écrit : ኢትዮጵያ. Autant vous dire tout de suite que je n'essaierai pas d'apprendre cet alphabet, moi qui galère déjà assez pour apprendre l'allemand ! La langue d'Addis Abeba est l'amharique, mais il y a 13 langues qui sont parlées par au moins 1% de la population (66 langues en tout dans le pays!!). Oui, ça semble être un peu compliqué, mais vous n'avez encore rien lu !

 

En Éthiopie, nous sommes en 2007. Oui, car selon l'église orthodoxe locale, Jésus est né en l'an 9 du calendrier grégorien (le 6 ou 7 janvier, le Noël orthodoxe). Pour faciliter la chose, le premier jour de l'année est notre 11 septembre. Mieux, il n'y a pas 12 mais 13 mois ! On suit le calendrier lunaire, et le treizième mois compte 5 ou 6 jours. Attention, voici le clou du spectacle : les heures ne sont pas les mêmes ! Elles suivent le soleil : la journée commence ainsi à 6h. C'est à dire que lorsqu'il est 8h du matin selon moi, il est 2h selon les Éthiopiens. Bref, je vous écris en ce mardi 7 avril 2015 à 20h22 alors qu'on est officiellement ici le 29 Makawit 2007 à 2h22.

 

L’Éthiopie c'est différent. L'histoire notamment. Homère dans son Iliade évoque déjà les peuples du sud de l’Égypte, tandis que les Égyptiens mènent des expéditions dans ce territoire. L’Éthiopie est le deuxième royaume à se convertir au christianisme (après l'Arménie). L'église orthodoxe sera religion d’État jusqu'en 1974. Je pourrais détailler l'histoire du pays pendant des heures, mais je vais me concentrer sur la période la plus contemporaine. Tout d'abord, l’Éthiopie n'a pas été colonisé. Et ça, c'est une grande fierté nationale ! Les Italiens ont pourtant essayé, mais le 1er mars 1896 ils sont décimés lors de la bataille d'Adoua (c'est encore aujourd'hui un jour férié!). Ils sont bien revenus lors de la période fasciste (1936-41), mais ils n'ont pas vraiment laissé une énorme trace ici (il y a bien le « ciao » utilisé parfois pour dire au revoir, très pratique pour moi!).

L’Éthiopie, c'est différent

L’Éthiopie, c'était dans mon imaginaire l'empereur Haile Sélaissie. Le type arrive progressivement au pouvoir au cours de la décennie 1920, et il dirige le pays de 1930 à 1974 ! Rien que ça ! Bon, il a fait l'année de trop (la décennie?) et il finit renversé par un coup d’État militaire mené par le Derg. S'en suivent presque deux décennies communistes, et sanglantes. Entre les massacres et les famines, l’Éthiopie devient l'un des pays les plus pauvres du monde (oui, chanson pour l’Éthiopie, Usa for Africa, tout ça tout ça). 

L’Éthiopie, c'est différent
L’Éthiopie, c'est différent

Depuis 1991, le Front Démocratique Révolutionnaire du peuple éthiopien est au pouvoir. Le pays s'est officiellement « démocratisé » (à savoir qu'il y a des élections, avec un parti qui a fait 99% en 2010... les prochaines élections ont lieu en mai, et ça devrait être à peu près la même chose). Une démocrature en quelque sorte.

L’Éthiopie est plus ou moins en guerre en Somalie contre les shebab (oui, les mêmes que ceux qui ont perpétré l'attaque contre l'université kényane). L’Éthiopie est en guerre froide avec l’Érythrée (pays qui s'entend mal avec tout le monde, et qui a eu la bonne idée d'attaquer l’Éthiopie alors que le pays venait de lui octroyer son indépendance...). Bref, c'est un pays où le militaire à la côte, où le policier est partout, et où tu as interdiction de prendre en photo la moitié des monuments. Les services de l'immigration sont horribles pour l'ensemble des Occidentaux que j'ai rencontrés, et la liberté de commerce ou les investissements sont très sérieusement limités.

