10 mars 2020 2 10 /03 /mars /2020 11:14

C’est un cadre installé dans la mairie qui a d’abord attiré mon attention :

Tilques et les élections municipales, une histoire de famille (parfois tendue !)

Quelque chose m’a tout de suite sauté aux yeux : la récurrence de certains noms de famille ! Et des noms que je connais bien ! Parmi les « dynasties » de Tilques, six familles - les LEGRAND, LURETTE (3 fois), HELLEBOID, TAFFIN DE TILQUES, DASSONNEVILLE, BEDAGUE (2 fois) - représentent plus de 63% des maires. Et si l’on enlève les Taffin de Tilques ce sont encore des habitants du village. Cela fait d’ailleurs plus d’un siècle (depuis 1912) que la mairie est dans les mains de l’une des 5 familles !

 

Tilques se caractérise aussi par sa stabilité en mairie : 10 ans de mandat en moyenne pour un maire. Et encore, sans les deux périodes d’instabilité (4 maires entre 1790-1793 et 6 maires de 1892-1902), ça passe à 15 ans. Sur les 22 maires, un seul semble avoir perdu son mandat pour le regagner deux ans plus tard : Augustin Leullieux (perdu en 1900 puis retour en 1902). Cette histoire est d’ailleurs assez étrange : il est élu maire le 20 mai 1900, puis Alfred Bouvart le devient le 12 novembre de la même année… alors qu’il n’y a officiellement pas d’élection. Que s’est-il passé ? Un putsch municipal ? Une maladie et mise en retrait ? Alfred Bouvart ne fait même pas partie des élus d’après mes résultats partiels de 1900. Une démission en bloc et une nouvelle élection ? J’ai même pensé à une erreur mais j’ai trouvé dans l’Indépendant du 26 février 1902 ceci :

L’indépendant, 26 février 1902, Archives du Pas-de-Calais, Arras, PG 229/4

L’indépendant, 26 février 1902, Archives du Pas-de-Calais, Arras, PG 229/4

Assez marrant d’imaginer aujourd’hui des salves d’artillerie pour une élection à la mairie ! Mais que diable s'est-il passé ? [réponse un peu plus bas!]

 

Je me suis amusé à retrouver le résultat des élections depuis 1888 : cela permet de voir la concurrence qui a existé (ou pas !), et cela permet aussi de voir qui participe au conseil municipal. Et vous allez vite voir que des noms reviennent régulièrement !

 

Elections Municipales de mai 1888

Elus (6mai) : Alfred Bouvart, Jean-Marie Dubuis, De Saint-Jean Lebel, Adolphe Legrand, Elie Bédague, Charles Lurette, Alfred Bocquet, Médéric Mièze, Florimond Verbrègue, Adonis Becques.

Maire : Adophe Legrand. Adjoint : De Saint-Jean Lebel (les deux sont classés « républicains » par la préfecture).

 

Petit problème : le conseil d'Etat annule cette élection[1]! Pourquoi ? Le maire Adolphe Legrand, est aussi un fabricant de sucre et distillateur[2]. Or, « il résulte de l'instruction, d'une part qu'un certain nombre d'ouvriers du Sieur Legrand ont été réunis le 6 mai 1888 dans la cour de la fabrique et qu'ils ont été conduits par leurs contre-maîtres dans la salle du scrutin où ils ont voté sous la surveillance du Sieur Legrand avec des bulletins manuscrits qui leur avaient été remis par lui, et d'autre part que, pendant le dépouillement du scrutin, le Sieur Legrand qui remplissait les fonctions de scrutateur a refusé à l'un de ses assesseurs de lui laisser contrôler les dits bulletins (...) ». Un sacré démocrate cet Adolphe Legrand ! 

 

Du coup une nouvelle élection est convoquée le 20 mai 1889.

Elus (1er tour) : Adolphe Legrand, Adrien de Saint-Jean Lebel, Jean-Marie Dubuis, Charles Lurette, Elie Bédague, Alfred Bocquet, Laurent Verbrèque, Melon Mièze, Taffin de Tilques, Dassonneville.

Deux ballottages (Médéric Mièze et Adonis Becques). Battu par Bauduin et Delattre.

Ainsi, Adolphe Legrand et sa liste sont réélus lors de ce 3ème tour ! De Saint-Jean Lebel adjoint.

 

Elections Municipales de mai 1892

1er tour (1er mai)

Elus : Adrien Saint-Jean Lebel, Adolphe Legrand, Bédague, Bocquet, Lurette, Melon Mièze, Médéric Mièze, Dubuis, Beauchamp, Annocque, Verbrègue, Becquet.

Pas de second tour. Maire (17 mai) : Adolphe Legrand. Adjoint : Adrien Saint Jean Lebel.

 

Deux problèmes dans cette élection. Tout d’abord l’Indépendant me donne Adolphe Legrand comme maire le 17 mai alors que le cadre me dit que c’est Adrien Saint-Jean Lebel le 24 mai. Qui s’est trompé ? En fait, personne ! Car Adolphe Legrand est… décédé une semaine après sa réélection ! Cela faisait 22 ans qu’il était maire.

J’ai ensuite Horace Dambricourt qui serait devenu maire le 13 août 1893… officiellement il n’y a pas d’élection à l’échelle nationale et Horace Dambricourt ne fait pas partie des élus de 1892… toutefois je le vois apparaître lors des élections suivantes. Chose intéressante, sa mère est Eudoxie… Legrand, la sœur d’Adolphe… Une élection est en fait organisée le 30 juillet 1893 et il doit être élu. Les Dambricourt sont une grosse famille puisqu’ils dirigeaient les papeteries de l’Aa à Wizernes (ça peut aider à gagner une élection !). Il est élu maire au 1er tour avec 11 voix sur 12 (à la date du 24 août par contre).

 

Elections Municipales de mai 1896

1er tour (3 mai) Inscrits : 331. Votants : 293.

Elus : Gauthier Leullieux 188, Désiré Bauduin 175, Colin Dassonneville 171, Agenor Taffin de Tilques 168, Horace Dambricourt 166, Elie Bédague-Bayard 154, Augustin Lebel 152, Désiré Grébert 151, Charles Lurette 147. 3 ballottages.

2nd tour (10 mai) : Alfred Bocquet, Médéric Mièze, Mellon Mièze. 
Maire (17 mai) : Augustin Lebel (7 voix sur 12). Adjoint : Bédague-Bayard.

 

Elections Municipales de mai 1900

Les fameuses, celles que je ne comprenais pas et qui ont vu se succéder trois élus en deux ans.

1er tour (6 mai) 293 votants

Elus : Augustin Leullieux 203, Désiré Baudin 189, Taffin de Tilques 182, Adolphe Legrand 174, Bédague-Bayard 171, Louis Leblond 170, Alfred Bocquet 168, Augustin (Colin ?) Dassonneville 164, Augustin Lebel A 159, Désiré Grébert 154. 2 ballottages.

Cette fois j'ai une affiche pour l'entre-deux tours ! C'est ce qu'on appelle faire campagne !

Archives départementales du Pas-de-Calais, Dainville, M614

Archives départementales du Pas-de-Calais, Dainville, M614

2nd tour (13 mai) : Alfred Bouvart et Médéric Mièze sont élus.

Maire (20 mai) : Augustin Leullieux. Adjoint : Augustin Dassonneville.

 

S’en suit donc apparemment Alfred Bouvart (12 novembre 1900) puis le retour le 23 février 1902 d’Augustin Leullieux. Pourquoi ? Vous allez voir, c'est un sacré bordel !

Le problème date du premier tour : Monsieur Saint-Jean Lebel est candidat, il obtient d'ailleurs la majorité des suffrages. Mais le bureau électoral de Tilques le considère comme inéligible en raison d'un lien de parenté avec A. Lebel (lui-même dans une liste opposée ! Et l'élection entre les deux se joue à deux voix !). Apparemment, deux personnes de la même famille ne peuvent pas être membres du conseil municipal. Le bureau électoral de Tilques décide qu'il y aura donc deux ballottages. Du coup Saint-Jean Lebel proteste, considérant qu'à la suite du décès de sa femme, A. Lebel n'est plus vraiment son beau-frère. Le conseil de préfecture du 12 juin 1900 lui donne raison et annule ainsi les opérations du second tour de scrutin. Alfred Bouvart et Médéric Mièze se pourvoient devant le conseil d'Etat... Cette décision de la préfecture provoque ainsi l'annulation le 6 juillet de l'élection... du maire Leullieux... et Alfed Bouvart se présente alors le 4 novembre pour lui ravir la mairie... et gagne au troisième tour, au bénéfice de l'âge ! (6 voix chacun)

Sauf que le conseil d'Etat rejette la requête de Bouvard et Mièze le 18 novembre 1901 ! Le conseil considère notamment que le bureau électoral n'est pas à même « de statuer sur les questions de capacité et incompatibilité ». Ainsi, le second tour aurait dû avoir lieu pour... l'élection d'un seul conseiller, et pas deux ! Sauf que le conseil d'Etat rejette aussi les arguments de Saint-Jean Lebel et considère donc qu'il n'est pas éligible !

Avec le décès de Bédague-Bayart... de nouvelles élections pour trois sièges sont donc convoquées ! Oui, c'est un peu compliqué ! Alfred Bouvart prend acte de la décision « je ne remplis plus les conditions nécessaires pour exercer les fonctions de maire. Je cesse immédiatement ces fonctions »[3]. Et une élection partielle a donc lieu. C'est ainsi qu'Augustin Leullieux retrouve son siège de maire. Il va le garder 10 ans.

 

Elections Municipales de mai 1904

1er tour (1er mai) Inscrits : 327. Votants : 280.

Auguste Leullieux 159, Désiré Bauduin 158, Louis Leblond 153, Gabriel Taffin de Tilques 153, Dassonneville-Colin 152, Désiré Grébert 151, Auguste Lebel 150, Agenor Taffin de Tilques 149, Alfred Bocquet 146, Englemond Helleboid 146, Adolphe Legrand 143, Alphonse Flandrin 143

Pas de 2nd tour (8 mai). Maire : Augustin Leullieux.

 

Elections Municipales de mai 1908

Pour la première fois je vois apparaître trois listes ! (une ou deux incomplète(s))

1er tour (3 mai) [en italique les élus]

Liste du maire : Augustin Leullieux 166, Colin Dassonneville 141, Désiré Bauduin 145, Louis Leblond 159, Taffin de Tilques 130, Désiré Grébert 143, Auguste Lebel 139, Englemond Helleboid 127 Agénor Taffin de Tilques 100, Flandrin 126, Gogibus 114, Dubout 95.

2ème liste Frédéric Mièze 137, Edmond Lurette 151, Arthur Bédague 143, Louis Bodart 143.

3ème liste Bouvart-Lebel 56.

Pas de second tour (10 mai). Maire : Augustin Leullieux (11 voix sur 12). Adjoint : Edmond Lurette (10 voix sur 12). à C’est un cas intéressant de partage du pouvoir car ils ne sont pas sur la même liste au départ.

 

Elections Municipales de mai 1912

1er tour (5 mai) : Elus : Arthur Bédague 163, Alphonse Lurette 160, Louis Leblond 174, Englemond Helleboid 169, Edmond Lurette 199, Désiré Grébert 128, Victor Lebel 125, Médéric Mièze 134, Arthur Bauduin 136. 3 ballotages.

2nd tour (12 mai) : Louis Bodart 120, Eugène Dassonneville 124, Charles Planquette 121.

Maire (19 mai) : Edmond Lurette (12 voix sur 12). Adjoint : Arthur Bédague (8 voix sur 12).

 

Elections Municipales du 30 novembre et 7 décembre 1919

1er tour (30 novembre). Inscrits 273, Votants 214, Exprimés 209.

Elus : Alphonse Lurette 171, Louis Bodart 168, Octave Grébert 153, Charles Planquette 150, Arthur Bauduin 144, Joseph Sailly 140, Victor Lebel 140, Eugène Helleboid 139, Médéric Mièze 139, Arthur Bédague 136, Victor Dassonneville 126, Eugène Dassonneville 104, Edmond Lurette 14, Arthur Regniez 11, Edouard Cappe 10, Melon Mieze, Edmond Delattre, Vinocq Lahaye 6, Benoit Regnier, Emile Becques, Gustave Gogibus, Ernest Leullieux 5.

Un bulletin amusant dans l'urne (accroché au PV !),  Archives départementales du Pas-de-Calais, Dainville, M695

Un bulletin amusant dans l'urne (accroché au PV !), Archives départementales du Pas-de-Calais, Dainville, M695

2nd tour (7 décembre). Inscrits 273, Votants 160, Exprimés 145.

Eugène Dassonneville 119, Arthur Regnier 9, Victor Lefebvre 9.

Maire (10 décembre) : Arthur Bédague 9, Alphonse Lurette 2. Adjoint : Alphonse Lurette 11.

 

Elections Municipales de mai 1925

1er tour (3 mai) Inscrits : 259. Votants 232. Exprimés 231. A priori il doit y avoir deux listes.

Arthur Bédague 149, Edmond Delattre 134, Joseph Sailly 129, Alphonse Lurette 127, Désiré Annocque 126, Octave Grébert 125, Victor Lebel 122, Arthur Bauduin 121, Ernest Leullieux 119, Eugène Helleboid 116, Louis Bodart 115, Vinocq Lahaye 114. Ballottage pour 2 sièges.

2nd tour (10 mai) Inscrits : 259. Votants 221. Exprimés 213.

Arthur Régnier 93, Edmond Dubout 89.

Maire : Arthur Bédague. Adjoint : Alphonse Lurette.

 

Pourtant, le 21 février 1926 Eugène Helleboid devient maire. Que s’est-il passé ? D’après le P.V. de l’élection du maire de 1926 Arthur Bédague et son adjoint Alphonse Lurette sont démissionnaires, apparemment en raison de tensions avec… les anciens combattants ! Le vote du 21 février est très particulier : Eugène Helleboid est élu au premier tour par 7 voix, 4 bulletins blancs et un vote pour Ernest Leullieux. Il est proclamé maire mais… il refuse d’accepter le mandat ! Second vote ! Il obtient alors 8 votes, 3 bulletins blancs et un vote pour Ernest Leullieux. Il est à nouveau proclamé maire… et refuse à nouveau le mandat ! Troisième élection du maire ! Eugène Helleboid obtient cette fois 9 votes, pour 3 bulletins blancs. Il accepte cette fois son mandat ! Ernest Leullieux devient son adjoint (8 voix, 4 blancs). Drôle d'élection !

 

Elections Municipales de mai 1929

Deux listes s’affrontent : celle du maire et une autre avec un nom à rallonge ! [en italique les élus]

Eugène Helleboid, Ernest Leullieux, Edmond Delattre, Joseph Sailly, Octave Grébert, Arthur Bauduin, Edmond Dubout (tous conseillers sortants), Vinocq Lahaye, Auguste Lurette, Jean Caron de Fromentel, Gaston Cappe, Zacharie Bodart.

Candidats Républicains Indépendants pour l’ordre et la justice : Victor Lebel (conseiller sortant), Emile Becques, Iser Flament, Justin Chaput, Charles Mièze, Eugène Delvallée, Albert Flan, Fernand Courtrat, Paul Beauchamp, Amédée Audrechy, Eugène Régnier, Joseph Vercoutre

1er tour (5 mai) : Inscrits : 270. Votants : 244.

Arthur Baudin 147, Octave Grébert 146, Jean Caron de Fromentel 142, Vinocq Lahaye 137, Edmond Delattre 133, Joseph Sailly 133, Zacharie Bodart 129, Eugène Helleboid 129, Auguste Lurette 127, Victor Lebel 124. 2 ballotages.

2nd tour (12 mai) : Elus : Edmont Dubout et Victor Lefebvre.

Chose étonnante :  ce dernier n’est pas candidat au 1er tour ! Ce n’est pas la seule fois où je vois cette situation, je présume donc que c’était légal !

Maire : Eugène Helleboid. Adjoint : Octave Grébert.

 

Elections Municipales de mai 1935

1er tour (5 mai) : Liste du Maire 10 élus. Un Indépendant élu. Ballottage (un siège). Elus : Auguste Lurette, Victor Lefebvre, Eugène Helleboid, Ernest Leullieux, Arthur Bauduin, Joseph Sailly, Edmont Dubout, Zacharie Bodart, Marcel Dassonneville, Jean Caron de Fromentel. Justin Chaput.

2nd tour (12 mai) : George Pourchaux 95.

Maire (19 mai) : Auguste Lurette, 10 voix, 2 blancs. Adjoint : Ernest Leullieux 11 voix, 1 blanc.

A noter qu’Eugène Helleboid, maire depuis 9 ans, est élu dans le conseil, mais n’est plus maire.

 

Elections Municipales 1945

1er tour (29 avril) : Inscrits 511. Votants 416. Exprimés 407.

André Legrand 268, Valéry Thomas 213, Joseph Sailly 210, Zacharie Bodart 200, René Leullieux 193, Auguste Lurette 192, Elie Dubuis 188, Lionel Stopin 186, Arthur Bauduin 178, Eugène Régnier 176, Justin Chaput 168, Lucien Leroy 167, Clara Bayard 167, Thérèse Clay 160, Roger Wavrant 157, Jules Beauchamp 152, Charles Mieze 144, Omar Delannoy 139, Adolphe Mieze 139, Edmond Chaput 138, Marcel Dassonneville 138, Eugène Lebel 138, Jules Delmetz 133, Gaston Davion 116, Gustave Brioul 109, Divers 30.

C’est la première fois que des femmes se présentent : Clara Bayard et Thérèse Clay. Mais… elles ne se présentent pas au second tour !  Pourquoi ? Thérésa Clay laisse en fait la place… à son mari, Maurice Bédague, revenu des camps de prisonniers pendant l’entre-deux tours ! Je n’ai pas l’explication pour Clara Bayard.

