29 mars 2015 7 29 /03 /mars /2015 22:11

J'ai découvert Bordeaux au détour d'un tour de France. Elle est devenue en quelques heures notre plus beau souvenir avec un Lav' enchanté, la plus belle expérience d'un fou voyage : Bordeaux nous avait accueillis comme personne. Nous étions le pouce levé sur une route nationale, une femme s'est arrêtée, elle nous a emmenés deux heures à travers l'Aquitaine pour nous héberger chez elle. Elle nous a nourris, elle nous a donné ses clefs. Elle nous a dit « allez vous amuser ». Et nous avons savouré. Je me revois devant la cathédrale, la mairie illuminée, le sourire jusqu'aux oreilles.

 

Bordeaux avait déjà gagné. Bordeaux avait eu d'autres publicités, une venue express il y a deux ans, une chafouine m'avait évoqué il y a quelques mois le dialecte local, les poches et les chocolatines, et c'est gavé de monde. Olivier m'avait parlé de football et de soirée au black D local.

 

7 mois plus tard, je refais mes bagages et j'abandonne la ville. Oh, non, ne pensez pas que ça ne me plaisait pas. Bordeaux est géniale. C'est l'une des plus jolies villes de France, et sans doute la plus agréable à vivre que je connaisse. C'est facile, lorsqu'on me demande dans quelle ville je souhaite habiter plus tard, elle revient toujours. Bordeaux c'est le vélo, c'est les vignes, c'est la dune du Pyla, c'est le Porge et ses dunes, c'est le LAM et son ambiance studieuse, c'est la rue Elisée Reclus et la barrière de Pessac. Bordeaux ce fut mes tandems franco-allemands, le Parc Lescure et les Girondins, le Sherlock et ses matchs de rugby. Bordeaux c'était la place de la Victoire et ses vendeurs de shit, la rue Sainte-Catherine et ses magasins à n'en plus finir, l'opéra et ses ballets, Quinconces et Je suis Charlie. En quelques mois j'ai eu le temps de construire mille souvenirs, d'arpenter milles rues, de rencontrer mille individus. J'ai fait découvrir la ville à une dizaine d'Audomarois, à ma famille, et à une Brésilienne, une Anglaise, une Libanaise, une Coréenne, une Bulgare... Bordeaux ce fut de drôles de soirées jungle fluo, Halloween pervers, création d'un thriller porno, Jack l'éventreur et puces de chat. Ce fut ma colocation et une maison en travaux constants, plusieurs crémaillères et « Mimine ». Il y a aussi le marché des Capucins et ses odeurs, le cours de la Marne et ses SDF, la gare et ses prostituées. L'Utopia cette drôle d'église cinématographique, des restaurants fameux, des places à chaque coin de rue. Il y a les portes de la ville, la grosse cloche, et des jeux barjo.

 

Et il y avait moi, au milieu de tout cela. Content, souriant. Mais pas suffisamment. Si je rentre, c'est pour retrouver mon Nord, mes potes, ma famille. Je rentre pour écrire ma thèse, retrouver une maison chauffée et un terrain de foot. Je rentre pour eux, je rentre pour moi. Mais Bordeaux restera mienne. Et je reviendrai. Pour ceux qui sont encore là-bas et que je n'oublie pas. I'll be back.

 

Je suis Bordeaux
Je suis Bordeaux
Je suis Bordeaux
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8 mars 2015 7 08 /03 /mars /2015 12:24

Pourquoi s'enterrer à Laval ? Oui, c'est le genre de question que l'on se pose parfois lorsque l'on évoque ma sœur. Parce que Laval, en dehors d'être un palindrome célèbre, représente peu de chose. C'est facile, je ne savais pas où mettre cette ville sur une carte de France (et je me considère comme pas mauvais en géographie nationale).

 

Laval est à 55 minutes à l'est de Rennes, au milieu de la Mayenne. La Mayenne, c'est des vaches. Et puis des vaches (1er département pour la viande bovine, 80% des terres sont agricoles). Il n'y a que trois villes de plus de 10 000 habitants : Mayenne, Château-Gontier et donc Laval. Bref, on est au milieu de rien, et rejoindre Laval par la route, c'est traverser ces longues campagnes françaises où rien ne semble avoir bougé depuis 50 ans.

 

Enfin à Laval, je retrouve ma sœur. Et cette fois c'est décidé, je vais visiter la ville ! 50 000 habitants pour une aire urbaine de 120 000 (Saint-Omer est à 100 000).

Laval est un mélange entre une ville médiévale et une ville normande. Ville médiévale pour son château et le fameux donjon (également le nom de la boîte de nuit la plus connue de la ville), ses remparts, sa porte Beucheresse (avec au milieu de la porte un magasin tout vilain du Stade Lavallois).

Laval
Laval
Laval

Ville normande pour ses petites rues pavées, entourées de maisons à colombages.

Laval
Laval

Et ce que je retiens, c'est une certaine tranquillité, une douceur de vivre. Laval, ce n'est pas stressant. Les gens prennent leur temps, marchent doucement. A Laval il y a du boulot (le chômage était de 6% en 2011, quand la moyenne nationale était de 9%). Il y a le siège de Noz, mais aussi surtout celui de Lactalis (Roquefort, Président... premier groupe laitier et fromager mondial, 61 000 emplois dans le monde, 16 milliards de chiffre d'affaires). Des personnalités célèbres sont nées ici : Ambroise Paré, le Douanier Rousseau, Alfred Jarry, Chamix.

Bon, après je n'y ferai sans doute pas ma vie, malgré le Stade Francis-Le-Basser. Une journée c'est bien, sur la route de Bordeaux !