Hormis cela, c'est le deuxième pays le plus peuplé d'Afrique : 95 millions d'habitants ! L'indice de développement humain est faible (173ème) et je suis clairement dans un pays pauvre. Cependant l’Éthiopie bouge, et une croissance à deux chiffres a permis un beau développement sur la dernière décennie. Niveau climat, ça diffère sérieusement selon la région (6 zones climatiques!). Addis Abeba est situé à plus de 2 000 mètres d'altitude (pas de palu), il fait donc chaud mais pas trop (25°C la journée) et toujours beau jusqu'à maintenant (la saison des pluies commence en juin).

Bon, je pourrais encore développer deux heures, mais je veux en garder pour la suite. Reste que le pays abrite le Nil bleu (et que les barrages poussent comme des champignons, demande d'électricité oblige). Enfin, l’Éthiopie c'était pour moi, et depuis bien longtemps, une terre d’athlétisme. Quand on pense 5 000 m, 10 000 m ou marathon, on en arrive toujours à parler du Kenya et de l’Éthiopie. Alors j'ai les images d'Haile Gebreselassie et Kenenisa Bekele en mémoire. Mais ces « souvenirs éthiopiens » sont maintenant remplacés par beaucoup d'autres...

L’Éthiopie, c'est différent
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7 avril 2015 2 07 /04 /avril /2015 11:41

Un bus matinal depuis la Catho jusque Lille Flandres, un train jusque Roissy, et deux avions Qatar Airways jusque Addis Abeba.... Je suis parti à 6h, je suis à Addis à 1h du mat' le lendemain. Un long voyage, mais Qatar Airways est vraiment une super compagnie (non, je ne reçois pas d'argent de leur part, mais niveau qualité on est dans le top, surtout le premier avion, un A380 flambant neuf, avec des films pas encore sortis en dvd !). L'aéroport d'Addis c'est déjà l'aventure. Il est une heure, et il y a 500 personnes qui attendent à l'immigration. 450 Éthiopiens. Devant eux, deux guichets d'ouverts (sur les 8 possibles). Forcément les gens s'énervent un peu, surtout lorsque quelqu'un essaie de doubler. Je prends mon visa (48€ pour un mois) et je me lance dans la queue des étrangers. Une grosse heure plus tard, je suis de l'autre côté. La file des Éthiopiens a à peine bougé. Je récupère mon bagage, j'échange quelques euros contre des birr, la monnaie locale (1 euro = 22 birr). Pas de distributeur en vue. Un taxi, une adresse, me voici au bloc 33, comme indiqué par ma Couchsurfer. Je descends du taxi, je marche vers le bloc. Je recherche mon papier où j'avais noté les informations..plus moyen de mettre la main dessus ! Putain, j'ai dû l'oublier dans le taxi ! Bon, j'y vais à la mémoire. Je monte au dernier étage, c'était l'appartement le plus au fond dans l'indication que j'avais. Mais ce n'est pas le bon numéro... je cherche le quinze, je suis au 28... Et merde, je descends un étage, puis deux. Pas de numéro 15. Merde, ma mémoire doit me jouer un tour. Je remonte, suis les indications, et frappe à la porte. Il y a quelqu'un, je me dis que c'est bon, ça bouge. Et puis plus rien. J'attends. Je refrappe. On me parle, dans une langue inconnue. « Valérie ? ». Bon, ça n'a pas l'air d'être elle. J'essaie tant bien que mal de m'excuser (il est deux heures trente du mat' tout de même!), en demandant si une Européenne habite dans le coin. On me répond que non, tout en ne me comprenant pas... Et me voici en plein milieu de la nuit, dehors, à Addis Abeba, sans savoir où dormir. L'aventure...

Je peste contre ma stupidité d'avoir laissé le papier ultra-important avec le numéro de téléphone de ma Couchsurfer, et son adresse. Je m'assois dans les escaliers. Il fait 20 degrés. Je ne vais pas dormir dehors tout de même. Ou alors un hôtel ? Lequel ? Il faut que je trouve un taxi. Pfff, allez, je cherche mon papier. A la lumière de la lune, je refais le chemin en sens inverse. Et miracle parmi les miracles, je retrouve ce fichu papier plié en quatre, au milieu d'un parking...