Une occasion manquée pour les femmes : il va falloir attendre 1971 pour les revoir se présenter !

 

2nd tour (13 mai) : Inscrits 509. Votants 415. Exprimés 413.

Auguste Lurette 219, Zacharie Bodart 219, René Leullieux 219, Maurice Bédague 218, Lionel Stopin 217, Eugène Régnier 214, Elie Dubuis 204, Arthur Bauduin 203, Justin Chaput 196, Lucien Leroy 192, Roger Wavrant 188, Marcel Dassonneville 167, Raymond Leblond 167, Omer Delannoy 167, Adolphe Mieze 163, Edmond Chaput 151, Jules Delmetz 134, Amédée Haudrechy 121.

A noter que Maurice Bédague mais aussi Raymond Leblond se présentent au second tour, et pas au premier !

Maire (20 mai) : Auguste Lurette 9, Valéry Thomas 3. Adjoint : Zacharie Bodart 8, André Legrand 4. Il existe donc une réelle opposition dans le conseil municipal !

 

Elections Municipales 1947

1er tour (19 octobre) : Liste d’Union pour la défense des intérêts communaux André Legrand 287, Auguste Lurette 267, Maurice Bédague 253, Valéry Thomas 249, Lionel Stopin 241, Pierre Dassonneville 231, Ovide Doucre 225, Désiré Grébert 221, Adolphe Huyart 218, Justin Chaput 210, Léon Huyart 205, Joseph Mahieu 190.

Liste Républicain et indépendants Eugène Régnier 234, Roger Grébert 184, Raymond Leblond 170, Léon Decroix 167, Eugène Lebel 158, Louis Caron 157, Roger Wavrant 154, Jules Delmetz 149, Gaston Merlier 149, André Hocquet 148, Adolphe Mieze 145, Emile Helleboid 139, Amédée Haudrechy 126.

2nd tour (26 octobre) : Léon Decroix 193, Raymond Leblond 192 (Liste Républicain et indépendants), Justin Chaput 168, Joseph Mahieu 163 (Liste d’Union pour la défense des intérêts communaux)

Maire (31 octobre) : Auguste Lurette 9 voix, 4 blancs. 1er adjoint : André Legrand 9 voix, 4 blancs.

 

Elections Municipales du 26 avril et du 3 mai 1953

Elus : André Legrand, Maurice Bonnet, Maurice Bédague, Auguste Lurette, Eugène Regnier, Zacharie Bodart, Valéry Thomas, Joseph Dubuis, Raymond Leblond, Désiré Grébert, Lionel Stopin, Albert Winock, Léon Decrois

Maire : André Legrand (Action Locale selon sa nuance politique d'après la préfecture) 7, Eugène Regnier 4, Raymond Leblond 1. Adjoint : Zacharie Bodart (nuance politique « paysan ») 7, Raymond Leblond 

 

Elections Municipales 1959

1er tour (9 mars) : Inscrits 496. Votants 454. Exprimés 442.

Liste d'Union et d'Intérêt Local : 185. 1 élu.

Liste Union et Défense des Intérêts Communaux : 217. 7 élus

(André Legrand, Maurice Bonnet, Maurice Bédague, Zacharie Bodart, Auguste Lurette, Joseph Thomas, Eugène Régnier, René Dassonneville). Ballottage pour 5 sièges.

2nd tour (15 mars) : Inscrits : 496. Votants : 447. Exprimés : 438.

Liste d'Union et d'Intérêt Local : 229. 5 élus (Marcel Dassonneville, Eugène Lebel, Ely Dubuis, Albert Winocq, Raymond Leblond). Les cinq sont cultivateurs.

Liste Union Défense des Intérêts Communaux : 174 (Jean Gheraert, Zéphyr Lahaye, Léon Grave, Marcel Evrard, Aimé Falet).

Maire : André Legrand 10, Marcel Dassonneville 2. 1er adjoint : Maurice Bonnet.

 

Elections Municipales 1965

1er tour (14 mars). Sièges à pourvoir 13. Inscrits 467. Votants 446. Exprimés 431.

Liste d'Union pour la Défense des Intérêts Communaux : André Legrand (maire sortant), Maurice Bonnet (adjoint sortant), Maurice Bédague, Joseph Thomas, René Dassonneville (conseillers sortants), Zéphyr Lahaye, Alphonse Lurette, Adolphe Bauduin, Adolphe Huyart, Jean Ghereart, Marcel Evrard, Jean Grebert, Jacques Dercy

Liste Groupement Action pour la Défense des Intérêts Communaux : Charles Pruvost, Eugène Lebel, André Guyot, Michel Beauchamp, Paul Fardoux, Paul Moreau, Guy Bayard, Michel Vandenbergue, René Dewaghe, Michel Davion, Jean Evrard, Léonce Hérault, Jean-Louis Carré.

Liste Défense des Intérêts Communaux : seulement Raymond Leblond, Albert Winock.

Maurice Bonnet 261, André Legrand 254, Maurice Bédague 234, Joseph Thomas 233, Adolphe Bauduin 226, René Dassonneville 222, Adolphe Huyart 216, Alphonse Lurette 213, Jacques Dercy 193, Marcel Evrard 189, Jean Grébert 180, Jean Ghéraert 179, Charles Pruvost 175, Eugène Lebel 173, Jean-Louis Carré 168, Michel Beauchamp 167, Zéphyr Lahaye 166, André Guyot 161, Jean Evrard 154, Guy Bayart 147, Paul Fardoux 141, Michel Davion 140, Paul Moreau 139, Michel Vandenbergue 134, Raymond Leblond 132, Léonce Hérault 123, René Dewague 107, Bernard Dassonneville 107, Albert Winock 97, Divers 3.

2ème tour (21 mars). Sièges à pourvoir : 6. Inscrits 467. Votants 432. Exprimés 426.

Alphonse Lurette 221, Jean Louis Carré 213, Jean Grébert 207, Eugène Lebel 206, Michel Beauchamp 203, Charles Pruvost 201, André Guyot 200, Jacques Dercy 200, Jean Gheraert 197, Marcel Evrard 188, Jean Evrard 187, Zéphyr Lahaye 181, Divers 6.

Maire (26 mars) : André Legrand 8 voix, blancs 5. Adjoint : Maurice Bonnet 8 voix, Charles Pruvost 3, blancs 2.

 

Elections Municipales de mars 1971

Liste d'Union pour la défense des Intérêts communaux → tous élus (13 sièges)

Liste de participation à la vie communale (Jacques De Bray, Bernard Dassonneville, Albert Delplace, Mme Leulliette-Vercoutre, Pierre Lurette)

1er tour (14 mars). Inscrits : 481. Votants : 434. Exprimés 412.

Adolphe Bauduin 259, Jean-Marie Thomas 258, Albert Gariniaux 253, Jacques Dercy 250, Maurice Bonnet 245, André Legrand 240, Adolphe Huyart 240, Jean Grébert 237, Alphonse Lurette 236, Fernand Rifflart 236, Maurice Bédague 232, Roger Wavrant (fils) 222, Pierre Guilbert 207, Pierre Lurette 194, Bernard Dassonneville 192, Albert Delplace 185, Jacques De Bray 183, Mme Leulliette Vercoutre 174

A noter que 11 des 13 élus sont cultivateurs : Albert Garinieux est retraité, Jean-Marie Thomas est forgeron. C’est aussi la seconde élection où une femme se présente, après celle de 1945… ça met du temps à prendre !

 

Elections Municipales 1977

Liste d'Union pour la Défense des Intérêts Communaux : Maurice Bonnet (adjoint sortant), Fernand Rifflart, Adolphe Bauduin, Adolphe Huyart, Jean-Marie Thomas, Jean Grébert, Pierre Guilbert, Jacques Dercy, Roger Wavrant (tous conseillers sortants), Marie-France Brocvielle, André Bédague, Michel Saintenoy, Dominique Legrand.

Liste pour l'Amélioration de la vie communale : Daniel Butel, Gaston Cappe, Elysée Carré, Bernard Dassonneville, Jacques De Bray, Madame Paul Leblond, Jean-Jacques Legrand, Madame Georges Leulliette, Pierre Lurette, Gérard Seys, Michel Vandenberghe

+ Jean-Pierre Guilbert (seul)

1er tour (14 mars). Inscrits : 514. Votants 479.

André Bédague 269, Jean-Marie Thomas 259, Pierre Lurette 256, Bernard Dassonneville 254, Jacques Dercy 252, Maurice Bonnet 247, Gérard Seys 244, Daniel Butel 234, Roger Wavrant 232, Elysée Carré 230, Jacques De Bray 227, Adolphe Bauduin 226, Adolphe Huyart 224, Jean Grebert 217, Fernand Rifflart 213, Jean-Jacques Legrand 210, Madame Georges Leulliette-Vercoutre 205, Marie-France Brocvielle 202, Dominique Legrand 201, Gaston Cappe 195, Michel Saintenoy 181, Pierre Guilbert 180, Michel Vandenberghe 167, Madame Paul Leblond 159, Jean-Pierre Guilbert 78, Jean Cazin 3, Jean Regnier, Louis Obaton 2, Gaston Auxenfants, Gilbert Beauchamp, Isère Flament 1.

2nd tour (20 mars) : 514 inscrits, 485 votants, 479 exprimés.

Daniel Butel 282, Elysée Carré 280, Jacques De Bray 266, Jean-Jacques Legrand 253, Madame Leulliette Georges 231, Roger Wavrant 222, Gaston Cappe 214, Adolphe Bauduin 213, Adolphe Huyart 203, Fernard Rifflart 201, Jean Grebert 196, Marie-France Brocvielle 185, Robert Lecardinal 1

Maire (25 mars) : Dassonneville Bernard 8 ; Bonnet Maurice 5. 1er adjoint : Lurette Pierre 8 ; Bonnet Maurice 5. 2nd adjoint : Daniel Bultel 8, André Bédague 5.

 

Ça y est ! Une femme est élue ! Madame Leulliette Georges est la première femme à siéger au conseil municipal de Tilques ! Et pour le coup elle m’a raconté la raison de son engagement politique : « ça a commencé avec l’achat de mon terrain. On me l’avait vendu avec l’électricité qui arrivait jusqu'ici. Mais quand on a commencé à bâtir l’électricité a été enlevée dans la rue. Du coup je suis allé voir le maire, Legrand, pour lui dire. Comme ça ne bougeait pas j’ai écrit aux politiques, à Chochoy qui était important à ce moment-là, et le préfet a un peu tiré les oreilles au maire. Il m’en a toujours voulu. Du coup Bernard Dassonneville, comme il avait eu vent de cette histoire, m’a proposé d’être sur sa petite liste en 71 »[4].

 

Elections Municipales 1983

3 listes (!) : Liste Pour la Gestion et l'Animation de la vie Communale (Bernard Dassonneville)

Liste d'Union pour une Nouvelle gestion communale (Daniel Butel, Alain Grave)

Liste des Candidats pour une gestion pluraliste des intérêts communaux (seulement Jean-Marie Thomas et Roger Wavrant)

1er tour (6 mars) : 15 sièges à pourvoir. Inscrits 550, Votants 515, Exprimés 503

Elie Carré 377, Gerard Seys 377, Bernard Dassonneville 370, Jean-Jacques Legrand 350, Pierre Lurette 327, Antoine Marquis 322, Hubert Bauduin 311, Anne-Marie Leulliette-Vercoutre 310, Didier Helleboid 306, Max Fardoux 299, Jacques De Bray 295, Thérèse Lahaye-Beauchamp 288, Alain Ultre 282, Jacques Limousin 246, Jacques Leblond 226 (Liste Pour la Gestion et l'Animation de la vie Communale) ; Daniel Butel 220, Alain Grave 204, Dominique Legrand 192, Albert Winock 188, Gérard Dewaele 186, Françoise Cahagne-Deletombe 164, Marie-Ange Pontus Cordus 153, Joseph Judas 145, Jean-Claude Cappel 122, Francis Warembourg 105 (Liste d'Union pour une Nouvelle gestion communale) ; Jean-Marie Thomas 189, Roger Wavrant 184 (Liste des Candidats pour une gestion pluraliste des intérêts communaux) ; André Bédague 4, Jean Régnier 3, Ange-Marie Barrère, Maurice Bonnet 2, Pierre Larivière, Dominique Duwat, Louis Obaton, Serge Boulangeot, Jacques Dercy, Alexandre Soinne, Paul Leblond, Gisèle Bayard, Bernadette Cazin, Michel Saintenoy, Pierre Huyart 1.

2ème tour (13 mars) : 2 sièges à pourvoir. 550 inscrits, 490 votants, 487 exprimés

Daniel Butel 214, Roger Wavrant 194 (le second est élu au bénéfice de l’âge !), Alain Grave 194, Jean-Marie Thomas 173, Jacques Limousin 102, Jacques Leblond 82 non.

Maire (19 mars) : Bernard Dassonneville 13 voix, 2 blancs ; 1er adjoint Pierre Lurette 13 voix, 2 blancs, 2ème adjoint Elie Carré 14 voix, 1 blanc.

A noter que seulement 2 agriculteurs font partie des 15 élus… la fin d’une époque !

 

Elections Municipales de mars 1989

Gestion et Animation de la vie communale (Bernard Dassonneville) → tous élus au 1er tour

Action pour Unité et Bien être (Daniel Butel et Alain Grave)

1er tour (12 mars). 617 inscrits, 573 votants, 553 exprimés.

Bernard Dassonneville 360, Roger Wavrant 344, Hubert Bauduin 346, Didier Helleboid 338, Jean-Jacques Legrand 366, Anne-Marie Leulliette-Vercoutre 354, Antoine Marquis 348, Rémi Baroux 334, Francis Bultel 319, Marie-Louise Debray-Franchomme 343, Dominique Duwat 320, Daniel Grave 320, Jean-Pierre Guilbert 347, Pierre Huyard 347, Roger Thomas 305, Daniel Butel 233, Alain Grave 230, Elisé Carré 228, Dominique Legrand 223, Gérard Seys 220, Marcel Evrard 206, Maxime Legrand 190, Daniel Lefebvre, Jacques Limousin 190, Alain Delaby 188, Cahagne Deletombe 188, D. de Sainte Maresville 187, Jean-Claude Lagouche 170, Jean-Marc Dupont 162, Sylvestre Sloninski 158, Pierre Lurette 4, Patrick Bédague 3, Louis Obaton 2, Caron de Fromentel, Pierre Lariviere, Jean Regnier, Bernard Legrand 1.

 

Elections Municipales de juin 1995

Après trois élections très disputées, c’est le retour d’une seule liste !

1er tour (11 juin) : Inscrits 665, Votants 546, Exprimés 519.

Gestion et Animation de la vie communale : Bernadette Baroux 470, Pierre Huyart 468, Patrick Bédague 450, Jean-Pierre Guilbert 449, Pierre Lurette 448, Daniel Grave 446, Dominique Boin 444, Marie-Louise Debray-Franchomme 443, Hervé Macrel 439, Martine Wille-Ducamp 438, Roger Thomas 432, Anne-Marie Leuliette-Vercoutre 432, Bernard Dassonneville 431, Antoine Marquis 423, Roger Wavrant 394.

Maire (18 juin) : Dassonneville Bernard 14, Blanc 1. 1er ajoint Pierre Lurette, 2ème adjoint Roger Wavrant, 3ème ajointe Anne-Marie Leuliette, 4ème adjoint Jean-Pierre Guilbert (mêmes votes).

 

Elections Municipales de mars 2001

1er tour (11 mars): Inscrits : 735. Votants : 613. Exprimés : 583.

Liste pour la Gestion et l’Animation de la vie communale : Pierre Lurette 460, Jean-Pierre Guilbert 432, Bernadette Baroux-Hernout 465, Patrick Bédague 467, Dominique Boin 460, Marie-Louise Debray-Franchomme 458, Roger Thomas 401, Martine Wille-Ducamp 455 (conseillers sortants), Christiane Capelle-Vercoutre 457, Roseline Delalin-Lavogiez 446, Jean-Marc Flandrin 452, Micheline Huyart-Delhaye 426, Jean-Jacques Leblond 442, Alain Stopin 472, Guy Trupin 418.

Liste pour la modernité et le renouveau de Tilques : Jean-Marie Ghéraert 179, Sophie Gournay 153, Jean-Paul Lambert 141, Pascal Vandecasteele 129, Marie-Thérèse Golliot 127, Sylvain Motheron 123, Eric Barrère 120, Pierre Larivière 119.

Didier Helleboid 3, Jean-Marie Lurette 3, Philippe Dassonneville 2, Françoise Dassonneville 2, Dominique Legrand 2, 21 personnes avec une voix.

Maire (16 mars) : Pierre Lurette 14 voix, un blanc. 1er adjoint : Patrick Bédague.

Tilques et les élections municipales, une histoire de famille (parfois tendue !)

Elections Municipales de mars 2008

1er tour (9 mars) : Inscrits : 859. Votants : 697. Exprimés : 675.

Martine Wille 572, Patrick Bédague 571, Laurent Bodart 571, Alain Stopin 567, Roseline Delalin 566, Christiane Capelle 561, Stéphane Huyart 556, Jean-Marc Flandrin 552, Guy Trupin 551, Bernadette Baroux 550, Céline Segond 548, Jérôme Cabaret 544, Jean-Christophe Borgniet 537, Blandine Desfachelle 537, Jean-Jacques Leblond 532.

Philippe Dassonneville 137, Pierre Thomas 98, Didier Helleboid 4, Pascal Kielinski 3, Dominique Boin 3, 20 personnes avec une voix.