Laval
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20 février 2015 5 20 /02 /février /2015 16:19

J'ai découvert Dolan avec Mommy. On en a fait tout un pataquès en France (j'ai toujours rêvé d'écrire « pataquès »), et c'était mérité. J'ai pris une petite claque au cinéma bordelais, et j'en redemandais. Ca tombe plutôt bien, puisqu'on m'a rapidement dit que je devais continuer, que les films de Dolan valent le coup d'être vus. Et c'est bien vrai !

Xavier Dolan, la filmographie

J'ai tué ma mère (2009) : 15/20. Avec Xavier Dolan et Anne Dorval.

 

Hubert, adolescent, déteste sa mère. Homosexuel, il cherche des conseils auprès de son petit copain, ou auprès d'une enseignante ayant elle-même des problèmes avec son père.

 

Dolan réinvente les relations parents-enfants. Dur, sombre, et parfois drôle. Il jongle entre les moments, et le résultat est vraiment bon. J'aime beaucoup la réalisation, la musique, les couleurs. 20 ans à peine pour le réalisateur. Classe.

Xavier Dolan, la filmographie

Les amours imaginaires (2010) : 13/20. Avec Xavier Dolan, Monia Chokri et Niels Schneider.

 

Francis et Marie sont deux amis proches. Mais ils tombent tous deux amoureux de Nicolas. Celui-ci semble jouer avec eux, laissant de l'espoir aux deux.

 

Drôle d'ambiance dans ce film, avec ce couple à trois. Moins fort que les autres films de Dolan, mais qui laisse un drôle de malaise. La dernière réaction de Dolan est énorme. Et la B.O., comme toujours, vaut le coup.

Xavier Dolan, la filmographie

Laurence Anyways (2012) : 17,5/20. Avec Melvil Poupaud et Suzanne Clément.

 

Une femme aime un homme. Mais cet homme ne se sent pas homme, mais femme. Il va décider de changer de sexe.

Bam ! Boum ! Claque ! Woh, gros film, assez long, et du coup bien détaillé. La B.O. est géniale, les deux acteurs principaux sont très bons. J'aime beaucoup la façon de filmer.

Xavier Dolan, la filmographie

Tom à la ferme (2013) : 13,5/20. Avec Xavier Dolan, Pierre-Yves Cardinal et Lise Roy.

 

Tom assiste à l'enterrement de son cheum en plein milieu de la campagne québecoise. La mère de défunt est persuadée qu'il est juste un copain, tandis que le frère, homophobe, le violente. Une drôle de relation surgit.

Un thriller de Dolan. Ambiance très Hitchcock dans ce film, notamment avec la musique, la course dans le champ etc.. Syndrome de Stockholm aussi, avec la fascination pour le frère.

Xavier Dolan, la filmographie

Mommy (2014) : 17/20. Avec Anne Dorval, Antone-Xavier Pilon et Suzanne Clément.

 

Un enfant est expulsé d'un centre de rééducation. Sa mère décide de le reprendre à la maison. La relation passe alors de l'amour à la haine, avec une violence mentale et parfois physique qui pousse les deux à bout. Et pourtant, on jure voir de l'amour chaque minute.

 

Une bonne claque. Xavier Dolan a une grosse réputation qui le précède, ce film aussi, et pourtant j'ai apprécié. Bonne B.O. Un des films de l'année, encensé par la critique.

Xavier Dolan, la filmographie

Xavier Dolan, Juste la fin du monde (2016) : 16/20. Avec Nathalie Baye, Vincent Cassel, Gaspard Ulliel, Léa Seydoux et Marion Cotillard.

Louis est écrivain. Il revient dans son village natal pour la première fois depuis un sacré nombre d’années (12 ans). Sa famille, à qui il envoie une carte postale à chaque anniversaire, a beaucoup de choses à lui dire. Lui aussi, puisqu’il va mourir.

Casting 5 étoiles dans un huit-clos tendu. Gaspard Ulliel est tout dans le non-dit, tandis que Cassel amène l’agressivité nécessaire. Je me suis reconnu dans le personnage de Louis, terriblement incompris et déserteur familial. On sent les drames, sans jamais les aborder.

Grand prix du jury, meilleur acteur au César pour Ulliel.

Xavier Dolan, la filmographie

Des sujets tendances, très bien dirigés. Une façon de filmer que j'aime beaucoup, de très bonnes B.O.... Un petit génie. Est en train de se faire une belle réputation dans le milieu du cinéma, et pas forcément des amis chez les journalistes. Qu'importe, je serai présent pour son prochain film ! Et vive le québecois !


Bienvenue dans mon top 10 !

 

Mon classement des réalisateurs (totalement subjectif)

1. Emir Kusturica : 17,08/20 (7 films)

2. David Fincher : 16,28 (9 films)

3. Albert Dupontel : 16,1/20 (5 films)

4. Frank Capra : 15,50 (7 films)

5. Billy Wilder : 15,46 (12 films)

6. Xavier Dolan : 15,33 (6 films)

7. Charlie Chaplin : 15,29 (7 films)

8. Clint Eastwood : 15,25 (10 films)

9. Quentin Tarantino : 15,19 (8 films)

10. Les frères Coen : 14,96 (14 films)

11. Stanley Kubrick : 14,82 (11 films)

12. Henri Verneuil : 14,69 (8 films)

13. Sergio Leone : 14,58 (6 films)

14. Jacques Audiard : 14,5/20 (7 films)

15. Howard Hawks : 14,29 (7 films)

16. Alfred Hitchcock : 14,21 (12 films)

17. George Cukor : 13,95 (10 films)

18. Dany Boon : 13,88 (4 films)

19. Pedro Almodovar : 13,86 (11 films)

20. Steven Spielberg : 13,79 (12 films)

21. Stephen Daldry : 13,75 (4 films)

22. Woody Allen : 13,59 (17 films)

23. Tim Burton : 13,25 (12 films)

24. Wes Anderson : 13 (7 films)

25. Sofia Coppola : 12,9 (5 films)

26. Gus Van Sant : 11,5 (11 films)

 