Bon, ça ne m'avance pas vraiment, puisque j'avais une bonne mémoire. Block 33, appartement 15. qui n'existe pas. Un garde vient vers moi, me demande ce que je fais là. J'obtiens son téléphone, avec lequel je peux appeler ma Couchsurfer... Elle me dit que c'est le block 15, appartement 33. Putain, je suis vraiment un boulet ! Le garde m'amène jusqu'à son appartement, je suis enfin arrivé. Et rassuré. Et fatigué. Je dois me lever dans 3 heures.

 

L'histoire n'est pas totalement terminée. Car j'apprends que ma couchsurfer est en fait venue me chercher à l'aéroport avec un pote. Mais les autorités ont refusé de les laisser entrer. Une heure plus tard, ils sont partis, alors que j'étais sans doute à l'immigration. Et c'est elle qui s'est trompée dans les indications... Bref, je m'en fous maintenant, j'y suis, j'y reste !

 

Premier jour, réveil difficile. J'aurais bien dormi quelques heures de plus, mais ma Couchrsufer, Valérie, et son coloc Mitja, tout deux allemands, partent tôt ce matin pour travailler. Et comme il n'y a pas de clefs... En fait, nouveau miracle une troisième clef existe ! Ça sera pratique pour la suite. Bon, maintenant que je suis réveillé, autant y aller. J'ai rendez-vous au centre français des études éthiopiennes. Le pote de Valérie m'emmène dans le premier bus, puis m'amène jusqu'au second. Le troisième bus est facile à prendre.

Pour le retour ça sera autre chose. J'ai lutté toute la journée pour travailler, mes yeux se fermaient souvent, j'ai dormi sur une chaise au soleil n'en pouvant plus (belle introduction de ma personne auprès des autres chercheurs, je suis arrivé depuis 3 heures que je dors déjà !) et je pars à la fermeture de la bibliothèque, 17H. Je marche jusqu'au second bus, non pas que ça soit cher mais il faut beau et chaud (25°C facile). Je prends mon bus facilement. Le problème, c'est le dernier bus. Je ne sais pas où je dois le prendre. Je suis à un endroit, je demande à chaque fois aux types si c'est le bon, mais ça n'est jamais le cas...

Ah, oui, ceci est l'alphabet local....

Addis Abeba, arrivée compliquée

Oui, forcément c'est la galère pour savoir quel est ton bus. Je me décide à marcher. Une heure plus tard, je ne reconnais rien, j'ai l'impression d'être perdu. Bon, c'est loin d'être une impression, je craque pour un taxi, j'étais à cinq bornes de chez moi ! Tu voulais de l'aventure mon gamin, tu es servi !

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6 avril 2015 1 06 /04 /avril /2015 11:39

Ainsi, après revenir, il y a le repartir. Plusieurs mois se sont passés depuis mon dernier retour, au mois d'août 2014. Pas mal d'épisodes se sont enchaînés, dont un départ à Bordeaux. Mais ce n'était pas vraiment repartir. Bordeaux c'était trop facile, c'était des conditions de vie connues, une langue parlée, une culture similaire. Bordeaux c'était rester. Repartir, c'est l'aventure.

Je ne pensais pas repartir aussi rapidement, pensant finir d'abord l'écriture de ma thèse. Mais dans la vie il faut savoir saisir les opportunités quand elles se présentent à vous, au risque de le regretter. Oui, le timing n'était pas parfait, oui j'aurais apprécié passer quelques mois de plus en France. Mais non, je n'allais pas laisser passer un boulot ! Pensez, cela fait des années que je n'ai pas travaillé, et voilà qu'on me propose un job, intéressant et en rapport avec ma thèse en plus ! Surtout, c'est payé ! Oui, c'est un point à prendre en considération lorsque l'on fait une thèse sans financement.