 

En 2013, changement de procédure électorale : c'est la fin du panachage pour les communes de plus de 1 000 habitants. Tilques ayant passé ce cap démographique quelques années auparavant, voici venu le seul scrutin de liste et la fin des noms rayés ou ajoutés qui faisait le charme des dépouillements (et qui faisait toujours plaisir à ceux qui voyaient seulement LEUR nom rayé de la liste... haine personnelle quand tu nous tiens !).

 

Elections Municipales du 23 mars 2014

1er tour (23 mars) : Inscrits : 905. Votants : 636. Exprimés : 537.

Elus : Patrick Bédague, Christine Devienne, Alain Stopin, Brigitte Guillemant-Bonnet, Laurent Bodart, Céline Segond-Thomas, Stéphane Huyard, Marie-Laure Boin, Jean-Christophe Borgniet, Charlotte Huyard-Wille, Jean-Marc Flandrin, Fabienne Kielinski-Thomas, Jean-Jacques Leblond, Séverine Brunet-Debievre, Hervé Tellier

 

Cela fait donc deux élections qu’il n’y a pas de liste d'opposition. 2020 sera dans la même veine !

Tilques et les élections municipales, une histoire de famille (parfois tendue !)

Après cette liste un peu obsédante pour moi, faisons le point avec quelques statistiques. Ainsi, j’ai aujourd’hui les résultats des années 1888 à 2014. Il y a des résultats incomplets : 1896 (2nd tour), 1900 (pour le... 3ème tour). Il n’empêche que cela fait environ 24 élections dont je possède des résultats. Quels sont les noms qui reviennent le plus dans le conseil municipal de Tilques ?

 

1888-2014

 

Noms

Nombre de fois présents dans le conseil (sur 24)

Bédague

19 (1888, 1892, 1896, 1900, 1908, 1912, 1919, 1925, 1945, 1947, 1953, 1959, 1965, 1971, 1977, 1995, 2001, 2008, 2014)

Lurette

19 (1888, 1892, 1896, 1908, 1912 x 2, 1919, 1925, 1929, 1935, 1945, 1947, 1953, 1959, 1965, 1977, 1983, 1995, 2001)

Dassonneville

17 (1888, 1896, 1900, 1904, 1908, 1912, 1919 x 2, 1935, 1947, 1959 x 2, 1965, 1977, 1983, 1989, 1995)

Legrand

13 (1888, 1892, 1900, 1904, 1945, 1947, 1953, 1959, 1965, 1971, 1977, 1983, 1989)

Bauduin

14 (1888, 1896, 1904, 1908, 1912, 1919, 1925, 1929, 1935, 1945, 1965, 1971, 1983, 1989)

Lebel

13 (1888, 1892, 1896, 1900, 1904, 1908, 1912, 1919, 1925, 1929, 1953, 1959, 1965)

Grébert

12 (1896, 1900, 1904, 1908, 1912, 1919, 1925, 1929, 1947, 1953, 1965, 1971)

Leblond

11 (1900, 1904, 1908, 1912, 1945, 1947, 1953, 1959, 2001, 2008, 2014)

Bodart

11 (1908, 1912, 1919, 1925, 1929, 1935, 1945, 1953, 1959, 2008, 2014)

Thomas

11 (1945, 1947, 1953, 1959, 1965, 1971, 1977, 1989, 1995, 2001, 2014)

Helleboid

9 (1904, 1908, 1912, 1919, 1925, 1929, 1935, 1983, 1989)

Leullieux

7 (1896, 1900, 1904, 1908, 1925, 1935, 1945)

Mièze

9 (1888, 1892 x 2, 1896 x 2, 1900, 1908, 1912, 1919)

Huyart

6 (1947, 1965, 1971, 1995, 2001, 2008)

Stopin

6 (1945, 1947, 1953, 2001, 2008, 2014)

Régnier

5 (1925, 1945, 1947, 1953, 1959)

 

Oui, il n’y a pas de vraie surprise. Parmi mes cinq « dynasties », quatre se classent dans mon quinté de tête (Helleboid est un peu en retrait). Une élection sans un Bédague, Lurette, Dassonneville ou Legrand est impossible dans le village !

D’autres noms reviennent tout autant (sans forcément être maire) : les Bauduin, les Grébert, les Lebel, les Leblond, les Thomas, les Bodart… que des patronymes qui me parlent encore aujourd’hui !

 

Qui détient le record de longévité ? En tant que maire c’est André Legrand et Bernard Dassonneville : 24 ans à la tête du village (quatre mandats, ils se sont d’ailleurs succédés). En tant que membre du conseil municipal c’est… André Legrand, 32 ans élus (6 fois de 1945 à 1977). Son adjoint Maurice Bonnet, 30 ans de conseil (5 fois élu de 1953 à 1983) et Zacharie Bodart 30 ans également (5 fois élu entre 1929 et 1965) le suit. Quant à l’actuel maire, Patrick Bédague, il fête cette année ses 25 ans au conseil et peut facilement décrocher ces deux records, avec deux mandats (le premier semble assuré).

 

Enfin, je termine avec la participation… sans surprise elle dégringole sur les quatre derniers scrutins en ma possession… dont trois scrutins sans opposition ! (ça explique sans doute beaucoup !). Sinon le village présente des chiffres incroyables, avec un sommet pour 1965 (le chiffre de 1919 est à mettre en lien avec un contexte sanglant → 1ère guerre mondiale et grippe espagnole).

 

Participation au premier tour des élections municipales

1896

1904

1919

1925

1929

1945

1959

1965

88,52%

85,63%

78,39%

89,58%

90,37%

81,41%

91,53%

95,50%

 

1971

1977

1983

1989

1995

2001

2008

2014

90,23%

94,36%

93,64%

92,87%

82,11%

83,40%

81,14%

70,28%

 

 

 

[1] Décision du 8 mars 1889 sur « protestation formée par les Sieurs Taffin de Tilques et Dassonneville ». Archives départementales du Pas-de-Calais, Dainville, 4Z 139.

[2] Le Mémorial Artésien, 18 mai 1884.

[3]    Archives départementales du Pas-de-Calais, Dainville, 4Z75.

[4]    Interview Anne-Marie Leulliette, 6 mars 2020.

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3 mars 2020 2 03 /03 /mars /2020 18:30

Tout d’abord, petit rappel chronologique local : le 23 mai 1940 Saint-Omer tombe. La libération a lieu le 5 septembre 1944 dans cette même ville par la 1ère DB polonaise. Entre les deux, un peu plus de quatre années où le Nord Pas-de-Calais est occupé. Un bouleversement dont Tilques est témoin.

Je commence ma découverte de ce conflit dans le village avec le monument aux morts.

Tilques et la seconde guerre mondiale : tués, prisonniers, et le bombardement de Saint-Omer (1943)

Ainsi nous avons 10 personnes du côté militaire, avec des circonstances très variées (une vraie différence par rapport à la 1ère guerre mondiale) :

- Louis Bertin (235e RA), mort pour la France, décédé le 22 mai 1940 à Saint-Etienne du Mont (Pas-de-Calais). L'info arrive début 1943 à Tilques...

- Paul Devynck (161e RI), mort pour la France, trouvé décédé le 24 juin 1940 sur le territoire de Saint Nicolas du Fort (Meurthe et Moselle). L'info arrive 2 ans plus tard à Tilques...

- Marcel Delmetz, décédé à Tilques le 29 mars 1942 des suites d'une maladie contractée à l'armée.

- Julien Dubout (227e RA), mort pour la France, décédé le 20 juin 1942 à Eschwege-Werra (Allemagne) → prisonnier décédé ?

- Alphonse Guilbert (61e RA), mort pour la France, décédé en captivité de guerre le 1 novembre 1942 à l'hôpital de Thorn (Allemagne)

- Marcel Stopin, mort à Tilques le 20 décembre 1943, 40 ans. Mort pour la France ? Pas d'info [j'ai l'évocation d'un Stopin dans un document sur la résistance, dont je perds la trace ensuite].

- Philippe Thomas, mort pour la France (avis du 9 juillet 1946) à Tilques le 21 décembre 1943. A son propos j’ai deux histoires, venant de deux sources différentes : la première, Philippe a 26 ans et demi et il est tué sur la route nationale par les Allemands. On aurait entendu un bruit de moteur et une rafale. Apparemment c'était quelqu'un d'engager dans la résistance. La seconde : il avait fait la guerre, et il était revenu blessé, il avait attrapé des coups de crosse par les Allemands. Et il est mort de ça chez Jean-Marie Thomas (la maison au coin nationale/rue de Zutpré)

- Lucien Leroy, mort pour la France, décédé le 5 septembre 1944 face au n°185 rue du Maréchal Pétain (rue de Dunkerque) à Saint-Omer. Résistant, combattant pour la libération de Saint-Omer (déjà évoqué dans l'article précédent).

- Raymond Beauchamp, mort à Tilques le 30 août 1946, 42 ans, mort pour la France. A été déporté (interné à Malines, revenu de déportation avant les autres prisonniers). Des suites de blessures ?

- Fernand Mahieu, mort pour la France, décision du Ministère des Anciens Combattants le 28 mars 1963, résistant (déjà évoqué dans l'article précédent).

Alphonse Guilbert, Marcel Delmetz, Marcel Stopin et Louis Bertin
Alphonse Guilbert, Marcel Delmetz, Marcel Stopin et Louis Bertin
Alphonse Guilbert, Marcel Delmetz, Marcel Stopin et Louis Bertin
Alphonse Guilbert, Marcel Delmetz, Marcel Stopin et Louis Bertin

Alphonse Guilbert, Marcel Delmetz, Marcel Stopin et Louis Bertin

Il y a également la présence de cinq civils :

- Marie Gouillard, morte pour la France (avis du Secrétariat Général aux Anciens Combattants du 9 novembre 1943), décédée le 13 janvier 1943 à Hellemmes des suites d'un bombardement.

- Alfred Brioul, mort pour la France (décision du 12 juin 1961 (!) du ministre des Anciens Combattants), décédé le 24 juin 1944 à Saint-Momelin au bois du Ham, blessé mortellement par éclat de bombe. Allait ramasser du bois.

- Georges Pourchaux, résistant, décédé le 9 septembre 1944 à Diez-sur-Lahn (déjà évoqué dans l'article précédent... mais pourquoi est-il dans les civils alors que Fernand Mahieu est dans les militaires ? Parfois les monuments aux morts ne sont pas logiques)

Pour les deux derniers (Roger Leblond et Madame Legrand-Lengaine), j'y reviens plus bas.

Une photo de George Pourchaux que j'ai récupérée ce week-end

Une photo de George Pourchaux que j'ai récupérée ce week-end

Les prisonniers de guerre

Après la défaite (ah, on dit branlée à ce niveau-là), ils sont nombreux les soldats français à se retrouver prisonniers de guerre. Rien qu'à Tilques 58 sont recensés à l'été 1941 ! (pour une population de 813 habitants selon un document officiel pour l'armée allemande)). Quelques-uns sont en fait dans des centres de démobilisation (notamment à Amiens) et reviennent au cours de l'été (Edmont Chaput, Edmond Leulliette, Raymond Beauchamp, Roger Wavrant...). Le 18 octobre 1942, les chiffres donnés par le maire sont les suivants :

- nombre de prisonniers de guerre en Allemagne : 48

- nombre de rapatriés : 9

- nombre de décédés : 1[1]

Le 7 février 1944, ils sont encore 41 (plus les deux résistants, pas sur la liste...).

Mairie de Tilques, Archives, série H 23, Prisonniers de guerre.
Mairie de Tilques, Archives, série H 23, Prisonniers de guerre.

Mairie de Tilques, Archives, série H 23, Prisonniers de guerre.

Beaucoup de courriers sont envoyés à la mairie de Tilques (le dossier d'archive comporte 126 pièces, c'est le record), notamment concernant l'aide aux prisonniers. Ainsi la « maison du prisonnier » réalise des collectes pour des sous-vêtements, des effets chauds (chemises, caleçons, flanelles, tricots, chaussettes, pull-over, cache-nez, gants) tandis que d'autres documents ont trait aux colis que l'on peut leur envoyer (5 kilos tous les deux mois pour les stalags et oflags, 1 kilo tous les mois). Ce sont neuf prisonniers qui ont été rapatriés qui doivent se charger de la collecte (!), ils reçoivent d'ailleurs trois lettres (notamment une du préfet !) pour leur rappeler !

Dans une lettre, j'apprends « qu'une petite fête organisée en la Commune pour le bénéfice des prisonniers [a rapporté] 2000 francs », destinés aux familles des prisonniers. Le gouvernement demande aussi « d'organiser dans chaque commune un Noël du Maréchal [avec] une semaine de quêtes » ! L'argent devra aller aux prisonniers et à leur famille (sur la base du 50/50). Une autre façon de récolter de l’argent : l’organisation d’un match de football ! Ainsi, la J.S.T. affronte Ruminghem et Moulle-Houlle le 26 avril 1942, avec deux victoires à la clef : « après une partie disputée avec le fair-play inhérent à ces rencontres, sans pour cela en exclure l’ardeur y déployée, les carottiers qui affirmèrent plus de cohésion dans l’ensemble et de technique par leurs avants, l’emportèrent par quelques buts ».[2]

La J.S.T. en 1942 En haut : Roger Grébert (dirigeant), André Hermel, René Devos, Alfred Foulon, Emile Taine, Gaston Bonnet, Charles Roussel. En bas : Eugène Butin, Jean Evrard, Paul Macrel, Robert Demaretz, Gaston Auxenfants (capitaine).

La J.S.T. en 1942 En haut : Roger Grébert (dirigeant), André Hermel, René Devos, Alfred Foulon, Emile Taine, Gaston Bonnet, Charles Roussel. En bas : Eugène Butin, Jean Evrard, Paul Macrel, Robert Demaretz, Gaston Auxenfants (capitaine).

Une liste des familles de prisonniers de guerre et de tués susceptibles de bénéficier d'une indemnité spéciale sur le fonds de solidarité est faite, avec cinq mères sans ressources signalées dans le village (de 1 à 3 enfants). Je revois une liste du même acabit présentée en septembre 1943, où seulement 3 femmes sur les 5 reçoivent des indemnités (les deux autres voient leur demande refusée).
La thématique de la correspondance est aussi évoquée, avec des cartes données aux enfants, à la famille ou encore aux parrains et marraines de guerre (la carte est « vendue dix francs (!) au profit de la famille du prisonnier »).

 

Le 24 mai 1943 une demande très particulière est faite par le maire dans une lettre que je vous retranscris intégralement :

 

« Objet : demande de libération d'un prisonnier de guerre.

 

Monsieur le Sous-Préfet,

A la demande de Madame Veuve Leblond-Lurette, Marie, cultivatrice à Tilques, j'ai l'honneur de vous exposer que :

Madame Vve Leblond sus-nommée exploite à Tilques, une ferme d'environ 15 hectares, où travaillaient ses deux fils jumeaux Paul & Roger.

Qu'à la suite du bombardement aérien dont fut victime la ville de Saint-Omer, le 13 mai courant, son fils Roger âgé de 23 ans a été tué.

Que sa présence était indispensable à la bonne marche de sa ferme, et que pour le remplacer elle vous prie respectueusement, Monsieur le Sous-Préfet, de vouloir bien intervenir auprès de la Kreiskommandatur de Saint-Omer aux fins de la libération de son ancien ouvrier agricole, âgé de 42 ans, père de famille, actuellement prisonnier en Allemagne sous l'adresse suivante :

Vor – und Zuname : BEAUCHAMP Jules

Gefangenenummer : 29 385

Lager-Bezeichnung : M Stammlager I B

Deutschland (Allemagne)

Profond respect »[3].

 

Le bombardement aérien dont fait état cette lettre est très important pour Saint-Omer, et pour cause : il a fait 115 morts civils et 300 blessés[4]. C’est la 8ème Air Force Américaine qui a la charge de bombarder l’aérodrome des Bruyères. C’est leur première sortie, peu après leur arrivée en Angleterre. Peu habitués aux conditions climatiques de la zone, ils effectuent un lâcher de 489 bombes, en ne prenant pas assez en compte le vent…. les bombes tombent deux kilomètres plus loin, au sud de la ville, notamment la rue d'Arras (223 maisons entièrement détruites, 471 touchées).

Carte des impacts de bombes lors du bombardement de Saint-Omer le 13 mai 1943, (plus de 15% des maisons de la ville sont touchées). Archives départementales du Pas-de-Calais, Dainville, 4Z 668, Bombardements.

Carte des impacts de bombes lors du bombardement de Saint-Omer le 13 mai 1943, (plus de 15% des maisons de la ville sont touchées). Archives départementales du Pas-de-Calais, Dainville, 4Z 668, Bombardements.

Face au n°41, il emporte, en plus de Roger Leblond, Madeleine Lengaigne mariée à Jacques Legrand (domicilié à Tilques ? elle a aussi une adresse rue Carnot). Les deux sont officiellement « morts pour la France » suivant un avis de la mairie de Saint-Omer du 26 décembre 1944. Le traumatisme est grand, une messe est célébrée à Paris, un film de propagande rend compte de cette horreur, et 3195 francs sont récoltés jusqu'au 10 juin par le secours national à Tilques, « somme destinée essentiellement aux sinistrés de Saint-Omer ». Des aides en nature sont envoyées, ainsi « un panier haricots, 40 kilos de pommes de terre, 4 morceaux de lard, 7 œufs ». [Saint-Omer a été touché par plusieurs bombardements, ça reste celui qui fait le plus de victimes]

Rue Allent, Archive départementale du Pas-de-Calais, Dainville, 4Z 623, Epuration.

Rue Allent, Archive départementale du Pas-de-Calais, Dainville, 4Z 623, Epuration.