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18 février 2015 3 18 /02 /février /2015 17:24

Ça y est, je me suis donc bel et bien fait à l'idée, l'amour d'une vie n'existera pas. Pour moi en tout cas. Drôle de sensation tout de même, puisque c'était un rêve à l'époque de ma jeunesse. LA fille. Tout était dans le LA. Elle devait être unique, elle devait m'accompagner tout au long de mes années, vivre les rêves les plus fous en ma compagnie, vieillir avec moi, en se souvenant des belles choses etc etc etc.
Bon, c'est râpé ! J'ai déjà vécu des rêves de fous avec d'autres, et elles resteront des amours de ma vie (du moins, de ma jeunesse). Mais ce n'est pas grave, car j'ai fait le deuil de l'unique. C'est le désamour de cette idée.

Aujourd'hui, je crois à DES amours. Et tenez-vous bien, je trouve ça tout aussi formidable ! Se dire que l'on peut aimer à de multiples reprises au cours de sa vie, c'est déjà une foutue chance. Se dire que l'on peut aimer des personnes si différentes, c'est incroyable. Et penser à des amours naissant à 80 ans, ça donnerait presque envie de vieillir !
Oui, je crois qu'il existera pour moi différents amours, à différents moments de ma vie. Et c'est tant mieux. Si j'avais rencontré Alba il y a 10 ans, nous ne nous serions jamais aimés. Mais je l'ai rencontrée il y a 3 ans et demi, et ce fut un coup de foudre. Si je rencontrais l'une de mes ex demain, en ne l'ayant jamais connue, je doute fort que je retomberais amoureux ou qu'il se passerait seulement quelque chose.

C'est ça qui est assez fascinant. L'amour c'est aussi une question de timing. Fuck le destin ! L'amour c'est aussi une sacrée question de chance ! Sans cette rupture, sans cette folie, sans une conduite sur la bande d'arrêt d'urgence en Belgique, sans ce match de foot, sans cette envie d'aller voir en deuxième classe, pas d'Alba, et pas d'amour. C'est quand même un sacré concours de circonstances !
Attention, je ne maudis pas les amours d'une vie, bravo à ceux qui y arriveront. Mais bon, faut admettre que nous ne sommes pas la bonne génération pour ça. Pour nos grands-parents, ça semblait évident. Pour nous, ça semble totalement dingue. Attention, je peux aussi rencontrer quelqu'un demain, en plein milieu des archives africaines de Bruxelles, et tomber amoureux pour 100 ans. Oui, je sais, la probabilité est faible ! Mais que voulez-vous, j'aime tellement l'idée même de l'amour que je crois bien en être amoureux.

 

Aimez vous les uns les autres. Plusieurs fois. Amen (?)

Des()amours
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17 février 2015 2 17 /02 /février /2015 15:04

Pour ceux qui l'ignorent encore, je suis de retour dans le Nord après une expulsion forcée de Bordeaux. Oui, nous avons été virés de notre maison ! Aucun rapport avec le bruit ou les odeurs. Non, c'est une question de gros travaux : un trou équivalent à notre salon va être formé dans celui-ci pour consolider les fondations de notre maison bordelaise. Du coup, c'est tout le monde dehors ! (bon, on a négocié notre départ, et la prime est plutôt intéressante!)

 

Donc c'est à Tilques que je continue de rédiger ma thèse, entre-autres. Car au-delà de ma découverte du squash (cf. article précédent), j'ai connu quelques autres aventures, assez animalières. La première concerne mon chien, que je vais balader chaque midi. La fameuse marche digestive, pour moi, et aussi pour lui (attention, nous avons une marche assez différente, étant donné que j'ai arrêté, après multiples problèmes avec les forces de l'ordre, d'uriner sur les poteaux électriques et de déféquer sur les trottoirs de mon village). Ce n'est pas tant mon chien que l'autre chien le problème. Il est seul, il est dégueulasse, et il semble un peu perdu. Je continue ma balade, mais je repense à ce clebs, à sa famille éplorée lorsqu'elle s'apercevra de la disparition du toutou adoré, etc. Je décide alors de prendre l'initiative, et de contacter le propriétaire présumé du chien. Il n'est pas dans le coin, mais confirme que ça doit être lui, après description. On me demande de le ramener. Problème : le temps de ramener mon chien chez moi (afin d'éviter de courir deux chiens à la fois), impossible de retrouver la bête. Je décide de prendre la voiture, je fais le tour du village, rien à l'horizon, je n'y crois plus quand soudain, voilà l'animal arrivé à la mairie ! 1,2km en cinq minutes, il cavale ce con ! Bon, j'ignore le nom de la bête, je l'appelle comme je peux, j'essaie de l'attirer vers moi. Il n'a pas trop l'air de se méfier. J'hésite à le mettre dans ma voiture pour le ramener à son destinataire, mais il a un kilo de boue sous chaque patte. Je me décide à le ramener en marchant. Deuxième promenade du midi, avec un chien qui n'est pas le mien. Le con ne me suit pas toujours, je l'appelle trente fois, il prend tout son temps (j'ai kiné dans dix minutes!). J'essaie de le rassurer un peu (il suit un inconnu tout de même!), je lui parle de tout et de rien, de ma vie, de ma thèse. Oui, je vous entends bien, il s'en fout sûrement de tout ça ! Et j'en suis sûr aussi, mais faut faire la discussion. Arrivé devant sa prétendue maison, le chien se barre en courant !