C'était il y a plusieurs mois, une réunion à Paris sur le Burundi et le Rwanda. J'étais là, en tant que « spécialiste » de ces deux pays. Une question a été posée sur les brigades régionales des forces africaines en attente (je vous passe les détails). J'ai répondu car j'avais lu sur ce sujet la semaine précédente. Un coup de chance ! Et voilà qu'on me propose une consultance. Et c'est ainsi que je me retrouve en Éthiopie aujourd'hui.

Repartir c'est tout un processus. Il y a l'achat du ticket (avec mille comparaisons), le choix dans la date (hum hum), les questionnements vis-à-vis du visa, des vaccins. Bon, je ne vais pas vous mentir, ça fait quelque temps que je n'ai plus ressenti le stress de ces formalités. Hakuna Matata. Alors je fais un peu tout à la dernière minute, étant occupé par le déménagement bordelais. Où dormir ? J'ai une réponse d'une Couchsurfer une semaine avant mon départ. Tranquille.

 

Repartir c'est un mélange d'excitation et de peur. C'est un saut vers l'inconnu. Comment est ce pays ? Qui y vit ? Je regarde cent fois la carte du monde, en me disant que dans 10 jours j'y serai, dans 7 jours, dans 3 jours. Addis Abeba. Ethiopie. Ce sont seulement des mots. Dans quelques jours ils deviendront une réalité. A mon retour ils seront une tonne de souvenirs, d'images gravées, d'instants de vie. Je veux garder la surprise, je ne regarde pas un seul blog de voyage, une seule photo ni même la page wikipédia du pays ! Je veux en prendre plein la vue, sans m'y attendre.

Et puis il y a les deux jours avant le départ. Cette appréhension bizarre, ce mélange d'excitation et de peur. C'est là où il est le plus fort. Je me pose plusieurs fois la question de ce que je vais faire là-bas. De comment j'en suis arrivé là, né à Saint-Omer, école primaire, collège, lycée, fac, tout cela normal. Et puis il y a un moment où j'ai déconné, où j'ai décidé de partir. Et depuis je ne fais que repartir, chaque année. Vais-je m'arrêter un jour ? Suis-je réintégrable ? Je me pose vraiment la question, sans avoir la réponse. Une petite peur m'envahit en y réfléchissant, me disant que j'aurai toujours à la fois ce manque des voyages et ce manque des proches. Le mal du pays et le mal du voyage. Équation complexe, malheur constant en vue !

 

La veille du départ c'est le sac, c'est l'impression du ticket, c'est les dernières questions : moustiquaire ou pas ? 2 pantalons ou 3 ? Quid si ma Couchsurfer me met un lapin ?

Tu dis au revoir à ta famille, à tes amis. Tu penses aux lycéens allemands qui ont fait pareil avant de partir en Espagne, et à ce con de pilote. Repartir, ça te rappelle que la vie est courte, et qu'on ne sait jamais. L'Afrique c'est loin, un mois ça passe tellement vite mais il peut se passer 12 événements en France ou en Éthiopie pendant ce temps là. Tu regardes à nouveau la carte du monde, demain tu y es ! Putain, mais quelle idée !

Et une fois dans l'avion, tu oublies tout ça. A l'aéroport d'Addis Abeba la crainte est partie. Tu y es, l'aventure commence.

Repartir (direction l’Éthiopie)
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31 mars 2015 2 31 /03 /mars /2015 14:51

C'est parfois assez difficile de raconter ses voyages. Je m'y essaie à chaque fois, et j'espère retranscrire un minimum ce que je ressens, en plus de ce que je vois. Mais il y a une chose que je n'ai jamais réussi à faire, c'est retranscrire mes retours.

 

Car oui, tout voyage a une fin. Une fin que l'on anticipe tous un peu. La dernière semaine d'Asie était celle de l'excitation du retour. J'étais encore là physiquement, mais mentalement j'étais déjà rentré. Qui je vais voir, qui je vais serrer dans mes bras, avec qui je vais rire, sortir, chanter, crier. On a beau se dire qu'il faut profiter jusqu'au bout du voyage, les dernières semaines, les derniers jours ne sont que de longues heures d'attentes. En Asie, j'ai commencé mon décompte à J-15. Au Kenya, la première fois, j'étais arrivé depuis deux jours que je faisais déjà un J-58. Oui, ce décompte dépend beaucoup de l'état mental dans lequel on se trouve. J'étais heureux en Asie, moins lors de mon premier voyage au Kenya.