Rue de Valbelle (au fond la rue Carnot), Archive départementale du Pas-de-Calais, Dainville, 4Z 623, Epuration.

Rue de Valbelle (au fond la rue Carnot), Archive départementale du Pas-de-Calais, Dainville, 4Z 623, Epuration.

Maison Matton, Rue Courteville, Bibliothèque de Saint-Omer, 3Z 51

Maison Matton, Rue Courteville, Bibliothèque de Saint-Omer, 3Z 51

Angle du boulevard Clémenceau et de la rue du Griffon, Bibliothèque de Saint-Omer, 3Z 43/7

Angle du boulevard Clémenceau et de la rue du Griffon, Bibliothèque de Saint-Omer, 3Z 43/7

Bon la lettre n'a pas dû avoir beaucoup d'effets, car Jules Beauchamp est encore prisonnier sur la liste de février 1944...

 

Une situation plus personnelle touche André Moclyn, prisonnier, qui habitait au Rossignol. Sa femme décède pendant sa captivité. Son exploitation est vendue. La maison du prisonnier de Bailleul interpelle le maire : « vous serait-il possible de me faire savoir quelle est la personne qui a recueilli la succession de Mme Moclyn après son décès. D'autre part, on me signale que la petite Jacqueline Moclyn se trouve en ce moment presque sans effets alors que les siens seraient sous scellés à Tilques en attendant le retour de son papa ». On propose alors que la tante de Jacqueline puisse récupérer les effets...[6]

 

Leur retour au village ne donne pas lieu à des documents (je ne vois rien dans les archives en tout cas).

 [à suivre]


[1] Mairie de Tilques, Archives, série H 23, Prisonniers de guerre.

[2] Bulletin Audmarois, 1er mai 1942, Archives Départementales du Pas-de-Calais, Arras, PE 81/1.

[3]    Mairie de Tilques, Archives, série H 23, Prisonniers de guerre.

[4]    Archives départementales du Pas-de-Calais, Dainville, 4Z 668, Bombardements.

[5]    Archives départementales du Pas-de-Calais, Dainville, 4Z 668, Bombardements.

[6]    Mairie de Tilques, Archives, série H 23, Prisonniers de guerre.

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26 février 2020 3 26 /02 /février /2020 09:25

« Enfin, Armand, le Général de Gaulle n’a-t-il pas dit que toute la France avait été résistante ?

En effet, il l’a dit. (…) Il l’a dit. »[1]

Tilques et la seconde guerre mondiale : la résistance

La plaque, à l’entrée du marais, a de quoi interpeller.

 

 A côté, une explication est donnée, en quelques lignes.

Tilques et la seconde guerre mondiale : la résistance

L’histoire fait donc suite à l’invasion express des troupes allemandes en mai 1940. La débandade est telle que des soldats britanniques se retrouvent isolés de leur compagnie, perdus dans l’Audomarois. Plusieurs rencontrent Georges Pourchaux, sur la route nationale de Tilques. D'autres croisent le chemin de Victor Decaevel, à Saint-Omer. Les deux hommes vont orienter les Britanniques vers le marais de Tilques, et plus précisément vers Fernand Mahieu et sa femme Alphonsine.

Alphonsine et Fernand MahieuAlphonsine et Fernand Mahieu

Alphonsine et Fernand Mahieu

A l’époque, Fernand est âgé de 39 ans et il est le cantonnier du village. Il habite alors un marais très difficile d’accès, un « No Man’s Land »[2] que ne connaissent même pas beaucoup de Tilquois (ne pas penser au marais de nos jours !). Avec sa femme, Alphonsine, ils se retrouvent à héberger neuf soldats et aviateurs anglais et écossais, pendant près de six mois ! Ils ont pourtant déjà cinq enfants à charge, à une époque où les privations vont être importantes. Les soldats sont installés dans une ferme inoccupée de la famille Becques-Pourchaux, les autres dans une maison de la famille Mahieu (dans un lieu-dit appelé La Pontoise, du côté du marais des Moines). Démarre alors toute une organisation pour nourrir les soldats, les habiller, et, aussi, essayer de les faire gagner la France libre… plus de 500 kilomètres à parcourir alors que le Nord-Pas-de-Calais est administré militairement par les Allemands tandis que le nord de la France est occupé… pas simple !

Source : Wikipédia, Article « Zone libre », consulté le 21 février 2020.

Source : Wikipédia, Article « Zone libre », consulté le 21 février 2020.

C’est tout un réseau qui se met alors en place, avec Henri Régniez (Salperwick), Alfred Bourgeois et Théophile Lourdel (Saint-Omer), et, pour Tilques, Lucie Stopin, Lucien Pecqueux et Lucien Leroy. Deux soldats s’installent à Saint-Omer chez Alfred Bourgeois.

Les soldats allemands ont néanmoins vent de cette présence anglaise. Georges Pourchaux est le premier arrêté, après un militaire anglais (en charmante compagnie à Aire-sur-la-Lys). Dès lors les époux Mahieu déplacent les soldats britanniques à plus de trois kilomètres, en plein cœur des marais, pour leur sécurité. Georges Pourchaux est relâché un temps, puis arrêté à nouveau le 27 novembre 1940, avec Fernand Mahieu, Henri Régniez, Lucien Pecqueux et Lucien Leroy. Les cinq Tilquois sont emmenés en détention à Boulogne-sur-Mer, où ils sont torturés[3]. Alphonsine Mahieu est également interrogée mais reste en liberté surveillée en raison de ses cinq enfants. Aucun des soldats anglais n’est arrêté, et le groupe de Saint-Omer prend le relais des Tilquois. Les soldats sont déjà répartis dans des maisons rue de l’Ecusserie (deux chez Abel Duthois puis Louis Boudin, deux chez Alfred Lanselle, quatre chez Alfred Bourgeois dont certains partent chez Anne Kasteloot et Madame Luyck, rue de Calais). Un certain Désiré Didry, membre du réseau « Pat O Leary », organise le départ des Britanniques vers la zone libre à partir du 2 janvier 1941. Deux jours plus tard, ce sont Alfred Bourgeois, Victor Decaevel, Théophile Lourdel, Louis Boudin et sa femme qui sont arrêtés. Dénonciation ? Enquête ? Qu’importe, car presque tous les soldats britanniques ont réussi à s’échapper (à l’exception du soldat d’Aire et d’un autre dans le garage Lourdel). Les arrestations continuent tout le mois de janvier 1941 (Gaston Salomez, Joseph Debroucker, Denis Lassey, Florent Cuvelier, Léon Ansel, les époux Bellossat, Albert Vergriete…).

 

Alors qu’ils sont maintenant enfermés à la prison Sainte Nicaise d’Arras (sauf Pourchaux que je ne retrouve pas), Lucien Pecqueux écrit le 9 août 1941 au commandant de la Kreiskommandantur de Saint-Omer pour… sortir de prison pendant la moisson ! « J’ai 61 ans. Ma femme est seule avec sa belle-fille et ses trois petits-enfants pour cultiver mes champs, ceux de mon fils qui est prisonnier de guerre et ceux de ma fille dont le mari est également prisonnier de guerre […] je demeure dans la région des marais de Tilques ; tout doit être transporté par bateaux. Il faut pour cela avoir des ouvriers spécialisés qu’il est malheureusement difficile de trouver actuellement. J’espère de votre bienveillance une suite favorable à ma demande, et, avec mes remerciements, je vous prie… »[4] Autant vous dire tout de suite qu’il prend ses rêves pour sa réalité… car le mois suivant, le tribunal militaire d’Arras, dans sa séance du 4 septembre 1941, prononce les peines suivantes (en gras les Tilquois) :

- Alfred Bourgeois : condamné à mort (peine commuée en 15 ans de réclusion)

- Fernand Mahieu, Victor Decaevel : 15 ans

- Georges Pourchaux : 10 ans

- Anne Kesteloot : 4 ans

- Lucie Stopin (née Pecqueux) : 4 ans (commués en 3 ans)

- Marguerite Boudin : 2 ans (elle obtient finalement le sursis)

- Louis Boudin, Henri Regniez : 20 mois

- Gaston Salomez, Lucien Pecqueux, Lucien Leroy, Joseph Debroucker, Denus Lassez, Fernand Gauchez, Antoine Bellossat, Théophile Lourdel : 12 mois

- Albert Vergriete : 8 mois

- Léon Ansel et Charlotte Delebois sont acquittés

 

A noter la présence de Fernand Gauchez, condamné à un an alors que seulement huit mois sont demandés (il ne semble pas faire partie du groupe actif de ravitaillement, mais est parent avec Lucie Stopin : il est condamné pour ne pas avoir dénoncé aux Allemands...). Il est relâché dès l'annonce du jugement et... le 28 mai 1942 se retrouve incarcéré à nouveau ! Stupeur dans le village, alors que sa femme doit accoucher dans les jours qui viennent : le maire de Tilques écrit au sous-préfet pour intervenir auprès de l'autorité militaire allemande[5].

 

Le 24 mars 1942, les sept purgeant toujours leur peine (Bourgeois, Mahieu, Decaevel, Pourchaux, Stopin, Boudin et Régniez) sont transférés d’Arras à la prison de Loos-les-Lille. Lucie Stopin rentre en avril 1943 tandis que le 12 septembre 1942, Alfred Bourgeois, Fernand Mahieu, Victor Decaevel et Georges Pourchaux sont envoyés en Allemagne, d’abord à Aix-la-Chapelle, puis Cologne, avant d’être enfermés dans la forteresse de Diez-sur-Lahn. « Le dernier cité, « une forte tête », écopa souvent de punitions et de coups de matraque. Il mourut le 9 septembre 1944, victime de ce régime barbare »[6]. Les trois autres sont libérés par les Américains le 27 mars 1945 et rentrent en mai 1945.

Georges Pourchaux

Georges Pourchaux

De manière générale il y eut une vraie mobilisation pour libérer les prisonniers. Le sous-préfet de Saint-Omer écrit au Kreiskommandant pour Anne Kesteloot, tandis que le commissaire spécial de police souhaite « une mesure de grâce ou une réduction de peine » pour Victor Decaevel. L’Ambassadeur de France délégué général du gouvernement français dans les territoires occupés appelle le préfet à intervenir auprès des autorités allemandes afin d’obtenir la remise d’une partie ou du restant de la peine, il fait de même pour Fernand Gauchez. Seule Anne Kesteloot obtient une réduction de sa peine en raison d’une maladie (elle rentre en 1942 après un séjour à l'hôpital). Quant à Fernand Mahieu, éprouvé par plus de quatre années de détention, il décède trois ans après son retour d’Allemagne.

 

On peut penser que les arrestations et les peines rendues stoppèrent totalement la résistance à Tilques… eh bien non ! Ainsi, le 28 janvier 1941, le sous-préfet oblige les communes de Tilques et de Serques à surveiller la route entre les deux communes de jour et de nuit à la suite d' « un acte de sabotage » avec la présence de clous (ayant entraîné des crevaisons de roues allemandes !). Est-ce là un acte de résistance volontaire ? Le maire de Serques n'est pas de cet avis et il l'explique : « à mon avis il n'y a eu aucun acte de sabotage. Les clous qui ont pu occasionner des crevaisons doivent provenir des ferrures spéciales que l'on met aux pieds des chevaux en période de gel ». Après enquête, les autorités semblent convaincues que ce soit la raison, et la sanction est levée le 18 février 1941[7].

 

Deux mois plus tard, un rapport de l'adjudant Sorriaux, commandant la section de gendarmerie de Saint-Omer présente une « situation générale bonne » sur la région. Néanmoins, « un incident est survenu à Tilques le 5 avril 1941. Un câble téléphonique a été coupé dans la nuit du 4 au 5 avril. Le maire de la commune suppose que cet acte de sabotage semble plutôt dirigé contre la Municipalité que contre l'armée d'occupation. De ce fait la commune a été punie d'une amende dont on ignore encore actuellement le montant, et les sorties de la population ont été réglementées pour les dimanches et jours de la semaine »[8].

 

Et c’est la seconde fois qu’un câble est sectionné dans la commune, car je vois que lors de la séance municipale du 22 décembre 1940 [avec beaucoup d’absents : Victor Lefebvre et Ernest Leullieux décédés ; Caron de Fromentel, Dassonneville, Pourchaux prisonniers] : une amende de deux mille francs a été imposée à la commune pour coupure d'un câble téléphonique appartenant à l'armée allemande, et que cette somme devait être payée immédiatement à la Kommandantur de Saint-Omer. Le montant de cette amende a été versé le 21 décembre 1940 par le receveur municipal qui avait reçu cette somme provenant d'un emprunt contracté à cinq particuliers de la commune pour la somme de 400 francs chacun avec intérêts à 5% l'an (prêt remboursable avant dix ans) à M. Sailly, Chaput, Dassonneville, Bodart et Helleboid [tous membres du conseil]. La même chose se reproduit le 14 avril 1941.

 

Décidément, le Tilquois ne se laisse pas envahir aisément ! Mieux encore, il participe à la Libération ! C’est l’histoire de Lucien Leroy (pas le même que plus haut, un autre Lucien Leroy de Tilques... à croire que c'est un patronyme qui vous destine à la résistance !). Son métier est important : il travaille à la SNCF. Or, le service public (j’insiste !) est l’un des cœurs de la résistance. Alors que les troupes allemandes sont sur le reculoir après le débarquement de Normandie, plusieurs Audomarois prennent les armes pour libérer la ville. Celui qui est alors désigné pour organiser la résistance est le lieutenant Pierre Bonhomme, et le recrutement se fait notamment à la SNCF. Après des opérations de destruction des voies ferrées, la libération de Saint-Omer se fait le 5 septembre 1944. Sur le midi des échanges de coups de feu ont lieu Rue Carnot, puis autour de l’hôtel de ville, dans une cité qui paraissait vide. Les troupes polonaises apparaissent en début d’après-midi dans le centre-ville. Un nid de mitrailleuses allemandes continue de tenir le boulevard de Strasbourg. C’est là que Lucien Leroy est tué par balle. Saint-Omer est complètement libérée quelques heures plus tard, tandis qu’une compagnie allemande est signalée dans le marais de Tilques le lendemain. Les FFI combattent deux heures, obligeant l’ennemi à se replier vers Watten et Saint-Momelin.

 

Drôle de vie tout de même que celle de Lucien Leroy, mort à 23 ans. Il fait partie des cinq personnes ayant perdu la vie à Saint-Omer au cours de la libération de la ville (Albert Minet, Emile Cantré, Jacob Galusinski et André Bultel ont aussi leur plaque Place Foch et Boulevard de Strasbourg). Quant à Pierre Bonhomme (dont on connaît la place à Saint-Omer), il meurt le 28 septembre 1944 par l’explosion d’une mine alors qu’il participe à la libération de Calais. Désiré Didry, ayant quant à lui donné son nom à une rue, est arrêté puis décapité le 30 juin 1943 à la prison de Dortmund.

Et là, on est content de vivre dans un pays en paix.

Plaque commémorative posée en bas de la rue de Dunkerque.

Plaque commémorative posée en bas de la rue de Dunkerque.

Collaboration et marché noir à Tilques ?

 

Ah, ça, c’est peut-être encore plus délicat ! S’il y a eu des résistants, il peut aussi y avoir eu des collabos ! Du côté des archives, ce sont les dossiers intitulés « épurations ». Et autant vous dire qu’il y en a des paquets ! Un seul concerne le village : c’est un avis de décision du comité de confiscation de Boulogne-sur-Mer en date du 6 mars 1946 concernant M. L., cultivateur à Tilques. Il est noté que Monsieur L. a présenté un recours au Conseil Supérieur à Paris qui a été enregistré le 5 avril 1946[9]. Diable, que reproche-t-on exactement à M. L. après la guerre ?

En fait il est arrêté pour « marché noir avec les Allemands ». Son arrestation a lieu le 26 octobre 1944 à la suite d'une lettre anonyme (« accusé par la rumeur publique » selon les mots de l'adjudant, belle époque !), il est interné à Saint-Omer avant d'être jugé à Boulogne. Dans cette lettre, on retrouve « des poulains non déclarés, une certaine somme d'argent cachée, des pneus et armes », en plus de marché noir avec les Allemands (pommes de terre, porc, veaux, œufs et beurre). Monsieur L. rejette catégoriquement ces accusations : « Il est complétement faux que, durant l’occupation allemande, je me suis livré à un trafic clandestin sur une grande échelle, même aussi minime que ce soit, je n’ai jamais vendu aux Allemands. Je nie qu’un jour, dix sept pattes de veaux auraient pu être retirées de mon fumier. Il n’est pas à ma connaissance que moi ou un membre de ma famille ait vendu un jour une tonne de pommes de terre aux Allemands. Je ne leur ai jamais vendu d’œufs, et encore moins du beurre. Jamais les Allemands ont amené sur charrette un porc qui aurait été tué chez moi dans la matinée. Les personnes qui ont fait ces déclarations ont agi par méchanceté et jalousie ou vengeance personnelle pour me faire du mal et créer de gros ennuis, car souvent j’ai entendu des conversations qui ne m’étaient pas favorables parce que je n’étais pas du pays, et que par mon travail, j’arrivais à vivre. Je n’ai rien d’autre à vous dire à ce sujet »[10].

M. L. est né à Racquinghem. J’ai déjà observé son nom une autre fois ailleurs, en… 1942 ! Il est alors sous le coup d’une enquête du commissariat de police, et le 21 août une visite est faite chez lui en raison d’une fausse déclaration de bétail[11]. Enquête par les Allemands, doubles enquêtes à la libération… bon, chacun se fera son idée ! Madame L. confirme néanmoins certaines accusations « il est exact que je suis en possession d’un fusil de chasse (…) je détiens également 2 pneus marque Michelin (…) la somme de 220 000 Frs que j’ai cachée était destinée pour la dot de mes enfants. J’ai deux poulains âgés de 6 mois environ que j’ai achetés il y a trois semaines, j’ignore le nom du vendeur, c’est mon mari qui est allé les chercher à Wizernes et les a payés lui-même » [12].