Merde ! Je le rattrape, mais gros doute tout de même ! Et si ce n'est pas le bon chien ? Car « un petit chien blanc » selon ma description ressemble à beaucoup d'autres chiens blancs. Je décide d'appeler la gendarmerie, qui me refile la mairie. On me confirme que ça doit être le bon chien. J'essaie de l'appeler pour le ramener chez lui, il ne m'écoute pas, fait son petit chemin. Je me dois donc de le choper, mais j'hésite un peu (il est capable de me mordre le con!). Finalement, prenant mon courage à deux mains (enfin, une main pour être précis), je traîne la bête jusque chez lui. Quelques minutes plus tard, je reçois la confirmation, c'était le bon chien, qui, pour information, est sourd. Tout devient plus logique !


Je passe du coq à l'âne, enfin du chien aux harengs, avec le carnaval de Dunkerque ! Dimanche, c'était la bande de DK, avec le lancer de harengs, le rigodon final etc. Du classique avec le plus fidèle des fidèles carnavaleux en la présence du Russe (notre septième carnaval ensemble en 9 ans, tout de même!) et de sa première dame. La météo était géniale, l'ambiance aussi, et j'ai été surpris de toujours autant aimer. Physique et festif, à faire de toute urgence quand ce n'est pas encore le cas !

J'ai cette année choisi un déguisement raffiné, avec chaussettes du Stade Lavallois, dessous rouge et vert, kilt, robe léopard, boa rose, peignoir de bain, coupe-vent néerlandais, perruque blonde, chapeau des neiges et, détail qui fait la différence, petite barbiche écossaise. Succès garanti.
J'ai cette année choisi un déguisement raffiné, avec chaussettes du Stade Lavallois, dessous rouge et vert, kilt, robe léopard, boa rose, peignoir de bain, coupe-vent néerlandais, perruque blonde, chapeau des neiges et, détail qui fait la différence, petite barbiche écossaise. Succès garanti.

J'ai cette année choisi un déguisement raffiné, avec chaussettes du Stade Lavallois, dessous rouge et vert, kilt, robe léopard, boa rose, peignoir de bain, coupe-vent néerlandais, perruque blonde, chapeau des neiges et, détail qui fait la différence, petite barbiche écossaise. Succès garanti.

Côté boulot, direction Bruxelles pour les archives africaines. Du secret défense à gogo pour de la documentation des années 50-60. Les documents sont géniaux, des microfilms bien à l'ancienne, que je consulte dans une salle nocturne. L'impression d'être vraiment un historien dans ces moments-là. J'ai la chance d'avoir revu Pauline, en mode Erasmus, qui m'a gentiment accueilli dans son humble demeure (j'ai ensuite parlé avec l'accent belge pendant 3 jours, c'est EXcessivement énervant (pour les autres))

Deux semaines à baraque, entre harengs et chien sourd

D'autres trucs un peu fous : j'ai déjeuné avec un lieutenant-colonel de l'armée française jeudi, je me suis retrouvé dans l'énorme accident de l'A1 vendredi soir (3 camions et un bus en feu, deux morts, des explosions, 2h45 sans bouger, à regarder des photos de voyage avec 3 covoitureurs). J'ai dormi chez Titi (oui, c'est fou aussi), chez Olivette sans Internet (et elle était de bonne humeur!), micro-soirée sur Lille, Saint-O etc etc.
Encore une semaine ici, du boulot, Bruxelles, des soirées, du foot et c'est reparti pour Bordeaux ! Logiquement, sans animaux.

Deux semaines à baraque, entre harengs et chien sourd
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3 février 2015 2 03 /02 /février /2015 11:00

Voici la seconde partie de l'histoire de la première guerre mondiale d'Elie Guilbert, mon arrière-grand-père. (Premier épisode ci-dessous)

http://milevjeryleron.over-blog.com/2015/01/elie-guilbert-mon-arriere-grand-pere-un-poilu.html

A la fin de l'année 1914, les Allemands ont reculé sur l'Aisne. Elie se retrouve à 60 kilomètres à l'est de Reims, toujours avec le 8ème régiment d'infanterie.

Élie Guilbert, mon arrière-grand-père : un poilu (2/2)

Le-Mesnil-lès-Hurlus

Élie termine son premier séjour au front à Mesnil-les-Hurlus, dans la Marne, un village qui sera rasé par la guerre (il est officiellement supprimé en 1950). Une nuit, je vois la lueur produite par une cigarette ou un cigare, je lance une fusée parachute et je tire à hauteur de poitrine, la lueur tombe, j'entends un cri et distinctement « cochon de Français, cochon de Français ». J'avais fait mouche.

 

Seconde blessure


En février 1915, la huitième régiment d'infanterie participe à la première bataille de Champagne. L'offensive avait commencé dès le mois de décembre, et Elie et ses hommes participent aux batailles de Mesnil-les-Hurlus entre le 16 et le 23 février. Les bombardements sont incessants. Rodolphe, compagnon du 8ème, écrit : « Espérons que cela ira bien car je n’ai jamais entendu tirer (au canon) comme hier, les tranchées boches sont comme dans un brouillard tellement il y a de la fumée par l’éclatement des obus ». Le 26 février 1915, attaque du bois Trapèze, dans une tranchée allemande facilement reprise, Élie est blessé à la cuisse gauche, traversée par un éclat d'obus. (Quinze jours plus tard, un certain Charles de Gaulle est blessé dans le même village). Il est évacué sur Roanne pendant trois semaines. Il a encore une fois de la chance car la huitième subira de lourdes pertes les semaines suivantes. Elie ne peut pas repartir chez lui en convalescence car Moulle est dans la zone des armées. Il décide alors de rejoindre son frère aîné à Bergerac, où celui-ci était adjudant à une Compagnie d'instruction. Grâce à cela j'ai été comme un roi. […] Promenades aux environs et canotage sur la Dordogne. Une année de convalescence et de repos, avant de repartir à la guerre.