 

Et puis vient l'aéroport, l'avion, le vol. L'arrivée dans la grisaille du Nord (car oui, c'est bizarre, mais on revient presque toujours dans la grisaille). Là, on se le dit déjà : je suis revenu, et ça n'a pas changé !

Les premières semaines sont géniales. On revoit la famille, on revoit ses amis. Ceux qui nous ont tant manqué pendant des semaines, des mois, une ou deux années. On sort, on profite de chaque repas préparé par maman ou mamie. On savoure la nourriture que l'on n'avait pas là-bas (et on jure que l'on ne gâchera plus jamais rien !), on savoure une douche chaude, une maison propre. On va dans un supermarché et on est impressionné de tout ce choix. On prend la voiture, et on se dit que c'est cool, cette liberté de déplacement. On ne galère pas à se faire comprendre, on n'a pas besoin de négocier un prix. Et assez vite, on va oublier tout ça...

Car, après quelques semaines, après plusieurs mois, vers l'automne, il y aura le retour de cette routine. Vous savez, celle que vous avez fuie. Et de cette météo de merde (celle-là aussi vous l'avez fuie!). Et il y aura cette fameuse déprime post-voyage. Certains connaîtront même la dépression. Car si on me félicite beaucoup pour les « couilles » que j'ai de partir (désolé pour la vulgarité, mais j'emploie le terme exact), on me félicite rarement pour les couilles que j'ai de revenir. Pourtant, j'ai bien l'impression que c'est peut-être le plus difficile.

 

Vous êtes rentré. Et vous allez parler pendant les premiers jours de votre voyage, des gens que vous avez rencontrés, des histoires folles qui se sont passées. Et vous allez les répéter cinquante fois. Comme mes policiers grecs ou mon amour du transsibérien. Et puis peu à peu les gens ne vous en parleront plus. Et c'est là où la rupture s'opère, c'est là où l'on perd le centre de l'attention. Pendant plusieurs jours, on n'a d'yeux que pour vous, et votre voyage. Peu à peu, vous redevenez « normal ». En vérité, vous ne l'êtes pas, vous ne l'êtes plus. Car vous avez changé, vous êtes transformé. Ce voyage a fait de vous un être différent, avec une vision de la vie qui a été bouleversée. Mais ça, personne ne peut vraiment le comprendre. Alors vous allez errer comme un être sans âme pendant plusieurs semaines, à essayer de comprendre pourquoi vous êtes rentré, et comment faire pour repartir. Vous allez maudire la nourriture de maman et ce magasin consumériste. Vous allez regarder les photos des autres voyageant sur Facebook avec des larmes plein les yeux et de la jalousie plein le cœur. Vous allez pester contre cette France immobile, conservatrice, et à peine ouverte d'esprit. Et vous allez planifier le prochain.

 

Mais rassurez-vous, si un jour vous vous sentez comme cela, sachez que je suis là pour vous aider. Que si pas grand monde ne vous comprend, moi, un peu. Certes, notre voyage n'aura pas été le même, nos histoires auront été si différentes. Mais on aura eu ce putain de sentiment de liberté. Et ce sentiment que rien ne change ici. En deux mois d'Afrique je vois des bâtiments progresser et des routes se construire. Et lorsque je reviens chez moi, rien n'a bougé. Les routes sont les mêmes, les bâtiments aussi, les gens encore plus. Moi, par contre... et vous aussi.

En vérité, je ne regarde pas vos photos de voyage. Ça m'énerve. Ça m'énerve tellement que je suis incapable de regarder n'importe quel documentaire de voyageurs. Allez vous faire foutre, bande de chanceux. Profitez, mais ne m'obligez pas à vous lire, ou à vous regarde. Car je vous hais. Jusqu'au jour où on se retrouvera dans le Nord. Là, ce sera différent, on sera à égalité. On sera revenu. Et on se comprendra.