Six Tilquois sont interrogés dans cette affaire, certains déclarant ne pas être en bons termes avec lui, et… tous témoignent en sa faveur ! M. L. est finalement libéré, mais ses deux poulains achetés sans autorisations sont saisis, tout comme son revolver. Il souhaite obtenir une indemnité en compensation de son internement administratif : il réclame 200 000 francs ! Il faut attendre 1948 pour voir sa demande rejetée.

A noter que le 30 septembre 1944 son nom est aussi apparu dans un autre dossier, où il « aurait été surpris la semaine dernière à abattre 2 veaux, ce cultivateur serait un habitué des abattages clandestins ». Et en effet, le 22 septembre, il reçoit un PV dans la matinée pour avoir abattu un veau... et il récidive le même après-midi ! (deuxième PV!). Un sacré pistolet ! Et c'est là que le chef de district considère « qu'à mon avis mériterait d'être emprisonné le cultivateur L. »[13].

 

Mais ce n'est pas le seul ! Omer et Gaston Sailly sont également accusés d'abattage clandestin après la libération. Quant au marché noir, il existe deux autres cas dans le village avec Alphonse Flandrin et Pierre Grébert, également cultivateurs. Les deux sont accusés d'abattage clandestin et de vente de viande. Les observations sont sévères : « trafiquant notoire, commerce viande et achat bétail, a fait l'objet PV 616 du 15 juillet 1944 » pour le premier et « trafiquant notoire, commerce viande et vol bétail, a fait l'objet PV 617 du 15 juillet 1944 » pour le second[14]. Les deux sont arrêtés. Dans le même dossier j'ai aussi Veuve Dassonneville Helleboid parmi une liste « les plus mauvais fournisseurs au ravitaillement général », sans trop savoir à quoi ça correspond ! Elle est accusée de « marché noir avec des solliciteurs isolés Allemands ; par petites quantités seulement. Beurre, œufs, viande et blé. Il y aurait eu quelques dîners chez elle avec des Officiers Allemands »[15].

 

Il faut bien penser que le marché noir est très présent à une époque de rationnement, et les agriculteurs-éleveurs sont forcément en première ligne. Difficile équation pour eux : respecter les règles de l'occupant allemand (et se retrouver accusé à la libération de... marché noir avec les Allemands), ou établir leur propre règle (et donc être accusé de marché noir pendant la guerre)...

 

[1] Tiré de Michel Hazanavicus, OSS 117 : Rio ne répond plus, 2009.

[2]    Interview de Jacques Dercy, Tilques, 24 janvier 2020.

[3]    DUFAY Raymond, La vie des Audomarois sous l’occupation (1940-1944), 1990, p. 55.

[4]    Archives du Pas-de-Calais, Dainville, 4Z 665, Arrestations : tableaux, rapports et statistiques.

[5]    Archives du Pas-de-Calais, Dainville, 4Z 750, Marché Noir.

[6]    DUFAY Raymond, La vie des Audomarois sous l’occupation (1940-1944), 1990, p. 59.

[7]    Archives du Pas-de-Calais, Dainville, 4Z 679.

[8]    Archives du Pas-de-Calais, Dainville, 4Z 665, Arrestations : tableaux, rapports et statistiques

[9]    Archives du Pas-de-Calais, Dainville, 4Z 622, Epurations.

[10]  Archives du Pas-de-Calais, Dainville, 4Z 622, Epurations.

[11]  Archives du Pas-de-Calais, Dainville, 4Z 839 Enquêtes faites par le Commissariat Spécial de Police de Saint-Omer (1941-42). J’ai le cas d’une autre visite le 10 octobre 1941, « enquête pour l'autorité allemande sur Madame Hocquet, née Riffly Augustine », sans avoir d’autres informations.

[12]  Archives du Pas-de-Calais, Dainville, 4Z 622, Epurations.

[13]  Archives du Pas-de-Calais, Dainville, 4Z 750, Marché Noir.

[14]  Archives du Pas-de-Calais, Dainville, 4Z 750, Marché Noir.

[15]  Archives du Pas-de-Calais, Dainville, 4Z 750, Marché Noir.

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12 février 2020 3 12 /02 /février /2020 12:15

C’est un mot que je ne connaissais pas il y a peu. Un terme qui m’a été collé au visage, sur ma façon de vivre. Un nom commun qui me plaît bien, et qui correspond certainement à ma période 25-35 ans.

Oui, car de 15 à 20 ans j’étais un adolescent. Un peu con, comme tous ! Puis, de 20 à 25 ans je préférais le terme « jeune ». Jeune et con, comme Saez. Aujourd’hui, surtout après 30 ans, je ne peux plus vraiment dire « jeune ». Je viens de citer Saez, et je vais évoquer Loft Story dans quelques lignes… clairement je suis loin des références actuelles ! C’est fini. Par contre, adulescent, c’est différent, c’est une phase assez longue qui mélange plusieurs aspects :

- j’ai travaillé. A savoir j’ai gagné ma vie, j’ai payé des loyers et j’ai fait les papiers pour les impôts. Là, c’est clair, je ne suis plus le jeune qui était à la fac.

- je continue de sortir, et d’aller faire la fête en boîte de nuit jusqu’à la fermeture. Deux fois dans le week-end est encore possible. Là, c’est clair, je ne suis pas encore un vrai adulte.

Car être adulte, dans ma définition, c’est être posé. C’est avoir un travail fixe, un prêt pour une maison (ou au moins avoir acheté un appartement), sa voiture (quoique notre génération, dans les grandes villes, peut s’en passer). Et penser mariage. Ou avoir un enfant. Là, clairement, à partir de là, vous n’êtes plus adolescents ou « jeunes », puisque vous avez vous-même des jeunes à surveiller !

De mon côté, je n’en suis pas encore là. Je pense même que je n’ai jamais été un adulte. La Guyane était une parenthèse enchantée, mais elle a une grande spécificité : c’est un lieu de fête où beaucoup d’adulescents se retrouvent. « Ils sont jeunes, ils ont entre 25 et 35 ans, c’est souvent leur première expérience professionnelle, ils découvrent le salaire chaque mois, et ils veulent en profiter (voyages, sorties) ». Oui, ça ressemble à l’introduction de Loft Story.

Sauf que, depuis je suis rentré, j’ai gardé ce côté adulescent. Pire, je retombe peu à peu vers l’adolescence, la vraie ! Pensez : je peux me réveiller à 12h30, jouer à un jeu sur mon PC et manger des biscuits tout l’après-midi, et ainsi vivre ma semaine en pensant au football que je vais jouer le mercredi et regarder les autres jours.

Bon, là vous vous dîtes surtout que je suis surtout une sacrée feignasse ! (jealousy !) Peut-être, mais c’est un état que j’assume aussi. Je sais, au fond de moi, que c’est bientôt la fin de cette parenthèse, que septembre signifie une autre vie, un retour au monde du travail, et peut-être le début de ma vie d’adulte.
Hum. Attendez. Je vais d'abord aller chercher quelques biscuits. Et on fait quoi vendredi et samedi soir ?

14 ans plus tard, toujours des Kakernesches !

14 ans plus tard, toujours des Kakernesches !

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5 février 2020 3 05 /02 /février /2020 15:08

Pourquoi se faire débaptiser ? D'ailleurs, pourquoi suis-je baptisé ? Pour qui ? Et finalement, c'est quoi le baptême ? Car, au moment de commencer cet article, je pars avec beaucoup de questions, et les réponses se bousculent, un peu dans tous les sens. Je présume que je ne suis pas le seul concerné par ces questions, même si j'ai parfois tendance à pousser mes réflexions un peu plus loin que d'autres sur cette thématique.  

Mon baptême ? Forcément, je ne me souviens plus. Car le baptême est, pour moi, une arnaque. Un choix fait par les adultes, sur toute ta vie. Un choix parmi d'autres ? Non, c'est le choix ultime, si tu crois vraiment. Le baptême devrait être réalisé à un âge légal, comme le mariage ou le droit de vote. On parle quand même d’une union avec Dieu, avec une Eglise, une Institution, une communauté. La religion chrétienne, catholique dans mon cas, appelle au baptême des bébés. C'est une technique marketing implacable : impossible de refuser. Tenez, j'en ai vu des bébés pleurer, à chaudes larmes, alors qu'un chauve leur versait de l’eau froide sur la tête… rien à faire, ce n'est pas considéré comme un refus ! Et ensuite, pour le restant de tes jours, te voici entré dans l'Eglise.

Ah ! l'Eglise ! Il y a tant à dire que je devrais écrire un livre (oui, je devrais, mais pas sur ça !). Car je suis beaucoup allé dans les églises. D'abord à mon insu, parce qu'emmené par mes parents, puis en râlant, parce qu'il fait froid et qu'on s’ennuie, et ensuite pour mon plaisir, pour voir ce que les hommes sont capables de construire en ayant foi. C'est beau une église, c'est fou, c'est un projet incroyable que de construire des bâtiments pendant des siècles. Et je pense que je continuerai à visiter des églises. Par contre, il y a l'Eglise, avec le grand E, l'institution. Le Vatican dans mon cas. Le pape, les archevêques, les évêques, les prêtres… de ceux qui rendent présents le Christ parmi nous. Non, je ne ferai pas la liste de tous les griefs que j’ai contre l'institution, de toutes les affaires concernant la pédophilie (si c'était une autre église, on l'appellerait secte et elle serait désormais interdite), les scandales financiers ou le rôle des femmes (« ton mari dominera sur toi » d'après Dieu…). L'Eglise est machiste, l'Eglise a un rôle historique dans la colonisation, les croisades, et le racisme. Elle a délibérément souhaité l’ignorance. Ca, c'est pour mon point de vue historique.

Et, aujourd'hui, elle parle en mon nom. Aujourd'hui, le pape, qui n'est pas le pire de l’histoire, s'exprime en mon nom. Lorsqu'il conseille aux parents d’un enfant homosexuel d’aller chercher des soins psychiatriques, il le fait aussi en mon nom. Lorsqu'il refuse le préservatif, comme l’Institution, il le fait en mon nom. Lorsqu'il compare l’IVG à du nazisme. Et ça, clairement, ça m'emmerde. Pourquoi me faire débaptiser ? Pour ne plus faire partie de cette Institution. Est-ce que ça signifie que je ne crois pas en Dieu ? Ce n'est même pas le débat.

 

Mais c'est un autre débat. Croire en Dieu. Croire en Jésus-Christ. Croire à la Bible. On ne pourra pas dire que je n'ai pas fait d’efforts : j'ai lu la moitié de l'Ancien Testament, j'ai lu les Evangiles… non, même pas lu, étudié ! Vraiment, j'y ai mis de la concentration, de la réflexion. Et non, je ne crois pas au Livre. Pour moi, la Bible est un texte dangereux. Car pouvant être très facilement instrumentalisé. Car regorgeant de violences, d’appels à la violence, au meurtre de masse. Je passe les passages loufoques (ah la punition des hémorroïdes…) pour me concentrer sur Dieu, expliquant à Moïse que « celui qui sacrifie à d'autres Dieux que l’Eternel seul, sera voué à l'Extermination ». Ou Jésus, déclarant être « venu apporter un feu sur la terre… Pensez-vous que je sois venu apporter la paix sur la terre ? Non, je vous le dis, mais la division ». Dans ces conditions, moi, me considérant comme un homme de paix, je ne peux pas croire aux textes sacrés. Et je ne crois pas non plus aux miracles, ou à la résurrection. Difficile de rester baptisé dans ces conditions supplémentaires.

Pour Dieu ? Hum. Je reste agnostique, je ne dis pas que Dieu, ou une forme supérieure, n’existe pas. Rien ne peut le prouver. A partir de là, tout est possible. Je suis dubitatif. J'attends de voir, sans espoir. Prêt à débattre en tout cas. Sûr qu'il ou elle ne m'en voudra pas.

 

Alors, finalement, pourquoi être baptisé ? En fait, c'est plutôt pour qui. Car cette décision est celle de mes parents. Bon, ils ont aujourd'hui l'habitude de me voir partir sur des chemins que peu empruntent, sûr que cet article ne doit pas les surprendre. Je leur ai déjà évoqué ce thème et, pour eux, le baptême n'était pas une décision religieuse : ils ne sont pas ultra-catholiques et ne vont pas à la messe tous les dimanches. C'était comme ça. Tous les enfants étaient baptisés, alors nous aussi. C'était normal. C'est la tradition.

Je n'aime pas les traditions. Vraiment. Comme je n'aime pas Noël, le principe de dire « bonne année et bonne santé », recevoir des cadeaux à mon anniversaire… des traditions sans le fond. Pas besoin d’attendre Noël pour faire un cadeau qui vient du cœur, pas besoin d'attendre le 1er janvier pour souhaiter une belle journée à quelqu'un, pas besoin de recevoir des cadeaux pour le principe de recevoir des cadeaux. Et pas besoin d'être baptisé pour essayer de faire le bien.

Car je crois en l'humanité. Et j'essaie, pas toujours bien, de l'améliorer. D'avoir un meilleur monde autour de moi. Pas que pour les humains d'ailleurs, c'est ce qu’on peut reprocher à l'humanisme, mais aussi pour les animaux, et la planète que l'on pollue. Je ne mets pas forcément l'humain au centre, comme l'Eglise mettait un (long) temps la Terre au centre du système. J'essaie de réfléchir pour mettre en place du progrès.

 

Ce n'est pas en faisant partie de l’Eglise que je compte y arriver. Elle a beaucoup, beaucoup,  beaucoup de réformes à faire. Cela ne change pas le fait que j'ai été baptisé un jour et que ce moment a eu lieu. Cela ne signifie pas que je ne respecte plus votre choix d'être croyant et baptisé. Je porte toujours des symboles religieux autour du cou pour me rappeler que je dois défendre ce droit de croire et d'exprimer sa religion. Et je suis sûr que je débattrai encore très prochainement de religion (surtout après cet article !) et de croyance. La thématique est passionnante, on causera du sens de la vie, ou de la mort.

 

Reste maintenant l'étape suivante : comment se fait-on débaptiser ? Cela passe par une lettre directement au diocèse (d’Arras pour moi). D'après les infos en ma possession, il faut écrire cette lettre à la main, en expliquant avoir bien conscience de faire acte d'apostasie, en précisant agir « librement, sans contrainte et en connaissance de cause » et en fournissant une photocopie recto-verso de ma carte d’identité. Le tout en demandant une confirmation écrite ou un double de mon acte de baptême modifié.

Bon, ça ''a pas l'air très compliqué. Cela écrit, je n’ai pas de photocopieuse sur moi, du coup ma demande attendra un petit peu. Et, peut-être que si les cornes du diable me poussent cette nuit sur mon front je réfléchirai à nouveau à ma décision. Ou si je reçois un hémorroïde d'or des Philistins... Inch'Allah. 

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29 janvier 2020 3 29 /01 /janvier /2020 13:06

Après être bien remonté dans le passé de la région et des grandes familles de Tilques, me voici arrivé au XXème siècle. Et la région va prendre les deux conflits mondiaux en pleine face... forcément le village se retrouve confronté à la guerre. Même avant la guerre !

 

Car Tilques est une zone de Manoeuvre1, c'est à dire un champ de tir ! Connaissez-vous le tir à canon ?! C'est le surnom d'une petite côte à côté de chez moi, qui fait bien plaisir quand tu la grimpes à vélo ! D'où vient ce surnom... ? Je pense bien que c'est de ces manœuvres ! Car, de manière régulière, le village reçoit des lettres du génie, ainsi le 1er corps d'armée prévient de manœuvres dans le village du 1er au 15 mai 1905, de 11 heures à 2 heures, avec des tirs de carabine modèle 1890 dans un secteur défini, de Moulle à Zudausques, jusqu'à Tatinghem, en « longeant les maisons de Tilques situées au Sud-Ouest de la Route de Calais ». Interdiction d'y séjourner ou de laisser des bestiaux ! Pour le coup la manœuvre est bien expliquée (6 pages envoyées + la carte !), au maire de bien prévenir tout le monde.

En rouge, ça va péter !

En rouge, ça va péter !

Le 25 septembre, le maire reçoit une lettre du chef de bataillon : « j'ai l'honneur de vous prier de me faire savoir si un fusil modèle 1886 portant le numéro 33231 n'aurait pas été laissé dans votre commune au cours des derniers manoeuvres ». Tête en l'air le soldat français !

Des manœuvres ont lieu en 1906, en 1907... c'en est trop pour Victor Lebel qui fait des réclamations en raison de dégâts dans son champ ! Une commission d'évaluation de dégâts se présente alors au village pour examiner les réclamations. Et ça reprend en 1910, 1911, 1912, 1913, 1914... Cette dernière année ce sont 4 cultivateurs de la commune qui font état de dégâts (Abel Viniacourt, Arthur Huyart, Louis Bodart et Auguste Vermersch). Les manœuvres reprendront aussi en 1939 et 1940...

 

1ère guerre mondiale

 

Tilques est un lieu stratégique pour deux raisons :

- le village est à l'arrière du front, à côté de Saint-Omer. Or, cette ville accueille le quartier général britannique de 1914 à 1916.

- le champ de manœuvre, qui va pouvoir être utilisé par les soldats.