Bergerac

Reclassé disponible, il se porte volontaire pour rejoindre le 208ème qui avait subi de lourdes pertes lors de l'offensive de juillet 1916 dans la Somme (et qui revenait de Verdun). Nous fûmes donc affectés à la 23ème Compagnie dont le capitaine jouissait d'une solide réputation de vache bien méritée. Élie est désigné comme chef des voltigeurs.

Chaulnes

Troisième blessure

 

Après quelques séjours sans histoires, le 10 octobre, une attaque est décidée sur les bois de Chaulnes, à 11h. Nous sommes ici au cœur de la bataille de la Somme, Chaulnes est le verrou du système défensif allemand. A moins cinq « un obus éclate à dix mètres de la tranchée. Ça s'annonce mal ! « En avant », nous avançons en tirailleurs, après cinquante mètres les hommes se serrant, je leur crie et fais signe de desserrer, je sens un choc au bras gauche, je vois un filet de sang le long de ma main et mon bras qui ballottait, je ne souffrais pas trop. J'avais le bras cassé au-dessus du coude. Je plonge dans le trou d'obus le plus proche, déjà occupé par quelques hommes qui me font un premier pansement. Je me prépare à regagner la tranchée, je n'ai pas le temps de sortir la tête qu'une rafale de mitrailleuse me fait replonger au fond de mon trou, où un petit avion de reconnaissance vient nous repérer et nous signale par une fusée, ce qui nous vaut un petit bombardement qui eut pour résultat de faire sauter les grenades et fusées qui avaient été jetées sur le bord. Il fallut attendre le soir pour regagner le poste de secours. » Élie Guilbert est évacué près de Dompierre. Sans le savoir, c'était son dernier jour de front. Il est opéré et reste en traitement pendant deux mois. S'en suit une rééducation au Mans de plusieurs mois. Il retourne ensuite à Bergerac où il est désigné pour l'instruction d'une classe qui allait être appelée. Il y reçoit une croix de guerre au cours d'une grande cérémonie.

Élie Guilbert, mon arrière-grand-père : un poilu (2/2)

L'Algérie

 

« Comme on demandait des volontaires pour l'instruction des indigènes en Afrique du Nord, en ayant assez de la vie militaire en France et voulant voir du pays, je saisis l'occasion et partis pour l'Algérie ». Élie Guilbert est affecté à la 102ème Compagnie du 7ème tirailleur, à Constantine.

Constantine

Le 7ème régiment de tirailleurs algériens est l'un des régiments les plus décorées de l'armée française. C'est la première fois qu’Élie quitte la France (hormis la bataille de Dinant). Il traverse la Méditerranée et arrive dans ce qui est alors l'Algérie française. « Là, ce fut la belle vie ». Élie assure l'instruction des soldats, et il voit du pays. Son histoire se trame dans la vieille Algérie coloniale, où il rencontre un cocher arabe, surnommé Anèche, à cause de sa frayeur des serpents. Celui-ci conduit à toute allure sur une route assez accidentée « et je n'étais pas trop fier ». Oui, on a beau avoir fait les tranchées, été blessé trois fois, vu la mort de ses propres yeux, on en reste pas moins effrayé par une conduite trop rapide.

Il rencontre le juge de paix local, le médecin de colonisation... Un jour, il se retrouve face à un Algérien qui a son bébé atteint de dysenterie. « Je ne suis pas médecin, ni sergent toubib ». Ayant des pilules d'opium, je lui en donne deux pour une moitié matin et soir, et diète à l'eau sucrée. Élie est ensuite atteint par le paludisme à Fedj M'Zala (devenu Ferdjioua). Il est envoyé à Djidjelli, un petit port en cours d'aménagement, les travaux étant effectués par les condamnés. Il se retrouve à les surveiller. Je suis logé dans un abri en branchages plein de rats et de puces dont je ne tarde pas à être couvert. Étant victime d'une rechute de paludisme, il se retrouve à Constantine. Affaibli, il perd ensuite connaissance, et est admis en urgence à l’hôpital. « Demain il sera sauvé ou mort » dit le médecin. Un infirmier indochinois l'aide dans la nuit à boire une tisane. Réaffecté ensuite à une compagnie d'instruction, il demande sa permission de détente une fois l'armistice signé.

Ferdjioua

Le retour et l'après-guerre

 

J'embarque pour Marseille que j'avais quitté quatorze mois auparavant et je rentrai chez mois après seize mois d'absence. J'y retrouvais mon frère que je n'avais pas vu depuis trois ans.

Il subit une nouvelle rechute de paludisme et est soigné à l'hôpital militaire de Saint-Omer. Il s'en sort et est démobilisé après sept ans passés sous l'uniforme. Il est décoré de la médaille militaire et donc de la Croix de Chevalier de la Légion d'Honneur le 14 juillet 1976. Il fut présent 24 ans au conseil municipal de Houlle, eut 4 enfants.