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30 mars 2015 1 30 /03 /mars /2015 19:43

Ouf ! Le FN n'a donc pas gagné de département ! C'était pourtant l'objectif annoncé. Mieux, le Pas-de-Calais reste de gauche. Il reste donc un département à gauche dans le Nord-Ouest, et c'est le mien. Mieux, dans mon canton, le candidat PS a été élu au premier tour ! Ce fut le seul de toute la région. Quelle victoire !


 

Et puis lorsqu'on analyse un peu les chiffres du Pas-de-Calais... 6 cantons sur 39 sont passés Front National. 12 élus frontistes vont donc siéger au conseil départemental. C'est un record de France. Et quand on voit ce chiffre de 6 cantons, on se dit que c'est un mal pour un bien. Car les autres scores du FN vont pâlir les autres partis : 49,9% à Douvrin, 49,45% à Calais 3, 48,67% à Bully-les-Mines, 48,37% à Carvin, 48,17% à Auchel, 47,87% à Bapaume, 46% à Noeux-les-Mines, 45% à Calais 2 et Boulogne 1, 44% à Béthune, Bruay, Beuvry, Outreau, Saint-Paul-sur-Ternoise et Brebières.


 

Il n'y a pas si longtemps, on jouait à se faire peur. « Imagine un peu si le FN gagne l'élection ». Et on imaginait ce qu'on ferait, quelle attitude on adopterait, les conséquences que cela aurait. Aujourd'hui, on a peur. Car on sait que les régionales de décembre sont dangereuses. Hier le système d'élection ne favorisait pas le FN. En décembre, ça risque d'être une autre histoire. Les Picards vont alourdir notre balance Front National. Et on sera peut-être la première région FN de France. Ça, c'est la classe.


 

Ou pas. Alors on essaie de trouver les coupables. La corruption, le tous-pourris, le chômage, les autres partis, la gauche, la droite, le centre. Et les Français. Car il y a deux écoles : celle qui dit que ce n'est pas leur faute, que les Français sont malheureux, déçus des autres politiques, et que c'est ce désespoir qui les pousse à voter FN. Mais il y a l'autre école, celle que je rejoins de plus en plus : les Français savent pourquoi ils votent FN. Ils en connaissent les conséquences. Qu'ils ne fassent pas les vierges effarouchées le jour J. Car les coupables ce sont eux. Eux qui choisissent la facilité, l'ignorance, la haine de l'autre. Et qu'ils arrêtent de se cacher derrière des excuses bidons. Tu votes FN et tu sais pourquoi. Tu es un peu raciste, assume. Que l'on arrête de dire que le vote FN rassemble les mécontents. Le vote blanc pourrait le faire, le parti de gauche pourrait aussi. Mais non, c'est un parti à tendance néo-libérale, raciste, ayant dans ses origines de l'antisémitisme et une bonne dose d'Algérie française. Tu te retrouves là-dedans, c'est ton problème. C'est le mien aussi d'ailleurs, le nôtre en fait. Car on n'est plus très loin de la bascule. Non, le FN ne gagnera pas la prochaine présidentielle. Enfin, je crois. Mais je ne mettrai pas ma main à couper pour la suivante. La petite bête monte, comme au siècle précédent. Et comme au siècle précédent, il y aura ceux qui seront avec, et ceux qui seront contre. Il faudra choisir un camp. J'ai déjà choisi le mien il y a bien longtemps. Et ce retour dans le Nord-Pas-de-Calais me permettra de mettre en application les écrits que je tiens depuis plusieurs années. La résistance ne fait que commencer.
(Bien sûr, il faudra nettoyer les écuries d'Augias. Un coup de kärcher comme dirait l'autre. Car notre politique pue le fric, la corruption, le carriérisme. Ça sent tellement que certains ne sentent même plus les odeurs nauséabondes des autres cons du FN.)

Les départementales, cette victoire au goût amer
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