L’histoire de mon village : Tilques et la première guerre mondiale

De ce fait Tilques devient un lieu de cantonnement et d'entraînement utilisé par l'armée britannique. La 23ème division d'infanterie passe par Tilques lors de son arrivée en France, c'est dans le village qu'a lieu le rassemblement à la fin du mois d'août 1915. 2 On retrouve une lettre de la British Army Pay Office adressée au maire, lui offrant de payer 391,75 francs au motif du logement. Des soldats écossais sont présents en juillet 1915, avec la présence du quartier général de la quinzième division à Tilques les 13 et 14 juillet 1915, pour deux jours de repos après la traversée de la Manche.  3

En avril 1916 c'est la 34ème division britannique qui installe son quartier général à Tilques.  4

En juillet 1916, la 36ème division d'Ulster (Irlande du Nord) déménage sur le champ de manœuvre, avec son quartier général à Tilques. Au menu : des entraînements !  5

En août 1916, la deuxième division canadienne passe par Tilques pour partir vers la Somme (et selon le lieutenant colonel Arthur Jarvis ne sont pas aussi désireux de profiter de la présence britannique que les Flamands!). 6

En 1917 c'est l'office des plaintes (claims office) qui informe la mairie des terrains pris en location par l'armée dans la commune. 9 terrains sont loués (pas sûr que les propriétaires pouvaient refuser cependant), essentiellement des pâtures. C'est Ovide Dassonneville qui est le plus concerné avec un peu plus de 4 hectares.

Des manœuvres ont aussi lieu avec des soldats néo-zélandais, présents en avril 1917 pour un gros entraînement, avant de partir pour la bataille de Messines (juin 1917, en Flandre occidentale). 7

Ils sont aussitôt remplacés par des soldats écossais (51ème division d'infanterie (Highland)) qui s'entraînent entre le 9 et le 22 juin, dans une zone « parfaite pour le tir à courte et longue distance ».  8

Bref, des Anglais, des Irlandais, des Ecossais, des Canadiens, des Néo-Zélandais... c'est quasiment tout l'empire britannique qui passe par le village !

Là où c'est encore un peu plus fou, c'est l'arrivée de la 27ème division d'infanterie de... New York ! Oui, des Américains débarquent dans le village en juillet 1917 ! Les Etats-Unis sont entrés en guerre quelques mois auparavant et ils font partie des premiers soldats arrivés. Ils sont à Tilques pour s'entraîner (au pistolet et à la grenade, c'est souvent leur première fois avec ce genre d'armes), et croisent sur le lieu des Ecossais. Apparemment le village est bien entretenu : « Tilques proved to be the cleanest town we had seen in France ».  9 

"Ils sont beaux mes choux-fleurs!" Marché de Saint-Omer 1918. Imperial War Museum (c) IWM Q11074

"Ils sont beaux mes choux-fleurs!" Marché de Saint-Omer 1918. Imperial War Museum (c) IWM Q11074

Enfin on m'a parlé des Chinois... Oui, des Chinois, hébergés à Tilques, pendant la première guerre mondiale ! Là, vous vous demandez peut-être « mais que foutez des Chinois en Europe pendant la guerre ? », et c'est une bonne question ! On ne le sait pas toujours, mais le 14 août 1917 la Chine a déclaré la guerre à l'Allemagne ! Et l'armée britannique, toujours dans les bons coups, décide d'aller recruter des travailleurs chinois (95 000) pour aller bosser dans les usines du pays, mais aussi à l'arrière du front (on fait pareil côté français avec 44 000 travailleurs recrutés dans la baie de Canton, alors enclave française). Le Nord et le Pas-de-Calais comptent alors dix-sept camps chinois ! Audruicq, Calais, Ruminghem et donc... Saint-Omer (ils exploitent les forêts, réparent les voitures, font du déchargement etc.). Le boulot a l'air très compliqué, l'adaptation aussi, vu la taille des cimetières... Certains passent alors par Tilques et sont hébergés... j'ai même quelqu'un qui m'a dit que, tu m'aimais encore... euh, non, qui m'a dit qu'un camp de Chinois se trouvait en bas de la rue de la Croix (au niveau de l'impasse T) et ils ne passaient pas inaperçus, au point que leur présence continue d'être narrée aujourd'hui dans le village (alors que personne ne m'a parlé d'Américains ou de Néo-Zélandais... enfin, ça reste des Britishs, difficile peut-être de les différencier à l'époque!) Alors que les Chinois, on les reconnaît ! Ils ne sont pas toujours bien accueillis d'après mes lectures (ils sont généralement interdits de sortie dans les camps...) et en septembre 1919 le préfet du Pas-de-Calais demande que le département soit « délivré » de cette main d'oeuvre qui « terrorise » la population. Oui, on a toujours su accueillir les étrangers en France... même ceux qui sont venus pour aider !

Aucun lien avec le coronavirus n'a pu être établi
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Enfin (et surtout!), la première guerre mondiale emporte les hommes du village sur le front quand les femmes, les enfants et les vieillards attendent à l'arrière leur retour...32 noms sont aujourd'hui présents sur le monument aux morts.

L’histoire de mon village : Tilques et la première guerre mondiale

- Joseph Ducrocq (110e RI) décède le 12 octobre 1914 sur le champ de bataille à Pontavert (Aisne). Il était né le 23 juillet 1890 à Tilques et exerçait la profession d’ouvrier agricole.

- Abel Viniacourt (272e RI) décède le 1er janvier 1915 à l'hôpital militaire de Villeurbanne (Rhône) de dothiénentérie et gelures des deux pieds. Il était né le 11 juin 1885 à Tilques et exerçait la profession de cultivateur.

- Oscar Sailly (adjudant-chef 43e RI) décède le 24 février 1915 à la ferme de Beauséjour (Marne) par suite d'une balle à la tête. Il était né le 20 janvier 1880 à Tilques et exerçait officiellement la profession d’ouvrier agricole. Dans les faits c’est un soldat de métier : il fait son service militaire de 3 ans à partir de 1901 et se réengage pendant dix ans, ce qui explique son rang d’adjudant-chef.

- Désiré Chaput (18e bataillons de chasseurs à pied) décède le 3 mars 1915 à Mesnil-les-Hurlus (Marne) « par suite d'un éclat d'obus à la tête reçu devant l'ennemi ». Il était né le 22 mars 1892 à Serques (ses parents habitent Tilques) et exerçait la profession de manouvrier agricole.

- Arthur Petit (33e RI) décède le 3 mai 1915 à Void (Meuse) par suite de blessures de guerre, dans une ambulance. Il était né le 1er février 1893 à Serques (ses parents habitent Tilques) et exerçait la profession de marinier.

- Ferdinand Denis (51e RI) décède le 25 juin 1915 à l’hôpital Dominique Larrey à Sainte Ménéhould (Marne) des suites de blessures de guerre (apparemment il est blessé et évacué le 18 juin, « plaie pénétrante à la poitrine »). Il avait déjà été blessé en septembre 1914 à Livry (plaie pénétrante au dos par coup de feu). Il était né le 20 novembre 1892 à Moulle (ses parents habitent Tilques) et exerçait la profession de manouvrier. A noter qu’il avait été condamné par la cour d’appel de Paris le 6 octobre 1913 à 6 mois de prison et 5 francs d’amende pour rébellion et ivresse !

- Georges Dalenne (brigadier 59e RA) décède le 2 juillet 1915 tué par des éclats d'obus à la tête et sur tout le corps à la position de tir plateau Boyelles aux Morlettes (Pas-de-Calais). Il est né le 10 mars 1886 à Tatinghem (ses parents habitent Tilques) et exerçait la profession de menuisier.

- Léon Portenard (110e RI) décède le 26 février 1916 au fort de Douaumont (Meuse) des suites de blessures reçues sur le champ de bataille. Il est né le 1er août 1895 à Tilques et exerçait la profession d’ouvrier agricole.

- Pol Becques (116e RA lourde) décède le 8 août 1916 (pas 1915 comme sur le monument) à Verdun au cours d'un bombardement. Il est né le 4 avril 1892 à Tilques et était cultivateur.

- Hector Duvivier (Victor sur l’acte de décès) (8e RI) décède le 12 septembre 1916 au bois d’Anderlu (Somme) sur le champ de bataille : « il nous a été impossible de vérifier le décès ». Il est né le 25 janvier 1892 à Serques (ses parents habitent Tilques) et était ouvrier de filature.

- Jules Carpentier (201e RI) décède le 21 septembre 1916 (pas 1915 comme sur le monument) à l'hospice ou hôpital mixte route de Lisieux à Bernay (Eure) (l'info arrive en 1924...). Il est né le 8 juillet 1894 à Tilques et exerçait la profession d’ouvrier agricole.

- Alfred Merchier (41e RA) décède le 23 septembre 1916 à l’hôpital d’évacuation de Cerisy-Gailly (Somme) des suites de blessures de guerre en service sur le champ de bataille. Il est né à Tilques le 29 octobre 1891 et était ouvrier d’usine.

- Eugène Capelle (1e RI) décède le 28 septembre 1916 près de la ferme Le Priez à Frégicourt (aujourd’hui Combles, Somme) tué d'un éclat d'obus « a été enterré aussitôt sa mort (…) Hardecourt ». Il est né le 5 février 1882 à Tilques et était ouvrier agricole.

- Adrien Delvallée (275e RA) décède le 1er juin 1918 dans l'ambulance 223 dans la forêt de la montagne de Reims suite à des blessures de guerre. Il est né le 4 novembre 1894 à Racquinghem (ses parents habitent Tilques) et exerce la profession d’ouvrier-menuisier. A noter qu’il fait l’objet de deux citations : une à l’ordre du Régiment n°18 du 1er janvier 1918 « Téléphoniste très courageux, a été blessé le 27 décembre 1917 en posant une ligne téléphonique sous un violent bombardement ». Il reçoit la Croix de Guerre. Puis une autre citation à l’ordre du Corps d’Armée n°178 du 16 juin 1918 « Téléphoniste personnifiant le dévouement ayant un mépris profond du danger. Toujours prêt pour les missions périlleuses. Tué mortellement à son poste de combat ».

- Augustin Dubuis (maréchal du logis 451e RA) décède le 23 octobre 1918 à l’hôpital de Villotte devant Louppy (Meuse) des suites de maladie contractée au service commandé (grippe espagnole). Il est né le 2 juin 1885 à Tilques et était cultivateur.

Ainsi, ce sont 15 noms sur 32 dont les actes de décès arrivent... Où sont les autres ? Que sont-ils devenus ?

 

On ne le sait pas toujours mais lorsqu'il n'y avait pas d'acte de décès, il fallait attendre un jugement du tribunal civil... qui prenait du temps pour se réunir (c'est toujours embêtant de déclarer quelqu'un « mort » et de le voir revenir ensuite...).

- Ainsi Emile Planquette (162e RI), né le 18 mai 1894 à Tilques. Ouvrier terrassier, il décède le 20 décembre 1914 à Zillebeke (Belgique). Un jugement du tribunal civil de Saint-Omer du 7 mars 1917 tiendra lieu d'acte de décès (son corps est sans doute disparu). Et ce n'est pas du tout un cas isolé...

- Constant Ducrocq (110e RI) décède le 13 octobre 1914 à Pontavert (Aisne) avec un jugement du 16 octobre 1918. Cas étonnant, il est né à Boulogne-sur-Mer le 7 novembre 1888 et habite Serques (pas de lien avec Tilques à priori). C'est un domestique de ferme et c'était un enfant assisté du Pas-de-Calais, peut-être un lien avec une famille de Tilques à ce moment-là (?).

- Désiré Mièze (18e bataillon de chasseurs à pied) disparu le 4 mai 1917 au bois de Sapigneul (Marne) avec jugement du 20 mai 1920. Il est né le 10 mars 1893 à Tilques et exerce la profession de marinier. Il fait l'objet d'une citation (n°889) : « s'est dépensé sans compter pour assurer le ravitaillement en grenades des équipes de contre-attaque allant partout ramasser des grenades allemandes malgré le feu violent de l'adversaire ».

- Marcel Planquette (162e RI) décède le 10 novembre 1914 à Bixchoote (Belgique) avec jugement 21 septembre 1920. Il était né le 15 février 1894 à Tilques et exerçait la profession de cultivateur.

- Louis Foque (4e RI) décède le 21 septembre 1914 à Ciergès (Meuse) avec jugement du 10 novembre 1920. Il est né le 12 février 1891 à Tilques et était ouvrier agricole.

- Fernand Haudrechy (110e RI) décède le 28 février 1916 à Douaumont (Meuse) avec jugement du 31 mai 1921. Il est né 3 mars 1895 à Tilques et exerce la fonction de cultivateur.

- Joseph Planquette (108e RI) est né le 24 mars 1894 à Tilques et exerce le fonction cultivateur. Il décède le 30 octobre 1915 (pas 1916 comme sur le monument) à Neuville-Saint-Vaast (Pas-de-Calais) avec jugement du 10 juin 1921. Il a été blessé le 12 juillet 1915 à la main gauche (1ère phalange et médius) par éclat de bombe près de Craonne (Aisne). Il a une citation : « a fait preuve d'une grande endurance et de beaucoup d'énergie dans un combat à coup de grenades contre les Allemands d'un poste en continuant quoique blessé à la main gauche à lancer des projectiles ». Il a une croix de guerre étoile de bronze et est inscrit au tableau spécial de la médaille militaire à titre posthume.

- Clovis Stopin (110e RI) décède le 12 septembre 1916 à Combles (Somme) avec jugement du 10 juillet 1921 (il était présumé prisonnier). Il est blessé le 16 juin 1915, « mention, lettre de félicitations, récompenses diverses ». Il est né le 6 février 1891 à Tilques et est cultivateur.

A noter que les trois Planquette ne sont pas frères (sinon on aurait pu faire une histoire en mode Il faut sauver le soldat Planquette). Vous remarquez aussi que 5 poilus tilquois décédés faisaient partis du 110e RI.

Ainsi ce sont 8 noms que je retrouve. Ca fait 23 noms sur 32...

 

Pour Auguste Cuvillier (54e RI), né le 29 avril 1895 à Ambleteuse, pupille de l'assistance publique, ouvrier agricole, décédé le 26 avril 1915, il n'y a pas l'acte de décès envoyé à la mairie mais une immense affiche signée par Raymond Poincaré le président de la République. L'affiche est un legs de sa famille apparemment. Il est disparu le 26 avril 1915 à la tranchée de Calonne (Meuse).

L’histoire de mon village : Tilques et la première guerre mondiale

Cas encore différent pour Ernest Mahieu (7e RI), né le 18 juin 1876 à Tilques (jardinnier), qui est fait prisonnier lors d'une bataille le 27 septembre 1914. Il est envoyé à Meersburg (Bade-Wurtemberg). Son certificat de décès est fait en langue allemande, il est déposé aux archives de la guerre avant d'être traduit. Il est décédé à Petsau en Cantiène/Petzan (Saxe, bon aucun des deux lieux n'existent aujourd'hui, peut-être un problème de lecture) le 2 mai 1916. L'info arrive à Paris le 17 décembre 1920 et à Saint-Omer le 13 octobre 19211.

Imaginez un instant la vie pleine d'attente de Constance Lemaire, sa femme...

 

Pour les décédés de 1919, nous avons Jules Bée, né le 12 juillet 1891 à Mentque-Norbécourt, ouvrier agricole. Blessé le 27 septembre 1916 à Combles par éclats de grenade, il subit une amputation cuisse droite 1/3 moyen. Médaille militaire, croix de guerre avec palme... on lui propose une pension de retraite. Et... il est tué accidentellement par une automobile militaire anglaise le 28 mars 1919 à Tilques.

 

Finalement, il me manque 6 noms du monument aux morts : De Beauregard Henri, Gabrielle Vasseur, Arthur Dufour (1915), Henri Dewaghe, Paul Dercy (1918), Arcade Duval (1919), introuvables sur les actes de décès de Tilques.

Peut-être des enfants du village qui avaient déménagé ailleurs… bingo !

Arthur Dufour, enrôlé à Abbeville ! Il est né le 26 février 1894 dans le village, il est chaudronnier, et ce sont ses parents qui ont déménagé dans la Somme. Il fait parti du 2ème RIC (régiment d’infanterie coloniale), et décède le 26 septembre 1915 à l’hôtel Dieu de Châlons sur Marne des suites de blessures de guerre. Il fait l'objet d'une citation le 12 septembre 1915 : « Très bon soldat courageux, dévoué, a été grièvement blessé au cours des travaux de terrassement exécutés en avant de notre première ligne sous le feu de l'artillerie et des mitrailleuses ennemies. Sa présente nomination comporte l'attribution de la croix de guerre avec Palme » (médaille militaire et croix de guerre).

Quant à Paul Dercy, ouvrier agricole né le 2 novembre 1887, son acte de décès a été transcrit à Isbergues (il avait déménagé là-bas), 27ème RA puis 1er régiment de Zouaves, décédé le 20 novembre 1918 à Guise (Aisne) dans l’ambulance 10/04 des suites d’une maladie contractée en service.

Pour celui d’Arcade Duval c’est à Béthune le 21 avril 1920 qu’un jugement a été rendu affirmant la mort du 5ème RI sur le champ de bataille de Gamène à Machelen (Belgique) le 20 octobre 1918. Ce n’est pas un enfant du village (il est né à Moulle le 6 juillet 1890) mais il s’est marié à Tilques, d’où sa présence sur le monument (menuisier, il aurait déménagé à Vermelles).

 

Pour Henri De Beauregard je l’ai manqué car ce n’est pas son nom complet… Henri Sourdeau de Beauregard ! (ah la vieille noblesse !). Il est maréchal des logis au 8ème RA, décède de blessures de guerre le 8 décembre 1915 à bord du navire hôpital Dugay Trouin… dans les Dardanelles ! (merci Churchill pour l’idée de génie !)