 

Cependant, au-delà du brave et courageux soldat qu'il fut, Élie Guilbert n'était pas un exemple d'homme. Un peu trop porté sur la boisson, égoïste, parfois méchant, il est loin d'avoir laissé une image totalement positive dans la famille. Comme le raconte quelqu'un de ma famille « c'était quelqu'un pour l'armée, mais pour nous, c'était personne ». Il termine ses mémoires de guerre dont sont extraites beaucoup des informations de mon récit par le jour de la remise de la légion d'honneur. Cette journée ne fut pas parfaite car « malgré tout, j'ai regretté de n'avoir aucun de mes enfants près de moi ».

 

Il est décédé le 25 décembre 1985.
Son grand-frère 
nommé dans le récit, Jules Guilbert, surnommé "l'adjudant", a survécu à la guerre et a ensuite vécu à Moulle. Son autre frère engagé, Léon Guilbert, né en 1883, est décédé le 10 novembre 1914  au combat.

Elie Guilbert le 14 juillet 1974 à Houlle, jour de la remise de sa médaille militaire

Elie Guilbert le 14 juillet 1974 à Houlle, jour de la remise de sa médaille militaire

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2 février 2015 1 02 /02 /février /2015 15:17

C'est rare d'essayer un nouveau sport à notre vieil âge ! Et voici la bonne surprise du week-end, le squash. Dans ma tête, on jouait cela avec une chistera, contre un mur. Bon, je confondais avec la pelote basque ! Le squash se joue avec des petites raquettes, assez longues. Tout autour de nous, des murs, avec des lignes rouges. L'objectif est de frapper dans la balle en direction du mur du fond, au dessus de la ligne rouge. Dès qu'il y a deux rebonds, le joueur perd.

Le squash

Sport physique, à base de petites accélérations, le squash reste un jeu de raquette. Mais il est vraiment accessible à tout le monde. Pas besoin d'être un expert pour s'amuser. L'avantage de débuter, c'est que l'on progresse vite. J'ai compris assez rapidement l'intérêt de frapper dans les autres murs avant celui du fond, ou alors l'intérêt de tirer assez bas. Je ne suis pas devenu champion de France en un jour, mais j'ai pu voir la progression. Par contre, mieux vaut avoir des épaules solides ! Les matchs se déroulent en onze points directs (avec deux points d'écart). C'est l'un des sports les plus dépensiers en calories.
On a tellement aimé qu'on a resigné pour l semaine prochaine !

Le squash
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28 janvier 2015 3 28 /01 /janvier /2015 13:36

Le film à voir en ce moment au cinéma. Timbuktu est vraiment très bon, mais Whiplash m'a emmené au-delà. Pourtant le résumé du film ne me donnait pas envie ! Un type fait de la batterie dans une école de musique new yorkaise. Un professeur le fascine.

 

Mais après avoir vu les avis... et quel film ! Un duel fantastique, des scènes de domination, de combat psychologique et physique. Pose la question de l'enseignement, faut-il pousser ses élèves à aller au bout d'eux mêmes ?
Grand film, très belle prestation des acteurs. En sortant, je n'avais qu'une envie : jouer de la batterie ! L'un des favoris pour l'oscar du meilleur film.

Whiplash
Whiplash
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25 janvier 2015 7 25 /01 /janvier /2015 00:08

Minuit et demi. L'heure d'un petit bilan sur ma journée. Sur ma semaine. Sur mes trois dernières semaines. Combien de moments dont je me souviendrai dans 6 mois ? Dans 5 ans ?

 

C'est le souci de la routine, le souci d'un travail à faire, le souci d'une vie sans saveur. De ces 3 semaines, il ne restera rien. Ou si peu. Une suite de moments tout aussi insignifiants les uns que les autres. Pas de grandes rencontres, pas de grands souvenirs. Du vent. Ou plutôt du sable, comme l'impression de laisser le temps me glisser entre les doigts, sans pouvoir jamais retourner ce sablier.

 

Je ne critique pas notre ordinaire. Nous en avons besoin, c'est d'ailleurs de cela que se nourrit notre extraordinaire. De la comparaison. Une suite de moments extraordinaires deviendrait très vite ordinaire. Cependant une suite de moments ordinaires ne devient jamais extraordinaire.

 

Quid de ces trois dernières semaines ? Charlie, sans aucun doute. Cette impression d'unité nationale, de recueillement collectif, d'une fête de la fédération, d'un amour crié à la République. Oui, ça c'était fort. Court, mais très fort.

Bon, ce fut aussi la foire aux contradictions. Parce que chanter la Marseillaise pour Charlie Hebdo c'est très bizarre. C'est aussi le président sénégalais dans le cortège, le même qui empêche la sortie de Charlie Hebdo dans son pays la semaine suivante. Ce sont des manifestants nigériens qui brûlent des églises pour se venger d'une caricature contre leur prophète (selon le Coran, Jésus est aussi un prophète, mais ils ont sans doute dû le lire entre les lignes). Et je ne parle pas des manifestants pakistanais qui brûlent l'effigie de Sarkozy et le drapeau italien, putain de symbole d'une ignorance. Pendant ce temps là, en France, on va sacrifier une partie de nos libertés pour de nouvelles lois faites à la hâte. Sans prendre le temps de faire le bilan des six lois antiterroristes que l'on a pondues depuis 2001. Faut dire qu'elles fonctionnent tellement bien ! Un type revient du Yémen, on le soupçonne de terrorisme, et il se balade tranquillement dans les rues de Paris. Dans le même temps, un supporter du PSG avait interdiction d'être à Saint-Malo avec une écharpe de son club le jour d'un match de Paris à Rennes ! Question de priorité, sans doute.