Quant à Henri Dewaghe… il ne s’appelait pas Henri ! C’était son surnom ! Officiellement c’était Ambroise Dewaghe (86ème RI), né à Tilques le 3 février 1891, chauffeur d'usine, et décédé le 20 juillet 1918 au combat à Pourcy (Marne) selon l’acte transcrit à Isbergues.

Reste Gabrielle Vasseur (1915) (une femme ?, une civile ? autre ?)... mystère !

 

Ainsi, lorsque l'on fait une carte des lieux de décès des soldats tilquois, on peut reconstituer la ligne de front, avec certaines des batailles les plus connues (en marron les décès sur le front, en orange dans les ambulances, en rouge dans les hôpitaux, vous pouvez vous balader sur cette carte).

 

En 1923, un centre d'éducation physique et ...de préparation militaire en mis en place à Serques pour les enfants de 16 ans. C'est un groupement entre plusieurs communes, une « amicale des campagnes », les adolescents de Tilques étant invités comme ceux de Serques et des villages environnants tous les dimanches, de 9h à 10h30. L'objectif est de développer le goût et la pratique des exercices physiques, des sports en général, ainsi que la préparation militaire. On prépare déjà la re-revanche ?

L’histoire de mon village : Tilques et la première guerre mondiale

Prochain article : Tilques et la seconde guerre mondiale !

 

 

1 - Mairie de Tilques, Archives, H16 Champ de tir de circonstance – Manoeuvres.

2 - ACERBI E, Saturday Night Soldiers, 2019.

3 - STEWART J., BUCHAN J., The fifteenth (Scottish) Division : 1914-1919, 2012, p. 17.

4 - SHAKESPEAR L. C. J., The Thirty-Fourth Division : 1915-1919, 2012, p. 21.

5 - FALLS C., The History of the 36th (Ulster) Division, 2019, p. 64.

6 - GIBSON, C., « `My Chief Source of Worry’: An Assistant Provost Marshal’s View of Relations between 2nd Canadian Division and Local Inhabitants on the Western Front, 1915-1917 », War in History7(4), 2000, 413–441. p. 430.

7 - AUSTIN W. S., The official History of the New Zealand Rifle Brigade, 1924, p. 162.

8 - FRENCH C., The 51st (Highland) Division During the Forst World War, thèse, University of Glasgow, 2006, p. 46.

9 - SUTLIFFE R.S., Seventy-First New York in the World War, 1922, p. 69.

10 - Mairie de Tilques, Archives, série H12, Décès des militaires pendant la Première Guerre Mondiale.

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21 janvier 2020 2 21 /01 /janvier /2020 14:40

Honnêtement, j'en sais trop rien. Je crois que je suis revenu, mentalement, il y a quelques semaines. Et j'ai du mal à enchaîner. Je suis revenu car je n'avais plus l'envie. L'envie de voyager, l'envie de découvrir... c'était peut-être l'overdose. Ca reviendra un jour, j'en reste persuadé.

Que faire sans ça ? Que faire sans ce qui m'a défini pendant ces nombreuses années ? Car, dans votre bouche, je n'étais pas le mec né à Tilques, ou le type qui est prof et qui a un doctorat d'histoire. Non, j'étais « le mec qui voyage tout le temps ». Alors s'arrêter, c'est perdre cette image. Oui, le regard des autres est important, pour chacun de nous, qu'on l'admette ou non. Et comme c'est aussi l'image que je me faisais de moi ces dernières années... en fait, je vivais pour le prochain voyage. Je souriais, comme je viens de le faire à l'instant, en regardant la carte du monde. Finir mon doctorat c'était retrouver la liberté pour aller voyager. Partir en Guyane c'était partir à l'assaut d'un nouveau continent. Arrêter d'enseigner c'était reprendre à nouveau cette liberté pour partir. Aujourd'hui, qu'est-ce qui me motive autant que ça ?

 

Rien. Voilà, c'est écrit. Je cherche désespéramment la motivation. Qu'on me donne l'envie. L'envie d'avoir envie (oui, on peut citer Johnny aujourd'hui sans paraître beauf, car depuis qu'il est mort c'est devenu une légende – c'était pareil pour Michael Jackson : décédé, tout le monde a oublié qu'il était un peu pédophile). Alors j'ai bien eu quelques étincelles de motivation, lorsqu'on a discuté politique et municipales 2020, ou quand je pense parfois à écrire un livre. Mais ces étincelles ont bien du mal à prendre au jour le jour. Il me manque l'essence.

 

Suis-je déprimé ? Je viens de regarder un documentaire où on explique que l'absence d'envie est la première phase d'une dépression. Ça m'a fait cogiter. Je n'ai pas l'impression d'être déprimé tous les jours. Là, c'est vrai qu'en ouvrant l'ordinateur et commençant ces quelques lignes je n'étais pas au sommet de ma forme. Et puis, les mots pour les maux, je retrouve un petit sourire. La barre de chocolat noir Côte d'Or doit aussi faire de l'effet.

 

Ensuite ? Hum, je ne sais pas. Je vais finir ces quelques lignes sans grand intérêt (si ce n'est d'établir une situation). Il y a des moments sympas qui s'annoncent ces prochaines semaines, ces prochains mois, entre le carnaval et la Réunion, l'Alpe d'Huez à vélo et du foot à gogo. Reste à trouver un nouveau sens à ma vie. Beau challenge. Je ne sais juste pas par où commencer.

« mais, tu fais quoi en ce moment ? »
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4 décembre 2019 3 04 /12 /décembre /2019 11:47

Après l’histoire de ma famille (arbre généalogique, zoom sur la guerre 14-18, service militaire de mon grand-père), je continue avec mes racines… direction mon village ! (comment ça je n’habite plus là-bas ?!) Tilques, 1107 habitants selon le recensement de 2016. D’ailleurs d’où vient ce nom ?! Il viendrait de Tilius, nom d'homme[1]. La toponomie a beaucoup bougé au cours des siècles :

-1139 : TILLIA (cartulaire du chapitre de Saint-Omer)

-1144 : TILLEKE (cartulaire de Sithiense)

-1175 : TILLAKA (cartulaire de Saint-Omer)

-1190 : TILLECHA (charte de Licques)

-1245 : TILLECA (cartulaire de Watten)

-1294 : TILERE (charte d'Artois)

-1337 : TILKES (charte de Saint-Bertin)

-1370 : TILQUE (Courtois, dictionnaire)

- vers 1512 : TILKE (Tassart, pouillé)

-1533 : TILCQUE (épigraphie ancienne, Saint-Omer)

Aujourd’hui le village est connu pour son marais (magnifique !) et ses châteaux ! Deux châteaux dans un village de 1100 habitants, c’est pas commun ! Et ça aurait pu être plus encore !

Un ancien château s’appelait l’Ostrove, château dit aussi du Bourguet (comme sur la carte de Cassini ci-dessous) Il semble encore exister en 1790, et est détruit ensuite[2]. Quand exactement ? Au début du XIXème siècle à priori. Il se trouverait dans le virage de la rue de la Croix, dans la propriété de Jacques Dercy ou celle de Stéphane Huyart.

L’histoire de mon village, Tilques : des origines au XIXème siècle

Un autre est le château de la Jumelle, établi dans une zone marécageuse qui en a gardé le nom. Je vois un lien entre ce château et le fief Le Nieppe, à Tilques. La Jumelle serait une seigneurie, « laquelle s'étend dans plusieurs paroisses de ce bailliage ». Jacques Hovelt est ainsi bailly de Tilques pour la seigneurie de Jumelle. Je vois aussi quelques personnes qui portent ce nom à Tilques (notamment un Louis Defrance de la Jumelle, né en 1831, chevalier de la légion d’honneur). Le château d’Ecou relève à une époque de cette seigneurie. Sur la cadastre napoléonien de 1810, on observe une rivière la Jumelle, et je vois une grande demeure. Est-ce le château ? Nous sommes aujourd’hui de l’autre côté de la rue de la Croix. Je vois aussi un autre espace assez étrange pour cette époque, pas très loin de la ruelle du Coutre, avec une forme de l’eau qui ressemble à des douves.

L’histoire de mon village, Tilques : des origines au XIXème siècle
L’histoire de mon village, Tilques : des origines au XIXème siècle

Un autre château est celui de Mademoiselle Rose détruit en 1918 (Rose Lesergeant est la dernière résidente). Il apparaît dès le XVIIème siècle sous le nom de « manoir de Creseque (ou Crécèque)». A deux pas de la place, au croisement rue de la croix et rue de l’église, il y a encore une barrière au niveau de chez Larivière.

 

On évoque aussi parfois le château Legrand, présent dès le XVIIIème siècle, au niveau de l’ancienne distillerie, à côté du château d’Ecou. On l’a détruit en raison d’un champignon (Daniel Bouton).

Reste donc le château d’Ecou, autrefois Ecout, provenant d’une ancienne seigneurerie, Equout (1256, 1264)[3], avec un seigneur s’appelant Willelmus d’Ekout.

L’histoire de mon village, Tilques : des origines au XIXème siècle

Le second château est appelé aujourd’hui château de Tilques ou Vert Mesnil, connu notamment pour ses mariages ! L’actuel est en fait une reconstruction sur des ruines, celle du château du Hocquet, qui semble être un fief à la fin de l’époque moderne (j’y reviens plus bas).

L’histoire de mon village, Tilques : des origines au XIXème siècle

Qui habitait Tilques à l’époque romaine et même avant ? Est-ce que le village existait ? Peut-être, peut-être pas, nous n’avons pas la réponse aujourd’hui, faudrait faire des fouilles ! Plusieurs objets ont été retrouvés dans le village : deux vases gallo-romains dans une tourbière du marais en 1839, une figurine gallo-romaine en bronze représentant le Dieu Mars, trouvée en 1840 dans le marais, et une céramique gallo-romaine trouvée il y a plusieurs décennies, ce qui prouve qu'il y a eu, au moins, du passage à cette période. 

Mars, Auteur anonyme, IIème siècle, Bronze, 15,3 x 7,7 cm, Musée de l’Hôtel Sandelin, Saint-Omer

Mars, Auteur anonyme, IIème siècle, Bronze, 15,3 x 7,7 cm, Musée de l’Hôtel Sandelin, Saint-Omer

Tilques semble justement être un nom d'origine gallo-romaine, mais sans être certain. Les seules infos en ma possession concernent la région, avec les Morins : c’était un peuple gaulois qui vivait de Boulogne à Thérouanne (la plus grande ville à l’époque). Leur langue semble être celtique[4].

Provinces romaines et les peuples proto-basques, celtes et germaniques, Ier s. av. J-C, Wikipedia, Feitscherg / CC BY-SA

Provinces romaines et les peuples proto-basques, celtes et germaniques, Ier s. av. J-C, Wikipedia, Feitscherg / CC BY-SA

Leur territoire, la Morinie, est convoité par Jules César (il souhaite envahir la Grande-Bretagne !). Auguste finit l’annexion de la zone et voici ma région devenue la province de Gaule Belgica ! Les Francs (en provenance de l’actuelle Allemagne) ravagent la zone dès le IIIème siècle (notamment Thérouanne) puis les Francs Saliens s’y installent au moment des grandes invasions (c’est de leur royaume qu’héritera Clovis).

 

Tilques fait partie du comté de Flandres à partir de 932 et ce pendant une grande partie du Moyen-Age. Il faut comprendre comté comme un petit Etat indépendant. La zone est plutôt riche pour l’époque, en témoigne le commerce ou les activités de tissage de Saint-Omer. Bon, au-delà du politique il y a aussi le pouvoir religieux, très important à cette époque. Ainsi, l'évêque de Thérouanne semble bénéficier de droits ou de biens à Tilques au XIème siècle.

Maison de l'archéologie de Thérouanne

Maison de l'archéologie de Thérouanne

Mais ce qui me semble encore plus intéressant à souligner, c'est le fait que Tilques a les pieds dans l'eau... et je ne parle pas seulement du marais !

Maison de l'archéologie de Thérouanne

Maison de l'archéologie de Thérouanne

Oui, une grande partie du Dunkerquois et du Calaisis semble être sous l'eau à cette période. Difficile à imaginer ! (l'avantage du réchauffement climatique c'est qu'on va bientôt pouvoir le voir...)
 

La France s’intéresse à la région sous Philippe-Auguste. La bataille de Bouvines lui permet de confirmer la prise de Saint-Omer et ses environs (1214). Il n’empêche que la population continue de parler flamand, et ce au moins jusqu'au XVIème siècle ! Ainsi, pendant la guerre de 100 ans, le comté de Flandres se révolte à de nombreuses reprises, et en 1384 Saint-Omer devient bourguignonne ! Les Etats bourguignons intègrent la Flandre en 1369, date du mariage entre Marguerite III de Flandres et Philippe le Hardi, duc de Bourgogne. La Bourgogne est une grande puissance jusqu'à sa totale disparition en 1482 (traité d’Arras). Tilques et l’ensemble de la région deviennent alors des territoires des Pays-Bas… espagnols.

La région en 1493 (en bleu les territoires français, en jaune du Saint-Empire (bientôt espagnol) et en rose anglais

La région en 1493 (en bleu les territoires français, en jaune du Saint-Empire (bientôt espagnol) et en rose anglais

Il faut attendre les guerres franco-espagnoles du XVIIème siècle pour voir l’Artois tomber dans les mains françaises. Ainsi, pendant le siège de 1638, Tilques fut détruit par… les Français[5]. Saint-Omer et ses environs deviennent français en 1678 par le traité de Nimègue. Louis XIV est alors au sommet de sa puissance et il a réussi à gagner en 20 ans une bonne partie du Nord-Pas de Calais actuel !

L’histoire de mon village, Tilques : des origines au XIXème siècle

Ainsi, au cours d’une histoire forcément mouvementée, Tilques fut tour à tour celte/gaulois, romain, franc, flamand, français, bourguignon, espagnol pour finir français ! (et c’est donc le cas de toute la région !).

 

Le village compte 230 habitants en 1698[6]. Un siècle plus tard on passe à 612. Il faut attendre 1861 pour atteindre les 1 000 habitants, le sommet étant 1 226 habitants en 1896 ! Puis c’est un véritable exode rural (comme partout en France !), avec seulement 696 habitants en 1975. Ça monte depuis !

Où les Tilquois habitent-ils ? Tilques, oui, je sais, merci ! Mais où habitent-ils dans le village ? Avec le plan de 1810 conservé aux archives départementales on peut le voir ![7]

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Ce que je trouve notamment très intéressant, en plus de voir l’absence de ma maison et la présence de celle de Romain, ce sont les noms des rues : rue de Lepinette, du Henneboque, du château, de la Bergerie, de la Chapelle, de la Croix, du Tilleul… ça n’a pas beaucoup bougé de ce côté-là ! La rue du Coutre a l’air beaucoup plus importante que l’actuelle ruelle. Par contre, le chemin Taffin n’existe plus… c’est pourtant la famille la plus importante de l’histoire de Tilques !

 

Les personnages importants reliés à Tilques

 

Mon premier est Fidèle, Henry, François, Marie le Sergent de Baïenghem[8], député de 1827 à 1834, il siège dans le groupe centre-gauche au départ, puis il passe conservateur (IVè législature de la seconde restauration, Ière et IInde législature de la Monarchie de Juillet), il vient d’être élu Pair de France (en gros sénateur) lorsqu'il meurt en 1842. Il est né et mort à Saint-Omer et c’est aussi le maire de Saint-Omer de 1817 à 1830 ! Il est fait chevalier de la légion d’honneur (son père était lieutenant des maréchaux de France). Quel lien avec Tilques me direz-vous ?! Tout simplement parce qu’il possède une maison dans la commune !

Surtout il se marie le 26 janvier 1809 avec Marie Josèphe Charlotte de la Moussaye à Tilques. Celle-ci, Tilquoise de naissance, est la fille de Joseph Gilles François de la Moussaye, un capitaine au régiment de Provence infanterie et… premier maire de Tilques ! A la base c’est un Breton (il est né à Hénanbihen, Côtes d’Armor), il finira sa vie à Tilques (il y meurt le 12 septembre 1794). C’est une vieille famille noble (le genre de famille qui a une grande page sur Wikipédia !), avec notamment un ancêtre qui était le colonel-commandant à Saint-Domingue (la colonie la plus importante pour la France à cette époque)

 

Mais s’il y a bien une grande famille à Tilques, ce sont les Taffin. Taffin de Tilques d’ailleurs, puisque c’est leur nom complet ! C’est à eux que l’on doit le blason actuel de la commune (je ne suis pas forcément fan, ça aurait mérité débat !)

Quand tu crois que tu es en Corse... et en fait non !

Quand tu crois que tu es en Corse... et en fait non !

Leur histoire se rattache aux deux châteaux de Tilques, celui du Hocquet et celui d’Ecou, dont ils étaient propriétaires. Pour le premier, aujourd'hui plus connu sous le nom de château de Tilques, il semble que l’achat date du XVIème siècle (j’ai un plan du château en 1662, intitulé « mesurage d’un manoir amazé nommé vulgairement « Le Hocquis », appartenant au sieur Taffin, conseilleur au conseil d’Artois »).

 

C’est Ghislain Taffin qui, par son mariage avec Marie Françoise Louise d’Herbais d’Ysel de Villecasseau, dame de Tilques (rien que ça !) met la main sur le château d’Ecou, propriété de la Dame ! (ils étaient aussi petits-cousins, mais ça ne dérange personne à l’époque !).  Ce brave Ghislain Taffin devient plus tard Ghislain Taffin de Tilques, en plus de seigneur du Hocquet, après une carrière de Capitaine dans le régiment Royal Navarre (il est ainsi chevalier de l’ordre royal et militaire de Saint-Louis, c’est quand on a fait 10 ans dans l’armée en gros).