 

Hormis cela, deux Couchsurfers sont passées chez moi, avec des fortunes diverses. Une sud-Coréenne très sympa, qui m'a même accompagné à une soirée jungle fluo (oui, les thèmes des soirées déguisées deviennent de plus en plus loufoques!). Et une Bulgare bizarre, pas ouverte d'esprit pour un sou, qui n'aime pas les Asiatiques, qui hait les tziganes, qui n'aime pas les Africains (surprise quand je dis étudier l'histoire africaine!).

 

Ah, si, grande nouvelle ! Je redéménage. Situation très compliquée sur Bordeaux, des travaux dans notre maison nous obligent à l'évacuer pendant trois semaines. Après de longues négociations, on a réussi à obtenir ce que nous voulions (de l'argent!), mais cela signifie que je déserte mon « chez-moi » pendant trois semaines, au moins. Et la fin du bail est annoncée pour la mi-avril.


La mi-avril qui paraît très loin d'ailleurs. D'ici là je devrais avoir des nouvelles intéressantes concernant de futurs voyages sur d'autres continents. D'ici là je devrais avoir fini d'écrire le premier chapitre de ma thèse (si je continue au rythme que j'ai eu ces deux dernières semaines). Et d'ici là je devrais récupérer mon genou en carton et refaire du sport.

 

Bon, finalement, y'a eu deux-trois choses intéressantes quand même ces trois dernières semaines. J'en ai oublié d'autres : Marie-Eve est venue me voir, j'ai été au ciné avec une Tchèque aujourd'hui (Whiplash quel film!). Et ce sentiment que lorsque je fais, je suis. Que nous ne sommes finalement que la somme de nos actes. L'existentialisme est un humanisme. Je le sais depuis la terminale, mais j'ai encore du mal à l'appliquer. Ça va venir. Ce petit récit en est la preuve. Car il sera encore là dans plusieurs années. Et je me souviendrai donc de tout cela. C'était si facile.

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10 janvier 2015 6 10 /01 /janvier /2015 16:14

A quoi bon connaître la moitié de l'histoire des pays africains si je ne connais même pas mes propres racines... Dans cette optique je continue mes recherches historiques au sein de ma propre famille. Après l'arbre généalogique (Guilbert et Révillon), voici quelque chose d'un peu plus poussé sur une personne particulière, Élie Guilbert, mon arrière-grand-père. Il est le père de mon grand-père maternel. Je l'ai choisi pour une raison simple : il a reçu la Croix de Chevalier de la Légion d'Honneur le 14 juillet 1976. Il était alors le doyen de son village, Houlle. Un personnage atypique qui nous emmènera à travers les tranchées de l'Aisne jusqu'en Algérie.


Élie Guilbert est né le 10 décembre 1890 à Moulle. Ses parents Winoc Guilbert et Héloïse Clay se sont mariés il y a onze ans. Ils sont fermiers.

 

L'histoire militaire d’Élie Guilbert commence peu avant la première guerre mondiale. Il effectue comme chaque homme de son âge un service militaire en 1911. Il est libéré le 10 novembre 1913 avec le grade de sergent de la première compagnie du 148ème d'infanterie. Dans un monde en paix, l'histoire militaire d’Élie se serait arrêtée ici, mais vous connaissez un peu l'histoire, et après 1913 arrive 1914, date charnière dans l'histoire européenne.

 

A la guerre


Le 2 août 1914, il est à nouveau mobilisé auprès de la 9ème compagnie du 8ème d'infanterie à Saint-Omer. Il ne connaît personne, si ce n'est le caporal Mesmacre de Houlle. Très vite il est affecté à la 4ème section.

Le 15 août 1914, il se retrouve au front à Dinant, en Belgique. La 8ème d'infanterie doit prendre la ville et sa citadelle. La section d'Elie doit garder un village proche. La ville est prise le soir même (au cours de la bataille le lieutenant Charles de Gaulle est blessé). Sa section se retrouve en ville, où des civils chantent la Marseillaise et viennent leur offrir des cigares et du tabac. Il reçoit la consigne de reconnaître une route. Je m'embarque seul sans arme, sauf ma baïonnette, fumant le cigare comme un richard.

Dinant

Élie Guilbert, mon arrière-grand-père : un poilu (1/2)

Le 23 août, les Allemands reprennent l'offensive et font reculer l'armée française (le massacre de 674 civils reste tristement célèbre). Pour Élie et ses hommes, c'est la retraite : des marches interminables, sans horaire, sans repos ni repas fixes, quelquefois sans manger. Nous étions tous très fatigués et les plus faibles, incapables de suivre, arrivaient en retard […] Quelques jours plus tard, j'étais à bout, étendu sur le talus, je vis un type du 110ème qui me demande ce que je fous là. C'était Henri Brioul qui sort une bouteille de champagne de sa poche, m'en fait boire deux quarts et m'a ramené à l'étape.

120 kilomètres de marche plus loin c'est à Guise que je retrouve mon arrière-grand-père, où jusqu'au 5 septembre, l'armée résiste et ralentit l'offensive allemande. Quelques jours plus tôt, Élie voit une dizaine de tués alignés sur un trottoir. La mort rôde, et ce n'est que le début.

Guise

Puis ce fut la bataille de la Marne, Elie se trouve aux environs de Bergères-lés-Vertus. En deux semaines, l'armée française a reculé de 250 km ! C'est la Grande Retraite, le moral est en berne : effectifs fondus, nombreux traînards tombés aux mains de l'ennemi, bagages perdus, fusils et canons enlevés et, surtout, disparition du moral de la troupe ; tels étaient les résultats des retraites effectuées ces derniers jours par nos différentes armées. Trois hommes sont bloqués dans un trou, car ça tiraillait assez. Le supérieur d’Élie lui demander d'aller les chercher. « Et s'ils ne veulent pas obéir ? » Réponse cinglante : « Vous avez le droit de vie et de mort ».

Je mets une balle dans le canon de mon fusil, étant approvisionné, je me tiens prêt à tirer, et je leur ordonne de rejoindre la ligne.

« Mais ça siffle sergent. »

« Ça sifflait quand je suis revenu vous chercher, ça sifflera encore quand je repartirai derrière vous, ou seul si vous me forcez à tirer. » Ils ont rejoint leur poste.

Élie Guilbert, mon arrière-grand-père : un poilu (1/2)

Bergères-lés-Vertus

La guerre, c'est des moments simples de vie. Et aussi de mort. Je n'étais pas fier quand j'arrivais en vue de la section dont les gars pouvaient très bien me prendre pour un autre et me saluer d'un coup de fusil. Ils étaient deux à l'abri d'un arbre, qui me voyant surgir me firent de grands signes. « Le lieutenant est blessé et vous demande » furent leurs premières paroles. Je trouvais le lieutenant en sueur, blessé d'une balle dans les reins. « Ce qu'il y a de terrible, me dit-il, c'est que c'est une balle française » et il regarda dans la direction d'un des traînards. Pendant que j'essayais de le réconforter, il reçut une balle dans le genou. A ce moment il me dit : « Dites bien aux hommes que je leur demande pardon de ce que je puis leur avoir fait de mal ». Je lui répondis, en leur nom : « Mon lieutenant, je vous pardonne ». Il avait 19 ans et demi.

Élie Guilbert, mon arrière-grand-père : un poilu (1/2)

Paris est menacé, le ministre de la guerre est réfugié à Bordeaux. Mais cette fois, l'armée française emmenée par Joffre l'emporte au cours de la bataille la Marne. L'armée allemande connaît la retraite.

Après quelques jours de marche, Élie fait la connaissance des tranchées avec sa compagnie à Pontavert, dans l'Aisne [aujourd'hui, le cimetière militaire y rassemble plus de 6 000 corps]. Il raconte notamment l'anecdote d'un fusil à déboucher qui semble l'avoir marqué. La bataille de l'Aisne fait rage, il reste basé près de la ferme de la Pêcherie de Pontavert (photo). Le 20 septembre 1914, après un gros mois de guerre, Élie est légèrement blessé à la mâchoire et à l'annulaire gauche par l'explosion d'un obus de 77 sur le bord de la tranchée. Je m'en tire à bon compte avec seulement l’impossibilité pendant quelques jours de mouvoir ma mâchoire, tandis que quelques-uns de mes voisins étaient tués.

Quelques jours plus tard une soirée bien arrosée est organisée dans la cave aux légumes de la Pêcherie par Brioul pour les soldats du 110ème et de la 8ème du pays. Sur le front ouest, c'est la course à la mer.

Pontavert

Élie Guilbert, mon arrière-grand-père : un poilu (1/2)

Dès sa reprise de service, Élie Guilbert retrouve les tranchées de l'Aisne. Loridan me fait appeler avec mon fusil et me demande si je veux en tuer. « Il faudrait en voir ». « Regarde en face ». Il y avait un layon traversé par des hommes en corvée de matériel. J'appuie mon fusil sur le talus, et comme à la cible j'en abats trois, le quatrième lâche son fardeau et sans doute pour aller chercher du secours fuyait dans le layon. Il fut frappé d'une balle dans le dos.

Elie se retrouve à Berry au Bac (à 5km à l'est de Pontavert, toujours sur l'Aisne), où un tonneau de vin trouvé entraîne des négociations avec le capitaine au sujet de qui a le droit de le boire. Élie retrouve la tête de la 4ème section. Il quitte la butte où il s'était installé et part reconnaître son secteur. Soudain, j'entends deux tirs de mortiers et je vois distinctement les deux engins éclater sur la butte que je venais de quitter. J'avais eu de la chance de changer de section, car il y avait eu dix-huit tués et blessés. Il doit ensuite tenir la crête de la côte 108, lieu d'importance stratégique.

Élie Guilbert, mon arrière-grand-père : un poilu (1/2)
Élie Guilbert, mon arrière-grand-père : un poilu (1/2)

Alors qu'a lieu la distribution des colis et mandats ainsi que la visite des malades dans un certain désordre, un colonel vient faire une inspection. Il me colle quinze jours d'arrêt, ce qui m'a coûté quelques jours plus tard les galons d'adjudant. Cependant Élie ne les regrette pas puisque l'adjudant est tué quelques jours plus tard au front.

Le 1er novembre 1914, la section est 25 km plus à l'ouest, à Soupir, village totalement détruit. Le lendemain, une offensive allemande permet de prendre le village. La semaine suivante, la mission est de reprendre le village. Mais alors que l'on doit traverser l'Aisne, un des sapeurs du génie est touché. La section longe alors un mur et reste à l’abri. Elle se trouve alors dans le château de Soupir (photo ci-dessous avant et après la guerre), propriété de Gaston Calmette, directeur du Figaro, assassiné quelques mois plus tôt par une femme de ministre. Un cochon qui se trouvait là dans le jardin fut tué et découpé par un boucher et avec les légumes du jardin nous fîmes une cuisine comme nous n'en avions pas vu depuis longtemps.

Les tirailleurs Sénégalais réussissent à chasser l'ennemi. Soupir est français pour l'hiver. Elie et ses hommes sont relevés.

Élie Guilbert, mon arrière-grand-père : un poilu (1/2)
Élie Guilbert, mon arrière-grand-père : un poilu (1/2)

[à suivre ]

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