Leur fils, Simon Taffin de Tilques, né dans le village le 5 mai 1770, également militaire (chef de bataillon), est aussi chevalier de l’ordre royal et militaire de Saint-Louis. Mais là où il m’intéresse encore plus, c’est qu’il devient maire de Tilques le 1er janvier 1808 ! Et il le restera 22 ans !

Le frère de Simon, René Taffin de Tilques, est également militaire (lieutenant-colonel de cavalerie).

 

Bon, la période pour cette famille Taffin n’a pas toujours été facile. Ainsi, pendant la période révolutionnaire, Simon et René font partie des émigrés ! C’est une partie de la noblesse qui décide de fuir la révolution (par peur ou pour la combattre). Ils émigrent à Hambourg ! Vu leur métier ils doivent combattre la France révolutionnaire. Une partie de leurs biens semble avoir été saisie, car je vois que les deux frères sont indemnisés en 1826 ! (par la célèbre loi dite « du milliard aux émigrés » ! en gros on voulait rembourser ceux qui avaient fui et perdu des biens…)

 

Le fils de Simon, Victor Taffin de Tilques fait Saint-Cyr, passe chef d’escadron au 8ème régiment de Hussards, puis colonel de cavalerie, est officier de la légion d’Honneur (15 mai 1850) et meurt à Nancy en 1859. Le château d’Ecou lui appartient.

Le deuxième fils de Simon, Alfred Taffin de Tilques choisit une autre voie : il est avocat ! Et il devient maire de Tilques en 1860 ! Il le restera jusque 1870 et la mise en place de la IIIème République. J’ai retrouvé son faire-part de décès, où il est annoncé que « des pains seront distribués aux pauvres » ! Il est le propriétaire du château du Hocquet en 1876.

Ainsi les Taffin de Tilques, sorte de petite noblesse d’épée, jouent un rôle essentiel dans le village au XIXème siècle. Ce ne sera pas le cas au XXème siècle… (à suivre !)

 


[1] Extrait du Dictionnaire topographique du département du Pas-de-Calais, par le comte de Loisne, 1907.

[2]    Mémoires de la Société des antiquaires de la Morinie, Volume 13, 1869, p. 175.

[3]    Mémoires de la Société des antiquaires de la Morinie, Volume 13, 1869, p. 76.

[4] JANSSENS Ugo, Ces Belges, « les Plus Braves », Histoire de la Belgique gauloise, 2007, Racine, p. 42.

[5] PIERS Hecotr Beaurepaire, Petites histoires des communes de l’arrondissement de Saint-Omer, cantons nord et sud, p. 28

[6]   Mémoires de la Société des antiquaires de la Morinie, Volume 13, 1869, p. 265-6.

[7] Archives Départementales du Pas-de-Calais, Dainville, 3P819/11.

[8] PIERS Hecotr Beaurepaire, Petites histoires des communes de l’arrondissement de Saint-Omer, cantons nord et sud, p. 30.

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26 novembre 2019 2 26 /11 /novembre /2019 13:45

« Oh non, pas ça, pas aujourd’hui, pas maintenant, pas après tout ce que tu as fait ».

Il m’a fallu du temps pour m’inscrire. Limite ça me dégoûtait. Quoi que, il y avait aussi une certaine curiosité, à l’époque où j’étais en couple… Je regardais certains de mes ami-e-s y trouver l’amour, ou parfois juste la personne d’un soir ou d’une semaine. Quand on est en couple, on a parfois tendance à idéaliser la vie des célibataires (ah les salauds ils peuvent sortir jusqu’au bout de la nuit, ah les salauds ils ont l’air de s’amuser, ah les salauds, ils font vraiment les salauds !). Et puis, une fois célibataire, après quelques mois, tu idéalises à nouveau le couple (ah les salauds ils ont l’air bien ensemble, ah les salauds ils ne connaissent pas la solitude, ah les salauds, ils s’aiment). Et nous sommes bien d’accords, nous nous trompons dans les deux cas : la vie de célibataire ou de couple n’est jamais parfaite !

Toujours est-il que des amies (essentiellement des filles) étaient inscrites sur ce site de rencontre. Si elles y sont, c’est que d’autres gens bien y sont aussi. Mais… merde quand même ! Moi je voulais raconter à mes enfants (oui je parle beaucoup d’enfants en ce moment, c’est pas ma faute, j’en croise toujours chez les autres !) une belle histoire, quelque chose de romantique… J’ai déjà rencontré une copine dans un train, une autre dans un aéroport, j’imaginais bien la suivante dans une fusée, minimum ! (« et elle te montrerait sa lune ! ah ah » NON MAIS OH ! TOI, tu sors !)

J’ai quitté la Guyane et Kourou depuis quelques mois, et force est de constater que je ne suis pas revenu en couple. Alors je me suis réinscrit il y a quelques jours sur un site de rencontre. L’occasion de voir de nouvelles têtes féminines quand mon réseau semble bloqué (c’est loin la fac, où tu rencontres des nouvelles personnes chaque jour !). Je suis dubitatif sur le fonctionnement, clairement. Pour ceux qui ne connaissent pas, je vous explique : ce site fait passer les hommes pour des produits, et les femmes pour des consommatrices. Elles ont le pouvoir de nous mettre dans leur « panier », ce qui permet ensuite aux hommes de pouvoir discuter avec elles. Si elles refusent les charmes que nous envoyons, c’est impossible pour un garçon de leur parler. En soi, je comprends la logique d’éviter le harcèlement des filles (qui semblent commun sur les sites). J’avoue que le côté marchant m’embête beaucoup plus… je ne suis pas un produit à consommer bon sang ! Alors payer 30 euros pour un mois, juste pour pouvoir envoyer des charmes… très peu pour moi !  J’ai donc fait mon radin (étonnant, je sais) : j’ai fait un profil, j’ai mis une adresse mail, et j’ai dit aux filles « contactez moi par mail, car refusant de payer pour discuter je ne peux pas lire vos messages sur le site ». Je ne sais pas trop si ça allait fonctionner… et surprise, ça marche ! J’ai eu 4 rendez-vous il y a 3 ans de cela, lors de ma première inscription, et un cette semaine. Allez, je vous les raconte, car c’est parfois très marrant !

 

La première, c’était à Saint-Omer. Cette fille, que l’on appellera Micheline, est très sympa. On boit un verre, on parle de voyage, de rap, de cinéma. Mais Micheline ne me plaît pas vraiment physiquement. C’est dur, mais c’est ainsi… je ne donne pas suite.

La seconde est une calaisienne. Plutôt jolie, mais moins sympa ! Pas très souriante, j’ai l’impression que je ne lui plais pas. Soit, ça arrive dans les deux sens ! Elle m’explique qu’elle vit encore avec son ex-copain. Euh, bon, ça ne va donc pas fonctionner !

Ces deux rendez-vous à Saint-Omer m’ennuient un peu par leur format. Boire un verre avec une fille, dans une ville où tu croises à chaque fois quelqu’un que tu connais, c’est un peu bizarre (et ça risque vite de me faire une réputation « mais si, tu sais, le mec qui vient ici avec une meuf différente à chaque fois » !). Je décide de fuir pour les deux suivants !

Direction Tournai pour Noémie. C’est une lilloise. Petit hic, elle a 20 ans. Oui, une dizaine de moins que moi… et elle a un petit lapin qu’elle « considère comme [s]on fils ». Lol. L’après-midi est charmant, mais la différence d’âge est cruelle, impossible dans ces conditions d’imaginer quoi que ce soit.

Bien sûr, je vous ai gardé la meilleure histoire pour la fin : on l’appellera Rosetta. Après quelques mails nous convenons d’un rendez-vous pour les journées du Patrimoine à Douai, au musée archéologique. C’est pas forcément pratique pour discuter, mais ça donne un sujet de conversation au cas où ! (rien de pire que de ne rien avoir à se dire !). Nous nous posons à l’extérieur. Je suis un peu embêté par ses genoux, qui sont originaux (oui, je suis bizarre !). Mais, après quelques minutes de conversation, j’ai surtout un énorme problème de conscience. Voyez-vous, elle me parle, en me regardant dans les yeux. Logique. Je l’écoute, en faisant plutôt de même. Mais c’est son problème de débardeur qui me gêne : la bretelle s’affaisse. A plusieurs reprises. Et, à chaque fois, je vois un sein…

J’hésite. Sois je lui dis « Couvrez ce sein que je ne saurais voir », en mode tartufferie. Sois je ne dis rien, pour éviter de la mettre mal à l’aise. Problème : là, c’est moi qui suis mal à l’aise. Car, bien élevé que je suis, j’évite de bloquer sur son sein. Mais celui-ci me dit « coucou toi ! » toutes les cinq minutes. Je la regarde avec force dans les yeux, ayant des difficultés à suivre la conversation (car mon cerveau me répète « regarde ! » « non ne regarde pas ! » « regarde ça ne fait pas de mal » « tais-toi petit diable, écoute moi le petit ange ! »). Et, à la fin du rendez-vous, je prends la décision de ne pas la revoir. C’est que je me voyais mal raconter à mes futurs enfants : « oh, votre mère, je l’ai rencontré dans un musée, où elle m’a directement montré son nichon gauche ! ». Je voulais une histoire romantique j’ai dit !

 

Bon, cette histoire a bien fait rire mes ami-e-s, mais le bilan est terne : quatre rendez-vous, zéro coup de cœur. Combien en faudra-t-il ? Je décide peu après de partir en Guyane, etc. etc. (je ne vous raconte pas ma vie [sic !]) et me voici de retour à Lille. A peine rentré que dans le train je reçois un sms d’une fille qui m’avait écrit il y a deux ans, grâce à Adopte. Fou. Je me dis alors « allez, on persévère ! ». Et me voici réinscrit, avec un rendez-vous ce week-end. Pour une fois, je trouve la fille à la fois jolie et intéressante ! J’irai pas jusqu’au coup de cœur mais je la relance pour un second rendez-vous ! Victoire ! …. Euh, non en fait, car cette fois c’est elle qui n’a pas eu de coup de cœur ! Décidément, la vie est mal faite !

 

Je me dis souvent « ah quoi bon ? » (faut que j’arrête !). Alors à quoi bon rester sur ce site ? Les rencontres ne sont pas très naturelles, et c’est très loin de mon idéal… oui, mais les chiffres sont là : je suis allé à deux mariage cet été, et les deux ont été rendus possibles par Internet. C’est ainsi, nous sommes au XXIème siècle, et ça devient un moyen de plus en plus courant.

Néanmoins je préférerai raconter quelque chose de différent. Et c’est là où mon idée germe depuis quelques mois : et si c’était vous qui me présentiez ma future copine ? Oui, toi, qui me lis en ce moment ! Tu connais une fille célibataire très sympa. Elle a plus de 18 ans et moins de 65 ? (bon, dans l’idéal vaut mieux entre 25 et 35 hein !) Ce n’est pas ton amie chelou ? (on a tous un-e ami-e chelou, hein Pierre !) Et tu penses qu’on pourrait bien s’entendre. Super ! Car tu me connais ! Oui, tu me connais, même si on ne s’est pas vu depuis 10 ans ! Si tu lis mon blog une fois de temps en temps tu connais mon style de vie. Si tu me présentes ta copine qui n’aime pas sortir de chez elle et qui vote FN à chaque élection, tu conviendras que ça risque d’être difficile ! Mais si tu penses à quelqu’un, ta sœur, ta cousine (non, ne le prends pas personnellement Romain !), ta bonne copine, ta voisine, ta mère (t’es sûre ?!), et bien n’hésite pas à m’écrire. Car, dans dix ans, je pourrais porter un toast le jour de mon mariage (qui n’aura sans doute pas lieu, mais c’est pour l’histoire !), et je me tournerai vers toi en disant « merci, grâce à toi ma vie rayonne, tu m’as permis de connaître mon plus bel amour, celui qui a porté et élève avec moi les enfants, et qui rend chaque jour de mon existence merveilleux. C'est quand même fou que ce soit ta mère ! ».

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25 novembre 2019 1 25 /11 /novembre /2019 09:28

Concernant les séries, je suis une girouette : je suis le sens du vent ! Alors on m’a parlé de Peaky Blinders et j’ai entendu encore plus d'éloges à propos de la Casa de Papel. Allez, petit bilan !

Série 2019 : Peaky Blinders vs. La Casa de Papel

La très british Peaky Blinders, de BBC2, évoque les aventures de la famille Shelby, Thomas étant le personnage principal. La première saison suit son retour de la première guerre mondiale et la montée progressive du gang dans le milieu des paris hippiques du côté de Birmingham (les Peaky Blinders ont vraiment existé à Birmingham !).

Sacrée saison ! La série m’a très rapidement plu, notamment grâce à une musique incroyable. Le traumatisme post-guerre des personnages est très bien interprété, l’inspecteur Campbell est l’anti-flic parfait, le rôle des femmes qui s’amplifie… bref, que du bonheur ! 6 épisodes simplement, assez pour entendre parler de l’IRA, de Churchill et des grèves communistes. Le scénario est très travaillé, on sent que ça a beaucoup bossé côté historique.

La seconde raison permet de retrouver nos personnages aux prises avec les gangs de l’italien Sabini et le juif Salomon, toujours sous fond de paris hippiques (en allant jusqu’à Londres cette fois). Je n’en dis pas plus, afin d’éviter les spoilers ! La troisième saison est consacrée à l’URSS (clairement pas ma préférée !), la quatrième à la mafia (sympa de voir Adrian Brody !) et la cinquième… hum mystère, je vais commencer !

L’ensemble est plutôt bon, mais j’avoue que j’ai l’impression d’un déclin. La première saison m’a tellement plu, elle était tellement riche, et j’ai depuis le sentiment que la musique est moins travaillée (j’en peux plus du thème sous toutes ses formes !) et le côté historique moins présent. Surtout, le très riche scénario de la saison 1 est plutôt une exception… la 3 part un peu dans tous les sens (très bizarre !) tandis que la 4 me semble trop facile pour la famille Shelby. Et rien n’est plus frustrant, surtout après Game of Thrones, que de voir les personnages principaux avec une chance incroyable (je déteste le pistolet sur la tempe du personnage principal, 5 minutes de bla-bla et puis rien ! ou alors un foutu miracle !).

Néanmoins un personnage me donne toujours envie de continuer : Arthur Shelby !

Série 2019 : Peaky Blinders vs. La Casa de Papel

Woh ! Paul Anderson est extraordinaire dans son interprétation, colérique, plein de sentiments, plein de vie en fait. J’avoue être toujours un peu dubitatif sur sa conversion religieuse.

Série 2019 : Peaky Blinders vs. La Casa de Papel

Pour la Casa de Papel ce fut un peu le harcèlement médiatique et Facebook qui m’ont convaincu (en plus du fait de vouloir me mettre à l’espagnol !). La série est diffusée originellement sur Antena 3, Netflix faisant ensuite le reste à l’international (comme pour Peaky Blinders d’ailleurs).

L’histoire nous permet de suivre un braquage dans la fabrique nationale de la monnaie. Le Professeur engage 8 malfaiteurs pour former une équipe complémentaire nécessaire à son rêve : récupérer plus de 2 milliards d’euros ! Deux saisons pour suivre Tokyo, Berlin, Denver, Stockholm etc.

L’idée de base est très intéressante et permet de la travailler deux saisons. J’aime beaucoup la tension qui s’installe crescendo dans la première, les erreurs malgré la planification, et rien que le fait des surnoms des personnages (en mode Reservoir Dogs !). Des acteurs sortent clairement du lot (coucou Berlin !), et l’approche de l’inspectrice est vraiment sympa !

Coucou je suis un pervers-narcissique !

Coucou je suis un pervers-narcissique !

En revanche, il y a des vrais problèmes de scénario !! [Attention spoiler saison 1 ! passez ce paragraphe si vous voulez regarder prochainement !] Comment, alors que des otages s’échappent après s’être rebellés et qu’il y a un trou béant dans un mur, comment, oui, comment trouvent-ils une plaque parfaitement adéquate et par balle pour colmater la brèche ?? C’est une imprimerie à la base, pas une usine d’armement ! Surtout, le pire, c’est vraiment le retour de Rio. Non les gars, vraiment, c’est pas possible ! De manière générale, chaque coïncidence ou miracle est en fait « un plan du Professeur » ! J’imagine bien les scénaristes se dire :

  • « Bon, comment on peut justifier ça ?
  • Bah, on dit que le professeur l’avait anticipé à la base !
  • Ah, oui, c’est bien ! »

L’idée de faire une saison 3 m’interpellait beaucoup (pour moi c’était déjà terminé ! et y’en a marre des séries qui ne savent pas s’arrêter !), je n’ai donc pas continué. Un jour, peut-être.

 

Le bilan, c’est quoi ? Du bien, clairement. C’est travaillé, les scénarios sont intéressants (mais les saisons 1 sont comme souvent les meilleures, à croire que le vrai charme de la série est de découvrir son univers et ses personnages). La musique est bonne (mais bon Dieu, pourquoi tout le monde a repris Bella Ciao ensuite… ?!!? Maître Gims, Jean Roch et tous ces chasseurs de pognons reprendre une musique révolutionnaire communiste !! merde !).

Surtout, et ça me gène de plus en plus… on se voit contraindre de soutenir les méchants. On a envie qu’ils gagnent ! Les bandits sont les héros de notre temps, plus les policiers. Alors, je ne suis pas un fan de la police hein (police partout justice nulle part), mais je me demande quel est l’impact de ces séries (notamment sur les plus jeunes).

 

La suite ? Le bureau des légendes ! Et je cherche une bonne série comédie, si vous avez en stock je prends !

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